La chapelle Notre-Dame, devenue église Notre-Dame en 1908, est un lieu de culte catholique du milieu du , situé à Kernascléden, dans le Morbihan, en France. Elle est considérée comme une réussite majeure de l'art gothique flamboyant de Bretagne. Arthur de La Borderie voit en elle un , la , et, dans ses peintures murales, .
Localisation
La chapelle est bâtie dans un lieu éloigné de tout centre urbain important, à la lisière de la forêt de Pontcallec. Devenue église, elle est aujourd'hui située dans le département français du Morbihan, dans la commune de Kernascléden, au chef-lieu de celle-ci, sur la route départementale 782 qui mène du Faouët à Guémené-sur-Scorff.
Historique L'ancienne chapelle
L'édifice du aurait, selon Arthur de La Borderie, remplacé une chapelle plus ancienne, bâtie au même endroit, sur un terrain donné par les ancêtres d'. Celle-ci est mentionnée en 1430 dans une bulle peu claire du pape approuvant le projet d' d'y établir deux chapelains.
, en outre, offre un terrain pour la construction d'un « hôpital » de chapelle, au sens breton du terme, c'est-à-dire d'une maison d'accueil pour les pèlerins pauvres ou handicapésCe que l'on entendait en Bretagne par « hôpital » d'une chapelle était une maison où, en fonction du surplus d'offrandes perçues pour les réparations de la chapelle, on pouvait mettre à la disposition des pèlerins pauvres, parfois handicapés, . Mémoire composé par les jésuites du collège de Quimper, vers 1670. Archives du Finistère, . — Cité par Paul Peyron, « Les églises et chapelles du diocèse de Quimper », dans Bulletin de la Société archéologique du Finistère, 1903, XXX, 140. — Cité par .. La Borderie en déduit qu'en 1430 l'ancienne chapelle est un lieu de pèlerinage important.
Construction de la chapelle du
On estime que la construction de la nouvelle chapelle a commencé un peu plus tôt, dès les années 1420, à l'initiative du vicomte (1355-1429) et de son épouse Béatrix de Clisson. L'édifice est en effet doté en 1428 dans le testament de , fille du duc de Bretagne et femme d' (vicomte de Rohan de 1429 à 1462). La Bretagne vit alors une période de prospérité économique.
La nef et le transept semblent construits en premier. On observe, à la clé de voûte de la croisée du transept, les armes du duc de Bretagne et de sa femme Jeanne de France, fille de . Jeanne est morte en 1433, ce qui donne une idée de l'avancement des travaux à cette date.
Le chœur paraît plus récent que la nef et le transept. Les clés de voûte de ses trois travées fournissent quelques indications. On y voit : dans la travée ouest, les armes de de Rohan-Guémené, qui succède en 1457 à ; dans la travée médiane, celles du fils d', , vicomte de Rohan de 1461 à 1516 ; dans la travée est, celles de , devenu duc de Bretagne en 1458.
En 1448, à court d'argent, hypothèque au profit de son cousin une châtellenie dont relève la chapelle. Paul Deschamps estime que la construction du chœur ne commence pas avant cette date.
Sur le mur du bas-côté nord du chœur figure une inscription qui nous apprend que la chapelle est dédiée à la Vierge le par Yves de Pontsal, évêque de Vannes ; et qu'en 1464 les voûtes sont achevées par les soins de P. et . Opinion que ne partage pas du tout Léon de Groër. Il rappelle qu'en Bretagne les mêmes ouvriers travaillent aux murs et aux voûtes. On peut en être sûr quand on bénéficie d'indications précises, comme c'est le cas ici : Pour lui, , les Le Bail, dont on ignore les prénoms et le lien de parenté, sont les constructeurs de la chapelle tout entière.
Pour ce qui est de la datation, La Borderie tire cette conclusion : Lefèvre-Pontalis et Gustave Duhem estiment cependant que le « porche des hommes » est construit un peu plus tard. De Groër pense au contraire qu'il a bien été construit en même temps que le chœur.
Depuis 1464 vignette|alt=Lithographie. Au premier plan, paysage champêtre avec des habitants et quelques vaches. À gauche, une maison. La chapelle est vue en entier, avec le porche des dames en vedette.|droite|redresse=1|Vue du sud-ouest, vers 1845.
