Jean-Patrick Manchette, né le à Marseille et mort le à , est un écrivain français, auteur de romans policiers, critique littéraire et de cinéma, scénariste et dialoguiste de cinéma, et traducteur.

Considéré comme l'un des auteurs les plus marquants du polar français des , il est également connu pour ses opinions libertaires d'extrême gauche, proches de l'Internationale situationniste. Sur la couverture de la plupart de ses ouvrages, il est crédité en tant que J.P. Manchette, ou J-P Manchette.

Biographie Jeunesse et débuts professionnels Né à Marseille, où la guerre a temporairement conduit ses parents, Jean-Patrick Manchette passe la majeure partie de son enfance et de son adolescence à Malakoff, dans la banlieue sud de Paris.. Issu d'une famille relativement modeste (un père ouvrier devenu cadre, une mère au foyer), il se montre bon élève et témoigne dès son plus jeune âge d'un goût très vif pour l'écriture. Au cours de son enfance, puis de son adolescence, il écrit des centaines de pages où les pastiches de mémoires de guerre ou de romans de science-fiction cèdent peu à peu la place à des tentatives de romans policiers et de romans noirs.

Lecteur boulimique, passionné par le cinéma américain et le jazz (il joue lui-même du saxophone alto), il deviendra également fervent praticien du jeu d'échecs et des jeux de stratégie en général. Destiné par ses parents à une carrière d'enseignant, il abandonne à leur grand désarroi ses études sans obtenir aucun diplôme, pour tenter de vivre de sa plume. Il enseigne un semestre le français en Angleterre, dans un collège pour aveugles de Worcester, puis revient en France.

Militant d'extrême-gauche pendant la guerre d'Algérie et auteur d'articles et de dessins pour le journal La Voie communiste, il s'écarte ensuite de l'action sur le terrain et se voit fortement influencé par les écrits de l'Internationale situationniste.

Son ambition initiale est de devenir scénariste pour le cinéma. Dans l'espoir d'y parvenir, il se lance dès 1965 dans une série de travaux alimentaires nombreux et variés : scénarios de courts-métrages, écriture de synopsis, puis de deux films sexy pour Max Pécas (Une femme aux abois / La Prisonnière du désir et La Peur et l'Amour). En 1968, il rencontre son premier succès en rédigeant, avec Michel Levine, les scénarios et dialogues de onze épisodes de la série télévisée Les Globe-trotters réalisée par Claude Boissol. Parallèlement, il écrit des novélisations de films à succès (Mourir d’aimer, Sacco et Vanzetti), et d’épisodes des Globe-trotters, des romans pour la jeunesse, des romans d'espionnage, etc. Seul ou avec son épouse Mélissa, il s'attaque également à la traduction de nombreux ouvrages de langue anglaise, majoritairement des romans policiers ou des livres sur le cinéma (mémoires de Pola Negri, biographies de Humphrey Bogart ou des Marx Brothers…).

Mais ces travaux ne le rapprochent guère de la carrière à laquelle il aspire. L'idée d'écrire des romans lui apparaît alors comme une nécessité car il pense que, ses livres publiés, le cinéma s'y intéressera peut-être. Il considère en ce sens l'écriture de son premier roman comme un point de passage obligé vers le cinéma.

Œuvres romanesques (années 1970) Manchette se tourne vers le roman noir et apprécie l'écriture « behavioriste » ou comportementaliste qui est également appréciée par le romancier américain Dashiell Hammett. Dans ce style d'écriture, seuls les comportements, les actes et les faits sont décrits mais presque jamais les sentiments et les états d'âme. Il appartient au lecteur de tirer la vision d'ensemble et d'entendre, par-delà les mots, ce qui n'a pas été dit.

Ayant adressé son premier manuscrit, L'Affaire N'Gustro, aux éditions Albin Michel fin 1969, il se voit orienté par l'éditrice et écrivaine Dominique Aury vers la collection Série noire que dirige Marcel Duhamel aux éditions Gallimard. Son travail y est accueilli avec intérêt, mais on lui demande des retouches ; il les exécute dans les mois qui suivent, tout en travaillant sur un autre roman en collaboration. Neuf des onze romans de Manchette seront édités dans la Série noire.

