Royal Enfield (RE), est l’une des plus anciennes marques mondiales de motocyclettes. De 1901 à 1970, elle propose des modèles deux et quatre temps produits au Royaume-Uni, notamment les monocylindres Bullet... et Continental, ainsi que les bicylindres Meteor et Interceptor.

La marque est reprise et relancée à partir de 1995 par le groupe indien Eicher Motors. Royal Enfield est, au début des années 2020, l'un des principaux constructeurs mondiaux avec une production annuelle dépassant commercialisées en Inde et dans plus de soixante autres pays. La gamme Royal Enfield est composée de modèles quatre temps monocylindres et bicylindres de moyenne cylindrée comme la Classic 350, reprenant l'esthétique des Bullet, l'Himalayan 410 et la Continental GT 650.

"Made like a Gun" au Royaume-Uni (1840-1970) Avant les engins motorisés : aiguilles, bicyclettes et armes (1840-1898)

Les origines de Royal Enfield remontent au milieu du quand George Townsend et son frère Foster s'installent à Hunt End, un hameau à quelques kilomètres de Redditch (Worcestershire). Ils y créent une société, la George Townsend & Company, et une usine de fabrication d'aiguilles pour machines à coudre. Les fabrications s'étendent ensuite à des pièces mécaniques de précision, puis, dans les années 1880, à celle de bicyclettes. La société est vendue en 1892 à deux entrepreneurs, Albert EadieAlbert Eadie était précédemment directeur de la branche Cycles du groupe Perry & Co de Birmingham. et Robert Walker SmithRobert Walker Smith, aussi appelé Bob Walker, est alors âgé de 32 ans. Il était précédemment directeur technique de la firme Rudge Cycle basée à Coventry., qui la renomment Eadie Manufacturing Co.

En 1893, cette société remporte un important contrat de fourniture de pièces pour fusils à la Royal Small Arms Factory basée à Enfield (Middlesex). Afin de célébrer ce succès, la nouvelle bicyclette à pneus est baptisée Enfield et une société, filiale de Eadie Manufacturing, créée pour commercialiser les vélos : l'Enfield Manufacturing Company Ltd. Cette même année, la marque commerciale des bicyclettes devient Royal Enfield avec le slogan « Made like a gun » qui s'affiche sur un logo comportant une couronne royale surmontant une mitrailleuse Maxim.

En 1896, les activités industrielles et commerciales concernant les bicyclettes sont réunies dans une même société : la New Enfield Cycle Company, renommée en 1898 Enfield Cycle Company, nom qu'elle gardera pendant les à venir.

Engins à moteur à deux, trois et quatre roues (1899-1908) alt=MHV Royal Enfield 1898|left|thumb|Quadricycle MHV Royal Enfield (1899).En 1899, Enfield Cycle commence la production de véhicules motorisés avec des tricycles et des quadricycles propulsés par des moteurs monocylindres français De Dion-Bouton de 239 puis .

En 1901, le premier deux-roues motorisé est présenté : c'est une bicyclette munie d'un moteur Minerva de refroidi par air placé devant le guidon au-dessus de la roue avant. La transmission à la roue arrière est assurée par une longue courroie croisée au niveau de la potence afin de garder sa tension en toute positionCe modèle et ses successeurs jusqu'en 1905, sont inventés et mis au point par un ingénieur français, Jules Gobiet..

En 1903, la marque propose trois modèles monocylindres avec un moteur à 4 temps de sa propre fabrication, placé dans le cadre à l'emplacement du pédalier. Les prix vont de 45 à . Le modèle le plus sophistiqué bénéficie d'un refroidissement liquide et d'une transmission par chaîne, une première chez la marqueRoyal Enfield avait breveté cette transmission le 26 mars 1902, brevet britannique .. La même année, une nouvelle usine, spécialisée dans les motos, quads et tricycles motorisés est inaugurée. En 1904, une moto Royal Enfield remporte à New Brighton un premier succès en compétition.

La gamme de motos de 1905 est réduite à deux modèles, équipés d'un nouveau moteur monocylindre. L'un de ces modèles est doté d'une boîte de vitesses à deux rapports et d'un embrayage.

