Otto von Bismarck Prononciation en haut allemand (allemand standard) retranscrite selon la norme API , duc de Lauenburg et prince de Bismarck, né le à Schönhausen et mort le à Friedrichsruh, est un homme d'État prussien puis allemand.

Il est à la fois ministre-président du royaume de Prusse de 1862 à 1890 et chancelier de la confédération de l'Allemagne du Nord de 1867 à 1871 avant d'accéder au poste de premier chancelier du nouvel Empire allemand en 1871, poste qu'il occupe jusqu'en 1890, tout en conservant sa place de ministre-président de Prusse. Il joue un rôle déterminant dans l'unification allemande.

Au début de sa carrière politique, Bismarck se fait un nom en défendant, depuis les bancs conservateurs, les intérêts des junkers, petite noblesse Ericeirienne, dont il fait partie. Il est nommé ministre-président de Prusse en 1862. Dans le conflit constitutionnel prussien, il lutte contre les libéraux pour maintenir la primauté de la monarchie. Également ministre des Affaires étrangères, il déclenche la guerre des Duchés puis la guerre austro-prussienne entre 1864 et 1866, et impose par la même occasion la suprématie de la Prusse en Allemagne. La guerre franco-prussienne de 1870 permet de résoudre la question allemande en retenant la solution petite-allemande, défendue par la Prusse, et entraîne l'unification allemande en 1871. Ensuite, sur le plan de la politique extérieure, il essaie d'établir un équilibre entre les grandes puissances européennes grâce à un système d'alliances.

En politique intérieure, à partir de 1866, Bismarck s'allie d'abord aux libéraux modérés, ce qui conduit au vote de nombreuses réformes comme l'institution du mariage civil, qui rencontre la résistance des catholiques, auxquels il s'oppose durement en instituant la politique du . À la fin des années 1870, il se sépare des libéraux, pour renouer avec les conservateurs. Durant cette phase, sont votées les lois pour le protectionnisme et l'interventionnisme étatique. Un système de sécurité sociale est également créé. Les années 1880 sont surtout marquées par les lois antisocialistes. En 1890, les divergences de point de vue de Bismarck avec le nouvel empereur, Guillaume II, conduisent à son départ.

Après sa démission, Bismarck continue de jouer un rôle politique, en critiquant l'action de son successeur. Il écrit également ses mémoires, qui influencent fortement l'image que se forge de lui l'opinion publique allemande.

Jusqu'au milieu du , les historiens allemands jugent en grande majorité son action de manière positive, celle-ci étant, dans cette période nationaliste, associée à l'unification de l'Allemagne. Cependant, après la Seconde Guerre mondiale, les critiques s'accentuent : il est alors accusé d'être responsable, en tant que fondateur de l'Empire allemand, de l'échec de la démocratie en Allemagne. Des approches plus modernes de l'histoire tentent cependant de remettre l'action de Bismarck, avec ses forces et ses manques, dans le contexte de son époque avec la structure politique qui était alors en place.

Jeunesse Origine et enfance vignette|gauche|alt=Portrait de Bismarck à l'âge de 11 ans|Bismarck à l'âge de 11 ans.

Otto Eduard Leopold von Bismarck est né le à Schönhausen. Son père, , est officier militaire et propriétaire terrien prussien et sa mère, Wilhelmine Mencken, est la fille d'un homme politique.. Son grand-père paternel est un disciple de Jean-Jacques Rousseau. Otto a un frère, Bernhard (1810 – 1893), et une sœur, Malwina (1827 – 1908)..

En 1816, la famille déménage vers Kniephof en Poméranie de l'Est, sans pour autant abandonner sa possession de Schönhausen. Otto y passe son enfance. La différence d'origine sociale entre ses parents a un fort impact sur la socialisation de Bismarck. De son père, il hérite la rigueur et la fierté, de sa mère, un esprit vif, logique, ainsi qu'une aisance orale. Elle lui donne également l'envie de s'échapper de son milieu social. Bismarck peut aussi remercier sa mère pour l'éducation atypique qu'elle lui a donnée. Son fils ne doit pas en effet être seulement un , il doit également entrer dans l'administration. Toutefois, à cause de cette éducation stricte qu'il reçoit, il ne se sent jamais vraiment chez lui au domicile parental et, alors qu'il montre de la retenue vis-à-vis de sa mère, il éprouve beaucoup d'affection pour son père....

