L' ou est la subdivision traditionnelle de l'histoire du Japon qui commence vers 1603, avec la prise de pouvoir de Tokugawa Ieyasu lors de la bataille de Sekigahara, et se termine vers 1868 avec la restauration de Meiji. Elle est dominée par le shogunat Tokugawa, dont Edo (ancien nom de Tokyo) est la capitale.

Le voit le clan Tokugawa renforcer son pouvoir sur le pays et s'assurer de la soumission des daimyō, grands seigneurs féodaux, notamment via une règle de résidence alternée dans la capitale. Le siège d'Osaka de 1614-1615 et la rébellion de Shimabara de 1637-1638 sont les dernières remises en cause de sa prééminence. Un régime dans lequel le confucianisme s'impose alors comme doctrine dominante émerge, en même temps qu'un contrôle plus strict du commerce avec l'étranger est instauré à partir de 1635. Le voit le shogunat imposer de grandes mesures économiques pour réguler ses finances et l'économie du pays (réformes Kyōhō à partir de 1736, réformes Kansei à partir de 1790). Dans la première moitié du , une remise en question du système shogunal est causée par une série de crises internes, mais aussi par la pression des Occidentaux sur le pays. Le Bakumatsu, période finale du régime, voit le pays signer ses premiers traités inégaux avec les pays occidentaux (convention de Kanagawa de 1854), mais aussi certains grands daimyō se regrouper au sein de l'alliance Satchō et remettre en cause militairement le pouvoir du shogunat. Le dernier shōgun, Tokugawa Yoshinobu, restitue ses pouvoirs à l'empereur le .

Le pays connait une longue période de paix qui bénéficie à son économie et à sa société. Un essor urbain important est enregistré dans les grands centres que sont Edo, Ōsaka et Kyōto, mais aussi dans les capitales régionales des daimyō. La population passe d'une douzaine de millions d'habitants à une trentaine. L'alphabétisation progresse grâce à l'essor de plusieurs types d'écoles. Les progrès de l'édition permettent un développement intellectuel et scientifique important, ainsi que la diffusion de savoirs étrangers. Plusieurs formes d'expression artistique comme le théâtre kabuki ou l'impression d'ukiyo-e émergent comme des formes majeures.

Le pays arrive à imposer un contrôle strict de son commerce aux pays étrangers, tout en conservant des relations économiques, intellectuelles et diplomatiques avec certains d'eux comme la Chine, la Corée et les Pays-Bas, notamment par l'intermédiaire du royaume de Ryūkyū que le shogunat vassalise à cette époque.

Histoire politique Unification du pays et prémices de l’époque Edo à la fin du

Depuis la fin du , le pouvoir des shōgun du clan Ashikaga qui dirigeaient jusqu'alors le Japon est considérablement affaibli, et l'archipel est divisé entre plusieurs « seigneurs de la guerre » (daimyo) indépendants de fait, qui luttent entre eux pour tenter d'accroître leur pouvoir (époque Sengoku, 1477-1573). Au cours de la seconde moitié du , trois chefs militaires accèdent successivement à une position hégémonique et contribuent à l'unification de tout l'archipel japonais (époque Azuchi Momoyama, 1573-1603)..

Oda Nobunaga commence ce processus d'unification de 1560 à 1582. Il se fait remarquer par ses talents militaires lors de sa victoire contre les clans Imagawa et Matsudaira à la bataille d'Okehazama en 1560. L'utilisation systématique d'arquebuses, arrivées au Japon depuis peu grâce aux commerçants portugais, dans des corps d'infanterie dédiés, lui apporte un avantage stratégique., et il étend son fief par des conquêtes et des alliances. En 1573, il fait expulser le shōgun Ashikaga Yoshiaki de Kyoto, mettant ainsi fin au règne de la dynastie Ashikaga.. Il met aussi au pas les autres puissances politiques de son temps : les seigneurs Asakura et Azai concurrents, les moines bouddhistes combattants de l'Enryaku-ji et les ligues d'Ikkō-ikki à l'Hongan-ji. Il commence à structurer un pouvoir centralisé depuis le château d'Azuchi qu'il fait construire non loin de Kyoto et instaure plusieurs mesures allant de la suppression des péages à la lutte contre la fausse monnaie. Sa mort subite en 1582 lors de l'incident du Honnō-ji suspend ces réformes.

