vignette|Imagerie typique associée au troll sur Internet, un perturbateur qui se cache derrière son ordinateur pour diffuser des controverses artificielles, notamment sur les réseaux sociaux.
En argot Internet, un troll caractérise une identité fictive cherchant l'attention par la création de ressentis négatifs, ou un comportement qui vise à générer des polémiques. Il peut s'agir d'un message (par exemple sur un forum), d'un débat conflictuel dans son ensemble. (surtout politique) ou plus couramment de la personne qui en est à l'origine. Ainsi, on désigne sous le néologisme troller le fait de créer artificiellement une controverse qui vise à irriter l'interlocuteur, aux dépens des échanges et de l'équilibre habituel de la communauté« Le troll [...] participe aux débats dans le but de perturber ceux-ci » « [...] le débat s’est focalisé sur lui pendant un certain moment, ce qui était son but. Le troll a donc pour effet de déstabiliser l’équilibre de la communauté, en poussant les gens à se détourner du sujet de discussion qui les rassemble dans ce groupe précis. » Anne Revillard, Les interactions sur l'Internet, Terrains & travaux 1/2000 (), ..
Désigner un « troll » est un jugement subjectif, cependant certains faisceaux d'indices ne trompent pas : emportement rapide dans les réponses, arguments visant les connaissances d'une personne ou elle-même.
L’argumentation caricaturale et récurrente d'un troll est une « empreinte typique du troll ». Elle est la preuve d'une mécommunication et d'une impossibilité à échanger dans la compréhension mutuelle. Le « trollage »« Le trollage est une technique consistant à empêcher le bon fonctionnement d'un forum de discussion sur Internet en parlant de sujets provocateurs [...] »Définition de trollage sur L'Internaute. présume des intentionnelles dans le but de nuire ou de se faire remarquer par les membres de la communauté.
À l'origine, le terme renvoie à une plaisanterie (« troll positif ») où le trolleur tire satisfaction d'avoir réussi à berner ses victimes, à leur avoir fait perdre du temps. Son champ s'élargit à partir des années 2010 et il peut dorénavant aussi s'appliquer à l'envoi de messages provocateurs et offensants, exacerbés par l'anonymat et la tribune que procure internet (« troll négatif »).. Cette seconde définition s'apparente au , et peut parfois mener au cyberharcèlement.
Origine du terme vignette|gauche|redresse|Une des deux origines possibles du troll sur Internet : le troll, créature monstrueuse peu amicale ou agressive issue du folklore scandinave (ici tirant la queue d'une vache).
L'usage en français du verbe « troller » ou du nom commun « troll » est un emprunt à l'argot Internet de langue anglaise. L'usage de ce terme en anglais (sur Internet) pourrait remonter aux années 1980Schwartz, Mattathias, « The Trolls Among Us », The New York Times, 2008., mais la première mention recensée daterait d'un message de 1992 sur le groupe Usenet alt.folklore.urban« Troll » dans Oxford English Dictionary, 2006..
Deux hypothèses sont généralement proposées pour l'origine de ce troll Internet. Selon la première, le mot ferait référence au troll, une créature monstrueuse peu amicale ou agressive du folklore scandinave. Ce terme serait alors emprunté au troll des langues scandinaves (notamment suédois ou norvégien), lui-même emprunté au vieux norrois ou attesté dans la littérature nordique du Moyen ÂgeTroll sur Online Etymology Dictionary ; voir aussi l'Troll#Étymologie pour détails et sources.. Au sens figuré, le désigne aussi dans les pays scandinaves un individu ayant un comportement inapproprié, violent ou agressif.
thumb|Autre origine possible : la cuillère est un leurre pour attraper le poisson à la pêche à la traîne (trolling).
