vignette|Les Beatles en compagnie du disc jockey Jimmy Staggs à la station de radio WCFL de Chicago au moment de la polémique en août 1966. Une en 1966, lorsque des propos de John Lennon sont diffusés aux États-Unis, puis dans la presse internationale. Lennon y évoque ses positions sur l'évolution du christianisme, expliquant que la religion dans les années 1960, et plus particulièrement au Royaume-Uni, n'a plus la même importance dans la vie des gens qu'auparavant, notant au passage :

Ces propos, adressés initialement par Lennon à une journaliste intime de l'artiste, Maureen Cleave, et publiés dans l du vont provoquer une polémique importante : aux États-Unis, particulièrement dans les États du Sud plus conservateurs, les disques du groupe sont brûlés en public par des foules d'anciens fans. Dans de nombreux pays à forte communauté chrétienne, comme le Mexique et l'Afrique du Sud, les chansons des Beatles sont interdites de diffusion radiophonique. À l'approche d'une tournée aux États-Unis, des menaces d'assassinat sont adressées à Lennon et au groupe en général, notamment de la part du Ku Klux Klan.

À la demande du manager, Brian Epstein, John Lennon effectue une mise au point et replace ces propos dans leur contexte lors d'une conférence de presse tenue à Chicago, sans que les tensions ne s'apaisent pour autant. Finalement, cette polémique devient un argument pour pousser les Beatles à interrompre définitivement leurs tournées cet été-là.

John Lennon revient à plusieurs reprises sur cette malencontreuse histoire, souvent à mots voilés : il fait ainsi mention du Christ dans plusieurs de ses chansons, comme et . Cette phrase est aussi un des motifs supposés de l'assassinat du musicien par Mark David Chapman en 1980. après, le journal officiel du Vatican, , considère avec indulgence ces propos.

Interview de Maureen Cleave Une journaliste de confiance Maureen Cleave est une journaliste très proche des Beatles, et particulièrement de John Lennon. Née en 1934, elle inspire à John Lennon un fort sentiment de confiance. Maureen Cleave devient l'un des rares représentants de la presse à qui Lennon se confie réellement. D'après le biographe Bob Spitz et son ami d'enfance Pete Shotton, ils auraient même eu une liaison, qui lui aurait inspiré la chanson publiée en 1965 sur l'album Bob Spitz, , Little, Brown, Boston, 2005, . Le biographe Philip Norman certifie pour sa part qu'il s'agit d'une autre femme, l'épouse du photographe Robert Freeman, Cleave ayant déclaré que Lennon ne l'avait jamais draguée.

Paul McCartney explique leur relation avec Maureen Cleave de la manière suivante :

Pour son journal, l de Londres, Maureen Cleave décide de montrer le fondateur des Beatles dans son intimité, avec son épouse Cynthia et son fils Julian, alors âgé de 3 ans, dans leur maison de la verdoyante grande banlieue londonienne, à Weybridge, Surrey. L'ambiance dans laquelle se déroule l'interview est particulièrement détendue. Lennon accueille la journaliste en lui demandant :

Au premier trimestre 1966, au moment où est réalisée cette interview, les vivent une période exceptionnellement longue de repos, sans engagement, concert ou session d'enregistrement, leur toute première depuis les débuts de la Beatlemania. John Lennon explique d'ailleurs à son amie journaliste :

« Comment vit un Beatle ? » L'article publié le ne met pas en exergue les propos qui vont déclencher la polémique et qui, sous la forme d'un simple paragraphe au milieu d'un long texte, sont les suivants :

À ce propos, Paul McCartney note encore :

Cet article de Maureen Cleave est intitulé et sur-titré, en lettres majuscules, . Il décrit une star de 25 ans qui s'intéresse à tout, qui cherche encore sa voie, qui n'a trouvé aucune réponse dans la célébrité et la richesse, mais les appréciant toutefois. Entouré de toutes sortes de gadgets dont il sait à peine se servir, il est présenté comme un lecteur boulimique, capable de , car il est . Cette phrase est suivie d'une réponse lennonienne : C'est d'ailleurs à cette époque que Lennon compose , une chanson célébrant les joies du sommeil et de la paresse.

