André Franquin, né le à Etterbeek (Belgique) et mort le à Saint-Laurent-du-Var (Alpes-Maritimes, France), est un auteur belge francophone de bande dessinée, principalement connu pour les séries Spirou et Fantasio, Gaston, Modeste et Pompon et les Idées noires ; il est aussi le créateur du Marsupilami, animal imaginaire.

Formé par Jijé en compagnie de Morris et Will, Franquin débute dans la bande dessinée en 1946, en reprenant dans le journal Spirou la série vedette Spirou et Fantasio que son mentor vient alors d'abandonner. Franquin va construire l'univers de la série en inventant des personnages comme Zantafio, le comte de Champignac, Seccotine et surtout le Marsupilami. Brouillé quelque temps avec son éditeur Charles Dupuis en 1955, il rejoint le Journal de Tintin et crée la série Modeste et Pompon, avant de revenir dans le giron des éditions Dupuis.

À la fin des années 1950 il crée en compagnie d'Yvan Delporte le personnage de Gaston Lagaffe pour animer les pages du journal Spirou, avant d'en faire une série à part entière. À la même époque, accablé par le travail, Franquin crée son atelier et y réunit de jeunes auteurs dont les plus fameux sont Greg, Roba et Jidéhem. Malade, puis en dépression dans les années 1960, il abandonne la série Spirou et Fantasio pour se consacrer entièrement à Gaston et pour écrire le scénario de la série Isabelle. À la fin des années 1970, Franquin est un des instigateurs de l'éphémère Trombone illustré où il crée la série Idées noires, qui est par la suite publiée dans Fluide glacial. André Franquin meurt en 1997 des suites d'un infarctus.

Franquin est un des piliers de la bande dessinée franco-belge et de la première génération de l'école de Marcinelle. Il se distingue par la qualité de son dessin, notamment dans le rendu des mouvements, l'expressivité des personnages, la richesse des décors, ainsi que par l'inventivité de son humour, parfois teinté de poésie. Travaillant à une époque où la bande dessinée est essentiellement destinée aux enfants, il réalise des histoires accessibles à un jeune public, tout en insérant des détails qui n'apparaissent qu'avec une lecture plus approfondie. À partir de la fin des années 1970, il réalise des bandes dessinées à caractère plus adulte et politique, ou encore écologistes.

Biographie Jeunesse étriquée (1924–1944) Enfance vignette|La maison familiale, rue de la Natation à Ixelles où il grandit. André Franquin, né à Etterbeek en Belgique, reste peu de temps dans cette commune proche de Bruxelles, dont est également originaire Hergé. Lorsqu'il a cinq ans, sa famille déménage dans un quartier immédiatement voisin. Son père est employé de banque et passionné d’ornithologie, au point d’élever deux cents perruches. Ce père accorde une grande importance au sérieux, à tel point que le jeune Franquin éprouve toute son enfance un fort sentiment d'étouffement, et parlera plus tard d'un .. Il dira plus tard que cette frustration fut à l'origine de sa vocation d'amuseur. Il commence à dessiner à l'âge de cinq ans lorsque lui est offert un petit tableau noir. S'il sait qu'il deviendra dessinateur depuis que son père est tombé en admiration devant un de ses dessins à la craie, allant jusqu'à le faire photographier par un photographe professionnel, il dessine toutefois peu et jamais de manière constante, se limitant à quelques caricatures de son entourage et à quelques dessins pendant ses cours à l'Institut Saint-Boniface. — où a également été scolarisé Hergé quelques années auparavant.

