Le Foudroyant est un vaisseau de ligne de 80 canons de la Marine royale française lancé en 1750. Il est mis en chantier pendant la vague de construction qui sépare la fin de guerre de Succession d'Autriche (1748) du début de la guerre de Sept Ans (1755).. Il sert de Vaisseau amiral à l'escadre de Toulon au début de la guerre de Sept Ans. Capturé par la Royal Navy en 1758 et intégré à ses rangs, il sert comme vaisseau de troisième rang sous le nom de HMS Foudroyant. La marine anglaise l'utilise encore plusieurs fois comme vaisseau-amiral. Il quitte le service en 1787 après avoir participé à de nombreux engagement militaires. Caractéristiques générales
Le Foudroyant fait partie de la nouvelle série des deux-ponts plus puissants construits à cette époque par la marine française pour obtenir un bon rapport coût/manœuvrabilité/armement afin de pouvoir tenir tête à la marine anglaise qui dispose de beaucoup plus de navires.. Il est mis sur cale peu après la fin de la guerre de Succession d’Autriche qui a vu la perte de beaucoup de vaisseaux et qui nécessite le renouvellement de nombre d’autres qui sont très usés.. Portant 80 canons répartis pour l'essentiel sur deux ponts, c’est le troisième bâtiment de ce type après le Tonnant (1743) et le Soleil Royal (1749).
Le Foudroyant est construit aux chantiers navals de Toulon, à partir de plans dessinés par François Coulomb. Il est lancé le . Il est long de 57 mètres, large de 15,3 mètres et son tirant d’eau dépasse légèrement les 7 mètresLa taille et la puissance de feu de ces bâtiments dits de « premier rang » au milieu du est donnée par Ronald Deschênes sur le site Vaisseaux de ligne français de 1682 à 1780. Nicolas Mioque donne les mêmes informations sur le site Trois-ponts, article Les vaisseaux de 80 canons français de 1740 à 1785, octobre 2011. Il fournit aussi un tableau comparatif de la taille et l’armement de tous ces navires, accompagné d’un important complément bibliographique.. Sans être standardisé, il partage les caractéristiques communes de tous les « 80 canons » construits à de nombreux exemplaires jusqu’au début du , combinée à la volonté des responsables navals d’exploiter au mieux cette catégorie de vaisseau de guerre qui est elle-même une prolongement de l’excellente série des 74 canonsJacques Gay dans et Jean Meyer dans ..
Sa coque est en chêne, bois lourd et très résistant.. Près de 3 000 chênes vieux de 80 à 100 ans ont été nécessaires à sa construction. Le gréement, (mâts et vergues) est en pin, bois plus léger et souple. De 30 à 35 pins ont été assemblés pour former la mâture. Les affûts des canons et des pompes sont en orme, les sculptures de la proue et de la poupe sont en tilleul et en peuplier, les poulies sont en gaïac. Les menuiseries intérieures sont en noyer. Les cordages (plus de 80 tonnes) et les voiles (à peu près ) sont en chanvre. Un deuxième jeu est stocké en soute pour faire face aux avaries, toujours fréquentesDéchirure par un coup de vent ou au combat. Il y a aussi le risque de pourrissement à cause de l'humidité lors des campagnes lointaines..
Prévu pour pouvoir opérer pendant des semaines très loin de ses bases européennes s’il le faut, ses capacités de transport sont considérables. Il emporte pour trois mois de consommation d’eau, complétée par six mois de vin et d’eau douce Un litre de vin par jour et par homme. Le vin complète largement l’eau qui est croupie dans les barriques au bout de quelques semaines. . S’y ajoute pour cinq à six mois de vivres, soit plusieurs dizaines de tonnes de biscuits, farine, légumes secs et frais, viande et poisson salé, fromage, huile, vinaigre, sel, sans compter du bétail sur pied qui sera abattu au fur et à mesure de la campagneDes moutons (six par mois pour ), volailles (une poule par mois pour sept hommes, avec aussi des dindes, des pigeons, des canards). .
Il porte l’armement habituel pour cette catégorie de navire : trente pièces de 36 livres sur la batterie basse, 32 pièces de 18 livres sur la deuxième batterie et dix-huit pièces de 8 sur les gaillards. Tous ces canons sont en fer. Ces trois calibres sont les mêmes que ceux que l’on trouve sur les 74 canons, ce qui montre bien la filiation entre les deux types de navireHormis le Soleil Royal, vaisseau-amiral de prestige, il faudra attendre le Saint-Esprit, en 1765, pour voir le calibre de la deuxième batterie des 80 canons passer de 18 à 24 livres, et 1778, avec l’Auguste, pour voir les calibres des gaillards passer de 8 à 12 livres. Nicolas Mioque, sur le site Trois-ponts, article Les vaisseaux de 80 canons français de 1740 à 1785, octobre 2011.. Le poids de la bordée est de 972 livres (à peu près de 475 kg) et le double si le navire fait feu simultanément sur les deux bordsSelon les normes du temps, le vaisseau, en combattant en ligne de file, ne tire que sur un seul bord. Il ne tire sur les deux bords que s'il est encerclé ou s'il cherche à traverser le dispositif ennemi, ce qui est rare. Base de calcul : 1 livre = 0,489 kg.. En moyenne, chaque canon dispose de 50 à 60 boulets. Il y a aussi plusieurs tonnes de mitraille et de boulets ramés. Le vaisseau embarque plus de de poudre noire, stockée sous forme de gargousses ou en vrac dans les calesLa réserve de poudre noire d’un vaisseau de 80 canons n’est pas connue avec précision. Mais on peut s’en faire une idée en sachant qu’un trois-ponts « classique » de 100-104 canons en emporte à peu près et un 74 canons un peu plus de . La réserve de poudre du Foudroyant peut donc être estimée à 22 ou 24 tonnes. .. Sachant que la Marine de Louis XV ne construit plus de trois-ponts de 100-110 canons depuis le début des années 1740, le Foudroyant fait partie des plus puissantes unités de la flotte dans les années 1750Il relève son homonyme, le , seul trois-ponts français de la première moitié du . Lancé en 1724, il a pourri à quai avant d'être rayé des cadres en 1742 sans jamais avoir participé à aucune campagne. Le (124 canons) brûle en 1742 sur sa cale de construction et on décide d'en rester là pour de nombreuses années. . Le troisième Royal Louis de 116 canons, mis sur cale en 1758 et lancé en 1759, n'est opérationnel qu'en 1762. Grégoire Gasser, dans ..