Les bicyclettes Royal Enfield connaissent un grand succèsEnfield en propose alors 40 modèles différents., entrainant, durant l'hiver 1905-1906, l'ouverture d'un nouveau site sur Hewel Road, près du centre de Redditch. Mais le marché des motos en Grande-Bretagne n'est alors pas porteur et Enfield Cycle décide d'arrêter provisoirement la fabrication de motos pour se consacrer aux bicyclettes et aux automobiles. Le , l'activité automobile est confiée à une nouvelle société, l'Enfield Autocar Co Ltd, installée dans les anciens ateliers d'Enfield. En 1907 le groupe Eadie Manufacturing vend à BSA toutes ses activités, à l'exception d' Enfield Cycle et Enfield Autocar, qui deviennent des sociétés indépendantes. Enfield Autocar connait rapidement de grandes difficultés qui l'amènent à déposer le bilan en Enfield Autocar fut racheté en avril 1908 par le groupe Alldays & Onions de Birmingham pour la somme de . Ce groupe produira des automobiles sous la marque Enfield jusque dans les années 1920., Enfield Cycle conservant tous les droits sur la marque Royal Enfield.

La famille Smith aux commandes : 1909-1962 1909-1920 : premiers bicylindres en V et deux-temps En 1908 Robert W Smith prend la direction de l'Enfield Cycle et démissionne en 1909 de BSA dont il était jusqu'alors un des directeurs pour éviter tout conflit d'intérêts. En 1908, l'ingénieur suisse W. Guillon, précédemment directeur technique de Enfield Autocar, rejoint Enfield Cycle et l'année suivante le fils aîné de Robert Smith, Franck Smith, fait de mêmeAprès des études au Quinton's College de l'université de Birmingham, Frank Smith avait fait son apprentissage chez BSA. Ses deux frères rejoindront également Enfield Cycle..

En Enfield Cycle annonce son retour sur le marché des motos avec un tout nouveau modèle : le RE 160. Son moteur, fourni par le suisse MotosacocheCertains modèles seront équipés de moteurs fournis par l'anglais JAP., est un bicylindre en V de à soupapes latérales. La moto est équipée d'une fourche amortie à parallélogramme de type Druid, d'une transmission finale par chaine, d'une boîte de vitesses à deux rapports commandée par un levier sur le côté du réservoir, et de longs repose-pieds. Ce modèle est le premier d'une longue famille de V twins Royal Enfield qui seront produits jusqu'en 1939. thumb|Royal Enfield 140 (1913).Plusieurs variantes apparaissent, notamment, en 1913, le RE 140 équipé d'un moteur Royal Enfield ioe bicylindre en V de .. C'est le premier moteur anglais à carter sec avec lubrification sous pression par pompe mécanique : après avoir lubrifié les têtes de bielles en passant par le vilebrequin percé, l'huile retourne dans un tube en verre fixé derrière le tube de selle. Le bon fonctionnement de la pompe est ainsi vérifiable visuellement.vignette|202x202px|Royal Enfield 180 avec side-car ambulance.

D'autres modèles sont lancés avant la première guerre mondiale, notamment:

en 1912, le RE 180. Spécialement conçu pour être attelé en side-car, son cadre est pourvu des points d'attache nécessaires à un panier. Son moteur est un bicylindre en V latéral JAP de (). La lubrification goutte à goutte est assurée par une pompe « coup de poing ». Il est doté d'un innovant amortisseur de couple en caoutchoucDénommé "cush-drive" en anglais.: logé dans le moyeu arrière, ce dispositif équipera ensuite de nombreux modèles de la marque. en 1914, le RE 225 L, un monocylindre deux temps de avec une boîte à deux rapportsIl sera produit en deux versions : l'une d'architecture classique à laquelle s'ajoute à partir de 1924 une version dite "Ladies", car visant la clientèle féminine, avec un cadre ouvert facilitant l'enfourchement.. Ce modèle remporte un grand succès commercial et sportif. Il est le premier d'une famille de monocylindres deux-temps qui seront produits jusqu’en 1962.