En paraît ainsi un premier roman, Laissez bronzer les cadavres !, écrit à quatre mains avec Jean-Pierre Bastid, puis deux mois après, un second, L'Affaire N'Gustro....

Ces livres marquent le coup d'envoi de ce que Manchette lui-même baptisera par la suite le « néo-polar », genre en rupture radicale avec la Série noire française des . En s'appuyant sur la pensée situationniste, Manchette utilise la forme du roman policier comme tremplin à la critique sociale : le roman noir renoue ici avec sa fonction originelle. Pour François Guérif Le pittoresque de Pigalle et de ses truands cède la place à la France moderne des , avec son contexte politique et social spécifique. Cette tendance s’affirme clairement dans L'Affaire N'Gustro, récit directement inspiré de l’enlèvement, en 1965 à Paris, de Mehdi Ben Barka, leader de l’opposition marocaine, par les services de sécurité marocains avec la complicité du pouvoir français.

En 1972, Manchette publie Ô dingos, ô châteaux !, roman dans lequel une jeune nurse et un garçonnet, fils de milliardaire, sont pourchassés par un tueur psychopathe et ses complices. Cette poursuite ponctuée d'éclats de violence est aussi l'occasion d'une peinture au noir de la société de consommation. Le roman obtiendra le grand prix de littérature policière 1973.

En 1972 également paraît Nada qui relate l’enlèvement d’un ambassadeur américain par un petit groupe d'anarchistes, puis la destruction de ce groupe par la police. Dans ce livre, le plus directement politique de Manchette, l'auteur se penche sur l'erreur que représente le terrorisme d'extrême gauche : déclare le personnage central, Buenaventura Diaz .. Le roman est adapté au cinéma par Claude Chabrol.

Dans son Journal 1966-1974, Manchette écrit, le dimanche , à propos de Nada :

Après l'exercice de style que constitue L'Homme au boulet rouge, en collaboration avec Barth Jules Sussman, amusante novélisation d’un scénario de western américain, viennent deux romans utilisant le personnage d'Eugène Tarpon, Morgue pleine et Que d'os !. Tarpon est un détective privé à la française, ancien gendarme responsable de la mort d'un manifestant et rongé par le remords, qui jette sur le monde un regard désabusé et se trouve mêlé à des affaires fort embrouillées.

En 1976 paraît Le Petit Bleu de la côte ouest, qui suscite à sa sortie des articles de presse revenant sur « le malaise des cadres » dans les sociétés libérales. Dans ce livre, Georges Gerfaut, cadre commercial, témoin d’un meurtre, devient à son tour la cible des assassins. Il abandonne abruptement sa famille et sa vie trop parfaite avant de rentrer au bercail, une fois ses poursuivants éliminés, car au fond, il ne sait que faire d'autre. Jalonné de références au jazz West Coast et rempli de morceaux de bravoure, ce roman reste l'un des chefs-d'œuvre de Manchette.

Vient ensuite Fatale, l'histoire d'Aimée Joubert, une tueuse à gages fragile qui affronte les notables d'une petite ville côtière. Le livre, refusé par la Série noire pour manque d'action, paraît hors collection chez Gallimard. Manchette explique qu’il a tenté dans ce « roman expérimental » de mettre en parallèle la dégradation idéologique du marxisme à la fin du et la décadence du style flaubertien à la même époque, et précise que

En 1981, dans La Position du tireur couché, nouvelle expérience radicale d'écriture behavioriste à partir d'un thème classique, Martin Terrier, jeune tueur à gages désireux de prendre sa retraite, est de nouveau victime du monde qui l'entoure. Sa tentative de retour au pays tourne court, et son image d’aventurier se dégrade à mesure qu’il perd sa maîtresse, son argent, son ami, son adresse au tir. Ce roman est adapté une première fois au cinéma en 1982 sous le titre Le Choc avec Alain Delon dans le rôle principal. Il est adapté une deuxième fois en 2015 sous le titre de avec Sean Penn et Javier Bardem.

