Un « coup de Jarnac » en escrime désigne un coup porté à l’arrière du genou ou de la cuisse, précisément dans le creux poplité, rendu célèbre par Guy Chabot de Jarnac, qui le porta lors d'un duel judiciaire en 1547 devant le château de Saint-Germain-en-Laye.
Aujourd'hui, l'expression désigne plus généralement un coup violent, habile, imprévu, déloyal ou pernicieux.
Guy de Jarnac et le duel de 1547
Genèse du duel thumb|Guy Chabot, baron de Jarnac.
Guy Chabot de Saint-Gelais, futur deuxième baron de Jarnac., s’était marié en à Louise de Pisseleu, sœur de la duchesse d’Étampes, maîtresse de . Celle-ci était en constante rivalité avec Diane de Poitiers, maîtresse du Dauphin, le futur . Un jour qu'on demandait à Guy Chabot d'où lui venait la richesse de ses vêtements, celui-ci répondit qu'il la devait à la générosité de sa belle-mère (plus précisément sa marâtre), Madeleine de Puyguyon, seconde épouse de son père, le baron Charles Chabot. Ces propos, tenus devant Diane de Poitiers et le Dauphin, furent opportunément déformés pour ridiculiser ce proche de la duchesse d'Étampes. Le Dauphin fit courir le bruit que cette générosité cachait des faveurs bien spéciales.
Quand ces rumeurs parvinrent aux oreilles de Guy Chabot, il opposa un fort démenti, dut convaincre son père de son innocence et de celle de sa marâtre, et demanda réparation. Il n'était pas pensable qu'il pût provoquer le Dauphin en duel. C'est François de Vivonne, seigneur de La Châtaigneraie, ami du Dauphin et redoutable bretteur, qui se dévoua pour dire qu'il était l’auteur de ces bruits, et qu’il n’avait d’ailleurs fait que répéter ce que Guy Chabot lui avait dit.
Chabot ne put, à son tour, que demander au roi la permission de venger son honneur, mais François la refusa toute sa vie, bien conscient qu’il ne s’agissait là que de « querelles de femmes jalouses ».
Organisation du duel En 1547, à l’avènement d'Henri , Chabot renouvelle sa demande, qui fut alors accueillie favorablement. Mais la réputation de La Châtaigneraie en tant qu’escrimeur était telle que Chabot prit dans l’intervalle des leçons avec un spadassin italien , qui lui enseigna un coup de revers inconnu jusque-là. Jarnac n’est donc pas l’inventeur du coup qui porte son nom, mais seulement son promoteur. Selon le neveu de François de VivonnePierre de Bourdeille, seigneur de Brantôme, Œuvres complètes, tome 6 ., ce maître d’escrime conseilla également à Chabot, qui avait le choix des armes, d'imposer un équipement qui gênerait les mouvements de son adversaire.
Le duel eut lieu le , dans un champ clos de bataille dans le pré au-devant du château de Saint-Germain-en-Laye. Aux deux bouts du champ, on construisit deux loges en bois où chacun des deux combattants se tint après avoir reçu une épée, un poignard et après avoir choisi chacun ses parrains et ses écuyers. Tous les préparatifs terminés, le roi avec toute sa cour se plaça sur un amphithéâtre et fit signe à un héraut de proclamer le combat. Celui-ci annonça cette proclamation : Monographie communale de Saint-Germain-en-Laye..
Déroulement du combat thumb|Jarnac porte un coup à la jambe de la Châtaigneraie.
On dit que La Châtaigneraie, s’attendant à remporter facilement le duel, avait prévu de donner un superbe repas le jour même. Humilié de cette défaite, il arrache les pansements de sa blessure et meurt le lendemain.
Le roi fut si touché de la mort de La Châtaigneraie que, sur l'heure même, il indiqua que jamais plus, il ne permettrait de duels publics. Ce duel est donc le dernier exemple, en France, de duel judiciaire autorisé par la magistratureWilliam Robertson, Histoire du règne de l'empereur Charles-Quint, vol. 1, Saillant & Nyon, 1771, , ..
Évolution de l'expression vignette|Plaque devant le château de Saint-Germain-en-Laye : « Ici eut lieu le duel dit du coup de Jarnac le 10 juillet 1547 ». L’expression devient bientôt synonyme d’habileté. Cependant, elle prend à partir du Dictionnaire de Trévoux (fin du , publié par les jésuites, alors que Jarnac était protestant) un sens péjoratif, qu’elle a encore parfois aujourd’hui :
Émile Littré prend plutôt parti pour l'acception d’origine :
Dans Petites Misères de la vie conjugale d'Honoré de Balzac, le premier chapitre s'appelle ainsi..
Notes et références
Voir aussi
Bibliographie . Mémoires de la vie du maréchal de Vieilleville [Document électronique de la BNF] CHAP. XII. Duel de Jarnac et de la Châtaigneraie. Histoire du coup de Jarnac sur le site de la ville de Jarnac. Revue des Deux Mondes, de la nouvelle période, Paris, 1854, et suivantes. .
Catégorie:Terminologie de l'escrime Catégorie:Jarnac Catégorie:Juillet 1547 Catégorie:Expression française