Selon la deuxième hypothèse, le mot dériverait du verbe anglais « to troll » ou du mot « trolling », qui font références à des techniques de pêche à la traîne et à la cuillère. Ce verbe anglais to troll dérive peut-être du moyen français « troller, trôler », qui fait référence à des déplacements au hasard ou en vagabondant et s'applique à des techniques de chasse ou pêcheSignification du français « troller » : .. L'usage de trolling en anglais, avec le sens figuré de « chercher à provoquer des réactions », est attesté vers 1972 dans l'aviation américaine lors de la guerre du Viêt NamL'expression « trolling for MiGs » utilisée par les pilotes de l'US Navy. John Saar, « Carrier War », Life, 1972 lire en ligne..
Le substantif « troll » est un des cent cinquante nouveaux ayant fait leur entrée dans l'édition du Petit Larousse illustré.. Il y est défini comme .
Typologie des trolls vignette|Provocation, par Briton Rivière (1896). Pour Benjamin Radford, les trolls se voient comme des bouffons s'amusant à exciter leurs adversaires depuis une position inaccessibleBenjamin Radford, Bad Clowns, University of New Mexico Press, Albuquerque, 2016 .. Dans leur Encyclopédie de la Web Culture., Lecocq et Lisarelli résument synthétiquement différentes typologies du troll. Selon eux, le « troll bête », est l'internaute qui commente sans réfléchir, a tendance à prendre tout au premier degré, voire un certain penchant pour les théories complotistes. Le troll « ontologique », intelligent, est guidé par de mauvaises intentions et provoque pour faire déraper la discussion. Le troll « flatteur » ou « flagorneur » fait semblant de s’extasier. Enfin, le troll « chasseur » s'unit à d'autres pour pourrir la vie en ligne d’une victime qu’ils auront choisie, la harceler, pratiquer le stalking.
La psychologie des trolls est depuis 2014 un sujet d'étude. Une publication attribue des traits de sadisme, psychopathie et machiavélisme chez les sujets étudiés..
Dans son roman Comme un empire dans un empire, Alice Zeniter évoque les griefers, qui ruinent délibérément les parties de jeux vidéo, les pervers qui postent des dick pics, les crybabies susceptibles, menaçant à tout instant de quitter le site sans jamais le faire, les grammar nazis avides de débusquer fautes d'orthographe et de grammaire, les shitposters adeptes du copier-coller, répondant sans cesse en écho à leur interlocuteur. Les haters passent leur temps à dénigrer sur internet, les backstalkers utilisent les archives personnelles d'un internaute pour le discréditer..
À ces catégories, on peut en ajouter deux autres : Les trolls professionnels, rémunérés pour délivrer un message conçu à des fins politiques (propagande pour une idéologie, un parti, un candidat, propagande de déstabilisation politique, guerre psychologique). Le journal Libération cite le cas d'une « usine à trolls » russe où de jeunes employés auraient, entre autres, alimenté les réseaux sociaux à la suite de l'attentat contre Charlie Hebdo pour accréditer la thèse selon laquelle l'État français avait eu conscience du risque lié aux caricatures du prophète et n'en avait pas suffisamment tenu compte.. Le terme « ferme à trolls » est également utilisé dans la presse.. Un cas médiatisé en France concerne l'« armée numérique » mise en place, selon Mediapart, par le club de foot Paris Saint-Germain pour agir sur l'image du club et sur l'opinion publique ; Les trolls virtuels. Ils sont créés par des plates-formes logicielles spécialisées en création d'influence via les réseaux sociaux, comme « Ripon », incidemment révélée dans le cadre du Facebook-Cambridge Analytica/AggregateIQ par une grande quantité de code non protégé laissé sur l'internet par ses programmeurs (AggregateIQ)..
Trollage institutionnalisé Sharyl Attkisson, journaliste d'investigation, dénonce lastroturfing, ou désinformation planifiée, c'est-à-dire la tendance croissante qu'ont certains États ou organisations privées à utiliser les trolls pour manipuler l'opinion publique. Des équipes de trolls sponsorisés arrivent en meute sur un site pour écraser n'importe quel honnête discours et dénigrer n'importe qui en désaccord avec eux..
