Les guerres civiles colombiennes sont une série de guerres civiles ayant secoué la Nouvelle-Grenade (actuels pays de Colombie et du Panama) depuis son indépendance jusqu'à nos jours, en particulier durant le .

Depuis son indépendance, à la suite de la dissolution de la Grande Colombie en 1830, la Colombie n'a pas connu de période de plus de quinze ans sans guerre civile, sauf durant la période 1902-1948, qui fait figure d'exception à la règle. Ceci en fait probablement le pays le plus instable de la région, ce qui rend d'autant plus étonnant que la Colombie, contrairement à tous ses voisins, est toujours restée une démocratie, à la seule exception de la dictature du général Gustavo Rojas Pinilla, qui occupe le pouvoir entre 1953 et 1957 afin de faire cesser l'instabilité découlant de .

Les causes de ces guerres sont principalement l'ambition des dirigeants et des partis conservateur et libéral, qui voyaient dans la guerre le moyen de conquérir le pouvoir, et l'incapacité de ces mêmes dirigeants et partis à concilier des visions idéologiques différentes. Ces luttes ont modifié à plusieurs reprises la forme de l'État colombien : constituée comme une république centralisée, la République de Nouvelle-Grenade devient un État fédéral entre 1858 et 1886 sous le nom de Confédération grenadine puis d'États-Unis de Colombie, avant de retrouver un caractère centraliste après la et l'adoption de la constitution de 1886 qui crée la République de Colombie actuelle. Cette constitution reste en vigueur pendant plus d'un siècle, sans que les luttes entre conservateurs et libéraux ne cessent pour autant.

L'adoption d'une nouvelle constitution en 1991, qui instaure le pluralisme et met fin à la domination des deux partis historiques (qui ont par ailleurs beaucoup évolué depuis leurs fondations), rend improbable un nouvel affrontement de ce type à l'avenir. La Colombie doit cependant faire face aux mouvements de guérilla d'extrême gauche marxistes (FARC, ELN, EPL) et aux actions des paramilitaires d'extrême droite (Águilas Negras), qui malgré le relatif succès de la politique de sécurité démocratique instaurée par le président Álvaro Uribe durant ses deux mandats, de 2002 à 2010, et poursuivie par son successeur Juan Manuel Santos, restent des facteurs importants d'instabilité.

Deux idéologies inconciliables

Bolivarisme et parti conservateur thumb|125px|Simón Bolívar, inspirateur du bolivarisme et du parti conservateur.

Le bolivarisme se fonde sur les idées du libérateur Simón Bolívar, qui fut d'ailleurs influencé par le philosophe genevois Jean-Jacques Rousseau. Les bolivaristes se réclament de certains préceptes formulés par Simón Bolívar dans sa Lettre de Jamaïque, le Discours d'Angostura, Le Manifeste de Carthagène et d'autre écrits, notamment en ce qui concerne la justice sociale, la liberté et l'égalité des droits.

Ils sont favorables à un État central fort et un appui sur l'Église.

À l'issue de la Guerre des Suprêmes, les partisans colombiens de cette idéologie se regroupent en 1849 au sein du parti conservateur colombien.

Santandérisme et parti libéral thumb|125px|Francisco de Paula Santander, inspirateur du santandérisme et du parti libéral.

Le santandérisme est inspiré sur la vie et l'œuvre du général Francisco de Paula Santander. Il est fondé sur le modèle de la république fédéraleLiberalismo, la constitución de 1863, y la reforma constitucional de 1936 et les courants anticléricaux, progressistes, humanistes et libéraux. Elle est cataloguée comme de centre droit.

