thumb|Drapeau du Parti communiste du Kampuchéa.

Le Parti communiste du Kampuchéa (PCK, Parti communiste du Cambodge), également connu sous le nom de Parti communiste khmer"Cambodia and the Khmer People's Revolutionary Party (KPRP), Appendix B - Major Political and Military Organizations". Country Data. ., est le dernier nom utilisé par un parti politique cambodgien, apparu en 1951 durant la guerre d'Indochine sous le nom de Parti révolutionnaire du peuple khmer et également appelé par la suite Parti ouvrier du Kampuchéa, avant de se renommer Parti communiste en 1966.. Le parti a été divisé en factions pro-chinoise et pro-soviétique à la suite de la rupture sino-soviétique, la première étant la faction de Pol Pot et la seconde adoptant une approche plus révisionniste du marxisme.

Il était aussi désigné du nom d', ou simplement . L'ensemble de ses militants et forces armées a été désigné sous le nom de Khmers rouges, sans que cette appellation et le parti soient totalement réductibles l'un à l'autre. L' prend le pouvoir au Cambodge en 1975, au terme de plusieurs années de guerre civile et met en place le régime du Kampuchéa démocratique, une dictature particulièrement meurtrière. En 1979, les Khmers rouges sont chassés du pouvoir par l'armée vietnamienne. Le Parti communiste du Kampuchéa est officiellement dissous en 1981, bien que les Khmers rouges poursuivent la lutte contre les Vietnamiens.

Historique Lutte pour l’indépendance En 1950, la guerre d'Indochine entre dans sa quatrième année et les différents pays de la péninsule attirent les millions de dollars de l’aide économique et militaire américaine. Washington fournira jusqu’en 1954 80 % des fonds dont les Français avaient besoin pour poursuivre les hostilités. De son côté, la Chine pourvoyait le Việt Minh en armement et formation afin d’en faire une vraie force militaire. En 1945, le Parti communiste indochinois (PCI) se dissout officiellement mais accroît ses efforts pour renforcer le recrutement et la formation de cadres au Cambodge et au Laos qui étaient censés ravitailler et fournir des refuges dans la lutte au Viêt Nam. L’aide du Việt Minh à ses alliés laotiens (Pathet Lao) et cambodgiens (Khmers Issarak) était grandement facilitée par la baisse drastique de l’assistance thaïlandaise aux autres composantes des résistances indépendantistes..

Le Việt Minh décide de créer pour chaque territoire un parti communiste chargé d'en constituer la structure politique, tout en exprimant une identité nationale spécifique. Le , organisation majoritairement vietnamienne depuis sa création, cède la place en au Parti des travailleurs du Viêt Nam. Les Laotiens attendent 1955 pour fonder un parti communiste digne de ce nom (le Parti révolutionnaire populaire lao)..

Du côté du Cambodge, le , les dirigeants du clandestin se réunissent pour dix jours à Hà Tiên, dans la province sud-vietnamienne de Kiên Giang, avec quarante-cinq délégués cambodgiens. Nguyen Thanh Son, délégué du Việt Minh pour les affaires étrangères, prononce un discours programme prévoyant la formation de cadres cambodgiens, et l'adaptation du communisme aux réalités cambodgiennes. Il mentionne ainsi que le pays est alors essentiellement agricole avec des implantations éparses et un mode de production autarcique centrée sur la cellule familiale. Un nombre infime d’exploitation étaient dirigées par des propriétaires chinois. En d’autres termes, les conditions préalables à une révolution prolétarienne, à savoir l’existence d’une classe de possédants oppresseurs, d’une bourgeoisie et le manque de terre étaient loin d’être réunies. Il notait toutefois que la classe paysanne résidant loin des villes et des voies d’eau était la plus nombreuse et vivait dans les conditions les plus misérables de la région. Ils pouvaient ainsi constituer la principale force d’une future révolution khmère, mais restaient pour le moment à éveiller aux doctrines communistes. Son regrettait que les cadres de la composante khmère du n’étaient pas issus de la paysannerie mais que cette direction soit essentiellement constituée de personnes d’origine vietnamienne et qu’elle ait peu d’emprise sur la population khmère. Son préconisait donc de débuter en initiant aux techniques révolutionnaires les élites naissantes, proches du parti démocrate, mais recommandait d’instruire sans tarder l’ensemble de la classe paysanne, mettant en garde contre le danger d’avoir un nombre restreint d’intellectuels commandant la frange la plus pauvre de la population contre le reste de leurs compatriotes, discours prémonitoire annonçant avant l’heure le désastre dans lequel le pays serait plongé plus tard..

D’autre part, Son et son , passent une partie de l'été 1951 à rédiger les statuts d'un parti, finalement promulgués le . Le Parti révolutionnaire du peuple khmer (PRPK, également traduit par Parti révolutionnaire du peuple du Kampuchea), dont l'existence demeure clandestine, constitue désormais l'organe dirigeant du , l'organisation des Khmers issarak communistes ; Son Ngoc Minh, chef du gouvernement provisoire, en prend la présidence ; les autres membres fondateurs sont Tou Samouth, Sieu Heng, Tuk Nhung et So Phim. Nuon Chea, cousin de Sieu Heng, est nommé au comité central en .. La plupart des cadres du parti communiste cambodgien ont, durant les trois années précédentes, suivi auprès des Vietnamiens des cours de formation au marxisme-léninisme, au matérialisme dialectique et aux principes de la guérilla. Les premiers statuts du parti ne font néanmoins pas référence au marxisme, mais plutôt au socialisme, et le mouvement se pose en plutôt qu'en avant-garde de la classe ouvrière .. Les décisions demeurent contrôlées à tous les niveaux par les communistes vietnamiens qui composent une partie non négligeable des effectifs. Ainsi, dans la cellule de Phnom Penh de 1952, 27 des sont vietnamiens, 3 sont Chinois et seuls 4 sont Cambodgiens ..