Durant sa jeunesse André Franquin, fasciné par les tableaux de Rubens, rêve de devenir peintre, ce qui apparaîtra dans des cases de bande dessinée avec des tableaux ressemblant à certaines œuvres de Rembrandt. Il lit les journaux Mickey, Robinson et Hop-là !, les séries Les Aventures de Tintin du Belge Hergé, Bicot de Martin Branner, Popeye d'Elzie Crisler Segar, la série Pim, Pam et Poum qui est sa lecture favorite, ainsi que les auteurs américains Alex Raymond, Milton Caniff et surtout George McManus, auteur de La Famille Illico, pour son humour et sa créativité graphique. Le journal humoristique français L'Os à moelle, qui contient peu d'illustrations, va également jouer un rôle dans sa formation. Le jeune Franquin regarde aussi énormément de films américains mettant en scène Laurel et Hardy, Buster Keaton, Harold Lloyd, Mack Sennett et surtout Charlie Chaplin. Les dessins animés de Walt Disney tiennent une place à part : ils vont l'influencer très fortement aussi bien au niveau du graphisme que de l'humour. Tex Avery, qu'il découvrira plus tard, aura aussi son importance. Les gags et gestes humoristiques contenus dans ces œuvres permettront à André Franquin d'apprendre à dessiner les mouvements humoristiques. À ses débuts, il copie ouvertement le style de Jijé. Franquin apprécie la peinture, particulièrement celle de Rubens et des peintres primitifs flamands, dont les couleurs lui plaisent beaucoup. Les romans qu'il préfère dans sa jeunesse sont ceux du Français Jules Verne, et Robinson Crusoé de l'Anglais Daniel Defoe.

À onze ans, il visite l'Exposition universelle de Bruxelles de 1935, fasciné par le stand des Amérindiens. Il participe au concours du quotidien La Nation belge, organisé à cette occasion et son dessin, s’inspirant de Tintin en Amérique, d’Hergé, qu’il admire profondément, est publié . Dans son collège, les albums de bandes dessinées de ce dernier sont les seules autorisées.

Le titre du futur album Le Voyageur du Mésozoïque, référence scientifique à une ère géologique d’émergence de nombreuses espèces de dinosaures, est issu du monde imaginaire de Franquin selon son biographe Bob Garcia, car l’auteur se souvient d'avoir visité très jeune le musée royal d'Histoire naturelle de Bruxelles, qui .

Formation En 1942, après ses humanités à l'Institut Saint-Boniface-Parnasse., fréquenté peu avant lui par Hergé, qui y est une véritable star, arrive pour lui le moment de choisir ses études supérieures. Choix dont son père lui a d'ores et déjà épargné l'embarras : le jeune homme sera ingénieur agronome. Mais Franquin a une tout autre idée de son avenir et parvient, avec l'aide de sa mère, à infléchir la position paternelle et à s'inscrire à l'école Saint-Luc, une école catholique d'art dont il se lassera très vite. Il y pratique plusieurs activités comme la technique de la couleur, le dessin au fusain, le dessin à partir de motifs romains ou byzantins, des cours d'hagiographie et le dessin à partir de modèles vivants. La morale stricte qui règne permet cependant la pratique du nu masculin : ce sont les étudiants eux-mêmes qui doivent poser à tour de rôle. Pendant la guerre, il n'est pas inquiété grâce à son statut d'élève à Saint-Luc qui lui permet d'échapper aux restrictions et surtout au travail obligatoire. Cette école est en effet bien vue par les Allemands car l'homme politique et collaborateur Léon Degrelle y enseignait avant guerre.

À Saint-Luc, Franquin montre déjà une certaine habileté pour le dessin et déclarera plus tard que rien de ce qu'il fit dans cette école ne lui fut « inutile ». Au bout d'un an, il a déjà l'impression « d'avoir fait le tour de ce qu'on pouvait y apprendre » et commence à s'ennuyer. C'est alors qu'il fait une rencontre qui va changer, ou en tout cas accélérer considérablement le cours de sa vie, celle d'Eddy Paape.

Ancien élève de Saint-Luc, Paape y revient régulièrement pour saluer ses anciens professeurs. Lors de l'une de ces visites, on lui présente les dessins de Franquin, et il en est suffisamment impressionné pour proposer au jeune homme de le rejoindre à Compagnie belge d'actualités, de Paul Nagant, devenu un petit atelier de dessin animé à cause de la guerre, où il travaille. Franquin saute sur l'occasion. En , il devient donc animateur, un métier qu'il n'a jamais pratiqué auparavant, et pour lequel il n'a aucune compétence. Il se retrouve à pratiquer l'animation sans que personne lui apprenne les techniques du dessin animé et notamment celle du problème des 12 ou par seconde.