À l'issue de la Guerre des Suprêmes, les idéaux du santandérisme sont à l'origine de la formation du parti libéral colombien en 1848Origenes del Liberalismo Colombiano

Première indépendance et premiers troubles

La période de 1810 à 1816 qui suit les déclarations d'indépendance se caractérise par d'intenses combats entre indépendantistes pour définir le mode de gouvernement du nouvel État. La lutte constante entre fédéralistes santandéristes et centralistes bolivaristes conduit à une période d'instabilité prolongée. De la même façon que pendant la lutte d'indépendance de la Vice-royauté du Río de la Plata, toutes les provinces - et même quelques villes - créent leur propre « junte », chacune se déclarant indépendante par rapport aux autres. Même si celle de Bogota s'autoproclame « Junte principale du Nouveau Royaume de Grenade », le territoire reste divisé politiquement : des villes moins importantes créent leur propre junte indépendante de celle de leur capitale provinciale, ce qui conduit à des conflits militaires. Les mois qui suivent verront l'échec de deux propositions visant à réunir un Congrès des Provinces.

En 1811 la province de Bogota, centraliste, se déclare État indépendant sous le nom de Cundinamarca ; les autres provinces s'unissent au sein d'une fédération nommée Provinces-Unies de Nouvelle-Grenade. Rapidement le mode de gouvernement de la Nouvelle-Grenade devient un sujet de désaccord et deux guerres s'ensuivent : l'une à la fin de 1812 et l'autre en 1814. La première guerre se termine sans vainqueur ni vaincu. Cela n'empêche pas le Cundinamarca d'organiser une expédition contre Popayán et Pasto, deux villes royalistes. L'expédition échoue et le président du Cundinamarca, Antonio Nariño, est fait prisonnier.

Profitant de l'affaiblissement du Cundinamarca, le gouvernement des Provinces-Unies lui envoie une armée dirigée par Simón Bolívar, qui a fui le Venezuela pour la seconde fois après la chute de la Deuxième République du Venezuela. En décembre 1814, Bolívar contraint le Cundinamarca à se joindre aux Provinces-Unies. Cependant, au milieu de l'année 1815, Pablo Morillo arrive en Nouvelle-Grenade à la tête d'un important corps expéditionnaire et entame la reconquête espagnole qui sera achevée dès 1816.

Deux siècles de guerres civiles

Guerre des Suprêmes (1839-1842)

thumb|Le général José María Obando, chef de file des libéraux santandéristes à partir de mai 1840. La dissolution de la Grande Colombie, en 1830, laisse la région de la Nouvelle-Grenade en état de guerre quasi permanent. La République de Nouvelle-Grenade nouvellement créée connaît ainsi de nombreux conflits de caractère local ou régional plus ou moins sanglants. Le conflit généralisé éclate dès 1839 et est nommé d'après le titre ronflant de Supremo que se donnaient les chefs des différentes factions libérales.

L'étincelle qui démarre la réaction en chaîne est la décision du Congrès de supprimer les couvents mineurs de la région de Pasto. Cette décision provoque le le soulèvement de la population très catholique de la région, avec le soutien des fédéralistes libéraux auxquels il sert de prétexte et du général Juan José Flores, dirigeant de l'Équateur voisin.

Les santandéristes espéraient que le président, José Ignacio de Márquez, nommerait José María Obando à la tête de la force militaire chargée de mater la rébellion, car ce commandement le mettrait en bonne position pour l'élection suivante. Mais le président nomme le général Pedro Alcántara Herrán.

Le à Buesaco, Herrán met en déroute la force principale des insurgés de Pasto. La réduction des dernières poches de résistance conduit à la capture de José Erazo. Ce dernier, ex-guérillero obandiste connu pour posséder la maison où Antonio José de Sucre mourut assassiné en 1830. Selon la version du gouvernement, celui-ci dénonça ses complices avec lesquels il avait monté cet assassinat, le commandant Antonio M. Alvárez, chef militaire des insurgés, et le général José María Obando, probable candidat du parti d'opposition aux prochaines élections présidentielles. Obando est forcé de quitter Bogota. Il se dirige vers Pasto et rejoint la rébellion. La mort de Francisco de Paula Santander en fait d'Obando le chef de l'opposition. Celui-ci sort de Pasto et démarre une insurrection en .