Au cours de la guerre d'Indochine, le gouvernement des Khmers issarak communistes étend son contrôle sur une partie du territoire du protectorat français du Cambodge. En trois ans, le parti attire plus de mille adhérents, principalement chez les paysans et les bonzesBen Kiernan, Le Génocide au Cambodge, Gallimard, 1998, page 22. Malgré ces menées des communistes cambodgiens, c'est finalement le roi Norodom Sihanouk qui parvient, en , à obtenir l'indépendance du pays. Lors de la conférence qui mène en 1954 aux accords de Genève, les Khmers issarak n'obtiennent pas de siéger ni, au contraire du Pathet Lao, de figurer comme signatairesPhilippe Franchini, Les Guerres d'Indochine, tome 2, Pygmalion-Gérard Watelet, 1988, page 130. Les choix qui s’offrent alors à eux restent limités. Soit ils décident de collaborer au régime de Norodom Sihanouk dont peu avant ils dénonçaient encore le caractère féodal ; soit ils essayent de faire triompher leurs idées malgré la popularité du roi par la voie électorale ; soit ils continuent la lutte clandestinement ; enfin, ils pouvaient choisir de se retirer au Nord Viêt Nam. Tous ces choix constituaient des trahisons par rapport à la lutte qu’ils avaient entreprise depuis des années et allait retarder ce qu’ils estimaient être la libération de leur pays. Sous les conseils de leurs alliés du Việt Minh, ils décidèrent que la plupart rejoindraient Hanoï alors que quelques-uns d’entre eux resteraient clandestinement au Cambodge et d’autres organiseraient un parti qui sera le Pracheachon (littéralement Groupe du peuple), afin de participer aux élections de 1955 prévues par les accords de Genève..

Recomposition Activités du parti après l’indépendance

En octobre, les vietnamiens du Parti révolutionnaire du peuple khmer quittent le Cambodge, suivi par khmers et autant de combattants.. Si certains dignitaires du parti, tels Pen Sovan, Rath Samoeun ou Son Ngoc Minh, restent de nombreuses années au Nord Viêt Nam, d’autres comme So Phim, Nuon Chea ou Sieu Heng reviennent rapidement.. Au Cambodge, Tou Samouth est le seul dirigeant présent du nouveau comité central mis en place en été et en attendant que Sieu Heng, le nouveau secrétaire général, ne revienne des maquis sud-vietnamiens en 1956. Tou Samouth étant responsable des zones urbaines, les activités du parti se concentrent désormais essentiellement dans les villes ..

Sur instruction des Vietnamiens, les actions légales, semi-légales, et clandestines se multiplient. Saloth Sâr (futur Pol Pot) aurait été chargé, par Tou Samouth, d'infiltrer le Parti démocrate alors que Keo Meas doit mettre sur pied le Pracheachon qui est officiellement favorable à la monarchie mais sert de vitrine légale au Parti révolutionnaire du peuple khmer clandestin. Comme prévu, le Pracheachon se présente à la campagne des élections législatives de 1955 mais, victime notamment et ainsi que les autres partis de manœuvres d'intimidation des partisans de Norodom Sihanouk, doit laisser l’ensemble des sièges au Sangkum Reastr Niyum, le mouvement nouvellement créé par le monarque et qui va dominer le système politique du Royaume du Cambodge indépendant pendant les quinze années qui vont suivre. Le Pracheachon est alors clairement identifié comme le parti communiste du Cambodge, que Sihanouk commence à l'époque à désigner du nom de Khmers rouges (par opposition aux Khmers roses du Parti démocrate) mais personne ne semble alors avoir soupçonné l'existence d'une autre organisation contrôlant le parti de l'intérieur .. Si Sieu Heng, basé dans une zone montagneuse, demeure secrétaire général du parti, l'activité essentiellement urbaine des communistes cambodgiens est sous la responsabilité de Tou Samouth. Le marque le pas et, en 1957, ses effectifs ont diminué de moitié par rapport à la fin de la guerre d'Indochine. Quand Ieng Sary retourne à Phnom Penh en , laissant Khieu Samphân diriger le Cercle marxiste des étudiants Cambodgiens à Paris, le mouvement communiste khmer lui paraît moribond. Les protecteurs vietnamiens du parti, basés au Sud Viêt Nam, sont de leur côté en butte à la répression du régime de Ngô Đình Diệm et doivent pour un temps se réfugier eux-mêmes à Phnom Penh, ce qui les rapproche de leurs alliés cambodgiens mais les met hors d'état d'aider ces derniers ..

C'est aussi à cette époque que les dirigeants du commencent à utiliser entre eux, pour se référer au parti, le terme ou simplement ..Toujours à la même époque, Tou Samouth, Saloth Sâr et Nuon Chea entament la rédaction d'un nouveau programme politique, et de nouveaux statuts pour le parti, qu'ils conçoivent comme allié, et non plus subordonné, des communistes vietnamiens, et dont ils souhaitent affirmer l'identité marxiste-léniniste.

Les élections de 1958, quant à elles, se déroulent dans un contexte de violence accrue, et quatre des cinq candidats du Pracheachon sont amenés à se retirer à force d'intimidation. Les travaux au sein du parti sont encore retardés par le contexte politique agité du Cambodge, où les relations avec les États-Unis se tendent..