Le Fleuve marin côtier (aussi dit FMC ou Fleuve côtier) est une entité hydrosédimentaire et écologique spécifique constitué du panache estuarien de la Seine qui, alimenté par les eaux douces des sept estuaires picards suivants, forme au sein de l’extrémité la Manche orientale un véritable « fleuve marin » qui reste relativement cohérent jusqu'au pas de Calais (là où les courants et l'onde de marée sont les plus forts)Brylinski, J.M., Lagadeuc, V., Gentilhomme, Dupont, J.P., Lafite, R., Dupeuble, P.A., Huault, M.F., Auger, Y., Puskaric, E., Wartel, M., Cabioch, L., 1991. Le fleuve côtier, un phénomène hydrologique en Manche orientale (exemple du Pas de Calais). Oceanologica Acta, n°11, pp. 197-203.. C'est une énorme masse d'eau moins salée, et donc moins dense que celle de la Manche et celle de la mer du Nord, qui longe sur environ deux cents kilomètres la côte vers le nord, poussée par les courants dominants venant de l'Atlantique et par la force de Coriolis. La largeur de ce fleuve marin côtier varie selon la marée, selon la saison et les vents. Dans sa partie nord, il jouxte le dispositif de séparation du trafic dans la partie la plus resserrée du détroit. La densité, la turbidité, la salinité, la vitesse et l'écologie de ce fleuve marin côtier lui sont spécifiques. Elles varient selon les époques de l'année (cycle saisonnier), mais aussi selon les années (en fonction des conditions météorologiques et de l'utilisation des sols des bassins versants des fleuves qui y débouchent). C'est d'abord là que sont retrouvés les polluants venant du continent, ou que se ressentent les premiers effets des efforts de dépollution des eaux de surface.
thumb|L'un des phoques de la Baie de Somme thumb|Pointe et port du Hourdel, au Poulier caractéristique des estuaires picards
Alimentation en eau Les estuaires qui l'alimentent et l'entretiennent sont (du sud au nord) ceux de
la Seine, la Bresle, la Somme, l’Authie, la Canche, la Liane, le Wimereux la Slack.
Économie Ce fleuve marin côtier est abondamment pêché, au moins depuis les temps historiques, avec une pêche d'abord artisanale et côtière ; pêche à pied, pêche aux flobards… puis semi industrielle. On y observait autrefois une faune plus nombreuse, dont parfois le thon rouge du Nord (de plus de deux mètres et d'environ deux cents kilogrammes)J. Le gall. - Contribution à l'étude de la biologie du Thon rouge (Thunnus thynnus). Sur la présence de Thons rouges en mer du Nord et dans l'Atlantique Nord-Est. Journal du Conseil permanent International pour l'Exploration de la Mer, Vol. II, N° 3, décembre 1927.M. J. Le Gall, Chef du Laboratoire de Boulogne-sur-Mer), Thon et germon / Le thon rouge (Thunnus thynnus) en mer du Nord et dans l'Atlantique Nord-Est, Journal du Conseil International pour l'Exploration de la Mer, 1929, article réédité par l'ICES ; n° September 2011 68 du journal of marine Science J. Cons. int. Explor. Mer (1929) 4 (2): 200-206. doi: 10.1093/icesjms/4.2.200 (ou Scan archivé par Ifremer). Les pêcheurs, principalement de Boulogne-sur-Mer, de la baie de Somme et du Tréport se croisent dans les mêmes eaux, parfois avec des pêcheurs étrangers qui disposent de droits historiques de pêche (jusqu'à six milles des côtes), reconnus par la PCPAAMP, Projet de Parc marin ; Question 9 : Pourquoi le périmètre s'étend-il au-delà des estuaires ?, consulté 2011-09-11. Les vents réguliers et la relativement faible profondeur de la zone la rendent intéressante pour d'éventuels projets éoliens offshore (ex. : projet de parc éolien des deux côtes, en bordure ouest du périmètre d'étude du Parc naturel marinAvis de la Mission d'étude pour un parc naturel marin Trois estuaires ; Contribution au débat public projet éolien des deux côtes, aout 2010, Au large des estuaires picards : Parc naturel marin et parcs éoliens) ou d'exploitation sous-marine de granulats, nécessitant des études d'impact fines étant donné la complexité du milieu et la multiplicité des usages qu'il supporte. La conchyliculture s’y est aussi développée. Il supporte une activité nautique, sportive et touristique importante. Ses ports sont ceux du Havre et du Tréport au sud puis de Saint-Valery-sur-Somme, du Crotoy et du Hourdel, d'Étaples et le Port de Boulogne-sur-Mer plus au nord, autrefois premier port de pêche pour le hareng, et encore premier port en termes de tonnage débarqué.
Géographie Il s’écoule vers le nord en s’appuyant sur la façade maritime du département du Pas-de-Calais (côte d’Opale) tout en longeant le dispositif de séparation du trafic (souvent dit « rail ») le plus fréquenté du globe (environ six cents bateaux par jour). Bien que très turbide et localement polluée, grâce aux courants importants qui l’animent et le longent, son eau reste très oxygénée et caractérisée par une température et salinité (adoucie) presque homogène dans la colonne d'eau, ce qui est propice à une forte productivité organique, tout en limitant l’eutrophisation, qui se traduit par des blooms planctoniques épisodiques, de phaeocystis notamment, mais par les marées vertes qu'on observe de plus en plus sur la façade atlantique ouest et la Manche-Ouest.