La chapelle est classée au titre des monuments historiques par décret du ..
Frappé par la foudre, le haut du clocher s'effondre en 1876. De 1877 à 1879, on le refait à l'identique. Seule la balustrade de la plate-forme est modifiée par l'architecte, Édouard Corroyer. En 1901, l'ancien maître-autel, dont les débris gisaient dans la nef, est remis en place. On n'a retrouvé ni les gradins ni le tabernacle. En 1923, les peintures murales du croisillon nord et du chœur sont consolidées ; celles de la Danse macabre et de l'Enfer sont dégagées de leur revêtement de badigeonJean-Pierre Ducouret, Marie-Madeleine Tugores, Philippe Bonnet, Nathalie Le Pen, « Église paroissiale Notre-Dame (Kernascléden) », sur pop.culture.gouv.fr, Région Bretagne - Service de l'Inventaire du patrimoine culturel, 2020 (consulté le 30 août 2023)..
Kernascléden est d'abord une trève de la paroisse de Saint-Caradec-Trégomel (aujourd'hui disparue), dans l'évêché de Vannes. En 1874, elle devient paroisse succursale. En 1883, elle est à nouveau rattachée à Saint-Caradec-Trégomel. Elle est érigée en paroisse indépendante en 1908. Elle est à présent rattachée à la paroisse de Guémené-sur-Scorff.. Le pardon se célébrait autrefois début septembre. Il a lieu maintenant les 14 et .. Depuis 2022, l'église a un prêtre exclusif. Celui-ci a pour mission de refaire du lieu le sanctuaire marial qu'il était au Moyen Âge : un lieu de pèlerinage pour tout le diocèse.. L'édifice est propriété de la commune.
Atelier, aspect général, plan
La chapelle est construite en grand et moyen appareil de granit. La Borderie voit en elle un , la . Paul Deschamps la considère comme .
En effet, selon le service de l'Inventaire du patrimoine culturel de Bretagne., c'est l'atelier à qui l'on doit l'agrandissement de Notre-Dame-de-l'Assomption, à Quimperlé, qui aurait œuvré quarante ans durant à Kernascléden, s'appropriant les évolutions stylistiques du temps, avant de se consacrer pleinement à Saint-Fiacre du Faouët.
Avec Notre-Dame du Folgoët, dit Groër, Notre-Dame de Kernascléden est l'une des deux chapelles les plus ornées de Bretagne. Ici, les parties sculptées ne sont pas en pierre de Kersanton comme au Folgoët, mais en granit, .
Le plan est en croix latine. Le transept coupe la chapelle en son milieu, ce qui est inhabituel. La nef a trois travées et un seul bas-côté (au nord). Le chœur a trois travées et deux bas-côtés. Sur la façade méridionale, un long porche s'ouvre sur la nef. Un autre, plus modeste, flanquant le mur oriental du croisillon, s'ouvre sur le chœur. Sur la façade nord, une petite sacristie hors œuvre est plaquée dans l'angle du chœur et du croisillon.
La longueur dans œuvre est de . Le chœur, avec ses bas-côtés, s'inscrit dans un carré de de côté.
Extérieur vignette|alt=Gros plan sur la balustrade, à la base du toit.|droite|redresse=1|Balustrade au sud du chœur, avec un décrochement au-dessus du portail des hommes.
L'extérieur de Notre-Dame de Kernascléden est remarquable par son ornementation très riche, mais sans excès, qui lui donne charme et caractère. Elle est surnommée « la chapelle aux milles clochetons« Kernascléden : les trésors cachés de Notre-Dame », sur france3-regions.francetvinfo.fr, 10 juin 2020 (consulté le 31 août 2023). », en raison de la profusion de pinacles couronnant les contreforts. de ces pinacles très hauts de l'édifice. Certains sont minces et de plan circulaire. D'autres sont massifs et de plan quadrangulaire, et parfois cantonnés de pinacles plus petits de plan circulaire.
Des deux côtés du chœur, au-dessus de la corniche qui décore le haut des murs, une élégante balustrade rayonnante règne sur une frise de feuillages et de chimères.
