Duane Stephen Michals, plus connu sous le nom de Duane Michals, né le à McKeesport, en Pennsylvanie, et mort le à New York, est un photographe américain.

À partir des années 1960, il renouvelle la photographie narrative en réalisant des séquences mises en scène dans lesquelles plusieurs images successives racontent une rencontre, un rêve, une transformation ou une apparition. Il emploie également la surimpression, le flou et les reflets afin de représenter des phénomènes invisibles comme la pensée, l’âme, le désir et la mort.

Dès les années 1970, il écrit directement sur les marges de ses tirages. Ses textes manuscrits, à la fois poétiques, autobiographiques et philosophiques, ne servent pas de simples légendes mais développent une signification parallèle à celle des images.

Influencé notamment par le surréalisme et par René Magritte, Michals réalise aussi de nombreux portraits d’artistes et de personnalités. Son œuvre aborde de manière récurrente l’identité, l’homosexualité, le corps masculin, la mémoire, le vieillissement et la disparition.

Biographie

Duane Stephen Michals naît le à McKeesport, ville industrielle située près de Pittsburgh, en Pennsylvanie. Il grandit dans une famille ouvrière d’origine slovaque. Son père et son grand-père travaillent dans l’industrie sidérurgique de la région.

Élevé dans la religion catholique, il s’intéresse très tôt à l’art, à la musique, au théâtre et à la littérature. Il étudie à l’Université de Denver, où il obtient en 1953 un diplôme en arts.

Après deux années de service dans l’armée américaine, il s’installe à New York. Il suit brièvement les cours de la Parsons School of Design avec l’intention de devenir graphiste, mais abandonne cette formation. Il travaille ensuite dans le domaine du graphisme et de l’édition.

En 1958, au cours d’un voyage en Union soviétique, il commence à photographier les personnes rencontrées dans les rues et les lieux visités. Il n’a alors reçu aucune formation photographique professionnelle. Ces images, réalisées avec un appareil emprunté, sont présentées en 1963 lors de sa première exposition personnelle à l’Underground Gallery de New York.

Au début des années 1960, il photographie également New York tôt le matin, lorsque les rues, les stations de métro, les commerces et les gares sont presque vides. Cette série, ultérieurement intitulée Empty New York, transforme la ville en une succession de décors silencieux et de scènes en attente d’un événement.

Michals travaille parallèlement pour la presse, la publicité et la mode. Il réalise des portraits d’écrivains, d’acteurs, d’artistes et de personnalités culturelles, parmi lesquels Andy Warhol, Marcel Duchamp, René Magritte, Louise Nevelson, David Hockney, Joseph Cornell, Robert Rauschenberg et Tennessee Williams.

À partir du milieu des années 1960, il se détourne progressivement de la photographie documentaire fondée sur l’image unique. Il commence à organiser plusieurs photographies en séquences destinées à raconter une action, une transformation ou un événement imaginaire.

Le Museum of Modern Art de New York lui consacre en 1970 une première exposition personnelle institutionnelle intitulée Duane Michals: Sequences. Ces récits photographiques contribuent à sa reconnaissance internationale.

Au cours des années 1970, il commence également à écrire directement sur les marges de ses tirages. Ses textes manuscrits prennent la forme de récits, de poèmes, de questions, de confessions ou de commentaires philosophiques.

Son œuvre fait l’objet de nombreuses publications et expositions. En 2014, le Carnegie Museum of Art de Pittsburgh organise Storyteller: The Photographs of Duane Michals, rétrospective réunissant environ cent cinquante-cinq œuvres réalisées sur six décennies.

En 2019, la Morgan Library & Museum de New York présente The Illusions of the Photographer: Duane Michals at the Morgan, exposition rétrospective associant ses photographies à une sélection d’œuvres choisies par l’artiste dans les collections du musée.

Duane Michals meurt le à New York, à l’âge de 94 ans.

Œuvre

Une photographie narrative

Duane Michals remet en cause la primauté traditionnellement accordée à la photographie unique. Alors que le reportage et la photographie de rue valorisent souvent l’image autonome capable de condenser un événement, il organise plusieurs prises de vue successives afin de construire un récit.

Le Carnegie Museum of Art souligne qu’il s’éloigne dès les années 1960 de la domination de l’image unique défendue notamment par Henri Cartier-Bresson ou Ansel Adams, pour employer des séquences photographiques comparables à de courts récits visuels.

Ces séquences sont généralement composées de petits tirages noir et blanc disposés horizontalement ou verticalement. Elles peuvent montrer une rencontre, un rêve, une apparition, une disparition ou la transformation progressive d’un personnage.

Le passage d’une image à la suivante crée une durée. L’action n’est pas donnée entièrement dans une photographie isolée : elle doit être reconstruite mentalement par le spectateur.

Michals se définit ainsi davantage comme un conteur que comme un témoin chargé d’enregistrer un événement extérieur. La photographie devient un moyen de représenter des expériences imaginaires, des pensées, des souvenirs et des questions métaphysiques.

Le refus de l’« instant décisif »

Le travail de Michals se construit en opposition à l’idée selon laquelle la fonction principale du photographe serait de reconnaître et de saisir un instant exceptionnel dans le cours de la réalité.

Ses images sont fréquemment préparées, dirigées et répétées. Des amis, des membres de sa famille, des artistes ou des modèles interprètent des rôles devant l’appareil.

Il ne cherche pas à dissimuler la fiction derrière une apparence de reportage. La mise en scène, les surimpressions et les textes signalent que la photographie produit un monde imaginaire plutôt qu’une preuve objective.