La forte probabilité que l'insurrection d'Obando gagne le reste du pays pousse le président Márquez à accepter l'aide militaire du général Juan José Flores, dirigeant de l'Équateur voisin, lui promettant des concessions territoriales. Les forces combinées de Flores et Herrán ont tôt fait de défaire Obando mais c'est une victoire à la Pyrrhus pour Márquez car l'opposition ne se gêne pas pour faire remarquer l'intervention étrangère et les compromissions qui en découlent.

Ainsi, sitôt les troupes équatoriennes parties, les chefs santandéristes engagent des opérations militaires. Les uns après les autres, ils se rebellent contre le gouvernement : Manuel González à El Socorro, José María Vezga à Mariquita, Juan José Reyes Patria à Sogamoso et Tunja, le père Rafael María Vásquez à Vélez, Francisco Farfán dans la province de Casanare, Salvador Córdova dans la province d'Antioquia, Francisco Carmena à Santa Marta, Juan Antonio Gutiérrez de Piñeres à Carthagène des Indes, Lorenzo Hernández à Mompós et Tomás Herrera dans la province de Panama.

Les chefs rebelles prononcent la sécession de leurs provinces transformées en États souverains, se donnent le titre de « chefs suprêmes » (), et déclarent qu'ils ne réintégreront la Nouvelle-Grenade que lorsque celle-ci sera devenue une fédération. Sur les vingt provinces que compte alors la République de Nouvelle-Grenade, douze sont entièrement aux mains des rebelles, quatre sont partiellement occupées et les quatre autres restent sous domination précaire du gouvernement à l'exception de Bogota, pleinement sous contrôle.

Les combats favorisent dans un premier temps les rebelles. Reyes Patria et González sont victorieux à La Polonia, près d'El Socorro. Ils y vainquent les seules troupes gouvernementales laissées par le président Márquez pour tenir l'intérieur du pays, le reste de l'armée étant dans la région de Pasto. Cette victoire renforce le prestige des rebelles et leur permet d'incorporer de plus en plus de recrues. González se déclare chef suprême de l'État libre et indépendant formé par les ex-provinces de Socorro, Tunja, Pamplona, Vélez et Casanare. Bogotá est menacée.

Le président se rend à Popayán le , alors que Juan José Neira vainc les troupes fédéralistes lors de la bataille de La Culebra, près de Bogotá. Cette victoire permet le reflux des troupes fédéralistes, poursuivies par les forces de Neira et des généraux Herrán et Mosquera.

Les insurgés libéraux ne purent parvenir à s'unir politiquement et militairement ce qui conduisit à la déroute de José María Obando, leur unique leader ayant assez de prestige pour briguer la présidence. Ils ressortent donc de ce conflit passablement affaiblis.

Le président José Ignacio de Márquez termine son mandat de manière énergique grâce à cette guerre. Les deux généraux ayant maté la rébellion, Pedro Alcántara Herrán (chef de l'Armée) et Tomás Cipriano de Mosquera (secrétaire à la Guerre), en retirent un grand prestige et une grande influence, ce qui leur permettra d'occuper la présidence respectivement entre 1841 et 1845 et entre 1845 et 1849.

Les divergences d'opinions mises en exergue par la guerre entre les bolivaristes et les santandéristes se traduisent par la constitution des deux partis qui régenteront à tour de rôle la vie politique colombienne pendant plus d'un siècle, le parti libéral, créé en 1848, et le parti conservateur, créé en 1849. Leurs luttes opiniâtres seront la source de nombreuses autres guerres civiles.

Guerre civile colombienne de 1851

thumb|left|José Hilario López, président libéral qui a aboli l'esclavage en Colombie et a su faire face à la révolte qui s'ensuivit. En 1851, les libéraux sont au pouvoir en la personne du président José Hilario López, qui a succédé au général Tomás Cipriano de Mosquera en avril 1849. Les libéraux, après leur défaite durant la guerre des Suprêmes, ont été amnistiés par Mosquera et ont retrouvé leurs forces, poussés par les révolutions de 1848 en Europe qui reprennent leurs idées et leur donnent l'ascendant sur l'opposition conservatrice.