Façade ouest, clocher-mur vignette|alt=De face, le pignon qui devient clocher. À droite, apparaît le mur ouest du porche des dames. À gauche, une tourelle d'escalier est un peu en retrait du pignon. Derrière elle, le mur ouest du bas-côté nord de la nef. Plus loin, le croisillon nord.|gauche|redresse=1|Façade ouest.
La façade ouest est percée d'un portail en tiers-point dont les tores, surlignées d'une accolade à fleuron, retombent sur . Au-dessus, une rose rayonnante à huit lobes est inscrite dans une baie en plein cintre moulurée.
Le pignon forme un clocher-mur d'un type nouveau, compromis entre le tout simple clocheton plat traditionnel et l'orgueilleuse tour couronnée d'une flèche des paroisses fortunées. Selon Georges FerronnièreGeorges Ferronnière est l'auteur d'une Histoire de l'art breton, Nantes, 1901., la chapelle de Kernascléden aurait été le deuxième édifice à proposer un tel dispositif, peu après Notre-Dame-de-KérinecRené Fage, « Les clochers-murs bretons : leur évolution au et au », sur gallica.bnf.fr, dans Congrès archéologique de France : congrès archéologique de Brest et de Vannes, 1914, , 523 (consulté le 10 octobre 2023).. Le mur est surépaissi au-dessus d'un arc de décharge en saillie jugé par Groër. Son rôle est de reporter les poussées sur les anglesVoir Eugène Viollet-le-Duc, « Arc de décharge », sur wikisource.org, Dictionnaire raisonné de l’architecture française du , Paris, Bance, 1854, I, (consulté le 3 septembre 2023). — angles épaulés de quatre contreforts en équerre. Ces contreforts sont couronnés de pinacles fleuris. Ceux de devant sont ornés d'une niche avec socle et dais. Une vue en coupe de l'édifice révèle une deuxième surépaisseur sur le revers du mur, répondant à la premièreCorroyer, Chauvet, Laurens, Schmid, « Chapelle de Kernascléden (Morbihan) », Archives de la commission des Monuments historiques. Reproduit dans « Étymologie et histoire de Kernascléden », sur infobretagne.com (consulté le 3 septembre 2023).. La partie haute du mur est ainsi bien plus épaisse que la base. Elle s'amortit en une courte pile de plan rectangulaire, qui s'élève au niveau de faîte de la nef.
Cette pile supporte une large plate-forme dont le bord avant repose sur des assises en encorbellement faites d'arcatures en plein cintre prenant appui sur des culs-de-lampe. Des gargouilles s'élancent des angles de la plate-forme. Au milieu, s'élève un beffroi. L'espace tout autour forme une coursière que protège une balustrade ajourée. Celle-ci, redessinée par Édouard Corroyer, sent , selon Groër qui regrette qu'on n'ait pas reconstitué à l'identique. C'était possible, puisqu'il existe de grandes photographies de fragments de la balustrade d'origine : , très proches de celles de Saint-Fiacre du Faouët.
Le beffroi est percé de deux baies flanquées de quatre colonnettes, sur chacune des faces ouest et est. Au-dessus de chaque linteau, s'élève un gable plein, aux rampants à crochets, décoré d'arcs trilobés et de mouchettes. Cantonné de clochetons fleuris et de gargouilles, le beffroi est couronné d'une flèche élancée à huit pans, aux arêtes ornées de crochets.
Au nord-ouest, dans l'angle de la nef et de son bas-côté, un peu en arrière de la façade ouest, s'élève une tourelle d'escalier polygonale, que relaient des marches disposées sur le pignon, permettant d'accéder à la plate-forme. La tourelle est couronnée d'une courte flèche, flanquée de huit gables aveugles fleuronnés.
Façade méridionale
Porche des dames vignette|alt=Extérieur du porche, vu de face. Le portail est richement sculpté, et encadré de contreforts à pinacles.|droite|redresse=1|Porche des dames.
Sur la façade méridionale, le porche ouest, dit « porche des dames », est le plus grand, le plus saillant (presque aussi long que le croisillon) et le plus soigné. Il est épaulé de six contreforts couronnés de pinacles et chargés de niches, comme sur la façade ouest.