La maladie à corps de Lewy (MCL), précédemment démence à corps de Lewy (DCL), est un type de maladie neurodégénérative et multidimensionnelle qui fut considérée comme une démence partageant des caractéristiques avec la maladie d'Alzheimer et la maladie de Parkinson.

Plus précisément, ce sont la maladie d'Alzheimer et la maladie de Parkinson qui partagent des caractéristiques avec la MCL, rendant difficile le diagnostic de cette dernière, qui est souvent confondue avec l'une ou avec l'autre. Un patient atteint de la maladie de Parkinson ou d'un syndrome parkinsonien peut aussi développer une MCL en parallèle (risque environ quatre fois plus important dans ce cas). Et un patient atteint de la maladie d'Alzheimer peut également développer une MCL en parallèle.

La MCL se manifeste par des troubles cognitifs d'évolution progressive et fluctuante, qui peuvent être associés à un (MCL possible) ou deux (MCL probable, c'est-à-dire avec une certitude de 98,3 %) symptômes dits cardinaux parmi ces quatre : des hallucinations le plus souvent visuelles ; des troubles du comportement en sommeil paradoxal (TCSP) ; des fluctuations cognitives et de vigilance ; un syndrome extrapyramidal, appelé aussi syndrome parkinsonien.

De toutes les maladies répertoriées par le corps médical avec dysfonctionnement neurocognitif, psychiatrique et comportemental, y compris celles incluant les hallucinations comme la paranoïa et la schizophrénie, la MCL serait la plus lourde et la plus sévère. Elle réunit aussi souvent les caractéristiques et manifestations de toutes les autres maladies neurocognitives, appelées anciennement démences.

Elle s'accompagne aussi de nombreux troubles psychomoteurs, et comme pour la maladie de Parkinson ou les syndromes parkinsoniens, les malades sont habituellement atteints de dysautonomie dès le début de la maladie (signes souvent précurseurs). Si l'intitulé de cette maladie attire l'attention sur les symptômes cognitifs et comportementaux, les signes anciennement et parfois encore usuellement regroupés sous le nom de démence ne sont pas la seule manifestation de la MCL. Cette maladie est polymorphe et recouvre un certain nombre de dysfonctionnements corporels.

La MCL est anatomiquement caractérisée par la présence de corps de Lewy, constitués d'amas d'alpha-synucléine et d'ubiquitine, dans les neurones du cerveau. Le traitement est uniquement symptomatique.

Le terme de maladie peut être privilégié, à la fois en raison des connotations éventuellement inappropriées de l'idée de démence et parce qu'un intitulé plus général englobe de façon plus juste l'ensemble des implications.

Histoire Frederic Lewy (1885-1950) a été le premier à découvrir les dépôts anormaux de protéines caractéristiques de cette pathologie, nommés corps de Lewy, au début des années 1910.

La première description de la MCL a été faite en 1961 à propos de deux cas clinicopathologiques de « démence progressive et quadriplégie en flexion » associée à des « inclusions circonscrites, polychromes, argyrophiles » dans le cortex cérébral (les corps de Lewy corticaux).

La MCL a commencé à être diagnostiquée dans le milieu des années 1990 avec la découverte de la coloration de l'alpha-synucléine qui mettait en évidence les corps de Lewy dans le cortex des sujets autopsiés. Découverte récemment, la MCL n'était pas reconnue dans le DSM- de 1994 mais est répertoriée dans le DSM--TR puis dans DSM-5, (Manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux) comme un trouble neurocognitif majeur ou léger à corps de Lewy. Les démences à corps de Lewy sont classées par l'OMS dans sa CIM-11, la Classification statistique internationale des maladies et des problèmes de santé connexes, au chapitre 06, comme troubles neurodéveloppementaux, code 6D82.

La première conférence de consensus concernant la démence à corps de Lewy date de 1996 ; les critères diagnostiques y ont été précisés. Ils ont été revus en 2017 et définis en 2020 pour le stade prodromal qui correspond au premier stade de la maladie.

Causes Les causes de la maladie à corps de Lewy (MCL) sont mal connues, mais un lien avec le gène a été décrit. Comme pour la maladie de Parkinson et d’Alzheimer, la plupart des cas de MCL apparaissent sporadiquement. Il n'y a pas de raison de penser que le caractère héréditaire soit fort. Il n’existe pas de test génétique permettant de déterminer si un individu développera une MCL et, selon la Lewy Body Dementia AssociationLa "Lewy Body Dementia Association" est une association nord-américaine d'aide aux patients https://www.lbda.org/, les tests génétiques ne sont pas systématiquement recommandés car il n’existe que de rares cas de MCL héréditaire. Comme pour la maladie d'Alzheimer, le risque de MCL est augmenté par transmission de l'allèle ε4 de l'apolipoprotéine E (APOE), mais cette augmentation du risque pourrait être en lien avec la maladie d'Alzheimer, à laquelle la MCL est fréquemment associée. D'autres gènes semblent impliqués comme le LRRK2, le GBA ou le SNCA.

Le rôle des inclusions de Lewy comme cause ou conséquence de la maladie n'est pas établi. Il est des cas où la présence de ces corps n'est corrélée avec aucun symptôme.

