Le château du Châtelard est un ancien château fort, du , centre d'une seigneurie et d'une châtellenie, puis siège d'un marquisat en 1639, dont les vestiges se dressent sur la commune du Châtelard dans le département de la Savoie en région Auvergne-Rhône-Alpes.

Situation Les ruines du château du Châtelard sont situées dans le département français de la Savoie sur la commune du Châtelard, à d'altitude sur un éperon barré, détaché du mont Julioz, contourné par le Chéran au sud du bourg qu'il domine.

La situation des Bauges, situées entre les ., en fait un espace stratégique, selon Georges Chapier auteur de nombreux travaux sur les sites castraux de la Haute-Savoie, puisqu'il . En effet, les quelque des Bauges, avec une altitude moyenne de , s'apparentent à une , qui n'est accessible que par quelques cols (Frêne, depuis la combe de Savoie, Tamié en partie, Leschaud depuis les rives du lac d'Annecy, Cusy depuis l'Albanais et des Déserts depuis le Bourget ou Chambéry). Dans cet ensemble, le Châtelard occupe une place centrale et en avoir le contrôle reviendrait, selon les observateurs, à devenir le « maître des Bauges ».

Le château-verrou est ainsi installé sur une hauteur rocheuse isolée., dont seul un côté est accessible, les autres donnant sur le Chéran. Il contrôle la principale route à l'intérieur du massif.

Histoire Origine et premières mentions Le Châtelard serait une possession des Savoie dès le ... Le château est mentionné, selon les auteurs, en 1090 (Salch, Brocard)., vers 1095 (Castellarium), d'après le cartulaire de l'abbaye de Saint-André-le-Bas de Vienne ou la fin du siècle selon Samuel Guichenon, cités par l'abbé Gros., ou encore 1098, selon Ruth Mariotte Löber. On trouve au cours des périodes les formes Castellum ou Castellaho in Bogiis (1273), Castellarium in Bovillis, Castelarii Boviciarium.

Le château est élevé très probablement sur le site d'une antique forteresse allobroge. En effet, une pièce de monnaie éburonne, du nom d'un peuple allié aux Allobroges, a été découverte sur la motte.

Des fouilles au ont, par ailleurs, permis de trouver des monnaies romaines dans les environs, ce qui permettrait d'indiquer que le site a également été occupé par les Romains.

Place forte de la maison de Savoie Le château du Châtelard fut, avec le château de Montmélian, jusqu'au , une des places de guerre majeure de la maison de Savoie. Le château fut le siège de l'une des deux seigneuries des Bauges avec celle de Lescheraines.

En 1222 Aimon de Pontverre, par échange, reçoit du comte Thomas de Savoie des droits au Châtelard. Il servit de nombreuses fois de résidence au comte Thomas. Le comte Amédée V de Savoie octroie, dès 1301, des franchises au bourg du Châtelard..

Le château est assiégé et détruit par deux fois, en 1305 et 1324, lors du conflit opposant la Savoie au Dauphiné. La première fois, le . (certains auteurs ont donné l'an 1304 ainsi que le .), le château est pris par les troupes du dauphin Guigues VII de Viennois, menées par Hugues Dauphin, seigneur du Faucigny.. La pour les Dauphinois. Un an plus tard ( lire en ligne), seigneur Anthelme de Miolans, son vassal de Verdun, ainsi que le comte Édouard de Savoie assiège Le Châtelard pendant seize jours. Il est repris par escalade en une nuit. Le château est reconstruit.

En 1324 (ou 1328), le château est pris par des troupes du dauphin Guigues VIII de Viennois. Édouard de Savoie le reprend ; lors de l’assaut, il charge aux cris de : . Le comte Édouard confirme en 1324 les franchises de 1301, octroyées par son aïeul, qui avait brûlé.

Le châtelain, Gaspard I de Montmayeur le remanie en 1356-1357. De même en 1481, Humbert Rosset, vice-châtelain, y fait exécuter des travaux.

Au , le château comtal est temporairement inféodé. Le , le duc de Savoie, Philibert de Savoie, acquiert moyennant d'Amédée de Gingins, seigneur de Belmont, le château, la juridiction et le mandement du Châtelard André Perret, Raymond Oursel, Jean-Yves Mariotte et Jacqueline Roubert, Trésor des chartes des ducs de Savoie (pièces restituées du fonds des Archives de Cour Archivio di Stato di Torino), Archives départementales de la Savoie, Chambéry, 2005, ..

