Jean Louis Rodolphe Agassiz, né le à Môtier (Suisse) et mort le à Cambridge (États-Unis), est un paléontologue, botaniste, zoologiste, ichtyologiste et géologue suisse naturalisé américain. Il fut l'un des premiers scientifiques américains de renommée mondiale. Il est connu pour être l'un des rares paléontologues ayant milité contre la théorie darwinienne de l'évolution et pour avoir décrit plusieurs espèces de poissons fossiles tels que le mégalodon. Ses théories sur le polygénisme humain, animal et végétal ont été critiquées ; elles ont contribué indirectement au développement du racisme scientifique.
Jeunesse et formation Louis Agassiz reçoit tout d'abord l'éducation de ses parents, puis passe quatre ans dans une école secondaire de Bienne. Il complète ses études élémentaires à l'académie de Lausanne.
Il commence des études de médecine à l'université de Zurich de 1824 à 1826 où il étudie notamment sous Heinrich Rudolf Schinz (1777–1861). Puis, de 1826 à 1827, à celle de Heidelberg où il découvre la paléontologie grâce à Heinrich Georg Bronn (1800-1862) et l'anatomie comparée grâce à un ancien étudiant de Schinz, Friedrich Tiedemann (1781-1861). Enfin, de 1827 à 1830, à l'université de Munich où il suit les cours de Lorenz Oken (1779-1851) et de l'herpétologiste Johann Georg Wagler (1800-1832).
Il obtient le titre de docteur en philosophie en 1829 à Erlangen puis son doctorat de médecine à Munich en 1830. Il s'installe à Paris où, sous la tutelle de Alexander von Humboldt (1769-1859) et Georges Cuvier (1769-1832), il se lance dans la géologie et la zoologie. Jusqu'à cette époque il ne prête pas d'attention particulière à l'ichtyologie, qui va cependant devenir sa principale occupation, bien qu'elle ne soit pas la cause de sa reconnaissance.
Travaux
Premiers travaux
En 1819-1820, Johann Baptist von Spix (1781-1826) et Carl Friedrich Philipp von Martius (1794-1868) s'engagent dans une expédition au Brésil et en rapportent, entre autres, une collection de poissons d'eau douce, provenant principalement de l'Amazone. Spix, qui meurt peu de temps après son retour en 1826, n'a pas le temps d'étudier tous les spécimens et Agassiz, bien que venant tout juste de finir ses études, est choisi par Martius pour lui succéder. Il se lance dans ce travail avec l'enthousiasme qui le caractérisera jusqu'à la fin de sa carrière. Il publie ses résultats en 1829. Il poursuit ses travaux par une recherche sur l'histoire des poissons trouvés dans le lac de Neuchâtel. Élargissant son point de vue, il publie une version courte de History of the Freshwater Fishes of Central Europe — Histoire des poissons d'eau douce en Europe centrale en 1830. La version définitive est publiée en 1839 et complétée en 1842. Agassiz la dédie à Georges Cuvier.
En 1832, il est nommé professeur d'histoire naturelle à l'académie de Neuchâtel, qui deviendra en 1909 l'université de Neuchâtel. La même année, désireux de susciter les échanges entre scientifiques neuchâtelois il fonde la Société des sciences naturelles de Neuchâtel (Société neuchâteloise des sciences naturelles dès 1893). Un fonds d'archives concernant la vie professionnelle et personnelle de Louis Agassiz est conservé aux Archives de l'État de Neuchâtel. Ce fonds contient des documents concernant notamment la Société des sciences naturelles et le musée d'histoire naturelle de Neuchâtel. Mais aussi, la botanique, la géologie, la glaciologie, (etc). Il contient divers types de documents, des lettres, des manuscrits, des livres, des journaux, des photos, des dessins ainsi que des planchesInventaire en ligne : portail des archives neuchâteloises.. Le contenu de ses archives a fait l'objet d'un catalogueCatalogue des archives de Louis Agassiz (1807-1873)..
