Jean Pronteau, né le à Paris () et mort le à Paris (), est un résistant, universitaire et homme politique, d'abord au Parti communiste français (1943-1970), puis au Parti socialiste (1973-1984).
Résistant, membre du Parti communiste français à partir de 1943, il est député de la Charente de 1945 à 1958. Entré au comité central du PCF en 1950, il en est évincé en 1961, au moment de l'affaire Servin-Casanova. Exclu du parti en 1970, il rejoint en 1973 le Parti socialiste de François Mitterrand et est élu au Comité directeur en 1975. En , il accède au secrétariat du Parti socialiste. Sa carrière est interrompue en 1984 par une mort soudaine.
Biographie Origines familiales et formation Jean Pronteau est issu d'un milieu modesteLe mot « modeste » est utilisé par Philippe Robrieux, Histoire intérieure du Parti communiste, tome 4 (Biographies, chronologie, bibliographie), Paris, Fayard, 1984, pages 460-462.. Son père, fils d'un ouvrier agricole, gagne très jeune Paris où il devient artisan, puis VRP. Sa mère effectue des petits travaux.
Pur produit de la méritocratie républicaine, Jean Pronteau bénéficie d'une bourse pour ses études secondaires. Après le baccalauréat, obtenu en 1938, il entre en classe de lettres supérieures au lycée Henri-IV. Il interrompt volontairement ses études au début de la Seconde Guerre mondiale (). Il les reprendra en 1942 en passant des certificats de licence de philosophie.
Seconde Guerre mondiale et Résistance Engagé volontaire dans l'armée, il y atteint un grade d'officier. Après le désastre de mai-juin 1940 et la signature de l'armistice (), il est démobilisé en ayant échappé à la captivité.
Il entre d'abord en contact avec le mouvement Combat, créé par Henri Frenay à la fin de 1940. Puis il se rapproche de la résistance communiste (qui débute en , après l'invasion de l'URSS par l'Allemagne).
Il adhère formellement au PCF en 1943 et devient un des dirigeants des Forces unies de la jeunesse patriotique, organisation de jeunes résistants fondée en .
En , il participe à la libération de Paris () en tant que colonel des FFI, avec le pseudonyme « Cévennes ».
Député communiste de la Charente (1945-1958) Nommé à l'Assemblée consultative, il est présenté en comme candidat à la députation par le Parti communiste. « Parachuté » dans le département de la Charente, il obtient un siège de député qu'il conserve lors des scrutins suivants (juin 1946, novembre 1946, juin 1951 et janvier 1956En Charente, le , la liste communiste qu'il dirige arrive en tête du scrutin obtenant suffrages soit 23,82 %. Il est le seul élu de sa liste.Le , la liste communiste obtient voix, soit 29,10 % des suffrages. Sa progression lui permet d'avoir deux élus (sur un total de quatre).Le , la liste communiste qu'il conduit obtient voix, soit 33,68 %, mais elle n'obtient qu'un élu.Le , il est encore le seul élu de sa liste qui obtient voix, soit 31,5 % des suffrages.Le , il est réélu, sa liste obtenant voix (29,72 %) gagne un second élu. En 1958, candidat dans la circonscription d'Angoulême, il est battu dès le premier tour (avec 22,71 % des suffrages).En novembre 1962, malgré sa mise à l'écart des responsabilités politiques nationales, le Parti communiste charentais le maintient à la candidature à Angoulème ! Arrivé en tête de la gauche au premier tour (24,19 %), il est battu au second tour, très largement (36,56 % des suffrages). Les résultats électoraux sont issus de la notice biographique du Dictionnaires des parlementaires de la Quatrième République, et des numéros spéciaux des Cahiers du communisme : 1947 (rapport d'activité au XI Congrès du Parti communiste français,), 1962 (La bataille des élections législatives de novembre 1962).).
Son implantation politique en Charente est renforcée par un mandat local de conseiller municipal d'Angoulême et par son rôle au sein de la fédération départementale du parti.
Il est cependant battu en 1958, lors de la crise qui ramène au pouvoir le général de Gaulle, marquée par une lourde défaite du PCF aux élections législatives ().
Cadre du Parti communiste (1950-1961) Parallèlement, il entre au Comité central du PCF en 1950 et participe à la mise en place d'un secteur « économie », auprès de la direction du parti.
En , il prend la direction de la revue mensuelle Économie & Politique, sous-titrée « Revue marxiste d'économie ». Il présente ainsi le premier numéroÉconomie & Politique, , avril 1954, page 3. :
En , le rédacteur en chef, l'historien et économiste Jean Baby démissionne de son poste, alors que les économistes communistes soutiennent la théorie de la paupérisation absolue de la classe ouvrièreLe numéro 26 d'août-septembre 1956 d'Économie et politique consacre un dossier à « la stagnation de l'économie française » alors que la France sortie de la période de la reconstruction est en plein « boom économique »..