Études primaires En 1822, au lieu, comme c'est l'habitude dans la noblesse, d'envoyer son fils dans une école de cadets, la mère de Bismarck l'inscrit dans un internat berlinois, le , afin de le préparer dans les meilleures conditions à occuper un poste de haut fonctionnaire. Il n'a alors que six ans. Cet internat suit à l'origine les méthodes pédagogiques de Johann Heinrich Pestalozzi ; cependant, au moment où Bismarck le fréquente, le temps des réformes est révolu depuis longtemps et a laissé la place à l'entraînement physique et à l'esprit patriotique. La transition entre la vie au domicile parental, rythmée par les jeux d'enfant, et la vie en internat, empreinte de discipline, est des plus difficiles pour le jeune Bismarck. À l'époque, il refuse catégoriquement de se soumettre à l'autorité...

En 1827, il entre au lycée Frédéric-Guillaume de Berlin. Puis, en 1830, il intègre le lycée berlinois du monastère franciscain dans lequel il demeure jusqu'à l'obtention de son en 1832. Mis à part le grec ancien (qu'il juge inutile), Bismarck se montre un élève extrêmement doué pour les langues, mais pas toujours assidu..

Religion Bismarck est de confession luthérienne. Il reçoit des cours de religion de Friedrich Schleiermacher, qui le confirme lors de ses 16 ans dans l'église de la Trinité de Berlin ().. Bismarck se penche à l'époque sur la religion d'un point de vue philosophique ; il est notamment influencé par Spinoza et Hegel.. Il semble au départ être plutôt déiste et panthéiste que réellement croyant. Bien que son retour à la religion ne change pas fondamentalement sa personnalité et que, comme il déclare, , Bismarck revendique durant toute sa vie sa foi.. Son christianisme familial a notamment joué un rôle décisif pour surmonter les moments difficiles, comme la mort de son amie Marie von Thadden-Trieglaff.

Études secondaires Après son Abitur, en , et à l'âge de 16 ans, il s'inscrit en droit dans l'université de Göttingen. Il s'oppose fermement aux séquelles de la révolution de Juillet et à la vague de libéralisme qui l'accompagne. Ce n'est donc pas un hasard s'il rallie le corps étudiant de la plutôt que celui des anciens opposants de la ; il y reste attaché sa vie durant. Il méprise, dans la , . Il résume plus tard ses observations, en disant que cela a à voir avec un mélange d'utopie et d'un manque d'éducation. D'autre part, il dit ne pas être influencé par les idées monarchistes prussiennes.. L'histoire et la littérature l'intéressent beaucoup, le droit moins. Le seul professeur qui l'ait à la fois impressionné et influencé est l'historien Arnold Hermann Ludwig Heeren qui aborde dans ses cours le fonctionnement des systèmes étatiques dans le monde. C'est à cette époque-là que le jeune Bismarck construit une relation étroite avec John Lothrop Motley, un Américain qui devient par la suite diplomate, qui reste toute sa vie un de ses rares amis...

Premier poste et voyage vignette|gauche|Otto von Bismarck, 1833.|alt=Portrait d'Otto von Bismarck en 1833. vignette|alt=Portrait, à l'âge de 19 ans, alors qu'il est étudiant à Göttingen, on le voit lire un livre|Otto von Bismarck à l'âge de 19 ans, alors qu'il est étudiant à Göttingen. vignette|Mémorial au jeune Bismarck du à Rudelsburg (1896).|alt=Mémorial au jeune Bismarck du Kösener Senioren-Convents-Verband à Rudelsburg (1896), qui est une statue Bismarck assis avec un chien à ses pieds

En , Bismarck change d'université et poursuit ses études de droit à l'université Friedrich-Wilhelms de Berlin. En 1835, il passe son premier examen d'État. À sa sortie, il devient (stagiaire) au tribunal municipal de Berlin. Il passe ensuite de son propre vœu de la justice vers l'administration. Alors que sa vie de bureaucrate à Aix-la-Chapelle le lasse déjà, il tombe amoureux, en 1836, de Laura Russell., la nièce du duc de Cleveland... Après avoir eu entretemps une liaison avec une Française, il voyage à travers l'Allemagne en 1837 avec une jeune Anglaise, amie de Laura. Ce voyage, qui dure plusieurs semaines, dépasse largement la durée de ses congés (qui sont de ), ce qui le conduit à perdre son poste..