L'encadré en caractères gras, sur une pleine colonne de l'article, met en exergue une citation de Lennon sans rapport avec ses paroles sur Jésus : . L'article que découvrent les lecteurs du périodique londonien n'est donc pas axé sur la réflexion de Lennon à propos de la popularité comparée de son groupe et du Christ. Maureen Cleave souligne que Lennon et décrit les objets fétiches qu'il lui présente :

L'article se conclut sur ces ultimes paroles de John Lennon :

Éclatement de la polémique Naissance des protestations Dans l'Angleterre de 1966, les propos de Lennon ne choquent pas. L'Église anglicane est alors la cible de nombreux polémistes ou humoristes, comme Peter Sellers, au point que la phrase du Beatle en devient presque banale, ce qui explique qu'elle ne soit pas mise en exergue. L'article est même revendu à diverses publications sans que nul ne proteste.

Il faut attendre le mois d'août pour que la situation s'envenime, comme le rapporte Neil Aspinall : C'est , un des éditeurs et plus tard imprésario des Ramones, qui fut l'instigateur, sans le vouloir, de cette polémique lorsqu'il publie des extraits d'interviews dans ce magazine et place deux phrases choc sur la couverture.. Dans une Amérique très conservatrice et marquée par la crainte de Dieu, la réaction ne se fait pas attendre.

Quelques heures après la publication de l'article, Tommy Charles, animateur et polémiste de la station radio WAQY à Birmingham en Alabama affirme, sans l'aval de Frank Lewis, son directeur de la programmation, que la station cesse de jouer les chansons du groupe. Un journaliste de l' écrit un article au sujet de ce boycott et la nouvelle se répand comme une traînée de poudre.. Un grand nombre de stations suit son exemple dans des États où la prégnance d'une vision religieuse de la société est particulièrement marquée, notamment le Kentucky, l'Ohio, la Géorgie, la Caroline du Sud ou encore l'Utah.

Les propos de John Lennon sont rapidement déformés et sortis de leur contexte. Ainsi, de ce prononcé dans un article où Lennon fustige plus ce qu'on a fait de la religion que la religion elle-même, et en aucun cas le Christ, la citation devient notamment (). Certaines radios se démarquent cependant par une réaction inverse : aucune des radios de New York ne se joint au mouvement, et une station de Fort Knox qui n'avait jamais passé une seule chanson du groupe le fait pour .

Ce ne sont pas là les réactions les plus flagrantes : en Alabama, des disques du groupe sont brûlés dans un grand autodafé, tandis que l'Afrique du Sud et le Mexique interdisent la vente de disques des Beatles. Les manifestations prennent de l'ampleur, donnant lieu à l'apparition de panneaux invitant à pour un , ou encore de pancartes clamant : Le brasier s'étend en Espagne, aux Pays-Bas et même au Royaume-Uni où des propos jusque-là passés inaperçus font désormais réagir les foules. L'organe officiel du Vatican, , rétorque pour sa part que .

Un contexte difficile pour le groupe Cette polémique survient à une période particulièrement tendue pour les Beatles, qui ont déjà eu à affronter des menaces de mort au début de l'été lors de leur tournée.

Au Japon, fin juin, leurs concerts au ne sont pas du goût de tout le monde, comme le rappelle George Harrison : Les Beatles, qui reçoivent les premières menaces de mort jamais proférées envers des artistes de rock, sont consignés dans leur hôtel par sécurité, et jouent devant autant, sinon plus, de policiers aux aguets que de spectateurs forcés à un calme relatif.

