vignette|alt=Symbole de l'infini aux couleurs de l'arc-en-ciel.|Un symbole de l'infini aux couleurs de l'arc-en-ciel symbolise le spectre autistique et le mouvement de la neurodiversité.
La neurodiversité est un concept utilisé par les mouvements sociaux combattant le capacitisme pour faire connaître des différences au sein de l'espèce humaine et les faire accepter en tant que variabilités neurologiques. Elle est souvent comparée à la biodiversité, la concomitance de plusieurs types de fonctionnements neurologiques chez l'être humain étant vue comme indispensable dans les sociétés. Les militants de la neurodiversité soutiennent que des fonctionnements neurologiques divers, alternatifs, hors norme, peuvent être considérés autrement que sous l'angle exclusif d'une lacune ou d'une déficience vis-à-vis de la norme. Ils défendent notamment l'expression artistique et les contributions techniques et scientifiques des personnes dites ou .
Les militants de la neurodiversité sont historiquement concernés par l'autisme, le mouvement pour les droits des personnes autistes continuant à représenter l'essentiel de ce mouvement social, en particulier à travers les interventions de Mary Temple Grandin. Cependant, le concept de neurodiversité inclut d'autres particularités que l'autisme, entre autres les troubles des apprentissages et le TDAH.
Définition D'après la sociologue française Brigitte Chamak, le concept de neurodiversité repose sur l'idée selon laquelle , et vise à ce qui est défini comme des , en . Le symposium national tenu à l'université de Syracuse en 2011 définit la neurodiversité comme :
Le (2004) propose de définir la neurodiversité comme
Ce concept porte .. Comme dans le mouvement pour les droits des personnes autistes, il semble exister une thématique polémique liée à l’existence ou non d'un trouble et semblant opposer soin et refus de soin, mais elle n'est pas inhérente, ni à la source de ce principe, qui pointe ce que relève Brigitte Chamak dans la diversité des expressions autistiques, à savoir Ainsi, la neurodiversité est souvent comparée à la biodiversité et à la diversité culturelle.
Thomas Armstrong propose une comparaison avec le racisme :
Toujours d'après Armstrong, cette notion de neurodiversité permet à la fois de souligner les points forts des personnes qui pensent différemment, et de mettre en lumière les difficultés qu'elles rencontrent dans leur vie quotidienne . Il souligne également la présence des différents gènes à l'origine de la schizophrénie, de l'autisme, du trouble bipolaire et des troubles des apprentissages depuis une longue période de temps : Pour lui, à terme, la neurodiversité permettra d'améliorer la qualité de vie des neurodivergents..
Le mot « neurodiversité » s'inscrit dans un courant récent du « neuro- », suscité par les avancées en matière d'imagerie cérébrale.. D'après Chamak, Alain Ehrenberg note que , notant que
Histoire
La notion de neurodiversité provient d'un courant de pensée lié à l'autisme, originellement pour lutter contre la stigmatisation dont sont victimes les personnes autistes. Elle s'est propagée essentiellement grâce à Internet. Le terme « neurodiversité » n’existait pas avant la fin des années 1990. Il a été forgé par la sociologue australienne Judy Singer dans son mémoire de maîtrise (1998), puis popularisé par le journaliste Harvey Blume dans The Atlantic (1998) et The New York Times (1997). Singer explique explicitement qu’elle a créé le mot sur le modèle de « biodiversité », afin de désigner la variété des fonctionnements neurologiques humains, dans son livre : Neurodiversity: The Birth of an Idea, Kindle Edition, (2017).
En 1938, le pédiatre Hans Asperger donne une conférence intitulée Das psychisch abnorme Kind (« L’enfant psychiquement anormal »)., puis publie en 1944 son article Die “Autistischen Psychopathen” im Kindesalter. Dans ces travaux, il décrit certains enfants qu’il qualifie de « psychopathes autistiques », notant à la fois leurs difficultés sociales et certaines compétences remarquables. Ces observations sont parfois relues, a posteriori, comme évoquant une idée de diversité cognitive, mais Asperger ne parle jamais de « neurodiversité » et reste inscrit dans une perspective médicale et pathologique.
La conception moderne du concept de neurodiversité est un phénomène collectif, plusieurs personnes distantes géographiquement l'ayant théorisé.. Si l'une des premières évocations publiques par une personne concernée est celle du militant de l'autisme Jim Sinclair, en 1993, la création du mot « neurodiversité » est souvent attribuée au journaliste Harvey Blume et à la militante de l'autisme Judy Singer., qui a repris des concepts utilisées en neuroscience, où il est parfois question de système nerveux atypique. Proche du monde de l'autisme, avec une mère et une fille diagnostiquées à l'époque d'un syndrome d'Asperger et appartenant elle-même au spectre autistique, elle déclare : Traduction de l'anglais : « »..
La première parution du terme est le fait de l'écrivain américain Harvey Blume, qui écrit en 1998 l'article sous-titré . (neurodiversité, sur les fondements neurologiques du domaine geek). L'article reprend le thème de la neurodiversité utilisé dans le cadre de l'autisme, et le place dans le contexte des passionnés de technologie, les geeks. Il part d'une étude parodique. des « neurologiquement typiques », abrégé NT. Ces personnes « normales » sont analysées sous l'angle de leurs déficiences vis-à-vis des geeks. En passant par une mise en évidence ludique de domaines où les compétences et l’incompétence sont inversées, l'article aboutit en relevant que la cybernétique et la culture de l'informatique, par exemple, peuvent être favorables à une forme de pensée autistique. Il ouvre l'idée que cela puisse être juste une différence, avec des avantages et des inconvénients. L'aspect de base du mot visant à incarner simplement des différences humaines est présent dans cet article, notamment par l'intermédiaire d'une illustration textuelle humoristique comparant les théories de l'esprit :
La propagation du concept de neurodiversité s'accompagne d'un accroissement des diagnostics d'autisme, dû à l'extension de la notion médicale de troubles du spectre de l'autisme. Originellement limité à l'autisme, le concept de neurodiversité s'est étendu depuis les années 2000 aux troubles des apprentissages et au TDAH.