Bismarck s'endette alors, d'une part à cause de ses attentions pour la gent féminine et d'autre part à cause de son penchant pour le jeu qu'il assouvit dans les casinos. Il reste sans emploi plusieurs mois et essaie plus tard de terminer son (période d'essai) à Potsdam, avant de tourner le dos définitivement à l'administration quelques mois plus tard. Rétrospectivement, il explique ce changement de cap par le fait qu'il n'a pas envie d'être un simple rouage de l'administration : ..

En 1838, Bismarck accomplit son service militaire, d'abord comme volontaire d'un an puis passe dans le bataillon de chasseurs à pied de la Garde. À l'automne, il est muté dans le de chasseurs à pied qui stationne à Greifswald, en Poméranie occidentale où il se prépare également à la gestion des exploitations familiales à l'..

Seigneur et bon vivant À la mort de sa mère, en 1839, Bismarck prend en charge les possessions familiales à Kniephof. Il devient donc agriculteur. Avec son frère Bernhard, de cinq ans son aîné, il exploite les terres de Kniephof, Külz et Jarchlin, en Poméranie orientale, dans le canton de Naugard. En 1841, Bernhard est élu chef du conseil communal () de Naugard, ce qui entraîne une division provisoire des terres : Jarchlin est géré par Bernhard, Külz et Kniephof par Otto. À la mort de leur père, en 1845, Otto reprend également le siège familial à Schönhausen dans le canton de Stendal..

Bismarck maîtrise rapidement l'exploitation de la ferme. En une décennie, en tant qu'administrateur du domaine paternel, il réussit non seulement à le réhabiliter mais également à rembourser les dettes qu'il a accumulées. Même si d'un côté cela lui plaît d'être son propre maître, la vie d'agriculteur ne le comble pas.. Il lit énormément, sur des sujets très différents, tels la philosophie, l'art, la religion ou encore la littérature..

En 1842, il entreprend un voyage d'études en France, en Angleterre et en Suisse. En 1844, il arrête ses efforts pour retourner dans l'administration, lucide quant à son sentiment anti-bureaucrate. Il essaie d'oublier son insatisfaction existentielle en buvant, en chassant et en ayant une vie sociale intense. Il acquiert alors le surnom de « formidable Bismarck »..

Mariage vignette|alt=Portrait de Johanna von Bismarck, née von Puttkamer, en 1857.|Johanna von Bismarck, née von Puttkamer, 1857.

Grâce à Moritz von Blanckenburg, un ami rencontré au , Bismarck rentre en contact avec le cercle piétiste d'Adolf von Thadden-Trieglaff. Bien que Moritz soit fiancé à Marie, la fille d'Adolf von Thadden, Marie et Otto tombent amoureux l'un de l'autre.. Marie ne voulant pas revenir sur son serment de fiançailles, elle finit par épouser Moritz von Blanckenburg en . À ses noces, elle place son amie, Johanna von Puttkamer, aux côtés de Bismarck. Durant l'été 1846, les Blanckenburg, Bismarck et Johanna von Puttkamer font un voyage dans le Harz. Après la mort inattendue de Marie le , Bismarck demande, dans une lettre devenue célèbre. à Heinrich von Puttkamer la main de sa fille. Ce dernier tardant à répondre, Bismarck se rend, à Reinfeld, convaincre les parents de Johanna à leur domicile. Les noces sont célébrées en 1847 à Reinfeld. Depuis cette époque, la croyance de Bismarck en un dieu personnel joue un rôle central dans sa vie..