Alexandre Konstantinovitch Glazounov, Aleksandr Konstantinovič Glazunov; ; (en russe : Алекса́ндр Константи́нович Глазуно́в), né le Ancien style 29 juillet 1865 à Saint-Pétersbourg et mort le à Neuilly-sur-Seine, est un compositeur russe, professeur de musique et chef d'orchestre de la fin de la période romantique russe.

Glazounov a été directeur du conservatoire de Saint-Pétersbourg de 1905 à 1928, et a également contribué à la réorganisation de l'institut à différentes époques (Conservatoire de Pétrograd, puis de Léningrad après la révolution bolchévique). Il a continué à diriger le Conservatoire jusqu'en 1930, bien qu’il ait quitté l'Union soviétique en 1928, et n’y revint pas. L'élève le plus illustre de l’institut sous son mandat au début des années soviétiques était Dmitri Chostakovitch. Glazounov est significatif en ce qu'il réussit à concilier le nationalisme et le cosmopolitisme dans la musique russe. Désigné comme l’héritier direct du nationalisme de Balakirev, il tendait plus vers la grandeur épique de Borodine tout en absorbant un certain nombre d'autres influences, parmi lesquelles la virtuosité orchestrale de Rimski-Korsakov, le lyrisme de Tchaïkovski et l'habileté contrapuntique de Taneïev. Des compositeurs plus jeunes, tels que Prokofiev et Chostakovitch, ont finalement considéré sa musique comme étant démodée, tout en admettant qu'il restait un compositeur à la stature imposante, et le créditant d’une influence stabilisatrice dans une période de transition et de bouleversements Schwarz, New Grove, 939–940..

Biographie Prodige Glazounov est né à Saint-Pétersbourg, fils d'un riche éditeur. Il a commencé à étudier le piano à l'âge de neuf ans et à composer à onze ans. Mili Balakirev, ancien chef du groupe des Cinq, reconnaît le talent de Glazounov et montre ses compositions à Nikolaï Rimski-Korsakov.

« Incidemment, Balakirev m'a un jour apporté la composition d'un étudiant de quatorze ou quinze ans, Alexandre Glazounov », se souvint Rimski-Korsakov. « C’était une partition d'orchestre écrite de façon enfantine. Le talent du garçon était indubitablement clair. »Rimsky-Korsakov, 230–231. Balakirev l'a présenté à Rimski-Korsakov peu de temps après, en . Rimski-Korsakov créa cette œuvre en 1882, quand Glazounov avait 16 ans. Borodine et Stassov, entre autres, ont généreusement loué l'œuvre et son compositeur.

Rimsky-Korsakov a donné des cours privés à GlazounovRimsky-Korsakov, 231.. « Son développement musical progressait non pas de jour en jour, mais littéralement d’heure en heure », écrit Rimski-Korsakov La nature de leur relation a également changé. Au printemps de 1881, Rimski-Korsakov considérait Glazounov plus comme un jeune collègue qu'un étudiant Taylor, 4.. Si une part de cette appréciation provient sans doute du besoin qu’éprouvait Rimski-Korsakov de trouver un remplaçant spirituel à Modeste Moussorgski qui était mort en mars, elle peut aussi avoir été provoquée par l’observation de ses progrès sur la première des huit symphonies achevées de Glazounov (il laissa une neuvième inachevée à sa mort).

Un mentor et mécène : Mitrofan Belaïev thumb|left|upright|Portrait de Mitrofan Belaïev par Ilia Répine (1886)

Au-delà de cet éloge, il y avait parmi les admirateurs de ses œuvres, un riche propriétaire d'une grande entreprise de bois et musicien amateur, Mitrofan Belaïev.

C’est Anatoli Liadov qui fit découvrir à Belaïev la musique de Glazounov Volkov, Saint Petersburg, 349. et Belaïev se prit d'un vif intérêt pour l'avenir musical de l'adolescentRimsky-Korsakov, 274., avant d’étendre celui-ci pour tout un groupe de compositeurs nationalistes.