Après 1981 Dans les années qui suivent, cependant qu'il est régulièrement identifié par la presse comme le père spirituel du courant néo-polar, Manchette ne publie plus de romans, mais il continue à écrire pour le cinéma ou la télévision, à traduire et à rédiger ses chroniques sur le roman policier. Il pense avoir conclu un cycle avec son dernier roman, qu'il conçoit comme une « fermeture » de son travail sur le champ du roman noir. Manchette explique dans une lettre de 1988 à un journaliste :

À partir de 1996, après sa mort, paraissent plusieurs ouvrages qui témoignent de son activité durant les années où il n'a pas publié, en particulier le roman inachevé La Princesse du Sang, thriller planétaire entamé en 1989, qui devait marquer le début d'un nouveau cycle romanesque intitulé Les gens du Mauvais Temps et voir s'ouvrir une autre phase de la carrière de Manchette, tournée vers une relecture sur le mode romanesque de l'histoire contemporaine depuis l'après-guerre.

Travaux pour le cinéma En 1971, Manchette enquête avec Jean-Pierre Bastid sur l'enlèvement de Mehdi Ben Barka..

À partir de 1973, Manchette travaille régulièrement pour le cinéma comme adaptateur, scénariste et dialoguiste. Parmi ses travaux, Nada (Claude Chabrol, 1973) adapté de son propre roman, L’Agression (Gérard Pirès, 1974), L'Ordinateur des pompes funèbres (Gérard Pirès, 1976), La Guerre des polices (Robin Davis, 1979), Trois Hommes à abattre (Jacques Deray, 1980), Légitime Violence (Serge Leroy, 1982), La Crime (Philippe Labro, 1983).

En 1974, il travaille avec Abel Paz, Raoul Vaneigem et Mustapha Khayati sur un projet de film portant sur la Révolution sociale espagnole de 1936 et la vie de Buenaventura DurrutiJean-Patrick Manchette, Romans noirs, coll. Quarto, Gallimard, 2005 (page 1307)..

Par ailleurs, plusieurs de ses romans sont portés à l'écran, dont trois pour Alain Delon, mais après Nada qui ne le satisfait pas entièrement, Manchette refuse de travailler sur ces adaptations. En effet, Claude Chabrol coupe au montage une phrase du communiqué du groupe Nada où sont attaqués le Parti communiste et L'Humanité. Manchette estime que le message du roman est dénaturé et il désavoue le filmJean-Patrick Manchette, Romans noirs, coll. Quarto, Gallimard, 2005 (page 1306)..

Il considère la vente de ses droits au cinéma comme le moyen de financer son activité d'auteur. Son intérêt pour l'écriture cinématographique et son sens du dialogue l'amènent toutefois à se trouver sollicité pour de nombreux projets de films d'un intérêt très inégal, souvent adaptés d'autres auteurs de romans noirs (William Irish, Hillary Waugh, Wade Miller, etc). Il écrira ainsi un grand nombre de sujets et de scénarios sur commande, dont beaucoup ne verront pas le jour. Il travaille occasionnellement pour la télévision, par exemple à la collection de fictions TV « Série Noire » au début des années 1980, écrivant deux téléfilms de la série et presque tous les textes de présentation des épisodes, dits par le comédien Victor Lanoux qui incarne un détective privé.

Autres travaux littéraires La traduction est une activité que Manchette juge noble et qu'il pratique tout au long de sa vie : entre 1970 et 1995, il signe au total une trentaine de traductions, parmi lesquelles des romans de Donald E. Westlake, Robert Littell, Robert Bloch ou Margaret Millar, plusieurs titres de Ross Thomas ainsi que le comic Watchmen.

Il s'est aussi essayé au scénario de bande dessinée avec l'album Griffu, réalisé avec Jacques Tardi, au récit pour la jeunesse ; il a écrit des préfaces, des notes de lecture, des nouvelles et une pièce de théâtre.

Parallèlement à ses romans et à ses travaux pour le cinéma, Manchette a également tenu un abondant journal intime de 1965 à 1995, qui forme au total un ensemble de plus de cinq mille pages manuscrites.

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