L'anxiété généralisée., aussi nommée trouble anxieux généraliséHaute autorité de Santé Affections psychiatriques de longue durée Troubles anxieux graves, juin 2007 , , est une affection psychiatrique, statistiquement plus fréquente chez les femmes que chez les hommes (2 fois plus de femmes touchées que d'hommes) et chez les jeunes adultes. Elle se caractérise par des manifestations physiques paroxystiques sur fond d'anxiété permanente. Les aspects psychologiques ou leurs équivalents somatiques sont nombreux et variés, l'anxiété et l'inquiétude excessive est alimentée par plusieurs situations ou événements quotidiens. Ce trouble peut se caractériser notamment par un sentiment d'insécurité et par la présence constante d'inquiétudes difficilement contrôlables qui peuvent avoir un impact sur la vie courante.

Description et symptomatologie L'anxiété est un phénomène physiologique naturel à l'origine de symptômes psychologiques et physiques. Bien que nécessaire à la survie, un excès d'anxiété peut être très handicapant et sous-tendre un syndrome d'anxiété généralisée.

À la différence de personnes souffrant d'anxiété non généralisée, si celle-ci est généralisée, la personne devient non fonctionnelle. En effet, elle n'est plus fonctionnelle puisqu'elle s'inquiète de tout, tels que le futur, la santé, les relations interpersonnelles, l'économie Ces inquiétudes obnubilent les pensées sur de longues périodes de temps rendant alors toutes autres réflexions impossibles.

Pour se protéger de l’incertitude, la personne élabore des scénarios catastrophiques qui ont pourtant peu de chances de se réaliser. Ces pensées répétitives entretiennent l’anxiété et peuvent avoir des répercussions importantes sur sa vie personnelle et sociale.

Ces conséquences peuvent être une agitation persistante, de la fatigue à tout moment alors que le sommeil se fait difficile, un manque de concentration dans les tâches à accomplir ou des activités à long terme, telle que la lecture. Il peut aussi y avoir des courbatures ainsi que des tensions musculaires, en plus d'une irritation irrationnelle. En plus de pouvoir créer des distorsions dans des relations, ces conséquences effritent le moral de la personne, pouvant alors mener à une dépression.

L'anxiété généralisée peut être caractérisée selon différents symptômes :

une anxiété et des inquiétudes ou des soucis excessifs survenant, de façon générale, tous les jours au cours d'une période d'au moins 6 mois, à propos de certaines activités (pour les enfants en particulier celles qui sont reliées à l'école) ; une difficulté à contrôler cette anxiété et à oublier ses soucis, une tendance à anticiper le pire ; l'anxiété et les soucis sont associés à au moins trois des symptômes suivants : agitation ou sensation d'être survolté ou à bout, fatigabilité, difficulté de concentration ou trous de mémoire, irritabilité, tension musculaire, perturbation du sommeil et, en particulier, difficulté d'endormissement ou réveils nocturnes ; (dus à des idées noires qui agiraient inconsciemment lors du sommeil), cauchemars récurrents, spasmes et douleurs au ventre pouvant parfois être très violents et récurrents, et provoquer des vomissements, potomanie : besoin permanent de boire de l'eau, perturbation de l'alimentation, due notamment aux maux de ventre et spasmes, pouvant (rarement) entraîner une déshydratation, épuisement et fébrilité (si les troubles durent) laissant le champ libre à des maladies opportunistes telles que le rhume ou les états grippaux par exemple, sensation de mort imminente, phobies : douche, téléphone, courrier, administration… (liste de phobies)

Pour porter le diagnostic, il faut s'assurer que cette anxiété n'est pas liée à un autre trouble anxieux et qu'elle entraîne une souffrance significative ou une altération du fonctionnement social (ou scolaire pour l'enfant).

L'anxiété généralisée (névrose d'angoisse) revêt deux aspects, l'un de fond, chronique : l'attente anxieuse ; l'autre surgissant brutalement et plus fortement : l'attaque d'angoisse survenant dans une situation donnée où la personne entretient un ou plusieurs scénarios négatifs et devient hypervigilante et très vulnérable aux stresseurs environnementaux.

