La Memorare o piissima Virgo Maria, ou Souvenez-vous en traduction, est une prière catholique adressée à la Vierge Marie. Il s'agit de l'une des prières communes du Compendium du Catéchisme de l'Église catholique autorisé en 2005 par le pape Benoît XVI.
Il existe une autre prière également intitulée Souvenez-vous, composée par Pie IX en 1863, et dédiée à Joseph.
À la différence du Sub tuum præsidium qui demande l'intercession de Marie, son origine n'était pas ancienne. Le texte fut élaboré entre 1489 et 1548. Toutefois, cette prière était diffusée par plusieurs religieux et religieuses. thumb|upright=0.9|Composée à la Renaissance, la prière Memorare o piissima Virgo Maria fut officialisée, tout d'abord, pour la liturgie des Heures, dans le cadre de la Contre-Réforme.
- Livre d'heures de Charles VIII (à la fin du où la Memorare avait été composée).
thumb|upright=0.8 Il s'agissait de l’Officium parvum Beatæ Mariæ Virginis (Petit office de la Sainte Vierge).
- Un Petit office de la Sainte Vierge copié en France vers 1455 .
Texte latin français Memorare, o piissima Virgo Marianon esse auditum a sæculo,quemquam ad tua currentem præsidia,tua implorantem auxilia,tua petentem suffragia, esse derelictum.Ego tali animatus confidentia,ad te, Virgo Virginum, Mater, curo,ad te venio, coram te gemens peccator assisto.Noli, Mater Verbi,verba mea despicere ;sed audi propitia et exaudi.AmenLibreria Editrice Vaticana, Compendium du Catéchisme de l'Église catholique, Appendice A) prières communes, 2005 . Souvenez-vous, ô très miséricordieuseVierge Marie, qu'on n'a jamais entendu direqu'aucun de ceux qui avaient eu recoursà votre protection, imploré votre assistance,réclamé votre secours, ait été abandonné.Animé d'une pareille confiance,ô Vierge des vierges, ô ma Mère, je cours vers vouset, gémissant sous le poids de mes péchés,je me prosterne à vos pieds.Ô Mère du Verbe, ne méprisez pas mes prières,mais accueillez-les favorablement et daignez les exaucer.AmenSite du Vatican.
Historique Origine L'origine de la prière Memorare fut longtemps attribuée à Saint Bernard de Clairvaux († 1153). Toutefois, cette attribution est de nos jours contestée par les chercheurs. D'une part, le texte n'est pas semblable à ceux que ce théologien écrivait, quoique l'idée principale de texte soit proche de sa mariologieMenghi d'Arville mentionnait, en 1841, un texte semblable parmi les écritures de saint Bernard. Or, il remarquait également d'autre textes de saint Anselme de Cantorbéry et de saint Augustin d'Hippone. Saint Bernard : sileat misericordiam tuam, Virgo beata, si quis est, qui invocatam te in necessitatibus suis sibi meminerit defuisse. (Vierge sainte, je consens que l'on ne publie jamais votre miséricorde et votre bonté pour nous, s'il se trouve quelqu'un qui puisse dire que vous lui avez manqué dans le besoin quand il vous a invoquée avec ferveur et confiance.) Saint Anselm : sicut, o beatissima Virgo, omnis a te aversus et a te despectus necesse est ut intereat, ita omnis ad te conversus et a te respectus impossibile est ut pereat. (comme il est nécessaire, ô Vierge mille fois bienheureuse, que celui qui n'a que de l'aversion pour vous, et pour qui vous avez du mépris, périsse misérablement ; il n'est pas possible que celui-là ne soit pas sauvé, que vous honorez de votre bienveillance, et qui, après Dieu, met en vous toute ma conficance !.) Saint Augustin : tu es spes unica peccatorum, per te speramus veniam delictorum, et in te, beatissima Virgo, nostrorum est expectatio præmiorum. (Vous êtes l'unique espérance des pécheurs, Vierge sainte ! C'est par votre intercession que nous attendons le pardon de nos péchés et l'éternelle récompense.) .Les prièrs demandant l'intercession à Sainte Marie est, donc, quelle que soit l'époque, une doctrine commune du christianisme. Aussi n'est-il pas raisonable d'affecter la Memorare à saint Bernard, sans manuscrit concret. Il est à noter que saint François de Sales, quant à lui, attribuait la Memorare à saint Augustin.. Par exemple, il s'agit de l'avis récent du docteur Dom Benedict Monostri, chercheur cistercien. D'autre part, les manuscrits les plus anciens ne remontent qu'à la fin du .
