Mustela nivalis, la Belette au sens strict, plus spécifiquement désignée sous les noms de Belette pygmée, Petite belette, ou très improprement sous celui de Belette d'Europe, est une espèce de mammifères carnivores de la famille des mustélidés. Cette espèce ressemble beaucoup aux espèces d'hermines, mais s'en distingue par une plus petite taille, ainsi qu'une queue plus courte avec une extrémité unie, ce qui lui a valu un temps le nom d'« herminette ».
Elle est originaire d'Eurasie, d'Amérique du Nord et d'Afrique du Nord, et a été introduite en Nouvelle-Zélande, à Malte, en Crète, aux Açores et sur l'île de São Tomé. Elle est classée en « préoccupation mineure » par l'UICN, en raison de sa vaste répartition et de l'importance de ses populations dans l'hémisphère nord. Dix-huit sous-espèces sont reconnues.
La belette présente une grande variabilité de taille selon les régions. Son corps est mince et allongé, et ses pattes ainsi que sa queue sont relativement courtes. La coloration varie géographiquement, de même que le type de pelage et la longueur de la queue. La face dorsale, les flancs, les membres et la queue sont généralement de teinte brune, tandis que les parties ventrales sont blanches. La ligne de démarcation entre les deux couleurs est le plus souvent nette et rectiligne. En altitude élevée et dans la partie septentrionale de son aire de répartition, le pelage devient entièrement blanc en hiver.
Les petits rongeurs constituent l’essentiel de son régime alimentaire, mais elle chasse et consomme également des lapins, d’autres mammifères et, plus occasionnellement, des oiseaux, des œufs, des poissons et des grenouilles. Les mâles marquent leur territoire à l’aide de signaux olfactifs et occupent des domaines vitaux exclusifs, qui peuvent recouper ou englober plusieurs territoires de femelles. Les belettes utilisent des terriers préexistants pour dormir, stocker de la nourriture et élever leurs petits. La reproduction a lieu au printemps et en été, et la femelle met bas une seule portée d’environ six petits, qu’elle élève seule. En raison de sa petite taille et de son caractère combatif, la belette occupe une place importante dans la mythologie et les légendes de diverses cultures.
Dénominations Nom scientifique valide : Mustela nivalis Linnaeus, 1766 selon ; Noms vulgaires (vulgarisation scientifique) : Belette (stricto sensu), Belette d'Europe, Belette pygmée, Belette commune, Belette franche, Belette ordinaire, Belette vulgaire, Petite belette, Putois belette ; Nom vernaculaire (langage courant) : Herminette ; Noms vulgaires et vernaculaires régionaux : erbinude (basque), erbinude arrunt (basque), kaerell (breton), klengt wisel (luxembourgeois), marcote (wallon), mauswisel (luxembourgeois), mostel (catalan), mostela (catalan), mostèla (occitan), moutòle (picard), wezel (flamand).
Étymologie et dénominations régionales Le mot « belette » est attesté dès le et est un diminutif de l'ancien français bele, féminin de « beau », formé avec le suffixe -ette. Cette dénomination relève d'un euphémisme ou d'une antiphrase propitiatoire, destinée à conjurer les méfaits attribués à l'animal .
L'espèce a également eu comme noms vernaculaires régionaux des noms issus du latin Mustela, ainsi que des équivalents à « chatte » ou « petite chatte » en utilisant le féminin du mot marcou, signifiant « chat mâle » notamment. + Noms régionaux de Mustela nivalis Groupe ou zone linguistique Nom vernaculaireCatalan (Pyrénées-Orientales)Français (ancien)moustelle, moustele, moustouille, moustoile, bele, bletteHéraultmoustélaLanguedocien / provençalmoustelo, poulidoProvençal (ancien)mobtela, mostelonVosgesmarcolle, mostalbLorrainemargolatte, barcolle, barcolette, bacale, bacaye, bocouleMeusebarcolle, barcolette, bas-couleArdennesbasecoletteAubebacolleMarnebacoule, bacoulotteReimsbacouleVervinsbacouletteLillemargotaine, petite margotaineWallon / Rouchikarcotte, marlouwettePicardmutorle, mussoleAlsace (Orbey)musatteFranche-Comté (Montbéliard)motale, motéle, mouetèle, voudotte, vourpotte, voirpatteLivradoismoutialaArdèchemoustioloIsèremotelsBan de la RochemotlatteVelay / Haute-Auvergnemoustiava, bero-gaGerspancarro
Taxonomie et évolution gauche|vignette|Illustration de la belette commune (Mustela vulgaris) dans Atlas de poche des mammifères de France, de la Suisse romane et de la Belgique, 1910. L’espèce a reçu son nom scientifique Mustela nivalis par Carl von Linné dans la 12e édition de Systema Naturae en 1766 ; son épithète spécifique nivalis provient du mot latin nix, signifiant « neige », en référence au pelage blanc qu’elle développe durant la saison hivernale. La localité type est le Västerbotten en Suède.
En raison de sa très vaste aire de répartition, la morphologie de la belette varie fortement selon les régions. L’espèce a été révisée par Reichstein en 1957, puis de nouveau par van Zyll de Jong en 1992 et Reig en 1997. Youngman (1982) l’a placée dans le sous-genre Mustela, tandis qu’Abramov (1999) a estimé qu’elle devait être incluse dans le sous-genre Gale. Sur la base de caractères crâniens, Reig (1997) a proposé de scinder le taxon en quatre espèces : M. subpalmata, M. rixosa, M. vulgaris et M. eskimo. Abramov et Baryshinikov (2000) n’ont pas retenu cette interprétation, ne reconnaissant que M. subpalmata comme espèce distincte. Toutefois, Rodrigues et al. (2016) considèrent M. subpalmata comme une population distincte de M. nivalis, et non comme une espèce à part entière.