L'étape suivante de la tournée aux Philippines n'est pas plus tranquille. Les Beatles doivent se produire à Manille et sont invités à un déjeuner au palais de Malacañan par Imelda Marcos, épouse du dictateur Ferdinand Marcos. Pensant qu'il s'agit là d'une rencontre privée, ils refusent, épuisés. Ils découvrent ensuite qu'il s'agissait d'un déjeuner de bienfaisance donné pour quatre cents enfants de hauts gradés de l'armée. Les images des enfants déçus font le tour du pays, attirant l'opprobre sur le groupe. Après leurs concerts, ils sont insultés et molestés sur le chemin qui les mène à l'aéroport et leur manager Brian Epstein doit débarquer de l'avion pour rembourser l'intégralité des sommes récoltées aux Philippines.

Un George Harrison choqué raconte, quelque vingt ans plus tard : Pourtant, aucun des Beatles n'avait voulu faire passer un message politique par ce geste, dont ils ont compris la portée par la suite, comme le raconte Paul McCartney :

Ce sont donc des Beatles particulièrement troublés qui doivent affronter la polémique autour des propos de John Lennon sur Jésus-Christ, à l'aube d'une tournée américaine qui s'annonce agitée.

La dernière tournée thumb|left|alt=Le stade Mid-South Coliseum|Le de Memphis a vu les Beatles attaqués par un jet de pétard à la suite des déclarations de Lennon.

Aux États-Unis le groupe doit se produire dans plusieurs grands stades et importantes salles de concert. Pour Brian Epstein, la situation est risquée et il faut rapidement agir pour éviter de reproduire le désastre de Manille. Il réussit à obtenir de Maureen Cleave qu'elle ne se prononce pas sur les événements, pour ne pas ajouter au débat, et tente de convaincre Lennon de faire des excuses publiques.

La chose est difficile, comme l'explique Ringo Starr : Tandis que George Harrison tente de désamorcer l'affaire avec une pointe d'humour , John Lennon se rend à l'évidence :

Après une première déclaration d'Epstein en conférence de presse à New York, Lennon prend lui-même la parole avant de quitter le sol anglais. À une journaliste qui lui demande s'il appréhende le voyage, il répond : De façon plus discrète, cependant, il avoue être et avoir voulu annuler la tournée.

Arrivés aux États-Unis, les Beatles comprennent que la situation n'est pas calmée : le Ku Klux Klan va jusqu'à émettre des menaces. C'est un Lennon totalement désemparé qui donne une conférence de presse le à l' de Chicago, ville où a lieu le lendemain leur premier concert « The Beatles Timeline », Ottawa Beatles Site. Consulté le 23 octobre 2011.. Après avoir expliqué le sens réel de ses propos, il conclut en déclarant : Puis il ajoute :

Si cette déclaration entraîne une accalmie dans la presse, ce n'est pas le cas dans les États de la . La venue du groupe y est accompagnée d'un important dispositif de sécurité : voitures blindées, leurres, arrivées dans des lieux isolés des aéroports pour éviter les tirs de snipers, et souvent de nuit. Malgré cela, plusieurs impacts de balle sont retrouvés dans le fuselage de leur avion. Un membre du Ku Klux Klan déclare ouvertement à la télévision qu'il y aura des pour le groupe durant un concert à Memphis le . La surprise promise se révèle inoffensive, mais effrayante, comme le raconte par la suite Lennon :

Cet élément conforte un avis déjà bien ancré pour le groupe, en particulier pour Lennon : les Beatles ne sont plus un groupe de scène et doivent arrêter les tournées. Se produire pour un public qui vient plus pour hurler que pour écouter la musique ne satisfait plus aucun des Beatles. Par ailleurs, la musique du groupe évolue avec de plus en plus d'innovations sonores en studio, impossibles à recréer en direct, chaque membre jouant en outre de plusieurs instruments.

Bien que la chose ne soit jamais officialisée, le concert de à San Francisco, le , est donc le dernier de la carrière des Beatles . Pour Lennon, l'« affaire Jésus » est un déclencheur :

Postérité Retours de Lennon sur le sujet thumb|À l'occasion de ses en 1969, Lennon a déclaré chercher à moderniser le message du Christ.|alt=Lennon, les cheveux longs, enregistrant Give Peace a Chance en 1969