Belaïev emmena Glazounov en voyage en Europe occidentale en 1884. Glazounov rencontra Liszt à Weimar, où sa Première Symphonie fut créée.

Aussi en 1884, Belaïev loua une salle et engagea un orchestre pour jouer la Première Symphonie de Glazounov, plus une suite orchestrale que ce dernier venait de composerRimsky-Korsakov, 275..

Fort du succès de la répétition, Belaïev décida la saison suivante de donner un concert public d'œuvres de Glazounov et d'autres compositeursRimsky-Korsakov, 278.. Ce projet s’est développé avec les Concerts symphoniques russes, qui furent inaugurés au cours de la saison 1886-1887Rimsky-Korsakov, 279, 281..

En 1885, Belaïev fonda sa propre maison d'édition à Leipzig, en Allemagne, en publiant d'abord la musique de Glazounov, Liadov, Rimski-Korsakov et Borodine à ses propres frais. De jeunes compositeurs commencèrent à faire appel à son aide. Pour l’aider à choisir parmi leurs offres, Belaïev demanda à Glazounov de former avec Rimski-Korsakov et Liadov un conseil consultatif Maes, 173.. Ce groupe de compositeurs qui s’est formé s’est finalement fait connaître sous l’appellation de « Cercle Belaïev ».

Célébrité

Glazounov devait rapidement bénéficier d’une renommée internationale. Il subit une crise de créativité en 1890-1891, une période dont il sortit avec une nouvelle maturité. Pendant les années 1890, il écrivit trois symphonies, deux quatuors à cordes et un ballet. Quand il fut nommé directeur du Conservatoire de Saint-Pétersbourg en 1905, il était à l’apogée de sa puissance créatrice. Sa huitième symphonie et son concerto pour violon sont considérés comme les meilleures œuvres de cette période. Ce fut aussi la période de son plus grand succès international. Il a dirigé le dernier des Concerts Russes Historiques à Paris le , et a reçu la distinction honorifique de Doctor of Music des universités d'Oxford et de Cambridge. Il y eut aussi des cycles de concerts d’ « intégrale Glazounov » à Saint-Pétersbourg et Moscou pour célébrer son anniversaire en tant que compositeur Schwarz, New Grove, 938–939..

Chef d'orchestre

Glazounov a fait ses débuts à la direction d’orchestre en 1888. L'année suivante, il a dirigé sa Deuxième Symphonie à Paris à l'Exposition universelle Schwarz, New Grove, 938.. Il a été nommé chef d'orchestre des concerts symphoniques russes en 1896. En mars de cette année, il a dirigé la première de l'ouverture L'Orage, l’opus posthume du jeune élève Tchaïkovski Tchaikovsky Research. En 1897, il a dirigé la première désastreuse de la symphonie nº 1 de Rachmaninov. Ceci provoqua une dépression chez Rachmaninov qui dura trois années. La femme du compositeur prétendit par la suite que Glazounov semblait être ivre à l'époque de la première. Bien que cette affirmation ne pût être confirmée, elle n’est pas improbable de la part d’un homme qui, selon Chostakovitch, gardait une bouteille d'alcool cachée derrière son bureau, et sirotait à travers un tube pendant les cours Norris, New Grove, 709..

Ivre ou non, Glazounov ne bénéficia pas de suffisamment de temps pour la répétition de cette symphonie, et, bien qu'il adorât diriger, il n'a jamais totalement maîtrisé cet art. De temps à autre, il dirigeait ses propres compositions, en particulier le ballet Raymonda, même s’il n’ignorait pas qu'il avait peu de talent pour cela. Il lui arrivait de plaisanter à ce sujet : « Vous pouvez critiquer mes compositions, mais vous ne pouvez pas nier que je sois un bon chef d’orchestre, et un directeur de conservatoire remarquable. » Volkov, Saint Petersburg, 351.

