Georges Simenon, né le à Liège (Belgique)Sa vie commence par un mystère : il serait né le vendredi 13 février à , mais déclaré du 12 par superstition de sa mère. Voir Bernard Alavoine, Biographie en ligne. et mort le à Lausanne (Suisse), est un romancier belge francophone.

L'abondance et le succès de ses romans policiers — dont les Maigret — éclipsent en partie le reste de son œuvre très riche : 193 romans, 158 nouvelles, plusieurs œuvres autobiographiques et de nombreux articles et reportages publiés sous son propre nom, ainsi que 176 romans, des dizaines de nouvelles, contes galants et articles parus sous 27 pseudonymes. Il est l'auteur belge le plus lu dans le monde. Les tirages cumulés de ses livres atteignent d’exemplaires. Georges Simenon est, selon l'Index Translationum de l'UNESCO, le dix-septième auteur toutes nationalités confondues, le troisième auteur de langue française après Jules Verne et Alexandre Dumas, et l'auteur belge le plus traduit dans le monde ( en )..

André Gide, André Thérive et Robert Brasillach sont parmi les premiers hommes de lettres à le reconnaître comme un grand écrivain. André Gide, fasciné par la créativité de Georges Simenon qu'il avait souhaité rencontrer dès son succès policier, le questionna à maintes reprises, échangea une correspondance quasi hebdomadaire pour suivre les méandres créatifs de cet écrivain populaire et prit la surprenante manie d'annoter en marge tous ses romans, pour conclure en 1939Phrase de conclusion d'un texte donné par Gide aux Cahiers du Nord (Spécial Simenon) n° 51-52, Charleroi, 1939. Sur les rapports Simenon/Gide, voir Benoît Denis, Le Romancier En Projet: Quand André Gide étudiait Georges Simenon, Bulletin Des Amis d'André Gide, vol. 23, no. 105, 1995, pp. 53–70. lire en ligne. :

Biographie Famille et origines vignette|gauche|upright|Maison natale de Georges Simenon, rue Léopold, en face de l'actuelle place du Commissaire Maigret. À noter le clin d’œil des enseignes commerciales, dénommées « Georges (Simenon) y est né », et à côté « Joséphine (Baker) y trouve son bonheur ». Georges Joseph Christian Simenon.. naît la nuit du jeudi 12 au vendredi . au du 26 (aujourd'hui 24), rue Léopold à LiègeLes immeubles des numéros 18 et 20 ont été ravagés par une explosion de gaz meurtrière le « Explosion à Liège : l’immeuble s’est effondré » - Le Soir, .. Son acte de naissance, en date du , porte qu'il est né .. Mais, dans Je me souviens… ., son autobiographie parue en , il a révélé être né et que sa mère, par superstition, avait fait promettre à la sage-femme de garder secret le vrai jour de sa naissance .. Il le confirmera en en demandant . que la plaque commémorative apposée le sur la façade de sa maison natale mentionne le .. Pourtant, dans Au-delà de ma porte-fenêtre, paru en , il reviendra sur sa déclaration en affirmant ignorer s'il était né , ayant , être né le 12 tout en ayant entendu aussi son père dire qu'il était né .

alt=Acte de Naissance|vignette|Acte de naissance de Georges Simenon, déclaré le 13 février 1903 à la Ville de Liège. Il est le premier fils de Désiré Simenon, fils d'un chapelier, comptable dans un bureau d’assurances et d’Henriette Brüll, treizième enfant issue d'une famille aisée, employée dans le magasin L'Innovation, mariés le Chronologie du volume III Pedigree et autres romans dans la Bibliothèque de la Pléiade, éditions Gallimard, , 2009 .. Fin , la famille déménage au 3, rue Pasteur (aujourd'hui 25, rue Georges Simenon) dans le quartier d’Outremeuse. On retrouve l’histoire de sa naissance au début de son roman Pedigree.

