L'église Saint-Martin est une église catholique paroissiale située à Breuil-le-Vert, dans le département de l'Oise, en France. C'est une église atypique composée d'une large nef unique ouvrant à l'est sur les deux vaisseaux d'un grand chœur au chevet plat, et d'une chapelle avec abside à pans coupés au sud des deux premières travées du chœur. De l'église primitive de la fin du , subsistent encore les grandes arcades bouchées au sud de la nef, également visibles depuis l'extérieur en raison de la démolition du bas-côté sud au début du , où à une époque antérieure. Pour le reste, la nef date du début du , mais n'a reçu sa configuration actuelle, avec des voûtes d'ogives en briques et plâtre, qu'en 1870 / 1872. Le chœur est en revanche un complexe assez homogène de la première moitié du , qui ne compte qu'un unique niveau d'élévation, mais se prévaut d'une architecture gothique de bon niveau. La deuxième travée du sud sert de base au clocher en bâtière, qui représente l'élément le plus intéressant à l'extérieur. Les deux dernières travées des deux vaisseaux présentent des supports amincis, et forment un chœur-halle carré. L'église Saint-Martin a été classée monument historique par arrêté du .. Elle est aujourd'hui affiliée à la paroisse de la Miséricorde Divine en Clermontois . Page sur le site internet du diocèse de Beauvais : https://oise.catholique.fr/paroisses/paroisse-clermontois/.
Localisation
L'église Saint-Martin est située en France, en région Hauts-de-France et dans le département de l'Oise, dans la vallée de la Brêche, la « Vallée dorée », au sud-est de Clermont, sur la commune de Breuil-le-Vert, au bourg, rue du Marais, dans l'enclos du cimetière. Celui-ci précède la façade occidentale, tournée vers la rue, et borde l'élévation septentrionale. Au nord, le cimetière est délimité par la rue Saint-Martin, et à l'est, par l'impasse des Écoles, qui passe devant le chevet de l'église, puis aboutit sur une propriété privée. Au sud, l'église est enclavée dans la ferme du Prieuré, qui succède au prieuré de l'abbaye Saint-Germer-de-Fly dissout en 1760. Une étroite impasse correspondant à l'emplacement de l'ancien bas-côté sud permet toutefois de passer entre la nef et le mur de la ferme et d'atteindre le mur occidental de la chapelle latérale sud, dont l'abside est visible depuis l'impasse des Écoles.
Historique Les origines thumb|left|L'ancien prieuré, aujourd’hui exploitation agricole.
Jusqu'au , Clermont est surtout un château, avec très peu de territoire. En revanche, les comtes de Clermont ont des possessions autour de leur château. Le village de Breuil-le-Vert compte parmi elles. Sa première mention figure dans une charte émise par le comte Hugues de Clermont en 1099 ou 1100. Par cette charte, Hugues donne la paroisse de Breuil-le-Vert (c'est-à-dire, le village) et son église à l'abbaye Saint-Germer-de-Fly. Cette donation fait suite à une réclamation qu', évêque de Beauvais, avait adressée au comte : le curé nommé par ses soins s'était montré trop négligent dans l'exercice de son ministère. D'emblée, le territoire de Breuil-le-Vert est très étendu, et composé de plusieurs hameaux : Béthencourtel, Rotheleux, la Croix de Creil, Cannetecourt, Lierval, Giencourt, avec une population de vignerons et de maraîchers. Le nombre considérable d'habitants justifie une église assez vaste, qui est alors en construction ou vient d'être achevée. Dédiée à saint Martin, elle relève du doyenné et de l'archidiaconé de Clermont sous tout l'Ancien Régime. En 1145 ou 1147, le comte Renaud II confirme la donation faite par son père, et y ajoute une terre devant la cour, un vivier, un hôte avec sa masure, une exemption de cens et de coutumes, et le tonlieu de la foire Saint-Martin. Par sa bulle de 1178, le pape Alexandre III confirme à son tour la donation à l'abbaye Saint-Germer-de-Fly. Pour celle-ci, les conditions sont donc favorables pour la fondation d'un prieuré. Cette fondation est accomplie au cours des années qui suivent. Le prieuré devient le curé primitif de la paroisse, mais dans les faits, le service paroissial est en grande partie assuré par un prêtre séculier rémunéré par le prieuré, qui a le titre de vicaire perpétuel. Le prieur lui-même est tenu à célébrer la grand-messe et vêpres les dimanches et jours de fête, et le curé lui assiste alors en tant que diacre..
Les campagnes de construction de l'église thumb|Chapiteaux du des grandes arcades romanes.
L'église qui existe à la fin du est de plan basilical, comme la Basse-Œuvre de la cathédrale de Beauvais, Cinqueux, Montmille (primitivement), Rhuis, Sacy-le-Grand, Saint-Rémy-l'Abbaye, et un grand nombre d'églises romanes du Laonnais et du Soissonais. Ce fait est prouvé par l'existence de quatre grandes arcades bouchées au sud de la nef. Le décor géométrique très particulier de leurs chapiteaux indique le tout début de l'art roman, et est assez unique dans la région.. Ils évoquent la collégiale Saint-Hildevert de Gournay-en-BrayBulletin de l'association de sauvegarde de l'église Saint-Martin de Breuil-le-Vert (SMBLV), numéro spécial du 16 mai 2010.. L'existence ancienne d'un transept semble également démontré par un contrefort plat roman au sud de la chapelle latérale, et par les traces d'un raccord sur un mur antérieur dans l'angle nord-ouest du collatéral nord du chœur. Conformément à la tradition dans la région, la croisée du transept servait probablement de base au clocher. Les grandes arcades et leurs chapiteaux seront décrits ci-dessous (voir le chapitre Nef). En l'absence d'autres vestiges conservés en élévation ou de fouilles archéologiques, il n'est pas possible d'apporter d'autres précisions sur l'église romane.