L’Hortulus AnimæNotice Bnf, version révisée et publiée en 1503 à Strasbourg, contenait le texte de la MemorareAlphonse de Liguori, Opere ascetiche, tome X, p. 186, 1968 :
Une autre source est une longue prière, comme la litanie, Ad sanctitatis tuæ pedes (Prosterné de corps et de cœur aux pieds de votre sainteté). Les chercheurs identifièrent que le plus ancien manuscrit est l’Antidotarius animæ dont l'auteur était un moine cistercien, Nicolaus SalicetusNotice Bnf, qui avait fait sortir ce livre, également à Strasbourg en 1489. Il semble qu'il s'agît de la vraie origine du texte. En effet, cette prière contient tant le texte de l’Hortulus Animæ que l'origine de la partie de Noli Mater Verbi Voir aussi, Simon Verepaeus, Precationum piarum enchiridion, 1575 ; Enchiridion pietatis amatorum, 1521 :
Ensuite, la dernière strophe se trouve dans une variante d’Ad sanctitatis, par exemple, celle de Precationum piarum enchiridion (1575) de Simon Verepaeus . C'est une insertion (partie différente avec une pensée plus théologique, surtout le terme Verbe (Logos) ; il est à remarquer que ce verset reprenait, selon Dom Monostri, la mariologie de saint Bernard) ou d'un simple oubli de Nicolas Salicetus. Sans doute s'agissait-il d'une ajoute au milieu de ce siècle :
Enfin, et en effet, les archives en ligne indiquent que le premier texte entier de Memorare serait celui de 1548. Publié à Lyon, ce livre était intitulé Horæ in laudem Beatissimæ virginis Mariæ ad usum romanum , à savoir en usage de la liturgie des Heures. Donc, l'origine de la version actuelle de Memorare était le Petit office de la Sainte Vierge, qui était promu pour lutter contre la Réforme protestante. Le concile de Trente inauguré en 1545, l'Église catholique était en train d'intégrer cet office de sainte Marie dans le cadre de la Contre-RéformeData Bnf. Mais, en 1548, le texte était déjà officiel (ad usum romanum) auprès du rite romain. Le verset tua implorantem auxilia avait par ailleurs apparu pour la première fois :
Ces sources indiquent que le texte de Memorare n'est pas antérieur au . De surcroît, cette prière est une résumé ou synthèse, et non prototype et origine de la version longue de 1489. L'attribution à saint Bernard de Clairvaux n'est donc pas possible. On ignore l'auteur d’Ad sanctitatis, qui reste anonyme.
Motif de composition La raison pour laquelle la prière Memorare fut composée aussi reste floue. Tant l'Église romaine que l'église de l'Orient connaissaient déjà, à partir du ou auparavant, la prière Sub tuum præsidium demandant l'intercession à la Sainte Vierge, de laquelle l'origine était issue du rite byzantin. L'antienne mariale Sancta Maria succure miseris aussi avait été composée avant la Memorare, avec sa mélodie grégorienneUniversité de Waterloo, exemple, un manuscrit deu . Si l'on ajouta encore cette prière Memorare qui est assez semblable à celles-ci, c'est parce qu'il existait un motif particulier.
On peut imaginer une hypothèse, avec cette longue prière Ad sanctitatis, qui aurait été composée à la fin du . Il est vrai qu'à cette époque-là, on avait besoin de nouveaux styles de liturgie. La Renaissance donnait naissance à de nouveaux esprits tandis que l'invention de l'impression permettait de diffuser les textes longs avec une bonne efficacité. Avec cette circonstance, à Milan, de nouveaux chants liturgiques remplaçaient quelques chants de la messe selon le rite ambrosien, sous la direction du maître de chapelle Franchini Gaffurio, soutenu par Jean Galéas Sforza. Il s'agissait de l'origine du genre musical, motet, qui connaissait dorénavant une grande expansionVoir l'article O salutaris Hostia.. Longue prière de l'intercession, litanies, aussi fut évoluée. Notamment, les litanies de Lorette apparurent au milieu du , où la Memorare connut sa structure finale. Alors que l’Ad sanctitatis tomba dans l'oubli, la Memorare, entrée dans la liturgie des Heures, était maintenu avec sa popularité et sous la protection de l'Église romaine dans le cadre de la Contre-Réforme. Telle est l'hypothèse que l'historique suggère.