La famille Simenon est originaire du Limbourg belge, une région de basses terres proches de la Meuse, carrefour entre la Flandre, la Wallonie et les Pays-Bas (voir aussi Euregio Meuse-Rhin). La famille de sa mère est également originaire du Limbourg, mais du côté hollandais, plat pays de terres humides et de brumes, de canaux et de fermes. Du côté de sa mère, il descend de (paysan et criminel de la bande des Verts-Boucs qui, à partir de 1726, sous le régime autrichien, écuma le Limbourg, rapinant fermes et églises, et dont les membres finirent pendus en au gibet de Waubach). Cette ascendance explique peut-être l'intérêt particulier que portera le commissaire Maigret aux gens simples devenus assassins. Le Limbourg apparaît parfois dans ses romans. Simenon a ainsi logé quelques semaines à Neeroeteren, notamment dans une maison qui lui inspira le roman La Maison du canal.

Sa jeunesse à Liège, de 1906 à 1918 Le , naît son frère Christian qui sera l’enfant préféré de sa mère, ce qui marquera profondément Georges. Ce malaise se retrouve dans des romans comme Pietr-le-Letton et Le Fond de la bouteille. Il apprend à lire et à écrire dès l’âge de trois ans à l’école Sainte-Julienne pour les petits. À partir de , il suit ses études primaires à l’institut Saint-André où, durant les six années qu’il y passera jusqu’en , il se classera toujours dans les trois premiers.

En , la famille s’installe dans une grande maison au 53, rue de la Loi, où la mère va pouvoir louer des chambres à des locataires, étudiants ou stagiaires, de toutes confessions et origines (russe, polonaise ou belge). Ce fut pour le jeune Georges une extraordinaire ouverture au monde que l’on retrouvera dans nombre de ses romans comme Pedigree, Le Locataire ou Crime impuni. À peu près à cette époque, il devient enfant de chœur, expérience que l’on retrouvera dans L’Affaire Saint-Fiacre et dans Le Témoignage de l’enfant de chœur.

En classe de sixième, en , il entre au collège Saint-Louis et dès l'âge de douze ans, décide de vouer sa vie au roman. Lors de l’été 1915, il connaît sa première expérience sexuelle avec une « grande fille » de quinze ans, ce qui sera pour lui une véritable révélation, à l’encontre des préceptes de chasteté promus par les pères jésuites. Cependant il poursuivra sa scolarité dans un autre collège jésuite de Liège, le collège Saint-Servais, qui prépare aux sciences et aux lettres et où il passera trois années de sa scolarité. Mais le futur écrivain est toujours mis à l’écart par ses camarades plus fortunés et s'il s’était éloigné de la religion malgré l'enseignement reçu à Saint-Louis, il trouve au collège Saint-Servais maintes raisons de haïr les riches qui lui font sentir son infériorité sociale.

Un jour de l'année 1916, le médecin de la famille Simenon fait appeler le jeune Georges pour lui dire que son père n'a pas plus d'une année à vivre et qu'il lui faut travailler. Cette révélation bouleverse Georges. En , la famille déménage pour s’installer dans un ancien bureau de poste désaffecté du quartier d’Amercœur. En , prétextant les problèmes cardiaques de son père, il décide d’arrêter définitivement ses études, sans même participer aux examens de fin d'année ; s'ensuivent plusieurs petits boulots sans lendemain (accompagnateur en promenade de deux soldats russes en uniforme, racontera-t-il en 1974, et commis de librairie).

Journaliste, de 1919 à 1922 (âgé de seize à dix-neuf ans) En , en conflit ouvert avec sa mère qui n'avait pas aimé qu'il ne reste que huit jours chez un pâtissier (), il entre comme reporter à la rubrique « faits divers » du journal très conservateur La Gazette de Liége, dirigée par Joseph Demarteau troisième du nom. Il s'en souviendra en 1974 :

