vignette|Trois exemples de tartans.
Le tartan est une étoffe de laine à carreaux de couleurs, typique des peuples celtes. Il s'agit d'un motif de lignes horizontales et verticales entrecroisées, de multiples couleurs. Les tartans étaient à l'origine réservés aux tissus, mais sont maintenant utilisés sur de nombreux autres matériaux. Les kilts écossais sont ainsi quasiment toujours réalisés dans un tissu à motif de tartan.
Un tartan est constitué de bandes alternées de fils teints dans la masse, aussi bien pour la trame que pour la chaîne. La trame est tissée en sergé simple, la chaîne passant deux fils dessus et deux dessous, en progressant d'un fil à chaque passage. Le motif est constitué de bandes alternées de fils de laine colorés tissés à angle. Ceci forme des hachures diagonales aux sites d'entrecroisement et crée de nouvelles couleurs à partir du mélange des deux teintes d'origine. Les blocs de couleur qui en résultent se répètent verticalement et horizontalement, formant un motif de carrés et de lignes distinctif, le sett.
En Écosse, les tartans sont associés aux clans, aux familles depuis le . Le port du costume fut interdit par le conquérant anglais le Les sept hommes . (les tartans ont été autorisés à nouveau en 1782). Plus tard, les tartans furent élargis aux institutions écossaises, notamment à la suite de la publication du livre Vestiarium Scoticum par les frères Allen en 1842. Les kilts sont presque toujours décorés de tartans. Le tartan est aussi appelé plaid en Amérique du Nord, mais, en Écosse, ce mot désigne la couleur et le motif du tissu tartan jeté sur l’épaule, ou une couverture.
Histoire Origines vignette|La première photographie en couleurs, réalisée par le scientifique écossais James Clerk Maxwell en 1861, représentait un ruban de tartan. Des figurines de jade portant des coiffes tartan et remontant au moins à 3500 avant Jésus-Christ ont été trouvées en Chine et sont plausiblement liées aux tokhariens.
Les plus anciennes traces de tartan ont été retrouvées dans des tombes tokhariennes de l'Ouest de la Chine et sont similaires aux sépultures des populations européennes de l'âge du fer (v. 800 av. J.-C.). Les cadavres inhumés, qui étaient de morphotype non oriental mais caucasien, portaient des « twill » tissés et des motifs de tartans, semblables aux motifs celtes du nord-ouest de l'Europe. Les Celtes inhumés portaient des manteaux faits d'un tissu à carreaux ; le motif était constitué de plusieurs couleurs imbriquées, semblable aux tartans écossais, irlandais et gallois.
Les motifs de tartan ont été utilisés dans le tissage britannique et irlandais depuis des siècles ; le est tenu par certains comme étant le plus ancien connu. Un prédécesseur possible de ce tartan date du ; retrouvé près du mur d'Antonin, ce Falkirk sett est un motif à carreaux de laine blanche et marron, sans teinture, des moutons de la race Soay. Le tissu avait été utilisé pour couvrir un pot en terre cuite recelant un trésor de pièces d'argent.
Les tissus multicolores ont été utilisés par les Celtes depuis des temps immémoriaux ; le nombre de couleurs dépendait du rang du porteur. Le tartan des servants affichait une seule couleur ; deux couleurs pour celui des paysans et agriculteurs ; trois couleurs pour les officiers; cinq couleurs pour les chefs ; six pour les druides et les poètes ; et enfin sept pour les rois , Frank Adam et Tomas Innes, 1934. « »..
Les couleurs peuvent toutefois être rattachées aux origines géographiques du clan : […] le vert brille dans les clans qui viennent d'Irlande, comme les Mac-Kenzies ; le rouge dans les Celtes-Bretons, comme les Mac-Grégor, et le jaune dans les clans danois, comme les Mac-Leods.