Manifestations somatiques Les équivalents somatiques sont bien plus courants que les crises d'angoisse à proprement parler. Ils peuvent revêtir de nombreuses formes. Dans cette liste, les manifestations cardio-respiratoires sont les plus fréquentes. Les manifestations cardio-vasculaires incluent une augmentation de la tension artérielle et de la tension oculaire (et/ou uvéite) ; des crises de palpitations, accès de tachycardie, des lipothymies, des précordialgies et un pseudo-angor.

Les manifestations respiratoires incluent une dyspnée asthmatiforme, un syndrome d'hyperventilation aboutissant à une crise tétaniforme et un accès de toux nerveuse. Les manifestations digestives incluent une barre épigastrique, des spasmes pharyngés (boule œsophagienne), gastriques et intestinaux, une colite spasmodique, des spasmes ano-rectaux (avec ténesme et/ou épreintes), crises de hoquet et une faim et soif paroxystique. Les manifestations génito-urinaires incluent des douleurs abdomino-pelviennes, des cystalgies à urines claires, une forme de cystalgie concernant les hommes, une pollakiurie, des crises polyuriques et des troubles sexuels (inhibition).

Les manifestations neurologiques, sensorielles ou musculaires incluent céphalées, lombalgies, algies posturales, prurit, mouvements choréique (crises de tremblement rappelant une véritable danse), bourdonnements des oreilles, crises de vertige (avec sensation de dérobement des jambes ou de sensation de marche instable) et spasmes musculaires (bras, jambes, paupières). Des troubles du sommeil peuvent être diagnostiqués incluant des difficultés d'endormissement, des réveils fréquents et des cauchemars.

Attente anxieuse L'attente anxieuse est le symptôme le plus constant et le plus durable dans le temps. Elle peut être définie comme un état d'alerte et de tension, permanente et forte, une inquiétude durable, sans objet défini, pouvant surgir et se concrétiser pour n'importe quel prétexte. Il peut s'agir de la peur d'une mort imminente par exemple. Pierre Janet la décrivait comme « un sentiment pénible d'attente, une peur sans objet ». « On a peur de quelque chose, tandis que l'anxiété se rapporte à soi » (Binder).

La symptomatologie peut s'exprimer sous différentes formes : sentiment d'insécurité, attente d'une menace imprécise, exagération, majoration du moindre souci, interrogations sur l'avenir et sursaut à la moindre chose. Le sujet a des troubles fréquents de la concentration et du mal à maintenir une activité intellectuelle, l'anxiété augmente au fil de la journée pour atteindre son paroxysme le soir et sentiment d'épuisement.

Attaque d'angoisse L'attaque d'angoisse est, au contraire plus rare, mais plus brutale et survient sans prévenir. Les symptômes sont similaires à ceux d'une crise de panique. Dans ces moments là, l'angoisse est exacerbée : libre, flottante, sans objet, impression de danger imminent, de désorganisation, de déréalisation, et surtout d'impuissance et de détresse. La personne peut avoir peur de mourir ou de perdre la raison dans l'immédiat.

Les signes physiques sont prononcés : teint pâle, haletant, tachycardie, hyperhidrose. La personne est soit agitée, soit au contraire immobile, prostrée dans l'attente de la catastrophe imminente et fatale. Les symptômes sont alors notamment gêne respiratoire, constriction thoracique, vertiges, nausées, brouillard visuel. La crise s'arrête d'elle-même au bout d'un temps variable (de quelques minutes à plusieurs heures), peut être unique ou renouvelée, et peut s'accompagner d'une débâcle polyurique ou diarrhéique.

Diagnostic différentiel

Maladie non psychiatrique. Phobie, la personne ne sait pas ce qui la rend anxieuse. Trouble obsessionnel compulsif. Trouble panique (crises de panique intenses et répétées) à distinguer des troubles anxieux généralisés malgré des signes relativement proches. Hypocondrie.

