thumb|upright=1.2|Image :La Vierge de Lorette (Raphaël) (vers 1510). Les litanies de Lorette (en latin Litaniæ Lauretanæ) ou Litanies de la Sainte Vierge sont, dans la tradition catholique, des invocations répétées et psalmodiées de demandes d’intercession adressées à la Vierge Marie, Mère de Dieu. Elles consistent généralement en une formule prononcée et répétée par le célébrant, en tout ou partie, par les fidèles, qui répondent parfois par une autre formule (ex : ora pro nobis). Celles-ci sont récitées à la fois dans l'église ou comme dévotion privée.

Elles ont commencé à faire l'objet de compositions musicales sans doute au milieu du à Lorette.

Ces litanies furent, avec les Litanies des saints, exclusivement choisies en 1601 par le pape en faveur de l'Église universelle.

Toujours en usage, elles demeurent une prière très populaire, réservées à la dévotion mariale.

Historique Origine

Il est vraisemblable que la tradition de ces litanies est née après la fondation du sanctuaire de Lorette sur les bords de la mer Adriatique en 1294 par des chrétiens venus d'Orient, laquelle remplaçait la Sainte Maison de Nazareth, transférée d'abord en Dalmatie.

Les chercheurs discutent d'une origine byzantine, par exemple l'hymne acathiste,du rite byzantin. On constate que les litanies consacrées à la Sainte Vierge étaient, même dans l'Église d'Occident, assez anciennes et abondantes, sous les formes de « Sancta Maria », d' « Ave Domina » ou simplement d' « Ave », qui se trouvent dans les manuscrits à partir du La Civiltà Cattolica, , , 1899, , Congrégation des Sœurs d'Ursule Benincasa, Per la Storia delle Litanie Mariane : variété parmi quatre manuscrits.. D'ailleurs, dans les archives, il existe un manuscrit commençant par Kyrie eleison, point commun à plusieurs textes. Ces litanies Sancta Maria furent copiées en 1524 par un certain Giovanni da Falerone, moine de l'ordre des Frères mineurs de l'Observance. Etant plus anciennes, il est possible qu'elles aient inspiré la composition des litanies de Lorette. Deux versions de litanies de Lorette

Letanie, che si cantano nella S. Casa di Loreto ogni Sabbato, et Feste della Madonna (souvent Litaniæ Deiparæ Virginis ex Sancra Scriptura, dites Deiparæ ou Scriptura) (pour le samedi et les fêtes de la Sainte Vierge) {| class="wikitable" ! !

L'origine de chaque verset était tout à fait précisée dans cette publication. À dire vrai, cette version des litanies était composée à la base de la Bible, donc plus théologique, alors que les litanies de Lorette se caractérisaient davantage de la dévotion envers la Sainte Vierge, note .

Dans la chronologie, les litanies de Lorette étaient mentionnées, en 1531 (Litaniæ Virginis Mariæ), en 1547 (Litaniis) et en 1554 (Litaniarum). Sans précision ni texte, il est difficile de connaître leurs détails. Problème, c'est qu'il existait deux versions de litanies de Lorette. Ce qui demeure certain est que la version actuelle remplaça, finalement, d'autres litanies, y compris ces Litaniæ Deiparæ Virginis ex Sacra Scriptura. En raison de l'origine issue de la procession des RogationsRobert Le Gall, Dictionnaire de liturgie : Rogations , les litanies anciennes étaient si nombreuses qu'à la suite de l'officialisation par le Saint-Siège, la plupart furent éliminées.

Sans doute au milieu du , le prototype des litanies actuelles fut-il fixé et diffusé. Il est à noter la similitude de la structure et des éléments avec les Litanies des saints, publiées dans le bréviaire romain de l'époque, qui étaient tout à fait officielles. Leur origine serait commune et 142.

En ce qui concerne la version ci-dessus, elle aussi aurait été composée dans la deuxième moitié du . Car celles-ci étaient présentées dans une lettre de Giulio Candiotti, archidiacre de Lorette, laquelle fut datée du . Candiotti les précisa au pape comme lettanie moderne della sanctissima Vergine (Bibliothèque apostolique vaticane, manuscrit Reg. Latin 2020, folio 363).

