Le mont Carmel, en hébreu , , en français « le vignoble de Dieu », est une montagne côtière d'Israël. Elle surplombe la mer Méditerranée à l'ouest et domine la vallée de Jezréel au sud-est. La ville de Haïfa se trouve en partie sur le flanc du mont Carmel, ainsi que les villes de Nesher et de Tirat Carmel.

En raison de la végétation fournie qui y pousse et de la présence de nombreuses grottes sur son versant nord-est, le massif du Carmel est longtemps passé pour un lieu de refuge habité par des ermites et des brigands.

Dès l'Antiquité, la vallée de Jezréel fut le théâtre d'importantes batailles, comme la bataille de Megiddo entre les Égyptiens et les Cananéens. Pendant la Première Guerre mondiale également, le mont Carmel a joué un rôle stratégique important. La bataille de Megiddo de 1918 a eu lieu à l'entrée d'un passage à travers le mont Carmel. Le général Edmund Allenby y a conduit les forces britanniques lors de cette bataille décisive contre l'Empire ottoman.

Le mont Carmel est le lieu d'une longue tradition religieuse, depuis que la Bible y a placé le séjour des prophètes Elie et Elisée (1 Rois 18 ; 2 Rois, 2).

Géographie Situation, topographie thumb|Vue du mont Carmel. Le nom mont Carmel est utilisé de trois manières différentesCheyne et Black, Encyclopaedia Biblica: A Critical Dictionary of the Literary, Political and Religion History, the Archeology, Geography and Natural History of the Bible, 1899 : en référence à la chaîne de montagne de de long qui s'étend jusqu'à Jénine au sud-est ; en référence à la chaîne de montagne de au nord-ouest ; en référence au cap situé à l'extrémité nord-ouest.

Le massif du Carmel fait environ 6,5 à de large. Il forme une crête escarpée sur sa face nord-est ( de hauteur) et une pente douce au sud-ouest. La vallée de Jezréel se trouve immédiatement au nord-est. La plage forme une barrière naturelle dans le paysage, comme la vallée de Jezréel forme un passage naturel. Cela explique que la montagne et la vallée ont eu une grande importance pour les migrations et les invasions venues de l'Est au cours des siècles.

Géologie La montagne est formée d'un mélange de calcaire et de silex. On y trouve aussi des roches volcaniques et de nombreuses grottes. Ses pentes sont couvertes d'une végétation dense, qui comprend du chêne, du pin, de l'olivier et du laurierJewish encyclopedia.

Population Plusieurs villes modernes sont situés sur les bords du massif : Yoqneam sur sa crête orientale, Zikhron Yaakov sur le versant sud, les communautés druzes de Daliat el Karmel et Issifiya dans la partie centrale de la crête, les villes de Nesher, de Tirat Carmel et de Haïfa à l'extrême nord-ouest du promontoire et à sa base. Un petit kibboutz appelé Beit Oren est également implanté sur l'un des points les plus élevés du bord du massif, au sud-est de Haïfa.

thumb|upright=3.2|center|Vue panoramique de la chaîne montagneuse du Carmel.

Histoire Préhistoire thumb|Grotte sur le versant nord du mont Carmel.

Lors d'un programme de fouilles réalisé entre 1929 et 1934, Dorothy Garrod a fouillé de 1930 à 1932 quatre grottes et plusieurs abris sous roche. Ces cavités sont situées sur le versant occidental du mont Carmel, le long du côté sud de la vallée de Nahal Me’arot / Wadi el-MugharaLes quatre grottes adjacentes de Taboun, Jamal, el-Wad et Es Skhul ainsi que leurs terrasses. Elle y a découvert des restes d’hommes de Néandertal et des premiers humains modernes, dans un même ensemble culturel datant du Paléolithique moyen, le Moustérien. Le squelette d'une femme de Neandertal dénommé Tabun est considéré comme l'un des fossiles humains les plus importants jamais découverts Christopher Stringer, Callander and Smith, 1998. Les fouilles effectuées à el-Tabun ont produit le plus long enregistrement stratigraphique d'activités humaines de la région, du Paléolithique à nos jours, soit entre et ans d'évolution humaine. Plusieurs sépultures bien conservées d'hommes de Neandertal et dHomo sapiens sont également présentes. Les traces de passage de groupes de chasseurs-cueilleurs nomades et de sociétés agricoles sédentaires complexes ont également été relevées. Tous ces éléments soulignent l'importance fondamentale des grottes du mont Carmel pour l'étude de l'évolution biologique et culturelle de l'homme dans le cadre des changements paléo-écologiques.