Le tartan avant les rébellions jacobites vignette|John Campbell of the Bank (1749). Le tartan actuel du clan Campbell est à dominante verte. À l'époque de Martin Martin (années 1700), les tartans étaient semble-t-il utilisés pour différencier les habitants de districts différents, et non de familles différentes comme aujourd'hui. L'explorateur Martin Martin mentionne expressément que les habitants de plusieurs îles n'étaient pas vêtus de manière identique, mais que les motifs (setts) et les couleurs des tartans variaient d'île en île. Comme il ne mentionne pas l'utilisation d'un motif spécifique par famille, il apparaîtrait ainsi que cette distinction est d'apparition plus récente, dérivée de l'ancienne coutume d'un tartan spécifique de la région. Chaque famille ou chaque clan étant prédominante dans sa région d'origine, elle aurait adopté le tartan du district comme emblème familial. Les informations de Martin Martin n'étaient par ailleurs pas basées sur des on-dit, l'auteur écossais étant né à l'île de Skye et ayant été élevé au cœur des Highlands et de leurs coutumes.
Il était toutefois fréquent pour un habitant des Highlands de porter plusieurs tartans à la fois. En 1587, une charte accordée à Hector Maclean de Duart demandait de lui un loyer de de tissus de couleurs blanche, noire et verte. En 1689, un témoin de la bataille de Killiecrankie décrit les « hommes de McDonnell et leurs triples rayures . ».
À partir de 1725, la force gouvernementale des Highland Independent Companies introduit un tartan standardisé, choisi afin d'éviter l'association avec un clan, et qui fut adopté définitivement lorsqu'ils devinrent le régiment Black Watch en 1739.
L'association d'un nom de clan avec les tartans a pris son essor au avec la publication du Vestiarium Scoticum, qui s'est révélé être un faux.
Comme le kilt, il ne s'agit pas d'une tradition très ancienne, du moins telle qu'on la perçoit de nos jours avec des motifs associés précisément à un clan. , fondateur de la Celtic Society en 1820 et passionné de l'histoire de l'Écosse, publie un ouvrage en 1822 dans lequel , relève l'historienne Anne-Marie Thiesse. En réalité, les différences de motif étaient davantage une question de goût pour celui qui portait le tartan et qui avait les moyens de faire réaliser du tissu coloré, la plupart des gens se contentant d'un tissu brun. L'association d'un motif à un clan en particulier répond en réalité à des impératifs économiques de fabrication de tissu, une . La Highland Society de Londres valide ainsi l'idée imaginaire que tel motif appartient à tel clanAnne-Marie Thiesse, La création des identités nationales, Seuil, Points H296, rééd. 2001, ..
En 1822, le roi George IV vient à Édimbourg. Président de la Celtic Society, Walter Scott organise la cérémonie pour l'accueillir et invite chaque chef de clan à s'y rendre avec des hommes portant des kilts. Même le roi se prête au jeu. Cela participe de l'invention du tartan avec des motifs identifiés comme d'une tradition millénaire, dans le contexte de la création des identités nationales en Europe à cette époque, et de l'intégration de l'Écosse dans l'histoire britannique.
Couleurs
Nuances de couleurs
vignette|La marque Burberry est reconnaissable aux couleurs de son tartan, le « Haymarket Check » (K16 W16 K16 T56 R8). Les couleurs utilisées dans un tartan classique sont les mêmes couleurs de base qu'en héraldique, codées par la première lettre de la couleur en anglais : rouge (R) et vert (G), jaune (Y) et bleu (B), blanc (W) et noir (K, pour ne pas être confondu avec le bleu), et plus rarement orange (O) et violet (V), brun (T pour Tan) ou gris (N pour neutral). Dans les rendus, en règle générale, le bleu et le vert (et le violet) sont plutôt sombres et peuvent être confondus avec du noir, tandis que le rouge, tout en étant sombre, tranche par sa chromaticité. Les autres couleurs (Jaune, blanc et orange) sont plus lumineuses.