Pour sa diffusion, ceux qui jouaient le rôle principal étaient les Jésuites, et surtout Pierre Canisius (mort en 1597)David Crook, Orlando di Lasso's Imitation Magnificats for Counter-Reformation Munich, , Princeton University Press, 2014 . L'usage de ce texte à Lorette remonterait en 1558 selon Gabriel Pidomson (2019)Gabriel Pidomson, Honouring Mary, , 2019 alors que l'étude d'Angelo de Santi (1897) attribuait l'apparition à l'année 1576. Le manque de documents pendant cette période empêche les recherches.

Publication la plus ancienne en 1558 et contribution des Jésuites Sans doute la première publication ne fut-elle pas effectuée en Italie. On connaît de nos jours celle qui fut sortie en 1558 à Dillingen en Souabe, où une nouvelle université avait été inaugurée en 1551. Il est possible que Canisius eût contribué à faire inclure les litanies dans ce livre, note : D. Petre à Soto, Preces speciales pro salute populi Christiani … quibus addita est Letania Loretana.

Pierre Canisius continua à diffuser ce texte. Dans le livre de prière sorti en 1587, il fit imprimer les litanies de Lorette en latin (Manuale Catholicolum in usum pie precandi collectum, folio 398), peut-être sa réponse à l'officialisation par le Saint-Siège. En effet, les litanies étaient très importantes dans le contexte de la Contre-Réforme en Bavière, notamment chez la maison de Wittelsbach à laquelle Canisius était lié. À Munich où se trouvait la citadelle spirituelle du rite tridentin pour les fidèles germanophones, on chantait déjà, avec certitude, les litanies de Lorette en 1570 ou plus tôt et peut-être en faux-bourdon. Nicolaus SerariusData Bnf (mort en 1609), jésuite, y évoluait la théorie théologique des litanies, afin d'empêcher l'influence de celles des Luthériens. Il précisait encore que les litanies catholiques sont exactement à la base de la Bible, contrairement à ce que les protestantes accusaient. D'ailleurs, l'installation des litanies de Lorette à Rome aurait été achevée par le cardinal Francisco de Toledo, également jésuite, qui était proche des papes. Vraisemblablement lors de son décès en 1596, ces litanies étaient pratiquées à la basilique Sainte-Marie-Majeure.

Compositions musicales à partir de 1575 Dans les archives, il est difficile à trouver les documents pour les litanies de Lorette, si l'on cherche les manuscrits datés avant 1575. En ce qui concerne le domaine musical, en effet, la Sainte Maison de Lorette ne conservait pas de partitions. Alors que la trace de composition en polyphonie des Litanies des saints avait apparu à Naples chez les Franciscains dans les années 1480, de même les œuvres complètes n'existaient pas avant 1575. Et, Costanzo Porta, compositeur distingué mais également franciscain, arriva à Lorette en , en qualité de maître de chapelle. Sitôt installé, il composa, en faveur du samedi, des vigiles et des fêtes importantes, unes litanies mariales à 8 voix en double-chœur, adaptées au chœur du sanctuaire comptant dix-huit chantres. À vrai dire, il s'agissait d'une composition selon les litanies dites Deiparæ ou Scriptura (Costanzo Porta, Litaniæ deiparæ Viriginis Mariæ ex Sacra Scriptura depromptæ, Venise 1575, note ).

Toutefois, après cinq ans de service, Porta composa une autre œuvre, maintenant unes litanies de Lorette en 1580, avant de s'en aller vers Padoue. Cela était une composition à septe voix. Le recueil était dédié à Vincenzo Casale, gouverneur de la maison. La version de Lorette que le maître Porta laissa à cette ville en 1580 était en usage encore en 1585Il est possible que le compositeur soit parti de Lorette plus tard, en 1598 (, note ).

Quoiqu'il fût un prêtre de la congrégation de l'Oratoire, Tomás Luis de Victoria qui était très fidèle à la Contre-Réforme suivit en 1583 avec sa composition à 8 voix en double-chœur, avant de quitter Rome. L'œuvre d'un autre compositeur, Annibale StabileData Bnf, fut chantée en , et tous les samedis pendant le Carême. L'auteur et la pièce étaient si fortement liés aux Jésuites que sur la couverture de la partition, on constate le monogramme symbolique (christogramme) de cet ordre IHS.