vignette|200px Les poissons fossiles attirent bientôt son attention. Les fossiles contenus dans les ardoises de Glaris et les sédiments de Monte Bolca sont connus à l'époque mais encore peu étudiés. Dès 1829, Agassiz prévoit la publication des travaux qui le font reconnaître comme une sommité dans ce domaine. Cinq volumes de ses Recherches sur les poissons fossiles paraissent entre 1833 et 1843. Les illustrations de Joseph Dinkel mettent en valeur le travail d'Agassiz. Pour la collecte des données nécessaires à ces publications, Agassiz visite les principaux musées d'Europe. À Paris, il rencontre Georges Cuvier qui l'encourage et l'assiste.
Agassiz se rend compte que ses découvertes en paléontologie nécessitent une nouvelle classification des poissons. Les fossiles trouvés présentent rarement, ne serait-ce qu'à l'état de traces, des tissus mous, et même les os sont mal conservés. Ils consistent souvent en dents, écailles et nageoires. Aussi, adopte-t-il une classification basée en quatre groupes : Ganoïdés, Placoïdés, Cycloïdés et Cténoïdés, basés sur la nature des écailles et autres appendices dermiques. Bien qu'Agassiz ait fait beaucoup pour amener ce sujet dans le domaine de la science, cette classification a été supplantée par des travaux postérieurs.
Au fur et à mesure que ces travaux progressent, il devient évident que ses ressources matérielles limitées sont un frein, à moins de pouvoir trouver une assistance financière. La British Association for the Advancement of Science lui vient en aide ainsi que le comte d'Ellesmere — Lord Francis Egerton — qui lui achète les 1290 dessins originaux pour les présenter à la Geological Society of London. Celle-ci décerne en 1839 la médaille Wollaston à Agassiz pour son travail. En 1838 il est élu membre étranger de la Royal Society. Pendant ce temps, les invertébrés attirent son attention. En 1837 il publie l’esquisse d'une monographie sur les espèces contemporaines et fossiles d'échinodermes, ouvrage dont la première partie paraît en 1838 ; les échinodermes fossiles suisses sont publiés en 1839-1840 ; et les Études critiques sur les mollusques fossiles suivent en 1840-1845.
Avant sa première visite en Angleterre en 1834, les travaux de Hugh Miller et d'autres géologues mettent en lumière les poissons fossiles que recèlent les couches des vieux grès rouges du nord-est de l'Écosse. Les formes étranges des ptérichthyodés, des coccosteus et autres genres sont alors répertoriés pour la première fois. Agassiz est très intéressé par ces spécimens et écrit une Monographie des poissons fossiles du Vieux Grès Rouge, ou Système Dévonien () des Îles Britanniques et de Russie en 1844-1845. De même, il a eu des échanges très fructueux avec Mary Anning, découvreuse de nombreux fossiles.
Dans la première partie de sa carrière à Neuchâtel, Agassiz est directeur de département. Sous sa direction, l'académie de Neuchâtel devient une institution scientifique de premier plan.
Travaux sur les glaciations vignette|« L'hôtel des Neuchâtelois » dans les moraines du glacier de l'Unteraar, lithographie présente dans « Études sur les glaciers ». Agassiz et son équipe séjournèrent sous ce bloc nommé en l'honneur de leur canton d'origine.