Pendant la Première Guerre mondiale, Royal Enfield fournit aux forces armées des bicyclettes et des side-cars 180 transformés en ambulance ou équipés d'une mitrailleuse. Durant le conflit, les ateliers de Hunt End sont vendus. Les trois fils Smith font la guerre sans dommage. Franck sert comme pilote dans le Royal Flying Corps en France et finit avec le grade de major.

1921-1929 : gamme élargie et modernisée left|thumb|Royal Enfield 201 (1923). À la fin de la Première Guerre mondiale, Royal Enfield ne produit plus que deux modèles : le 180 et le 225 L. En 1919 le gouvernement britannique demande aux industriels de relancer leurs productions vers des produits civils. Mais ce n'est qu'en 1921 que les modèles Royal Enfield évoluent : le modèle 180 est équipé d'un bicylindre en V de (), conçu par Enfield et fabriqué par Vickers; et le 225 L est doté d'un démarrage au kick.

La gamme Royal Enfield de 1924 comprend : quatre versions du deux temps (dénommées 200, 201a, 201b et 202), deux modèles de à moteurs JAP (dénommés 350 pour la version de base à soupapes latérales, et 351 pour la version sportive culbutée), et deux versions du V-Twin attelé.

Ted Pardoe, un jeune ingénieur embauché par Enfield Cycle à la fin de la guerre, conçoit un nouveau monocylindre culbuté de , commercialisé à partir de 1925Il en sera dérivé, en 1927, une version plus puissante de .. La même année, certaines Royal Enfield sont proposées avec des boîtes à trois vitesses Sturmey-Archer, ainsi qu'avec des freins à tambour Les freins à tambour, avant et arrière, sont généralisés à toute la gamme en 1927..

Un recrutement important a lieu en 1925 : celui de Tony Wilson-Jones, jeune et brillant ingénieur auquel sont confiées l'équipe de conception et la formation des apprentisUne quarantaine d'apprentis est formée chaque année..

En 1926, les installations d'Enfield Cycle Enfield occupent environ et comprennent le siège social et de nombreux ateliers : usinage, chromage, fonderie, peinture, rayonnage, montage, métrologie, fabrication des outils de production L'usine est très moderne, desservie par une ligne de chemin de fer et dotée d'une piste d'essai.

Chaque motocyclette sortant du montage fait sept tours de la piste située derrière les ateliers, soit environ , puis revient pour une vérification approfondie avant expédition. vignette|Royal Enfield 500 SV (1929). En 1927, Enfield lance le 500, doté d'un monocylindre de à soupapes latérales et d'une boîte à quatre rapports. Et plusieurs modèles sont dotés d'un pare-boue arrière détachable destiné à faciliter le démontage de la roue pour réparationsDisposition pratique qui sera ensuite généralisée à l'ensemble de la gamme..

En 1928, l'esthétique de la gamme change, avec l'apparition de réservoirs "saddle". Tous les modèles sont en outre dotés d'une nouvelle fourche à simple ressort de type Webb. D'autres évolutions marquent cette année : la famille 200 comporte deux modèles avec des boîtes à trois vitesses ; la famille 350 est complétée par la version 352, destinée à l'enduro ; une version du gros bicylindre est dotée d'une boîte à quatre rapports. La gamme est complétée par un nouveau modèle mono cylindre quatre temps de doté d'une boîte à trois rapports : le 250.

La gamme de 1929 comprend 14 modèles, dont le 505, modèle sportif doté d'un innovant monocylindre culbuté de dont une version, ramenée à , équipe également le modèle 355.

Années 1930 et Seconde Guerre mondiale Entre 1930 et 1939, Enfield continue de créer de nombreux modèles pour répondre à la demande des utilisateurs et s'adapter aux variations de réglementation fiscale. Les monocylindres culbutés sont notamment équipés de culasses à deux, trois ou quatre soupapes avec simple ou double échappement pour des usages plus ou moins sportifs. vignette|Model A (1934). vignette| Royal Enfield modèle B. vignette| Royal Enfield modèle C. vignette| Royal Enfield modèle Z .