La lettre d'Aristée à Philocrate est un pseudépigraphe qui date probablement du , relatant de manière légendaire la traduction en grec du PentateuqueArnaud Sérandour in Introduction à l'Ancien Testament, sous la direction de Thomas Römer, Éditions Labor et Fides, 2009 . Il constitue sans doute le premier document rapportant les origines de la Bible grecque des Septante et est un excellent reflet de l'état d'esprit du judaïsme alexandrin (ou judaïsme synagogal) de cette époque.

Contenu Aux termes de la lettre, Démétrios de Phalère (v. 360 av. J.-C. - 282 av. J.-C.), fondateur et responsable de la bibliothèque d'Alexandrie, propose au roi macédonien d'Égypte Ptolémée II Philadelphe (v. 309/308 - 246 av. J.-C.) de faire traduire les textes religieux juifs, afin de les inclure dans ses collections. Il suggère de s'adresser au grand prêtre juif, , et de lui demander six hommes par tribu, afin de réaliser la traduction. Ptolémée accepte et le projet est mis en œuvre. Dans sa lancée, il fait libérer tous les esclaves juifs d'Égypte.

L'ambassade d'Aristée lui-même et d'André, commandant des gardes du corps, est envoyée à Éléazar, grand prêtre de Jérusalem, avec de magnifiques présents. Ptolémée fait préparer des cadeaux destinés au Temple de Jérusalem ; une lettre les accompagne. La réponse d'Éléazar est affirmative ; elle contient la liste des qu'il enverra avec la Loi. S'ensuit la description des présents envoyés à Jérusalem.

La scène se déplace en Judée. Aristée décrit le Temple, le culte, la cité de Jérusalem, la Palestine et ses ressources. Le grand prêtre, , choisit les , . Il prononce l'apologie de la Loi, à l'aide de la méthode allégorique, pour démontrer les raisons profondes des lois alimentaires juives et leur rationalité.

Le récit revient à Alexandrie avec l'accueil des traducteurs. Le roi est présent. Il se prosterne sept fois devant les rouleaux écrits en lettre d'or : . S'ensuit un banquet en sept sessions : pendant sept nuits successives, les traducteurs répondent à que le roi leur pose, une à chacun ; le roi admire chaque réponse.

La Lettre s'achève par le récit de la traduction. Celle-ci est présentée comme une œuvre collective réalisée en dans une île qui est identifiée à celle de Pharos. On donne lecture de la traduction. Les traducteurs et les délégués du políteuma déclarent : .

S'ensuivent admiration et exclamation générales. Le roi se joint à la liesse. Démétrios déclare que la Loi . On annonce le départ des traducteurs avec des cadeaux du roi pour eux et Éléazar. Dans l'épilogue, Aristée annonce d'autres écrits.

L'auteur La lettre est adressée par un dénommé Aristée (nom donné par Flavius Josèphe, Antiquités juives, XII, 12–118) à son frère Philocrate. La lettre serait antérieure aux persécutions d'Antiochos IV Épiphane, roi séléucide, quand la paix régnait encore en Israël sous son père, Antiochos III dit le Grand.

En 1522, le Catalan Luis Vives (In XXII libros de Civitate Dei Commentaria), suivi par l'Anglais Humphrey Body en 1685 (Contra historiam Aristeæ de LXX. interpretibus dissertatio) montrent qu'il s'agit en fait d'un pseudonyme. L'auteur est un Juif alexandrin, se présentant comme grec, d'où le nom conventionnel de « pseudo-Aristée » qui lui est donné. Il ne faut pas le confondre avec Aristée, historien, auteur d'un Sur les Juifs dont Eusèbe de Césarée a préservé des extraits, ni avec Aristée d'Argos, un partisan du roi Pyrrhus.

Flavius Josèphe adapte et développe le récit conté par la lettre d'Aristée dans le livre XII des Antiquités juivesAndré Pelletier, Flavius Josèphe adaptateur de la lettre d'Aristée.

Manuscrits La lettre nous est connue grâce à : Monac. 9, dit O ; Vatic. gr. 383, dit K ; Paris. gr. 129, dit B ; Paris. gr. 5, dit C ; Paris. gr. 128, dit A ; Laurent. Acquisiti 44, dit T ; Barber. (56) 474, dit P ; Venet. Marcian. gr. 534, dit G ; Vatic. Palat. gr. 203, dit I ; Vatic. gr. 747, dit H ; Turic. C (169), dit Z ; Vatic. gr. 1668, dit S ; Paris. gr. 950, dit Q ; Paris. gr. 130, dit D ; Basil. gr. O, 10 (Omont 21), dit R ; Br. Mus. Burn. 34, dit F ; Vatic. gr. 746, dit L ; Vatic. Ottob. gr. 32, dit M ; Saragl. (Constple) 8, dit U ; Athen. Nat. 389, dit E ; Monac. 82, dit X ; Scorial. Σ , 6, dit N ; Angelic. 114, dit W.

La Septante dans le Talmud Un passage du Talmud rapporte deux récits de la traduction de la Bible hébraïque à AlexandrieTraité Scribes, chapitre 1, lois 7. :

Édition Lettre d'Aristée à Philocrate, Introduction, texte critique, traduction et notes, index complet des mots grecs par André Pelletier, éditions du Cerf, Paris, 1962 Recension sur le site Persée.. .

Notes et références

Voir aussi Bibliographie . . Joseph Mélèze-Modrzejewski, Les Juifs d’Égypte, de Ramsès II à Hadrien, Paris, Éditions Errance, 1991, et Armand Colin, 1992 ; éd., revue et complétée, Paris, PUF, 1997 ; Yaël Escojido : Le récit d'une traduction : entre histoire et mythe Nina L. Collins, The Library in Alexandria and the Bible in Greek (Supplements to Vetus Testamentum, vol. LXXXII), Brill Academic Publishers, 2000 (extraits) ; F. Vattioni, « Storia del testo biblico : l'origine dei LXX », Annali dell’Istituto orientale di Napoli, 40 (1980), 115–130. . . . . . .

Articles connexes Judaïsme hellénistique

Liens externes « ΑΡΙΣΤΕΑΣ ΦΙΛΟΚΡΑΤΕΙ », The Online Critical Pseudepigraphia, site du Tyndale University College and Seminary. La lettre d'Aristée, traduction anglaise dans Christian Classics Ethereal Library. Paraphrase par Flavius Josèphe : Antiquités judaïques, livre 12. .

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