Antiquité

Les Peuples de la mer s'installent sur les côtes du mont Carmel probablement autour du milieu du Ils y restent jusqu'à ce qu'ils soient chassés par la conquête assyrienne de Teglath-Phalasar III, en 732 De l'érémitisme chrétien aux Carmes sur le site de l'abbaye de Saint-Hilaire.

Du temps des prophètes d'Israël Dans la Bible, le mont Carmel est un lieu saint pour le culte du dieu YHWH, comme le suggère le livre d'Amos.

Le prophète Élie y habita, d'où son autre nom de « mont Saint-Élie » (en arabe , ). Elie y affronte les prêtres païens de Baal : au nom du Dieu d'Israël, il y accomplit un sacrifice miraculeux qui montre l'inanité des croyances idolâtres ou syncrétistes. Après sa victoire, les prêtres de Baal sont mis à mort.

Selon le deuxième livre des Rois, le prophète Élisée traverse le massif du Carmel après avoir maudit un groupe de jeunes gens qui se sont moqués de lui à la suite de l'ascension d'Élie. Deux ours sortent alors de la forêt et déchirent les jeunes gens. La présence d'Élisée dans le massif du Carmel n'implique pas qu'il s'y soit réfugié par crainte d'une réaction à leur mort, bien que le livre d'Amos considère cette montagne comme un refuge. Le livre d'Amos est considéré par les exégètes comme antérieur aux livres des RoisJewish Encyclopedia, Books of KingsJewish Encyclopedia, Book of Amos.

Selon Strabon, ces montagnes continuent à être un lieu de refuge, au moins jusqu'au Strabon, Encyclopédie Géographique en 17 volumes.

Les religieuses carmélites pensent qu'une communauté d'ermites juifs vivait sur le mont Carmel au temps d'Élie, mais aucune preuve n'a été trouvée jusqu'à présent.

Période romaine ÉpiphaneEpiphanius of Salamis, Panarion 1:18 fait du mont Carmel un fief des Esséniens ; Flavius JosèpheJosephus, La Guerre des Juifs les situe également dans la région d'Ein-Gedi.

Des communautés américaines modernes se disent Esséniennes, bien qu'elles n'aient aucun lien avec ce groupe antiqueJ. Gordon Melton, Encyclopedia of American Religions. Elles accordent au mont Carmel une grande importance religieuse à cause de la protection qu'il a offerte aux Esséniens historiques.

L'historien Tacite rapporte que Vespasien est monté sur le mont Carmel pour consulter l'oracle qui s'y trouvait ; il note qu'il y avait un simple autel mais pas de temple.

Période byzantine Les moines byzantins édifient un monastère à l'extrémité du plateau qui surplombe la mer. Le monastère est probablement consacré à sainte Marguerite (ou sainte Marine, selon le nom en usage en Orient). Ce monastère est détruit par les Perses de Khosro en 614.

Moyen Âge thumb|left|« Saint Louis visitant le mont Carmel », lettrine historiée de Cornelia van Wulfschkercke, Graduel à l'usage du couvent de Sion, 1505. thumb|Plan du mont Carmel par Jean Doubdan, Le voyage de la Terre Sainte, Paris, 1667.

Au , un ordre religieux de l'Église catholique romaine, l'ordre du Carmel (Carmes et Carmélites), est fondé sur le mont Carmel par saint Berthold (mort en 1195). Ce pèlerin et croisé s'engage, suivi par d'autres, à vivre en ermite sur le mont Carmel, comme l'a fait avant eux le prophète Élie. Une chapelle dédiée à la Vierge MarieMarie, patronne du Carmel sur carm-fr.org est construite au centre des ermitages. L'église prend le nom de Notre-Dame du Mont-Carmel, qui va rapidement donner le nom à cette communauté. L'ordre est organisé vers 1209 par saint Albert Avogadro, patriarche latin de Jérusalem. Il lui donne une règleAlbert de Jérusalem sur le site lecarmel.org prescrivant la plus grande pauvreté, la solitude et le régime végétarienLe régime végétarien sera par la suite assoupli ; voir Saint Albert de Jérusalem, patriarche de Jérusalem sur le site carm-fr.org et le texte intégral de la règle du Carmel. Le roi de France Louis visite le site en 1252.