Géomorphologie C’est le fleuve marin côtier qui modèle les « estuaires picards » en leur conférant une forme typique, en particulier ceux de la Somme, de l'Authie, la Canche et Slack (les estuaires du Wimereux et surtout de la Liane ont eux été très artificialisés. Celui de la liane n'existe plus. Il a été absorbé par le port de Boulogne. Ici, le flux marin ne rencontre pas les estuaires de face, mais en venant du sud et en cisaillant le flux d'eau douce, perpendiculairement (hormis au moment des mortes-eaux), entre deux marées : montante et descendante). Le courant peut atteindre plusieurs nœuds, imposant un fonctionnement hydrosédimentaire original qui déforme les estuaires jusqu'à un état d'équilibre hydrosédimentaire (en partie modifié par des travaux de canalisation, curage ou endiguements depuis le ).
Deux syndicats mixtes de collectivités sont géographiquement concernées, côté terrestre, le SMCO(http://www.sm-cote-opale.com/ SMCO]; Syndicat mixte de la côte d'Opale, rassemblant 14 intercommunalités implantées de la frontière belge à l'estuaire de l'Authie, soit 365 communes et plus de habitants au Nord et le Syndicat Mixte Baie de Somme - Grand Littoral PicardSite du syndicat., ex-SMACOPI, au sudhttp://www.sm-cote-opale.com/SMACOPI sm-cote-opale.ocm/SMACOP.
Hydrodynamisme L’hydrodynamisme de ce fleuve marin est contrôlé et expliqué par la conjonction de plusieurs facteurs : la force de Coriolis qui plaque les eaux sur les côtes françaises, ce qui explique un marnage important côté français (plus de huit mètres en baie de Somme) et faible côté anglais (plus ou moins deux mètres vers l'île de Wight), avec donc des zones intertidales particulièrement étendues de la Somme au Gris-nez, appréciées par les phoques, les conchyliculteurs et la pêche à piedJean-Claude Dauvin et Olivier Lozachmeur, Dossier : Les littoraux et la gestion intégrée des zones côtières Mer côtière à forte pression anthropique propice au développement d’une gestion intégrée : exemple du bassin oriental de la Manche (Atlantique Nord-Est), Revue électronique en sciences de l'environnement ; Volume 7 Numéro 3 | décembre 2006 ; le régime (crues/étiages) des cours d’eau qui l’alimentent (la Seine essentiellement), il joue beaucoup sur la turbidité liée aux matières en suspension apportées par les fleuves (la turbidité est aussi induite par le courant marin et la quantité de phytoplancton en suspension dans l'eau ; le cycle des marées ; les vents ; les turbulences induites par les fonds (ridens dont l’un est un plateau rocheux, près de Boulogne-sur-Mer, bancs de sable, dunes hydrauliques mobiles ; les gyres estuariens et leurs bouchons vaseux ; les différences de densité et parfois de température entre eaux douces devenant peu à peu saumâtres et les eaux franchement marines venant de l’Atlantique via la Manche…
Ce « fleuve marin » contribue aux cellules hydrosédimentaires caractéristiques du détroit, ainsi que tantôt à l’érosion du trait de côte et tantôt ou ailleurs au rechargement des plages (transfert sédimentaire). Probablement en raison de la montée des océans induite par le dérèglement climatique, et localement par des aménagements côtiers, la composante érosive est devenue largement dominante (70 % du trait de côte du Pas-de-Calais qui est le département le plus touché en France).
Il échappe en partie aux courants puissants et alternatifs qui animent le centre de la Manche, tout en contribuant à alimenter le courant de flot orienté au nord-est et de jusant orienté au sud-ouest (Cabioch, 1968). La résultante (dérive générale des masses d'eau) est orientée vers le nord-est, avec un différentiel moyen de trois à cinq milles par jour). En sortant de l'entonnoir du détroit, c'est-à-dire après le Cap Gris-Nez le fleuve marin se mélange avec les eaux de la Manche et les apports de la Mer du Nord et de l'Escaut en de vastes tourbillons, en rotation lente et permanente. Juste après la zone de plus forte amplification de la marée (et des courants de marée, avec en vive eau moyenne). Un vent fort de sud-ouest et une dépression au nord-est peuvent accélérer le déplacement des masses d'eau et occasionner des surcôtes, avec un flux dépassant d'eau par seconde, et inversement, ce flux peut être freiné voire parfois inversé par une période de tempêtes venant du nord-est, avec intrusion de l'eau de la mer du Nord et de l'Escaut devant le Pas-de-Calais.
Températures Par rapport au reste de la Manche qui est sous influence nettement atlantique, la température de la Manche Est est marquée par des amplitudes thermiques plus nettes entre hiver et été (> ).Ceci explique la rareté des espèces sténothermes et la présence d’espèces adaptées aux écarts de température importants.
Plusieurs indices de réchauffement climatiques sont observés, avec au moins depuis les années 1960 l’apparition de plancton plus typique d’eaux chaudes au détriment d’espèces inféodées à des eaux plus froides. Une quinzaine d’espèces de poissons remontent peu à peu vers le nord, au fur et à mesure du réchauffement (+ depuis la période de remontée en question)
Biogéographie et écologie