D'ailleurs, Heinrich Isaac († 1517) laissa son motet Rogamus te piissima Virgo Maria avec un manuscrit sûr. Le texte ne se trouve nulle part dans d'autres archives. Or, l'œuvre était diffusée par la publication d'Ottaviano Petrucci à Venise, Motetti C (1504)Anton Schmid, Ottaviano dei Petrucci, p. 50, 1845 . Vocabulaires peu communs, mais le texte possède une structure semblable en deux parties, ce qui fait imaginer une manière commune de composition, évoluée à cette époque-là.
Partie I Rogamus, te pissima Virgo Maria,humiliter deprecantesque de tuis meritismundo pacem contulistiut nobis placabilem faciasunigenitum tuumac piissimum redemptorem nostrumut nos perducat ad veram dilectionemet pacem sine fine mansuram.
Partie II O Maria, o Regina, o Domina piissima, ad te confugimus, in te confidimus, ad te flentes suspiramus, te gementes invocamus. O Maria, o Regina, o Domina mitissima, est nobis propitia in seculorum secula. AmenBrochure de Chandos Records .
Diffusion et fausse attribution La prière Memorare fut adoptée par le théologien jésuite Frans de Costere, dans l'optique de la méditation, avec sa publication De vita et laudibus Deiparæ Mariæ Virginis (1597)Frans de Costere, De vita et laudibus Deiparæ Mariæ Virginis, p. 363, 1597 texte.
Puis cette prière trouva, au en faveur de son promoteur, un religieux qui en avait une profonde confiance. Il s'agissait de Claude Bernard († 1641), dit le Pauvre PrêtrePeter Fehlner (éd.,), Mariology : A Guide for Priests, Deacons, Seminarians ans Consacreted Persons, p. 529, 2008 .
En fréquentant la prison, il réussissait souvent, avec la Memorare, à obtenir la conversion des détenus. Ce qui reste remarquable est sa façon de diffusion. Le père Bernard fit en imprimer plus de en plusieurs langues, ce qui restait rare dans son époqueArmiger Jagoe, A Layman's Chronology of Mary, p. 60, 2013 . Ce renseignement était mentionné dans Les vies des saints, dont on fait l'office de François Giry († 1688), quasiment contemporain de Bernard .
L'usage par ce prêtre eut de grandes influences. D'une part après du décès de ce père Bernard, l'attribution de l'auteur, sans source concrète, à saint Bernard de Clairvaux se diffuse très largement jusqu'ici. Or, il s'agissait, à l'origine, d'une simple confusion entre ces deux Bernard ; tous les deux étaient originaires de DijonSite des Maristes de Champagnat, Le Memorare est-il une prière de saint Bernard ? Amy Welborn, The Words We Pray, p. 130, 2004 . D'autre part, la prière était souvent réservée à l'optique de conversion, pour ceux qui n'ont pas de foi catholique.
Il est à noter que Marc-Antoine Charpentier († 1704) donnait tout à fait le titre La prière à la Vierge du Père Bernard à son motet. Saint François de Sales, quant à lui, considérait que l'auteur était saint Augustin d'Hippone (voir ci-dessous).
La première composition en polyphonie apparut, donc, en France au .
Absence de mélodie grégorienne Composition tardive de texte, la version grégorienne n'existe pas. Ce chant ne se trouve ni dans le site de l'université de WaterlooUniversité de Waterloo ni celui de l'université de RatisbonneUniversité de Ratisbonne ni celui de l'Académie de chant grégorienAcadémie de chant grégorien . Ce qui se diffuse comme chant monodique est un contrafactum ou une composition tardive.
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