Avant que les litanies de Lorette ne connaissent son immense succès au , les Jésuites restaient son promoteur principal. Ainsi, Giovanni Battista Gnocchi, prêtre-compositeur de la basilique Santa Maria della Steccata à Parme, publia ses quatre litanies de Lorette en polyphonie en 1597 ainsi qu'une Scriptura. Sans doute s'agissait-il du premier recueil en Italie tandis que la publication était dédiée à une confrérie jésuite.

Publication des litanies à Lorette en 1578 L'édition de 1580 prit les deux versions ensemble, version actuelle et version précisant des textes bibliques (voir ci-dessus). Cette édition se commençait avec une dédicace à Vincenzo Casale, gouverneur pontifical de la Sainte Maison de Lorette.

Officialisation et régularisation par le Saint-Siège à partir de 1587 Reste que le pape , originaire de Grottammare qui se situe non loin de Lorette, accorda une indulgence de deux cents jours aux fidèles récitant les litanies de Lorette, par une bulle pontificale datée du , qui accordait également trois cents jours d'indulgence avec les litanies du saint Nom de JésusJean-Baptiste Bouvier, Traité dogmatique et pratique des indulgences, des confréries et du jubilé, , 1855 . Donc, il s'agissait d'une approbation indirecte qui était attachée à son indulgence, ayant pour but de promouvoir les prières de fidèles. Il est à remarquer que la publication effectuée en 1590 (ci-dessus) était tout à fait adaptée à cette bulle : « Quique Litanias ejusdem Sanctissimi Nominis [Jesu] recitaverint, trecentos ; qui Litanias ejusdem Beatissimæ Virginis Mariæ, ducentos ...... et Domo Beatæ Mariæ Virginis usitatum recitentur. » (, Reddituri de commiso Nobis grege Dominico, article 4, le Eliseo Monsignani, Bullarium carmelitanum plures complectens summons, , 1718).

Or, ce Saint-Père, franciscain, provoqua un conflit avec les Jésuites. Aussitôt élu en 1585, il voulait que le nom de Jésus soit affecté à toute l'Église et à tous les religieux. En 1590, il expédia une autre bulle ordonnant aux membres de renoncer le nom Jésuites en faveur de Ignatiens selon son fondateur Ignace de Loyola. Il s'agissait du commencement de la fameuse suppression de la Compagnie de Jésus. En réponse, l'ordre commença à utiliser les litanies dans l'optique de faire annuler ce règlementCompagnie de Jésus, Les Jésuites démasqués ou annales historique de la Société, , 1760 .

Le Vatican subit encore un autre problème. Texte si populaire, ses variantes étaient, dans les années 1590 après l'approbation, nombreuses et considérables, surtout parmi les compositions musicales. Finalement, les congrégations auprès du Saint-Siège réussirent à maîtriser la situation. Un manuscrit de Giovanni Pierluigi da Palestrina, litanies à 8 voix, présente cette manœuvre délicate. Utilisé à la Cappella Giulia, ce manuscrit à la base d'un texte libre fut corrigé et corrigé, jusqu'à ce que soit établi le texte de Lorette authentique.

Approbation définitive pour l'Église universelle en 1601 par Les chercheurs identifièrent, avec leurs études, dans le cadre de la Contre-Réforme du , l'intention du Saint-Siège ayant pour but d'éliminer les litanies non convenables. Car, la forme des litanies avait tendance à évoluer sans limite et sans contrôle, en raison de sa structure et du manque d'autorisation concrète. D'où, , qui était le personnage principal de la reforme tridentine, dénonça, en 1571 avec son motu proprio ainsi que sa bulle Superni omnipotentis, la suppression de toutes les litanies mariales. Il s'agissait d'une réforme liturgique, qui autorisa un nouveau Officium Beatæ Mariæ Virginis remplaçant l'ancien office Horæ Beatissimæ Virginis Mariæ.