Il est donné à la fin du en apanage à Jacques de Savoie, comte de Romont, baron de Vaud, puis il fait retour à la maison de Savoie qui y nomme un châtelain.

Ventes de la seigneurie Le duc Charles III de Savoie vend la seigneurie le pour à François de Luxembourg et à sa femme Louise de Savoie... L'abbé Morand précise toutefois que la vente est placée . Il passe ensuite à leur fils, François de Luxembourg, puis ses héritiers.

En 1572, Emmanuel-Philibert de Savoie récupère la seigneurie et cède son droit de rachat à Philibert de Montjovet, conseiller ducal, chambellan, et à son épouse Isabelle (Isabeau) de Grillet, le . Toutefois l'héritière des droits des Luxembourg, Marie de Luxembourg, duchesse de Mercœur, conteste la vente et réclame le remboursement des . L'affaire est mise en jugement par la duchesse devant le Sénat de Savoie. Entre-temps, le mariage entre Philibert de Montjovet et Isabelle de Grillet n'étant pas consommé, celui-ci est dissous. Le conseiller ducal ne pouvant rembourser la part de son épouse lui donne sa part de droits sur la seigneurie du Châtelard. Elle se remarie avec Bernardin de Savoie et ces derniers abandonnent leurs droits sur le Châtelard au duc Charles-Emmanuel de Savoie en 1581. Ce dernier échange la seigneurie avec celle de Miribel avec Bertrand de Seyssel baron de La Serraz, sa femme de Bonne de Costa et le frère de cette dernière Alexandre Costa.

Il vend la terre du Châtelard le à Sigismond d'Est, marquis de Lans, au prix de au profit duquel la seigneurie est érigée en marquisat le . Le marquisat, tout comme la seigneurie, comprend neuf communes : Aillon, Bellecombe, Le Châtelard, La Compôte, Doucy, École, Jarsy, La Motte et Sainte-Reine.

Sigismond d'Est le vend le au prince Thomas de Savoie-Carignan, pour . Le prince fait construire dans les environs du bourg le château des Écuries, un domaine dédié aux chevaux, ainsi que d'autres investissements qui le rendirent populaire. Ces héritiers, son fils Eugène-Maurice de Savoie-Carignan, puis sa belle-fille, Olympe Mancini, conservent le marquisat jusqu'en 1688, avant de le céder à Emmanuel-Philibert de Savoie-Carignan. Ce dernier le vend aux seigneurs Joseph et Paul de Lescheraines. Cette famille garde le marquisat jusqu'en 1832. Leurs biens passent à la famille du Noyer, puis Chambost et enfin d'Aviernoz.

Ruines du château et fouilles En 1698, sous le marquis Joseph de Lescheraines, le château n'est plus que ruines.

L'archéologue Pascale Conjard-Réthoré (INRAP) dresse un rapport de diagnostic en 2007 et indique que ..

Description Le château occupait l'extrémité nord de la butte.

Le château du Châtelard se présente sous la forme d'une enceinte commandée à l'est par deux tours cylindriques distantes de protégeant le chemin d'accès. La cour intérieure se situant au sud. Il subsisterait des souterrains que la tradition dit être considérables.

En 1730, il ne subsistait que le chemin d'accès au nord, le mur de l'enceinte et les deux tours. Au , ces derniers, étaient ruinés au niveau du sol.

De nos jours, le château ne présente que de rares vestiges, notamment de l'enceinte et d'une tour demi-circulaire, disséminés dans la végétation et un escalier taillé dans le roc.

Châtellenie du Châtelard L'organisation Le château est le siège d'une châtellenie, dit aussi mandement (mandamentum). Elle appartient, dans l'organisation du comté de Savoie, au bailliage de Savoie, dont le siège se trouve à Montmélian.. Elle reste en possession de la maison de Savoie de 1050 à 1511.

La châtellenie, au , est constituée des paroisses du Châtelard, de La Compôte, de Doucy, de Jarzy, d'École, de Sainte-Reine, du Noyer, d'Arith, de Lescheraines, de Bellecombe, de La Motte et d'Aillon, auxquelles s'ajoutent la paroisse des Déserts qui appartient à la fin du siècle précédent à la châtellenie de Chambéry.. Au cours du siècle suivant, dans le compte des subsides de 1432, la châtellenie est constituée d'une dizaine de paroisses, comptant trois cent vingt-huit feux, avec comme répartition .. L'abbé Morand précise que les paroisses d'Arith et de Bellecombe appartiennent à une seigneurie à juridiction, entre les mains de Jacques de Montmayeur.