Un rapport commandité par l'Organisation du traité de l'Atlantique nord (OTAN) pointe le fait que les trolls peuvent être un outil de guerre pour démoraliser la population et/ou modeler l'opinion publique en insinuant des informations fausses, des images manipulées, des théories du complot, etc. à travers blogs, médias, réseaux sociaux et commentaires. Cela a été le cas lors de l'intervention militaire de la Russie en Ukraine..
Le scandale Facebook-Cambridge Analytica / AggregateIQ a aussi montré, qu'en outre des bots générés par une intelligence artificielle ont pu contribuer à fausser des processus électoraux ou de référendums. Cela a été par exemple le cas lors de : campagnes électorales d'américains tels que Ted Cruz, Ben Carson et surtout Donald Trump, soutenu par Steve Bannon qui considère qu'une campagne électorale doit être menée comme une guerre. et Robert Mercer., dans un contexte de montée du libertarianisme de droite et des populismes ; la campagne du référendum sur l'appartenance du Royaume-Uni à l'Union européenne qui a fait advenir le Brexit..
Usines à trolls
Plusieurs articles de presse font mention d'« usines à trolls » en Russie, la plus connue étant l'Internet Research Agency.. Celle-ci aurait été le bras armé qui aurait permis d'influencer la campagne présidentielle américaine pour favoriser l'élection de Donald Trump., en complément de la plate-forme logicielle « Ripon » décrite par le lanceur d'alerte canadien Christopher Wylie et dont une partie du code a été trouvée à jour par la société « UpGuard ».
En 2020, la campagne présidentielle américaine de Joe Biden aurait, selon le magazine américain Newsweek, bénéficié de l'appui d'usines à trolls employant de très nombreuses personnes en Inde. Chaque salarié alimentant plusieurs centaines de comptes Twitter, ce seraient des centaines de milliers de followers qui auraient gonflé artificiellement la popularité numérique du candidat et de sa colistière.. Environ de followers sont apparus en un peu plus de deux semaines en août et un des éléments troublants tient au fait que les comptes paraissent avoir été créés avec pour seul objectif de suivre le candidat, et l'enquête confirme qu'ils sont assez largement issus de petites villes d'Inde. L'enquête révèle que l'une des usines à trolls a été mise en place avant 2014 pour être active dans la campagne électorale indienne et appuyer Narendra Modi. Selon le tenancier de l'usine interrogé,
Dans une autre usine employant moins d'une dizaine de personnes, le dirigeant déclare que chacun contrôle deux à trois cents profils sur différentes plates-formes. Il donne des précisions sur ses clients : Les principaux clients sont des personnalités politiques, mais il y a aussi des célébrités et des grandes marques.
En , Twitter découvre et désactive un millier de faux comptes sur sa plate-forme, uniquement utilisés dans le but de discréditer les mouvements de protestation populaire prodémocratique à Hong Kong. Ces comptes étaient, semble-t-il, pilotés par l'État chinois dans le but d'entraver les résistants hongkongais.. La pratique en Chine est en fait beaucoup plus ancienne, avec notamment le parti des 50 centimes.
Sociologie
Pour Antonio Casilli, le trollage peut être analysé et pensé comme un acte social, étant causé par et ayant pour but de modifier des dynamiques sociales : « On est troll pour provoquer des changements dans le positionnement des individus dans les réseaux. [...] Ces trolls sont là pour faire émerger de nouveaux contenus. »..
Quand une société est attaquée par des trolls, les membres les mieux intégrés ont paradoxalement des réactions moins extrêmes que les membres plus isolés voire marginaux. Ce phénomène est expliqué par le fait que les personnes les plus riches en capital social ne sont pas beaucoup affectées à leur échelle par les petites fluctuations du champ social que sont une poignée de trolls. A contrario, pour une personne ne possédant qu'une dizaine de contacts, quelques individus malveillants peuvent suffire à durablement perturber son réseau.