Toyotomi Hideyoshi, un général d'Oda Nobunaga, poursuit cette œuvre d'unification. jusqu'à sa mort en 1598, après avoir obtenu le titre de kanpaku en 1585.. Il impose la règle de lheinō bunri aux samouraïs des terres qu'il conquiert ; dépossédés de leurs terres, ces derniers deviennent de simples administrateurs territoriaux au service de l'État. Une opération de cadastrage, ou taikō kenchi, est entreprise dans le cadre d'une réforme agraire qui met fin au système des shōen. Les paysans se voient interdire la possession de sabres afin d'éviter les révoltes et de séparer socialement les paysans des guerriers. Hideyoshi soumet les seigneurs de l'île de Kyūshū en 1585, mettant ainsi la main sur la ville de Nagasaki, siège d'une importante communauté chrétienne. Il fait expulser les missionnaires et exerce une répression de plus en plus féroce contre les chrétiens. Après avoir soumis l'essentiel du pays, il tente par deux fois, à la tête d'une armée aguerrie, de conquérir la Corée, en 1592 et en 1596, mais doit finalement renoncer en 1598. À sa mort la même année, le pays est unifié, mais se pose alors la question de sa succession..

Tokugawa Ieyasu, un des généraux de Toyotomi Hideyoshi, prend la tête d'une faction militaire. Il s'assure la maîtrise du pays après la bataille de Sekigahara en 1600, et obtient de l'empereur le titre de shōgun en 1603. La victoire de Tokugawa permet au Japon de connaître une longue période de paix intérieure, avec une pacification progressive de la société, ainsi qu'un développement économique important. Ces éléments, favorables au nouveau régime, inscrivent son action dans la durée..

La « Pax Tokugawa » au

Fondation et consolidation dynastique sous Tokugawa Ieyasu (1603-1605) et Tokugawa Hidetada (1605-1623)

thumb|Tokugawa Hidetada, premier Tokugawa à obtenir le titre de shōgun de façon héréditaire.|alt=Homme assis en tailleur et portant le Ikan, costume traditionnel japonais. Tokugawa Ieyasu reste à Kyōto plusieurs mois après avoir obtenu de l'empereur le titre de shōgun et demeure au château de Nijō, où il œuvre pour s'assurer du soutien politique de la cour impériale. Il s'installe par la suite à Edo, où il poursuit la structuration de son administration.. Tokugawa Ieyasu transmet son titre de shōgun à son fils Tokugawa Hidetada dès 1605 pour assurer la mise en place d'une dynastie, mais il conserve la réalité du pouvoir jusqu'à sa mort en 1616. Tokugawa Hidetada se rend à Kyōto la même année pour recevoir officiellement ce titre de l'empereur, accompagné de plus de : c'est l'occasion pour les Tokugawa de réaffirmer leur puissance militaire. Le pouvoir des Tokugawa reste fragilisé lors de ces premières années par de potentielles revendications de Toyotomi Hideyori et Chacha, respectivement fils et épouse de Toyotomi Hideyoshi. Agissant depuis le château d'Ōsaka, ils constituent une menace grandissante au fur et à mesure que Toyotomi Hideyori se rapproche de l'âge adulte. En 1614, une querelle éclate au sujet de la consécration d'une cloche au Hōkō-ji à Kyōto par les Toyotomi, ce qui aboutit à la levée d'une force de par Toyotomi Hideyori à Ōsaka. Les Tokugawa lèvent une armée deux fois plus nombreuse, et, à l’issue de sièges d'Ōsaka menés en plusieurs étapes en 1614-1615, les Toyotomi sont définitivement vaincus. Si les Tokugawa doivent par la suite menacer d'autres daimyō de l'usage de la force, les conflits se règlent sans prendre d'aussi grandes proportions que lors de la période précédente.