Jean Pronteau dirige cette revue jusqu'en L'ours de présentation du numéro 82, mai 1961 mentionne le nom du nouveau directeur, le syndicaliste Henri Jourdain, sans même annoncer le limogeage du précédent. Henri Jourdain, dans un livre Comprendre pour accomplir (Éditions sociales, Paris, 1982), expose ses souvenirs à l'historien Claude Willard. À une question de ce dernier sur Jean Pronteau, Henri Jourdain, répond (page 110) comme au temps des procès stalinien : Certes le livre date de 1982 et Pronteau est au secrétariat national du Parti socialiste, mais son successeur, par ailleurs résistant, déporté à Mauthausen, syndicaliste de valeur, apparaît bien petit dans son couplet contre les intellectuels « idéologues ».. Il est remplacé par le syndicaliste Henri Jourdain, à la suite d'une crise dans la direction du PCF, l'affaire Servin-Casanova.
De l'éviction du Comité central à l'exclusion du parti (1961-1970) Pronteau est emporté par une éruption stalinienne du PCF, où , plusieurs dirigeants sont « renvoyés à la base ». Avec Laurent Casanova, et Marcel Servin, membres de l'organe suprême du Parti, le Bureau politique, sont évincés du Comité central Maurice Kriegel-Valrimont, Jean-Pierre Vigier, Claudine Chomat et Jean Pronteau, sans cependant être exclus du parti. Comme ses coaccusés, Pronteau n'en reste pas moins communiste, bien implanté en Charente, où il est un des dirigeants départementaux du parti.
Une nouvelle crise éclate au début des années 1970, à la suite de l'invasion de la Tchécoslovaquie lors du Printemps de Prague par les troupes du pacte de Varsovie en . Cette opération est condamnée par nombre de communistes français et même par la direction du PCF, dont le secrétaire général est alors Waldeck Rochet. En , Pronteau fait partie des signataires d'une pétitionIntitulé « Déclaration du 5 janvier 1970 », le texte avec le nom des 213 premiers signataires est publié dans la revue oppositionnelle Unir-débat pour le socialisme, , février 1970.Parmi eux, Pronteau côtoie nombre de communistes ou anciens communistes, célèbres ou inconnus. Au rang de la première catégorie appartiennent Maurice Agulhon, Jean-Jacques Becker, Jean Chaintron, Serge Depaquit, Maurice Gleize, Robert Brécy, Robert Mension, Claude Morgan, Madeleine Rebérioux, Philippe Robrieux, Evry Schatzman, René Thuillier, Charles Tillon, Jean-Pierre Vernant. qui met en cause la sincérité de la condamnation de l'invasion de la Tchécoslovaquie et conteste par ailleurs la vocation du secrétaire général adjoint, Georges MarchaisWaldeck Rochet est secrétaire général de 1964 à 1972 ; Georges Marchais est secrétaire général adjoint de février 1970 à 1972., à diriger un parti forgé dans la Résistance. Il est alors exclu du Parti communiste.
L'intellectuel marxiste et universitaire (à partir de 1961) Après son éviction de la revue Économie et politique, Jean Pronteau l'université. Il est assistant en sociologie à la Sorbonne, puis ingénieur urbanistePhilippe Robrieux, Histoire intérieure du PCF..
Avec Serge Jonas, il crée une maison d'édition spécialisée en sociologie critique, les éditions Anthropos, ainsi que plusieurs revues, L'homme et la société, Autogestion, Espaces et Sociétés.
Militant, puis dirigeant du Parti socialiste (1973-1984) Son intérêt pour la vie politique l'amène en 1973 à adhérer au Parti socialiste, issu du congrès d'Épinay de 1969, où il se situe dans le courant mitterrandien.
En 1975, il entame une seconde carrière politique. Délégué par la fédération socialiste de la Charente, il est élu au comité directeur du PS. Il est réélu en , lors du congrès de Nantes : il fait partie des 125 membres (titulaires ou suppléants) élus sur la « motion Mitterrand ».
En , il est nommé membre du secrétariat national du parti et le reste jusqu'à sa mort, en , d'une crise cardiaque.
Notes et références
Voir aussi Bibliographie Philippe Robrieux, Histoire intérieure du Parti communiste, tome 4, , « biographie de Jean Pronteau » Le Monde, , article annonçant le décès de Jean Pronteau signé par Jean-Marie Colombani Bulletin de l'Institut d'histoire du temps présent, . Dossier Jean Pronteau réalisé à partir de ses archives, déposées après sa mort. Notice , par Massimo Asta, Le Maitron en ligne.
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