Les couleurs sombres se rencontrent parfois en version light dans les tartans, généralement codées en préfixant la couleur par un "L" : bleu ciel (LB, ou A pour azur), vert clair, gris clair (parfois décrit comme « lavande ») ou rose.
Ces couleurs peuvent être rendues suivant des nuances variées sans changer la lecture du tartan (de même que les couleurs héraldiques), ce qui conduit à des variations possibles dans le rendu d'un même tartan. Deux tartans identiques, dans la même palette de couleurs, provenant de deux fabricants différents, ne présenteront pas une correspondance exacte ; la saturation d’une teinte relève d’une grande liberté artistique. Distinguer des nuances par des noms différents n'est pas très utile, parce que pour produire un tartan sur commande il faudra préciser de toute manière la nuance désirée. Ainsi, le registre écossais officiel propose de composer un tartan en indiquant d'une part la formule de décomptage des fils, et d'autre part la palette effectivement utilisée pour les codes couleur utilisés.
Il est exceptionnel qu'un tartan utilise plusieurs nuances de la même "couleur" héraldique, et proposer systématiquement des versions light et dark des couleurs n'est généralement pas utile dans la description des tartans. Celui de Cranston est un exemple de deux nuances de vert. Un autre exemple illustre est le tartan royal de Balmoral, qui emploie deux nuances de gris.
Palettes
Les schémas de couleurs ou palettes semi-standardisés (que les spécialistes du marketing appellent parfois « gammes de couleurs ») sont généralement présentés en différentes variantes : moderne, ancien, vieilli ou passé. Ces termes se réfèrent uniquement aux niveaux de saturation relatifs des teintures et ne correspondent pas à des tartans distincts.
Un tartan « ancien » aura des nuances plus claires, du type de celles obtenues par des colorants naturels. Les teintures naturelles traditionnellement utilisées dans les Highlands (comme divers lichens, l'écorce d'aulne, la myrtille, la cochenille, la bruyère, l'indigo, le pastel et le gaillet jaune) donnaient des couleurs pastel, relativement claires et peu saturées. La laine fine et serrée utilisée pour le tissage du tartan était assez résistante aux teintures naturelles, et certains bains de teinture nécessitaient des jours, voire des semaines. La teinture exigeait également des mordants pour fixer les couleurs de façon permanente, généralement des sels métalliques comme l'alun. Certaines teintures étaient importées des Pays-Bas, notamment la cochenille rouge et, dans une moindre mesure, l'indigo bleu (tous deux coûteux et utilisés pour intensifier les teintures locales), avec lesquels l'Écosse entretenait des relations commerciales importantes depuis le . L'urine humaine vieillie (appelée fual ou graith) était également utilisée comme agent d'intensification des couleurs, agent de solubilisation des teintures, fermenteur de lichen et traitement final de solidité des couleurs. La plupart de ces teintures naturelles étaient peu productives et variables d'une région à l'autre (ce qui explique en partie la différenciation historique des tartans selon les régions). Ces teintures avaient peu de potentiel pour la production de masse.
Un rendu « moderne » correspond à un tartan utilisant des teintures chimiques, par opposition aux teintures naturelles. Au milieu du , au moment où le tartan a fait l'objet d'une production industrielle massive, ces teintures commencèrent à être remplacées par des teintures artificielles, plus faciles à utiliser et plus économiques pour l'industrie florissante du tartan, bien que moins subtiles. Les teintures chimiques tendent à produire des couleurs très franches et plutôt sombres. Dans un tartan de rendu « moderne », les motifs bleus, verts et noirs tendent à être obscurcis. De nos jours, tous les tartans fabriqués industriellement sont teints avec des colorants artificiels et non naturels, même dans les palettes de couleurs les moins saturées.
Le rendu « vieilli », aussi appelé délavé, désigne un tartan encore plus clair (moins saturé) que l’ancien, comme s’il avait été exposé au soleil pendant très longtemps.
Variations