thumb|Les sièges d'Ōsaka de 1614-1615 sont la dernière remise en cause du pouvoir des Tokugawa avant le .|alt=Paravent en six volets présentant une vue aérienne du siège d'un château, de grandes armées entourent le donjon.|gauche Tokugawa Hidetada, officiellement shōgun depuis 1605, récupère la totalité du pouvoir à la mort de son père Tokugawa Ieyasu en 1616. Une série de lois sont prises pour encadrer les obligations des grandes familles (Buke shohatto en 1615) et des nobles de la cour impériale. Elles permettent une transition d'un pouvoir lié à la figure tutélaire de Tokugawa Ieyasu à un pouvoir dynastique, le nouveau shogunat s'affirmant comme le pouvoir administratif et légal dominant. Tokugawa Hidetada continue de se rendre régulièrement à Kyōto pour y faire étalage de sa puissance, accompagné de ses principaux vassaux de l'est du pays en 1617, 1619, 1623 et 1626. Ces voyages sont l'occasion de prendre de grandes décisions qui touchent directement certains domaines, comme la réallocation forcée de fiefs ou la destruction de fortifications. Il réaffirme son rôle d'autorité régulatoire en octroyant des droits d'exercer à des théâtres de kabuki ou à des quartiers de plaisirs comme Yoshiwara (tous deux en 1617), ou, au contraire, en restreignant les activités liées au christianisme (en 1622).

Tokugawa Iemitsu (1623-1651) et Tokugawa Ietsuna (1651-1680)

thumb|Le shōgun Tokugawa Iemitsu dirige le pays de 1623 à 1651, et met en œuvre plusieurs grandes réformes comme le sankin-kōtai.|alt=Homme assis en tailleur et portant un ikan. Il est visiblement en surpoids. Tokugawa Iemitsu devient formellement le de la dynastie en 1623, mais, comme lors de la transition précédente, son père, Tokugawa Hidetada, continue d'exercer la réalité du pouvoir. Iemitsu étant dès son enfance sujet à des problèmes de santé importants, il est même un temps envisagé de transmettre la charge de shōgun à son frère cadet Tokugawa Tadanaga. Tokugawa Hidetada continue d'agir auprès des dignitaires étrangers et des daimyō, et parvient même en 1620 à marier sa fille Tokugawa Masako à l'empereur Go-Mizunoo, rapprochant ainsi les familles impériale et shōgunale. Ce n'est qu'en 1632 à la mort de Tokugawa Hidetada que son fils Tokugawa Iemitsu exerce toute la réalité de la charge de shōgun. Tokugawa Iemitsu entreprend en 1634 une visite d'apparat à Kyōto pour y rencontrer l'empereurC'est la dernière fois avant la fin de la période qu'un shōgun se rend à Kyōto. et en profite pour y étaler la puissance de sa dynastie, tout en cherchant à s'attacher la fidélité des grandes familles de la ville par d'importants cadeaux. Cet étalage de puissance se fait aussi auprès des dignitaires étrangers : les ambassadeurs venant de Corée, des Pays-Bas et de Ryūkyū sont invités à visiter et honorer le mausolée de la dynastie Tokugawa au Nikkō Tōshō-gū, au nord d'Edo. Tokugawa Iemitsu impose en 1635 aux daimyō le système du sankin-kōtai qui les oblige à vivre de manière alternée dans leur fief et à Edo. Les ressources financières de ces seigneurs et les velléités de révolte sont ainsi réduites. Ceux-ci ont par ailleurs interdiction de se rendre à Kyōto et de rencontrer l'empereur. Iemitsu, comme ses prédécesseurs, combat aussi la diffusion du christianisme (notamment lors de la rébellion de Shimabara en 1637) et restreint de manière grandissante le commerce avec l'étranger (les navires portugais ont interdiction d'accoster à partir de 1639). Le but n'est alors pas d'interdire les échanges avec l'étranger, mais de les concentrer dans les mains d’un petit nombre d'intermédiaires plus simples à contrôler.