Mais le problème ne se pose pas longtemps : peu après, la Belgique est libérée de l'occupation allemande. Les soldats américains ayant apporté avec eux leurs dessins animés, la concurrence est trop rude pour le petit studio, qui fait rapidement faillite.. L'expérience n'a pour autant pas été sans intérêt pour Franquin, qui y a rencontré deux autres passionnés de dessin qui rêvent d'un avenir brillant : Morris (à l'époque encreur et silhouetteur), futur créateur de Lucky Luke, et le jeune Peyo (gouacheur), futur créateur de Johan et Pirlouit et des Schtroumpfs. Paul Nagant, qui dirige le studio de dessins animés CBA, les a également recrutés à l’école Saint-Luc (fermée peu après à cause des bombardements). Il devient un ami proche des trois dessinateurs. En 1945, soupçonné d'avoir collaboré pendant la guerre, Nagant ne peut plus exercer.

Débuts dans la bande dessinée (1945–1949) Arrivée chez Dupuis En 1945, André Franquin est donc au chômage. Il apprend par Morris, qui a déjà publié des dessins humoristiques et des caricatures dans Le Moustique, un magazine de programmes de radio édité par Dupuis, que l'éditeur recherche des dessinateurs pour Spirou. Toute la petite équipe est alors engagée par le journal la même année..

Parallèlement, il publie ses premiers dessins « professionnels » dans la revue des scouts catholiques de Belgique, Plein-Jeu. Franquin n'ayant jamais été scout, il s'inspire de documentations et principalement des illustrations de Pierre Joubert pour les costumes et autres coutumes scouts. Cette collaboration sera fructueuse avec la rencontre du rédacteur en chef, Jean-Jacques Schellens, un homme qui ne cesse de créer des événements, animations et surprises dans le journal, ce dont s'inspirera plus tard Franquin pour le journal Spirou.

Introduit dans la place par Morris, le futur auteur de Lucky Luke, Franquin réalise pour Le Moustique, entre 1945 et 1952, plusieurs couvertures, ainsi que des gags en une planche et des illustrations à vocation publicitaire, ce qui représente en tout une bonne quarantaine de dessins.

Dès les premières publications, il fait impression avec une très bonne expression des personnages, ainsi qu'une légère tendance à l'humour noir : il place les personnages dans des situations désagréables, mais il adoucit la cruauté des scènes par la rondeur du dessin. Durant cette période, Franquin réalise aussi quelques couvertures au lavis pour l'hebdomadaire Bonnes Soirées, qui font prendre la mesure de son talent pour le dessin figuratif. Mais son entrée dans l'équipe du Journal de Spirou lui permet de se lancer dans des réalisations plus ambitieuses.

À l'atelier Jijé À cette époque, Jijé est le principal dessinateur du journal, c’est-à-dire qu'il réalise seul la quasi-totalité des bandes dessinées maison : Spirou, Valhardi, Don Bosco, Emmanuel… Désireux de se délester d'une partie de ce travail, et sur les conseils de Charles Dupuis, il installe les nouveaux venus dans sa maison à Waterloo, qui leur sert d'atelier. On y retrouve notamment Will, Morris, qui travaille sur un projet de cow-boy créé pour le studio de dessin animé, et Franquin, qui reprend Spirou et Fantasio. La petite bande est installée pour dessiner dans la propre chambre à coucher du couple Jijé. Par moments d'autres auteurs passaient dans l'atelier pour recevoir des conseils, c'est le cas notamment de Peyo, le futur auteur des Schtroumpfs.

Franquin commence, au premier trimestre 1946., à une époque où il n’a pas encore d’expérience de la BD, par dessiner Fantasio et son tank qui sera publiée en 1947 dans lAlmanach Spirou, recueil de diverses bandes dessinées d'auteurs de l'équipe Dupuis. Fantasio y propose à des enfants de les raccompagner sur un tank, allusion à la Libération de Bruxelles, où des grappes humaines circulaient sur les tanks américains..