En 1837, Agassiz est le premier qui propose scientifiquement l'existence d'âge glaciaire dans le passé de la Terre. Avant lui, de Saussure, Ignaz Venetz, Jean de Charpentier et d'autres ont étudié les glaciers des Alpes. Charpentier en est même arrivé à la conclusion que les blocs de rochers alpins éparpillés sur les pentes et les sommets des montagnes du Jura ont été déplacés par des glaciers. La question ayant attiré l'attention d'Agassiz, il fait non seulement plusieurs voyages dans les Alpes en compagnie de Charpentier mais il se construit aussi une hutte sur le glacier de l'Aar qu'il habite afin d'étudier la structure et les mouvements de la glace.. Il en résulte en 1840 Études sur les glaciers comprenant des dessins d'après nature de Joseph Bettannier, ouvrage dans lequel il décrit les mouvements des glaciers, leurs moraines, leurs influences sur le déplacement et l'érosion des roches sur lesquels ils sont situés, et la formation des stries et des roches moutonnées vues dans les paysages alpins. Il accepte non seulement l'idée de Charpentier, selon qui les glaciers se sont étendus dans la vallée de l'Aar et du Rhône, mais il va plus loin et conclut que la Suisse a été dans un passé relativement récent un autre Groenland; qu'en place de quelques glaciers qui se seraient étendus dans les vallées, une vaste mer de glace prenant origine dans les Alpes a recouvert tout le nord-ouest de la Suisse, jusqu'au Jura qui, bien que stoppant son extension au-delà, n'a pas empêché la glace en bien des endroits d'en atteindre les sommets.
Familiarisé avec les phénomènes associés aux mouvements des glaciers, Agassiz est prêt à la découverte qu'il fait en 1840 avec William Buckland. Ils visitent les montagnes d'Écosse et trouvent en divers emplacements des indices d'ancienne activité glaciaire. Cette découverte est annoncée à la Geological Society of London dans plusieurs communications successives. Les districts montagneux d'Angleterre, du Pays de Galles et d'Irlande sont aussi considérés comme le centre de formation glaciaire et Agassiz remarque que « de grands champs glaciaires, semblables à ceux du Groenland, ont recouvert tous les pays dans lesquels on trouve des graviers non stratifiés (boulder drift) et que ces graviers sont produits par l'abrasion des glaces sur les roches sous-jacentes.
Déplacement aux États-Unis Entre 1842 et 1846 il publie ses Nomenclator zoologicus, une classification avec des références de tous les noms employés en zoologie pour les genres et les espèces. Il s'agit d'un travail minutieux et patient. À l'aide d'un don du roi de Prusse, Agassiz traverse l'Atlantique avec pour double objectif d'étudier l'histoire naturelle et la zoologie des États-Unis et de délivrer un cours de zoologie sur l'invitation de (1798-1881), au à Boston (Massachusetts). Les avantages financiers et scientifiques qui lui sont présentés le poussent à s'installer aux États-Unis où il restera jusqu'à la fin de sa vie. Il y fera venir son ami, le géographe suisse Arnold Henri Guyot. Il devient professeur de zoologie et de géologie à l'université Harvard en 1847.
vignette|Renty, esclave photographié pour Agassiz en 1850 en Caroline du Sud. Il adhère à la théorie du polygénisme et, dans son Essay on Classification de 1851, définit un certain nombre de races humaines basées sur les zones climatiques, zones qui permettent, selon lui, de classer tous les animaux, plantes et variétés humaines. Il définit ainsi la zone tempérée de l'Amérique de l'Ouest (les peuples indigènes à l'ouest des Rocheuses) ; la zone tempérée de l'est de l'Amérique (l'est des Rocheuses) ; l'Asie tropicale (au sud de l'Himalaya) ; l'Asie tempérée (à l'est de l'Oural et au nord de l'Himalaya) ; l'Amérique du Sud tempérée ; la Nouvelle-Hollande (l'Australie) ; l'Arctique (Alaska et Canada arctique) ; le cap de Bonne-Espérance (l'Afrique du Sud) ; et l'Amérique tropicale (l'Amérique centrale et les Caraïbes). Il participe, en compagnie de Josiah Clark Nott, George Robins Gliddon, William Usher, Henry Stuart Patterson, à la publication, en 1854, d'un important travail ethnologique intitulé Types of Mankind qui rencontre un grand succès, et est suivi, en 1857, par Indigenous Races of the Earth. Il contribue ainsi à fournir au racisme une caution qu'on jugeait alors scientifique.