Cette position ne signifie pas qu’il rejette toute observation du réel. Ses premières images de l’Union soviétique, de New York et ses portraits témoignent d’une attention aux personnes et aux lieux. Il considère cependant que la réalité visible ne suffit pas à représenter les émotions, les désirs, les rêves et les idées.

Son œuvre déplace donc la photographie du domaine de la constatation vers celui de l’invention.

Les séquences photographiques

Les premières séquences importantes apparaissent dans les années 1960. Elles sont réunies en 1970 dans le livre Sequences et présentées la même année au Museum of Modern Art.

Chance Meeting (1970) montre deux hommes qui se croisent dans une ruelle. Ils s’éloignent, puis se retournent successivement sans jamais se regarder au même moment. L’ensemble transforme une rencontre insignifiante en récit de désir, d’occasion manquée et d’incertitude.

The Spirit Leaves the Body représente un personnage allongé dont la silhouette transparente semble se détacher progressivement. La surimpression rend visible ce qui ne pourrait être observé directement : le passage supposé entre la vie et la mort.

Dans The Journey of the Spirit After Death, commencée à la fin des années 1960, une suite d’images accompagne symboliquement le parcours d’un esprit après la mort. La série s’inspire librement de récits religieux et du Livre des morts tibétain.

Paradise Regained montre un couple se débarrassant progressivement de ses vêtements, de son mobilier et des signes de la civilisation moderne. À mesure que les objets disparaissent, la pièce est envahie par la végétation.

Les séquences n’ont pas toujours une conclusion définitive. Elles fonctionnent comme des paraboles, laissant au spectateur la possibilité de relier les images à sa propre expérience.

L’écriture manuscrite

À partir des années 1970, Michals écrit directement sur ses tirages au crayon, à l’encre ou au stylo.

Ces textes ne constituent pas de simples légendes expliquant ce que l’image représente. Ils ajoutent une autre voix, une temporalité ou une signification qui ne peut être déduite de la photographie seule.

La DC Moore Gallery souligne que les textes manuscrits de Michals ne remplissent pas une fonction didactique : ils donnent une dimension supplémentaire à l’image et prennent fréquemment un ton à la fois poétique, tragique et humoristique.

L’écriture visible conserve les irrégularités de la main. Elle s’oppose au caractère reproductible et apparemment mécanique du tirage photographique.

Le texte peut rapporter une pensée intérieure, raconter une histoire passée ou adresser directement une question au spectateur. Il peut aussi contredire l’apparence de l’image.

Dans A Letter from My Father, Michals photographie une lettre qu’il aurait souhaité recevoir de son père. Le texte exprime le manque d’affection et l’impossibilité d’une communication qui n’a jamais véritablement eu lieu.

Dans There Are Things Here Not Seen in This Photograph, il affirme que l’essentiel d’une personne — souvenirs, pensées, amour, peur — demeure absent de son portrait visible.

L’association de l’image et de l’écriture permet ainsi de représenter l’écart entre l’apparence photographique et l’expérience intérieure.

Surimpression, flou et apparition

Michals utilise fréquemment la surimpression, le flou de mouvement, l’exposition prolongée et les reflets.

Ces procédés rendent visibles des figures transparentes, des doubles, des déplacements et des transformations. Ils ne sont pas employés pour démontrer une virtuosité technique, mais pour représenter des phénomènes psychiques ou spirituels.

Une silhouette floue peut devenir un fantôme, un souvenir ou une présence en train de disparaître. Une double exposition peut montrer plusieurs états du même personnage dans une seule image.

La photographie, souvent considérée comme la preuve qu’une chose s’est trouvée devant l’appareil, devient paradoxalement un moyen de représenter ce qui ne possède pas d’existence matérielle certaine.

Cette utilisation est fortement influencée par le surréalisme, notamment par l’œuvre de René Magritte. Le Carnegie Museum of Art rappelle que Michals s’inspire du peintre belge pour employer doubles et triples expositions et élargir les significations possibles de ses sujets.

René Magritte et le surréalisme

Michals découvre tôt l’œuvre de René Magritte et le rencontre en 1965 à Bruxelles. Il réalise plusieurs portraits du peintre dans son environnement domestique.

La photographie A Visit with Magritte ne cherche pas seulement à enregistrer son apparence. Michals utilise les miroirs, les chapeaux, les fenêtres et les objets quotidiens associés à l’univers du peintre.

Magritte lui fournit un modèle de pensée visuelle : montrer des objets simples dans une situation qui déstabilise leur signification habituelle.

Michals ne reprend pourtant pas seulement l’iconographie surréaliste. Il partage avec Magritte la volonté de rendre visible une idée ou un paradoxe.

Dans plusieurs séquences, une chambre ordinaire devient le lieu d’une apparition ; un miroir ne reflète pas ce qui se trouve devant lui ; un corps se transforme ou se dédouble.

L’étrangeté naît moins d’un décor fantastique que d’un déplacement discret à l’intérieur du monde quotidien.

Représenter l’invisible

L’un des principaux objectifs de Michals consiste à photographier ce qui ne peut normalement être vu : âme, pensée, désir, peur, mémoire, temps ou mort.

Ses photographies ne prétendent pas prouver l’existence objective de ces phénomènes. Elles leur donnent une forme imaginaire.

Cette recherche explique l’importance des fantômes, des reflets, des silhouettes transparentes et des personnages endormis.

Le sommeil occupe une place particulière. Il permet de représenter le passage entre le monde visible et l’espace intérieur des rêves.

La chambre, le lit, la porte, la fenêtre et le miroir deviennent des seuils entre plusieurs états de conscience.