Vers la fin du , à la première période gothique, le croisillon sud roman est revoûtée, et transformée en chapelle par l'adjonction d'une seconde travée avec abside polygonale à l'est. L'on peut raisonnablement penser que la création de cette chapelle fait écho à la fondation du prieuré (et qu'elle accueille les offices des Heures des moines, peu nombreux). Au début du , le reste du transept roman, le chœur et le clocher, sont successivement remplacés par un vaste chœur gothique de quatre travées, qui ne compte qu'un unique niveau d'élévation, mais est dédoublé par un collatéral nord de même largeur et de même hauteur. Leurs deux dernières travées forment un chœur-halle carrée de deux fois deux travées, comme à Brenouille, Laigneville, Limay, Rousseloy, etc. Comme l'indique l'élévation méridionale de la seconde travée, qui sert de base au clocher, il était apparemment prévu de remplacer la chapelle par un second collatéral analogue à celui du sud. En effet, un arc-doubleau élevé y est plaqué contre celui, nettement plus bas, de la chapelle. Une telle irrégularité n'existe pas dans la première travée du chœur, probablement un peu postérieure, et le projet initial est donc revu à la baisse avant la fin même de la construction..
Les remaniements au début du thumb|Clé de voûte flamboyante de la du collatéral. thumb|Plaque commémorative de la en 1521.
Sous la guerre de Cent Ans, les crises agricoles et économiques s'enchaînent, et la population est décimée par des épidémies. Le peu d'argent disponible va aux guerres ou doit servir à payer des rançons aux troupes ennemies, et l'entretien des églises est souvent négligée. L'église Saint-Martin semble aussi être dans ce cas, et l'on ne peut pas non plus exclure que le bas-côté nord de la nef est détruit. Au début du , le bas-côté nord est supprimé, et les grandes arcades du nord sont jetées bas, et la nef est élargie vers le nord et portée à la même largeur que le chœur et le collatéral réunis. Elle est pourvue d'une nouvelle façade, avec un portail occidental dans l'axe de l'ancienne nef, car le bas-côté sud roman est probablement conservé dans un premier temps. Un portail plus important est aménagée au nord de la troisième travée, tournée vers le village. Il a été supprimé ultérieurement, et sa baie entièrement murée au (voir ci-dessous). La nef élargie n'est pas voûtée, mais recouverte d'une charpente en carène renversée, qui est garnie d'un lambris. Dans les villages voisins, comme à Bailleval, Cambronne-lès-Clermont ou Mogneville, les nefs sont souvent restées romanes, car elles sont à la charge des fidèles sous l'Ancien Régime, alors que le chœur est à la charge des gros décimateurs, qui bénéficient de davantage de moyens pour faire effectuer des travaux de rénovation ou d'agrandissement, souvent dans le nouveau style flamboyant..
À Breuil-le-Vert, ce sont toutefois le seigneur du village, Pierre II d'Argillière, et le curé, Michel de Rimaugis, qui financent les travaux de la nef. Cette générosité peut s'expliquer par le fait qu'il soit chanoine de Clermont depuis 1467, et chanoine de Beauvais depuis 1503. Le , il fonde avec son frère Jean la chapellenie de Notre-Dame, dont le bénéfice est réservé à Nicole, fils aîné de Jean, chanoine de Beauvais depuis 1513 et bienfaiteur de l'église (c'est également lui qui fit tisser la tapisserie tirée de l'Histoire des Gaules qui est encore dans le trésor de la cathédrale de Beauvais). D'autres travaux passés sous silence par Élisabeth Bail-Dhé sont entrepris dans le collatéral nord du chœur : les trois premières voûtes sont partiellement refaites et munies de nouvelles clés de voûte flamboyantes, et les faisceaux de colonnettes engagés dans le mur sont remplacés par des culs-de-lampe du même style. Puis, Jean succède à son frère, et préside, le , à la nouvelle consécration de l'église. L'évêque de Beauvais, Louis de Villiers de L'Isle-Adam, étant trop malade pour se déplacer (il meurt dans la même année), il délègue la célébration à son neveu, Charles de Villiers de L'Isle-Adam, chanoine de Beauvais en 1498 puis archidiacre, et évêque de Limoges en 1522. Une plaque gravée dans l'église rappelle : . Une transcription de la totalité de l'inscription et de riches renseignements sur le contexte historique et la biographie des personnages impliqués se trouve chez Ernest Laurain.. La plaque commémorative de la deuxième dédicace est classée monument historique depuis le ..
La fin du prieuré et la période révolutionnaire
Dans son ouvrage, Élisabeth Bail-Dhé n'évoque pas l'histoire du prieuré, et se borne à évoquer quelques rares faits de la vie de la paroisse. Ces sujets sont en revanche étudiés par Alain Mabille. Le prieuré de l'abbaye Saint-Germer-de-Fly est supprimé bien avant la Révolution française. Dès la fin du , l'abbaye prévoit la fermeture de plusieurs prieurés, tout en conservant leurs possessions et revenus, afin de faire l'économie des frais de fonctionnement et financer ainsi la fondation d'un séminaire dans l'abbaye. Au bout d'une longue procédure, l'évêque, Étienne-René Potier de Gesvres, émet un décret définitif en 1760, qui supprime à perpétuité le prieuré et ses titres, et affectent ses revenus au collège de l'abbaye. Le prieuré est transformé en ferme, et son logis du et son colombier en subsistent à ce jour..