Cette période journalistique est pour le jeune Simenon, âgé seulement de seize ans, une extraordinaire expérience qui lui permet d’explorer les dessous de la vie d’une grande ville, ceux de la politique, mais aussi de la criminalité, de fréquenter et pénétrer la vie nocturne réelle, de connaître les dérives dans les bars et les maisons de passe ; elle lui permet aussi d’apprendre à rédiger de façon efficace. Il écrira plus d'un millier d'articles sous plusieurs pseudonymes, dont 150 sous le pseudonyme « G. Sim ». Durant cette période, il s’intéresse particulièrement aux enquêtes policières et assiste aux conférences sur la police scientifique données par le criminaliste français Edmond Locard. Outre ces thèmes que l'on retrouvera plus tard dans ses romans, l'influence catholique et « réactionnaire » de La Gazette de Liége l'ont conduit à signer, sous le titre « Le péril juif », une série de pugnaces, radicalement et fortement antisémitesJacques-Charles Lemaire, Simenon, jeune journaliste, Complexe, 240 pages, 2003.. Simenon méprisait également les grévistes, le mouvement dada, et manifestait « un antisocialisme radical à relents populistes, un anticommunisme caustique [et] un antimaçonnisme de circonstance« La consécration de Georges Simenon ? », sur rfi.fr. ».

En , la famille déménage à nouveau pour revenir dans le quartier d’Outremeuse, dans la rue de l’Enseignement. Simenon y rédige son premier roman, Au pont des Arches, publié en 1921 sous son pseudonyme de journaliste. À partir de , il publie les premiers de d’humeur, sous le nom de Monsieur Le Coq (jusqu’en ). Durant cette période, il approfondit sa connaissance du milieu de la nuit, des prostituées, de l’ivresse d’alcool, des garçonnières en ville. Parmi ses fréquentations, des anarchistes, des artistes bohèmes et même deux futurs assassins, qu’on retrouvera dans son roman Les Trois Crimes de mes amis (1938). Il fréquente aussi un groupe artistique dénommé « La CaqueLe groupe se réunissait au 13, rue des Écoliers, en Outremeuse. », mais sans réellement s'investir. C'est cependant dans ce milieu qu’il rencontre l'éditeur Robert Denoël et une étudiante en Beaux-Arts, Régine Renchon., qu’il épousera en . Dans Quand j'étais vieuxPresses de la Cité, 132., Simenon évoque l'influence qu'ont eue sur lui le journal de la FGTB liégeoise La Wallonie, ainsi qu'André Renard et la grève de 1960-1961, dont les images le font souffrir et lui donnent envie d'envoyer un télégramme « à la Wallonie qui est à la tête de la révolte du peuple belge », sans qu'on puisse dire s'il s'agit du journal La Wallonie, du pays ou des deux.

Durant toute cette période pendant laquelle il fréquente des bohèmes et des marginaux, Georges commence à caresser l’idée d’une véritable rupture, qu’il concrétise après la mort de son père, sur la suggestion répétée de sa fiancée artiste-peintre Régine Renchon, dénommée affectueusement Tigy.

À Paris, de 1923 à 1927 Le , il débarque à Paris (, se souviendra-t-il en 1974) pour s’installer et préparer la venue de Tigy qu'il prévoit d'épouser au printemps.

Ce grand jeune homme blond, sûr de lui, confiant dans son avenir et plein d'une vitalité effrontée sous des apparences prudentes et timides, n'a pas choisi la vie d'artiste, puisqu'il bénéficie par l'intermédiaire de Georges Plumier, homme d'affaires, de solides recommandations auprès d'un réseau politique animant la droite française, auréolée de sa représentation à la Chambre bleu horizon. En particulier, Binet-Valmer, écrivain mondain, fondateur et animateur de la Ligue des chefs de section, une association d'anciens combattants nationalistes, s'est engagé à le prendre sous son aile. Las, Simenon découvre que cette protection ne comporte que des menus services de portefaix et de manutention sommaires mal rétribués, même si son protecteur s'est engagé à le présenter à des cercles littéraires. Vite remis de cette première désillusion, le jeune homme encore pauvre reporte son enthousiasme sur la Ville Lumière, la grande capitale des arts et découvre avec avidité ses multiples charmes.