Causes (facteurs de risques et pronostics) Stress post-traumatique (faisant souvent suite à des violences subies dans le passé, ayant altéré le développement du cerveau) un stress constant ou fréquent, par exemple induit par un environnement hostile, ou éventuellement à un fonctionnement autistique (les personnes autistes sont souvent exceptionnellement anxieuses ou angoissées, notamment face à l'incertitude et au changement)Tustin F (1972) Autisme et psychose de l'enfant. Paris :SeuilArcelli D (1986) Position autistique et naissance de la psyché - Paris : P.U.F Bonnot O (2007) Étude du stress psychosocial, physique et nociceptif dans les schizophrénies à début précoce et l'autisme (Thèse de doctorat, Université Pierre et Marie Curie-Paris VI). Harcèlement / Cyberharcèlement Antécédents familiaux . Surprotection parentale, ou éducation stricte (peuvent également prédisposer à cette affection)Venard, G., Brito, V. P., Eeckhout, P., Zimmermann, G., & Van Petegem, S. (2023). Quand le parent veut trop bien faire: état de la littérature sur le phénomène de surprotection parentale. Psychologie française, 68(2), 247-260. |https://research.dial.uclouvain.be/entities/publication/09337f00-b685-4853-8925-f7e8eb1d31c1. Une méta-analyse de 62 études a cartographié les liens entre la surprotection parentale dans l'enfance et divers indicateurs biologiques ou somatiques mesurés objectivement. Ces travaux ont associé la surprotection à plusieurs aspects physiologiques, dont le poids, l’activité de l'axe HPA (hypothalamo–hypophyso–surrénalien (le système hormonal du stress, chargé de réguler la sécrétion de cortisol et l'adaptation de l'organisme aux événements stressants), la neurophysiologie et l'anatomie du cerveau ; la physiologie du stress, les mesures EEG/Spectroscopie infrarouge (functional Near‑Infrared Spectroscopy) est une technique d’imagerie cérébrale qui mesure l’activité du cortex en détectant les variations d’oxygénation du sang à travers le crâne grâce à la lumière infrarouge.), certaines maladies inflammatoires intestinales, des modifications de l’ADN et les niveaux d’ocytocine. Mais les résultats concernant la glycémie, les paramètres cardiovasculaires, la dermatite atopique et la durée de vie reproductive apparaissent plus ambigus. L'anxiété généralisée peut aussi, inversement, être provoquée par des parents violents. Un dérèglement de l'hormone du stress du corps (cortisol).

Les manifestations anxieuses et les attaques d'angoisse peuvent se déclencher chez une personne vulnérable à la suite d'évènements traumatiques ou vécus comme tels : frustrations, conflits ; situation d'abandon, rappelant d'anciennes expériences de séparation (névrose d'abandon) ; harcèlement, cyberharcèlement, pression au niveau scolaire, approche des examens et maladie physique, situations de compétition (agressivité culpabilisée).

Facteurs de risques et pronostics Les causes tempéramentales englobent l’inhibition comportementale, l’affectivité négative (névrosisme) et l’évitement du danger.

En ce qui a trait aux causes environnementales, bien que les épreuves vécues dans l’enfance ou l’hyper-protection parentale aient été associées à l’anxiété généralisée, aucun facteur environnemental n’a été identifié comme spécifique à l’anxiété généralisée ou nécessaire ou suffisant pour poser le diagnostic.

Les causes génétiques représentent un tiers du risque de présenter une anxiété ; ces facteurs génétiques se chevauchent avec les risques du névrotisme et sont communs aux autres troubles anxieux et de l’humeur, notamment le trouble dépressif caractérisé.

Cas particulier de la France

Selon certaines études la France serait le pays le plus touché par les troubles anxieux.

Selon le neuro-psychiatre Boris Cyrulnik, le manque de solidarité et l'excès de solitude dans la population française pourrait en être une cause.