Service dans la Marine royale française (1751-1758) Vaisseau-amiral à la bataille de Minorque Il sert logiquement de vaisseau-amiral à l’escadre de Toulon lorsque la guerre reprend en 1755 entre la France et l'Angleterre car c'est le vaisseau le plus puissant de l'escadre. Au printemps 1756, il est monté par La Galissonière dans le flotte de douze vaisseaux qui appareille vers Minorque avec plus de sur de transport pour faire la conquête de cette base anglaise. Il embarque aussi l'état-major du maréchal de Richelieu. Le débarquement de cette troupe s'étant réalisé avec succès, le Foudroyant reste au large avec le reste de l'escadre pour couvrir le siège de la garnison anglaise enfermée dans le fort Saint-Philippe. Le , il participe à la bataille de Minorque. Placé au centre du dispositif français, il affronte le vaisseau amiral britannique de John Byng. L'escadre anglaise repoussée, les Français peuvent s'emparer de l'île le .
Défaite et capture à Carthagène En 1757, le Foudroyant passe l’essentiel de l’année à quai. Comme tous les vaisseaux de Toulon, il est victime de la désorganisation des équipages qui désertent en masse car ils n’ont pas été payés depuis des mois. Le navire perd aussi son statut de vaisseau amiral de la flotte de Toulon qui passe sur l’Océan, 80 canons lancé l’année précédente. En , le Foudroyant appareille de Toulon à la tête d’une petite force de deux vaisseaux et d’une frégate qui doit rejoindre l'escadre de La Clue (huit vaisseaux et une frégate) bloquée à Carthagène par une force anglaise très supérieure. Il est sous le commandement de Duquesne de Menneville, officier au nom prestigieux car petit-neveu du grand Duquesne.. Arrivé le dans les eaux espagnoles, il est repéré par les Anglais alors que les navires français enfermés dans Carthagène ne peuvent le rejoindre à cause de vents contraires.. Il est pris en chasse par trois vaisseaux anglais détachés de la flotte de l'Henry Osborn : le HMS Monmouth, HMS Hampton Court et le HMS Swiftsure.
En fin d’après-midi du , il est rejoint par le Monmouth. Portant une artillerie moins importante (64 canons) et de plus faible calibre, ce bâtiment n’est normalement pas en état d’inquiéter le Foudroyant. Mais son capitaine, Arthur Gardiner, s’est juré de venger la défaite de son chef, John Byng auprès de qui il a combattu deux ans auparavant à Minorque sur le contre le Foudroyant.. Le duel entre les deux vaisseaux ne donne d’abord pas grand-chose, malgré des tirs d’enfilade respectifs.. Duquesne de Menneville accepte finalement un combat bord à bord alors que les deux autres vaisseaux anglais se rapprochent. Le feu est intense, puis baisse soudainement côté français : dans un mouvement de panique, tous les canonniers de la deuxième batterie (celle des canons de 18 livres) ont déserté leur poste pour se réfugier dans les parties basses du vaisseau. Le feu de la première batterie, avec ses pièces de 36 livres, devrait pourtant réussir à tenir à distance le Monmouth qui n’embarque pas de tels calibres.
En vain : le combat continue en pleine nuit. Le capitaine anglais est blessé à mort à la tête et son vaisseau perd son mât d’artimon, mais ses deux lieutenants poursuivent la lutte. Le Foudroyant, à son tour, perd son mât d’artimon et, beaucoup plus grave, vers une heure du matin, son grand mât, qui, en basculant sur l’avant, endommage son dernier mât, celui de misaine. Le Monmouth, hors de combat, finit par s'éloigner, mais le Foudroyant, avec son seul mât de misaine, est incapable de se dégager alors qu’arrivent les deux autres vaisseaux, le Hampton Court (64 canons) et le Swiftsure (74), qui l’attaquent en se plaçant sur les deux bords. Vers 2h00 du matin, Duquesne de Menneville, jugeant la situation sans issue, amène son pavillon. Le bâtiment compte 200 tués ou blessés. Duquesne de Menneville insiste pour remettre son épée aux deux lieutenants, parmi lesquels le lieutenant Hammick qui commandait le principal pont-batterie.
Après la bataille, l'équipage compose un poème en souvenir du combat, qui comprenait les lignes suivantes :