Au sein du genre Mustela, la belette constitue une forme relativement peu spécialisée, comme l’indique son crâne à l’aspect néotenique, caractère observable même chez les sous-espèces de grande taille.
Son ancêtre direct était Mustela praenivalis, qui vivait en Europe durant le Pléistocène moyen et le Villafranchien. M. praenivalis était probablement lui-même précédé par M. pliocaenica, datée du Pliocène. L’espèce actuelle serait apparue au cours du Pléistocène supérieur.
L’espèce est le produit d’un processus évolutif amorcé il y a environ 5 à 7 millions d’années, lorsque les forêts septentrionales ont été progressivement remplacées par des milieux ouverts de type steppe, favorisant une diversification rapide des petits rongeurs fouisseurs. Les ancêtres de la belette étaient plus grands que la forme actuelle et ont connu une réduction de taille afin d’exploiter cette nouvelle ressource alimentaire. L’espèce a prospéré durant la dernière glaciation, sa petite taille et son corps allongé lui permettant de se déplacer aisément sous la neige et de chasser dans les terriers. Elle aurait gagné l’Amérique du Nord par le pont terrestre de Béring il y a environ 200 000 ans.
Sous-espèces La belette présente une forte variabilité géographique, un fait qui a historiquement conduit à de nombreux désaccords entre les biologistes étudiant sa systématique. Les sous-espèces de la belette sont réparties en trois grands groupes.
Groupe pygmaea–rixosa (formes de petite taille) : très petites formes à queue courte, dotées de crânes à l’aspect juvénile et d’un pelage devenant entièrement blanc en hiver. Elles occupent le nord de la Russie européenne, la Sibérie, l’Extrême-Orient russe, la Finlande, le nord de la péninsule Scandinave, la Mongolie, le nord-est de la Chine, le Japon et l’Amérique du Nord. Groupe boccamela (formes de grande taille) : formes très grandes, à crâne massif, queue relativement longue et pelage plus clair. Localement, elles ne blanchissent pas en hiver ou seulement de façon partielle. Elles occupent la Transcaucasie, de l’ouest du Kazakhstan au Semiretchie, ainsi que les déserts de plaine de l’Asie centrale. Elles sont également présentes au Maroc, en Algérie et en Tunisie. Groupe nivalis (formes de taille intermédiaire) : formes de taille moyenne, à queue de longueur modérée, constituant un ensemble de transition entre les deux groupes précédents. Elles occupent les régions centrales et méridionales de la Russie européenne, la Crimée, la Ciscaucasie, l’ouest du Kazakhstan, le sud et le centre de l’Oural ainsi que les régions montagneuses de l’Asie centrale, à l’exception du Kopet-Dag.
+Liste des sous-espèces de Mustela nivalis selon : Sous-espèce et autorité Description Répartition Synonymes Mustela nivalis nivalis(Linnaeus, 1766)Belette des neiges Sous-espèce de taille moyenne, la queue représentant environ 20–21 % de la longueur du corps. En pelage d’été, la face dorsale est brun foncé à châtain, tandis que le pelage d’hiver est entièrement blanc. Elle représente probablement une forme intermédiaire entre les petites formes du groupe pygmaea et les grandes formes du groupe vulgaris. Régions centrales de la Russie européenne, des États baltes jusqu’au centre et au sud de l’Oural, vers le nord jusqu’à la latitude de Saint-Pétersbourg et de Perm, et vers le sud jusqu’aux oblasts de Koursk et de Voronej. En dehors de l’ex-Union soviétique, présente en Europe du Nord (sauf en Irlande, en Islande, en Finlande et dans certaines parties de la péninsule Scandinave) ainsi qu’à Hokkaidō. caraftensis (Kishida, 1936)kerulenica (Bannikov, 1952)punctata (Domaniewski, 1926)yesoidsuna (Kishida, 1936) Mustela nivalis allegheniensis(Rhoads, 1901) Proche de M. n. rixosa, mais de plus grande taille, avec un crâne plus large et un pelage plus sombre, et mieux adaptée aux forêts caducifoliées. Nord-est des États-Unis (Michigan, Pennsylvanie, New York, Virginie, Caroline du Nord, Ohio, Illinois, Wisconsin, Virginie-Occidentale et Indiana) Mustela nivalis boccamela(Bechstein, 1800)Boccamèle Sous-espèce de très grande taille, la queue longue représentant environ 30 % de la longueur du corps. En pelage d’été, la face dorsale est brun clair à châtain, avec des teintes jaunâtres ou roussâtres ; certains individus présentent une tache brunâtre aux commissures des lèvres, parfois sur la poitrine et le ventre. Le pelage d’hiver n’est pas entièrement blanc, mais généralement blanchâtre sale avec des plages brunes. Transcaucasie, Europe méridionale, Asie Mineure et probablement l’ouest de l’Iran italicus (Barrett-Hamilton, 1900) Mustela nivalis campestris(Jackson, 1913) Grandes Plaines des États-Unis (Dakota du Sud, Iowa, Nebraska et Kansas) Mustela nivalis caucasica(Barrett-Hamilton, 1900) dinniki (Satunin, 1907) Mustela nivalis eskimo(Stone, 1900)Belette pygmée arctique Sous-espèce de petite taille, proche de M. n. rixosa, mais de coloration plus terne, avec un crâne plus grand et une queue plus courte. Alaska, Yukon et Territoires du Nord-OuestMustela nivalis formosana