Malgré les privations dont il a souffert au cours de la Première Guerre mondiale et de la guerre civile russe qui a suivi, Glazounov est resté actif comme chef d'orchestre. Il a dirigé des concerts dans des usines, des clubs et des postes de l'Armée rouge. Il a joué un rôle de premier plan dans la participation de la Russie en 1927 au centenaire de la mort de Beethoven, à la fois comme conférencier et chef d'orchestre. Après avoir quitté la Russie, il a organisé et dirigé une soirée de ses œuvres à Paris en 1928. Elle a été suivie par des engagements au Portugal, en Espagne, en France, en Angleterre, en Tchécoslovaquie, en Pologne, aux Pays-Bas et aux États-Unis Schwarz, New Grove, 939..

Conservatoire

En 1899, Glazounov est professeur au Conservatoire de Saint-Pétersbourg. À la suite de la révolution russe de 1905, du licenciement puis de la réembauche de Rimski-Korsakov la même année, Glazounov en devient le directeur. Il le resta jusqu'aux événements révolutionnaires de 1917, qui culminèrent le . Nicolas Slonimsky, qui le rencontre alors, le décrit comme . Son Concerto pour piano en si majeur, Op. 100, qu’il a dirigé, est créé à Petrograd après ces événementsNotes d'accompagnement à Ruggiero Ricci VOX enregistrement du concerto pour violon en la mineur, Op. 82. Une fois la Première Guerre mondiale achevée, il a contribué à la réorganisation du Conservatoire, ce qui peut, en fait, constituer la raison principale pour laquelle il a attendu si longtemps avant de s’exiler. Pendant son mandat, il a travaillé inlassablement pour améliorer le programme d'études, relever le niveau des étudiants et du personnel, ainsi que défendre la dignité et l'autonomie de l'institut. Parmi ses réalisations figurent un studio d'opéra et un orchestre philharmonique des étudiants.

Glazounov a faisait preuve de paternalisme envers des étudiants nécessiteux, comme ont pu l’être Dmitri Chostakovitch ou Nathan Milstein. Il examinait personnellement des centaines d'étudiants à la fin de chaque année scolaire, rédigeant de brèves observations sur chacun.

Alors que la sobriété de Glazounov pouvait être mise en cause, son prestige ne le pouvait pas. En raison de sa réputation, le Conservatoire a reçu un statut spécial au sein des institutions d'enseignement supérieur à la suite de la révolution d'Octobre. Glazounov établit de bonnes relations avec le régime bolchévique, particulièrement avec Anatoli Lounatcharski, le ministre de l'éducation. Néanmoins, le conservatisme de Glazounov fut attaqué au sein du Conservatoire et les professeurs exigeaient de plus en plus des méthodes plus progressives, et les étudiants demandaient davantage de droits. Glazounov perçut ces exigences à la fois comme destructrices et injustes. Lassé du Conservatoire, il profita d’un voyage à l'étranger en 1928 pour les célébrations du centenaire de Schubert à Vienne pour ne pas revenir. Maximilian Steinberg dirigea le Conservatoire en son absence jusqu'à la démission finale de Glazounov survenue en 1930.

Exil

Glazounov a visité l'Europe et les États-Unis en 1928 Notice biographique, et s'est installé à Paris en 1929. Il a toujours prétendu que la raison de son absence prolongée de Russie était due à sa « mauvaise santé ». Cela lui permit de rester un compositeur respecté en Union soviétique, contrairement à Stravinsky et Rachmaninov, qui l’avaient quittée pour des raisons peut-être identiques mais avouées. En 1929, il dirige un orchestre de musiciens parisiens dans le premier enregistrement intégral complet des Saisons. En 1934, il compose son concerto pour saxophone, une œuvre virtuose et lyrique pour saxophone alto Ewen, page cite needed..

Origines familiales et vie privée Alexandre Glazounov est le fils aîné de Konstantin Ilitch Glazounov (1828-1914) éditeur de livres et amateur de musique et d'Elena Pavlovna Glazounova, née Touryguine (1846-1925) pianiste elle aussi. Le couple a quatre enfants : Alexandre, Elena , Mikhaïl et Dimitri.

Son oncle Ivan Ilitch Glazounov fut maire de Saint-Pétersbourg de 1881 à 1885. Son frère Dimitri Glazounov devint entomologiste.