Au , après la conquête de la Palestine par Saladin (chute de Jérusalem en 1187), et jusqu'à la prise de Saint-Jean-d'Acre en 1291, les ermites quittent progressivement le mont Carmel pour se réfugier en Europe. En effet, leur sécurité n'est plus assurée dans leurs ermitages. En 1291, le monastère est détruit par les musulmans et les derniers ermites y sont massacrés. En Europe, la vie des ermites se transforme progressivement en une vie monastique telle que nous la connaissons aujourd'huiIl y a eu plusieurs réformes dans l'ordre du Carmel ; voir les biographies de Simon Stock, Jean de Saint-Samson ou Thérèse d'Avila.

Durant les Croisades, le monastère change souvent de mains et devient finalement une mosquée. Sous contrôle islamique, le lieu prend le nom de El-Maharrakah, ce qui signifie « la combustion », en référence au défi d'Élie face aux prêtres de Baal.

Après la chute de Saint-Jean-d'Acre en 1291, les Mamelouks rasent les villes côtières pour empêcher le retour des croisés. La ville n'est plus mentionnée dans la littérature jusqu'en 1575, ce qui fait penser qu'elle n'est plus habitée. La reconquête ottomane, en 1761, permet une reconstruction progressive de la ville. La ville de Haïfa redevient un simple village de pêcheursJoseph-François Michaud (1767-1839) dans la publication des Correspondances d'Orient, raconte lors de sa visite avant d'être refondée en 1918.

thumb|Gravure de la carte du mont Carmel, fin , auteur inconnu. En 1799, Napoléon Bonaparte, lors de la campagne d'Égypte, met le siège devant Saint-Jean-d'Acre. Il transforme le monastère (qui était devenu une mosquée) en hôpital de campagne. Lors de son retrait, il abandonne blessés et malades. Ces soldats sont massacrés par les troupes ennemies.

En 1821, ce qui reste du monastère est détruit par le pacha de Damas, soucieux d'empêcher ses ennemis de s'y réfugierDe l'érémitisme chrétien aux Carmes sur le site de l'abbaye de saint-hilaire (vaucluse). Il récupère les pierres de l'édifice pour construire son palais .

Un nouveau monastère Stella Maris est bâti dans les années 1840 sur les ruines du précédent.

Pendant la Première Guerre mondiale, en 1918, la bataille de Megiddo se déroule dans le massif du Carmel, et constitue un tournant dans le conflit contre l'Empire ottoman.

En 1909, le mausolée du Báb est construit sur le mont Carmel. En 1953, un sanctuaire avec un dôme doré est bâti au-dessus du mausolée initial. Une série de terrasses décoratives est construite ensuite autour du sanctuaire, ainsi qu'un ensemble de bâtiments administratifs destinés à être le « siège administratif de la religion ».

En 1959 est inauguré dans la ville portuaire de Haïfa un métro souterrain, le Carmelit, qui utilise les techniques du funiculaire et du métro sur pneusRevue générale des chemins de fer, volume 90, Dunod 1971, 119, extrait (consulté le juin 2011)..

Incendie du Carmel de 2010 En 2010, un grand incendie de forêt atteint le mont Carmel, ce qui donne lieu à une aide internationale importante.

Culture populaire Dans la culture cananéenne antique, les « hauts lieux » étaient souvent considérés comme des sites sacrés, et le mont Carmel semble en avoir fait partie. Le pharaon Thoutmôsis III mentionne, parmi les territoires qu'il prend aux Cananéens, « un promontoire sacré ». S'il s'agit du Carmel comme le pense l'égyptologue Gaston Maspero, cela indique que la montagne était sacrée dès le Le premier livre des Rois place sur cette montagne un autel dédié à YHWH, qui était tombé en ruines au temps d'Achab, mais remplacé par un nouveau par Élie.

Antiquité grecque et romaine Le philosophe Jamblique dit que Pythagore visita la montagne en raison de sa sainteté, et déclaré qu'elle était « la plus sainte de toutes les montagnes, et son accès interdit à de nombreuses personnes ».