Anatomopathologie

300px|droite|vignette|Macrophotographies des régions de la substance noire d'un patient montrant des corps de Lewy sous différents grossissements. La maladie à corps de Lewy (MCL) est caractérisée par le développement dans tout le cerveau d'inclusions cytoplasmiques de protéines alpha-synucléine, les corps de Lewy . Ces inclusions sont proches des classiques corps de Lewy retrouvés en sous-cortical dans la maladie de Parkinson. On observe une perte des neurones producteurs de dopamine dans la substance noire proche de celle constatée dans la maladie de Parkinson, et une perte des neurones produisant l'acétylcholine proche de celle constatée dans la maladie d'Alzheimer. Des séries autopsiques ont montré que la MCL était souvent concomitante avec des lésions retrouvées dans la maladie d'Alzheimer, surtout avec des atteintes de l'hippocampe : plaques séniles avec dépôts de protéines bêta-amyloïdes et dégénérescences granulovacuolaires (dépôts granuleux à l'intérieur des neurones de l'hippocampe avec une zone plus claire autour). Les enchevêtrements neurofibrillaires (protéines tau anormalement phosphorylées) sont moins fréquents dans la MCL, bien que décrits. Des anomalies des astrocytes ont aussi été décrites.

La MCL est une maladie à part entière. Elle s'associe fréquemment à la maladie d'Alzheimer dans environ la moitié des cas. Contrairement à la maladie d'Alzheimer, le cerveau examiné grossièrement peut sembler normal, sans signe visible d'atrophie.

Diagnostic Clinique Le diagnostic de la maladie à corps de Lewy (MCL) s'appuie sur les recommandations de la conférence de consensus de 2017 et de 2020 pour le stade prodromal ou prodromique.

Les symptômes pouvant évoquer le diagnostic de MCL sont : une atteinte des fonctions cognitives associée à une perte d'autonomie ; ainsi qu'au moins 1 (MCL possible) à 2 (MCL probable) des symptômes suivants : des fluctuations du fonctionnement cognitif et de la vigilance, car même si l'involution de l'état neuropsychique est plus rapide que dans la maladie d'Alzheimer, les variations au cours de la même journée peuvent être plus fortes, un syndrome extrapyramidal (souvent associé au signe de Babinski, à l'altération des réflexes) avec au moins un symptôme parmi ces trois : lenteur physique (ou akinésie), rigidité, tremblement. Les tremblements sont cependant moins fréquents que dans la maladie de Parkinson, des hallucinations essentiellement visuelles (retrouvées chez 75 % des patients), parfois auditives ou encore olfactives — ce sont souvent des visions de personnes ou d'animaux, des paramnésies réduplicatives et d'autres troubles de la perception (double vision) ou de l'interprétation ; les personnes affectées peuvent considérer ces hallucinations comme normales ou au contraire les critiquer, il semble courant qu'elles en reconnaissent le caractère inhabituel (hallucinose), un syndrome de Capgras (ou délire d'illusion des sosies) (plutôt rare) : la personne malade est convaincue que son aidant a été remplacé par un sosie. Elle est anxieuse face à cet intrus et s'inquiète de la santé de son aidant qui a été remplacé, des troubles du comportement en sommeil paradoxal (TCSP) : le patient pourra décrire des cauchemars ou des rêves vivaces. Les proches décriront le fait que la personne a tendance à vivre ses rêves, elle peut aussi avoir parmi des réactions physiques et verbales un comportement agressif et ne plus pouvoir dormir avec son conjoint ou sa conjointe de ce fait ; lorsque le cas se présente, une intolérance aux neuroleptiques et apparentés (antiémétiques) avec risque d'une forme de catatonie proche du syndrome malin des neuroleptiques ; une apparition de troubles moteurs et cognitifs dans la même année ; un problème d'équilibre corporel, un maintien postural raide de type parkinsonien, des chutes répétées.

La MCL a un profil neuropsychologique différent de la maladie d'Alzheimer : syndrome sous-corticofrontal avec un ralentissement intellectuel et atteinte des fonctions exécutives ; troubles visuospatiaux majeurs et déficience de l'attention ; troubles amnésiques explorés par le test des 5 mots de Dubois avec un rappel libre altéré (le sujet ne parvient pas à répéter les appris précédemment de façon spontanée), mais il y a une amélioration à l'indiçage (indices sémantiques donnés au sujet, permettant de tester l’encodage mémoriel, exemple : « Quel était le nom de la boisson ? » pour le mot limonade). Ce trouble est parfois absent en début de maladie. Dans la maladie d’Alzheimer, le rappel libre est fortement altéré et n’est pas amélioré par les indices sémantiques ; retentissement sur l'autonomie ; troubles du comportement alimentaire et fluctuations de la masse corporelle dans un sens ou dans l'autre (souvent un amaigrissement), parfois précocement ; il peut exister des altérations du goût et de l'odorat, notamment un déficit, parfois associé aux hallucinations atypiques (non visuelles), voire une agueusie et une anosmie, dont la personne ne se plaint pas systématiquement et qui aggravent souvent les troubles des conduites alimentaires, avec une perte d'appétit plus précoce et intense que dans la maladie d'Alzheimer, signes analogues à ce qui est observé dans la maladie de Parkinson ; pas de syndrome aphaso-apraxo-agnosique. Comme l'avolition, l'apathie et l'amimie le suggèrent, il existe souvent parmi les conséquences d'ordre neuropsychiatrique une dépression caractérisée, ce qui peut s'imbriquer avec le fait que les profils anxio-dépressifs et traumatisés en amont sont plus sensibles aux démences, tout cela d'autant que l'environnement social en favorise le développement. Mais chez les personnes qui n'ont jamais eu de profil dépressif, l'apparition d'un trouble atypique et tardif de l'humeur après la cinquantaine, y compris en l'absence de facteurs environnementaux précis, peut être une première alerte évocatrice du diagnostic. Les hallucinations visuelles peuvent aggraver cette détresse en confrontant l'esprit à des situations effrayantes, complexes et détaillées impliquant des personnes et des animaux existants et reconnaissables, liées à des faits réels et à un passé traumatique.