La châtellenie est subdivisée en deux mestralies l'une autour du Châtelard, la seconde autour de Lescheraines. En 1358, les métraux ayant reçu la charge sont Péronet et Ambrois, pour la première, et Jean d'Allèves, pour la seconde..

La première série de comptes de châtellenie, permettant de connaître les recettes et les dépenses, et ainsi une partie de la vie de la circonscription, débute par la période 1270-1271, notamment lorsqu'ils sont complétés par les extentes, , le médiéviste Fabrice Mouthon a étudié notamment ceux de 1273 et 1335. Les archives conservent ainsi les comptes et le nom de leur auteur des années 1273 à 1505... L'abbé Laurent Morand (1830-1894), membre de l'Académie des sciences, belles-lettres et arts de Savoie, a livré un travail important à la fin du sur les Bauges et apporte une analyse du fonctionnement de la châtellenie dans le premier des trois volumes dédiés (cf. « Bibliographie »).

Les châtelains Le responsable de cette circonscription est le châtelain, un ... Il est chargé de la gestion de la châtellenie, il perçoit les revenus fiscaux du domaine, et il s'occupe de l'entretien du château.. Le châtelain est parfois aidé par un receveur des comptes, qui rédige « au net [...] le rapport annuellement rendu par le châtelain ou son lieutenant »..

au (également receveur) : Jean Claudette (Jean Choudet) ; au : Pierre Callier (Pierre Cellier) ; à (également receveurs) : Pierre de La Balme et Thomas Chambrier ; au : Pierre Bersatoris ; au : Jacquet Guichard ; à : Pierre Julienne (Pierre Juliane, Guillaume de Monstagny, Jean du Châtelard) ; au (également receveurs) : Jean du Mollard (Dumollard) et Jean Luiset ; - : Jean Chabod, Pierre Humbert, Pierre de la Porte, Dieulefils (Déiphile) de Saint-Alban ; à (également receveurs) : Dieulefils (Déiphile) de Saint-Alban, Druet de la Porte, Pierre, seigneur d'Arvillard ; au : Guillaume de Briord ; - : Guy de Chavane (Chavanes), Amed (Amédée) Ponezard (Amé Ponczard) ; au : Amed (Amédée) Ponezard (Amé Ponczard), Guichard du Bourg ; au : Jean Bonivard ; au : Jean Bertrand, conseigneur de Bressieu, Hugues de La Rochette, Rodolphe de Montmayeur, Pierre d'Herbeys, Guichard du Bourg, Rolet d'Herbeys ; au : Pierre d'Herbeys ; au : Humbert de la Salle ; au : Rodolphe d'Herbeys, Jean Bonivard de Chambéry ; au : Jean Bonivard de Chambéry ; jour d'un mois de 1341 au : Pierre de Miolans, seigneur d'Hurtières ; - : Jean Bonivard de Chambéry ; au : Humbert, dit le « Bâtard de Savoie », fils naturel d'Aymon, comte de Savoie ; au : Jacques de Clermont, seigneur de Sainte-Hélène-du-Lac ; au : Gaspard de Montmayeur ; au : Guillaume de Chambrier (Chambrièr) de Cleyrac ; au : Gaspard (I) de Montmayeur (futur maréchal) ; au : Humbert de Clermont ; au : Aymon de Clermont ; au : Aymon de Clermont, Girard Mareschal ; au : Girard Mareschal ; au : Antoine et Ambroise, fils de Girard Mareschal ; au : damoiseau Pierre extrait de sa Thèse de doctorat d'Histoire dirigée par Étienne Hubert, Université Lumière-Lyon-II (lire en ligne). ou Étienne de La Balme, seigneur de Chavanes ; au : Gaspard (II) de Montmayeur, fils de Gaspard I de Montmayeur (futur maréchal) ; au : Guigonet et Bons de Conflans, frères ; au : Angelin Bartholomey, de Pignerol ; au : Jean Basin ; au : Jen-Pierre et Jacques Basin, fils et héritiers de Jean Basin ; au : Nicod de Beaufort ; au : Barthélemy Chabod, seigneur de Lescheraine ; au : châtellenie ascensée ; au : Jean Chabod, seigneur de Lescheraine ; au : Anthelme de Miolans, baron de Miolans (futur maréchal), fermier des revenus, Humbert Rosset, vice-châtelain ;