La littérature scientifique consacrée à ce mouvement reste faible, mais elle est en croissance.. Dans son numéro spécial « » d', le magazine américain Wired cite la neurodiversité comme l'une des meilleures idées des deux dernières décennies.. D'après Chamak, le concept de neurodiversité connaît . D'après Lilia Sahnoun et Antoine Rosiera, la disparition du syndrome d'Asperger dans le DSM-5 et la création de la notion de troubles du spectre de l'autisme semblent liés à ce succès du mouvement de la neurodiversité : .. D'après Jean-François Marmion, cette évolution s'effectue tant sous que du fait de l'évolution de la société..
Plus de 15 ans après son attestation, le terme « neuroatypique » fait son entrée dans l'édition 2025 du Petit Robert, tout comme son antonyme « neurotypique ». Selon ses documentalistes, le terme est apparu pour la première fois dans l’ouvrage Le Cerveau nomade de Michelle Bourassa, psychologue et professeure à l'Université d'Ottawa., où elle insiste sur . L'adjectif, défini dans ce dictionnaire comme un être est cependant orthographié sans trait d'union..
Contributions en sciences Le discours de la neurodiversité fait valoir que la diversité des modes de pensée des personnes a contribué à l'évolution de l'espèce humaine, notamment en permettant des découvertes scientifiques. Cette théorie est soutenue par une étude de l'université d'York...
En 2023, Kristen Bottema-Beutel et son équipe concluent dans un article que l'opposition entre le mouvement anti-capacitiste et le monde de la recherche relève d'une ; ces chercheurs citent à l'appui de leur propos , dans des domaines aussi variés que l'étiologie de l'autisme, la nature de l'autisme et des caractéristiques autistiques, et l'intervention auprès des personnes autistes.. Ils soutiennent que ces fausses pistes ont pour point commun l'influence d'hypothèses capacitistes au sujet de l'autisme sur le point de vue des chercheurs. Ils notent que le capacitisme .
Les réseaux sociaux présentent un double avantage pour la communauté neurodivergente : ils contribuent à sensibiliser le public et à promouvoir le mouvement de la neurodiversité, et ils permettent également aux membres de ces communautés de se connecter entre eux.
Une meilleure sensibilisation et une plus grande acceptation grâce aux médias sociaux peuvent inciter certaines personnes à s'identifier comme neurodivergentes. En général, l'autodiagnostic est déconseillé en psychiatrie car il est considéré comme plus souvent erroné qu'une évaluation professionnelle et comme une façon de banaliser les difficultés en les réduisant à des étiquettes de mode. Robert Chapman, en revanche, remet en question la fiabilité des évaluations professionnelles de l'autisme, car elles négligent souvent l'expérience des personnes qui ne sont pas des garçons blancs cisgenres. Il affirme que l'auto-identification n'est pas une question de mode, mais qu'elle permet de mieux comprendre ses forces et ses difficultés. Sue Fletcher-Watson soutient que, puisque l'autisme ne devrait pas être classé comme un trouble et qu'aucun traitement ne devrait découler d'un diagnostic, les personnes autistes devraient avoir l'autonomie de s'identifier comme telles, ce qui les libérerait du pouvoir des professionnels de la santé de définir l'autisme et de déterminer qui appartient à la communauté autiste. Un groupe de chercheurs a créé un questionnaire d'auto-évaluation préliminaire pour les personnes autistes.
En connectant les utilisateurs neurodivergents, les plateformes médiatiques offrent des « espaces sécurisés » propices à la création de liens. Certains développeurs ont créé des plateformes comme « Blausm », conçues spécifiquement pour mettre en relation les personnes neurodivergentes et leurs familles.
Thérapie La neurodiversité et son rôle dans le contexte thérapeutique sont au cœur des préoccupations de ces dernières années. De nombreux thérapeutes et professionnels de la santé mentale militent pour des cadres psychothérapeutiques plus inclusifs et adaptés aux personnes neurodivergentes. comme la thérapie tenant compte de la neurodiversité semble inciter à intégrer cette spécificité en tant que différence qui a besoin d'adaptation, au lieu d'élément à éliminer
Des programmes et interventions thérapeutiques sont également à l'étude pour les personnes neurodivergentes. Les programmes d'autodétermination, qui aident les personnes neurodivergentes à atteindre leurs objectifs de vie, se sont révélés efficaces, les participants les jugeant « appropriés, acceptables et réalisables ». Différentes approches (par exemple, le suivi oculaire, les données longitudinales, la modélisation informatique) visant à comprendre la prise de décision perceptive chez les personnes neurodivergentes sont également étudiées, ainsi que leurs implications potentielles dans le contexte thérapeutique auprès de cette population.
Une autre forme d'intervention thérapeutique étudiée chez les personnes neurodivergentes est l'utilisation des interventions comportementales développementales naturalistes (ICDN). Il a été démontré que les ICDN ont des effets positifs sur le langage et la communication sociale, tout en respectant les besoins et l'autonomie des personnes. L'un des principaux objectifs de ce type d'intervention est de centrer la thérapie sur la personne neurodivergente elle-même lors de la définition des objectifs, des procédures et des résultats de l'intervention. De cette manière, ces interventions sont susceptibles d'être perçues comme plus acceptables, utiles et efficaces par cette personne.