La guerre entomologique (GE) est un type de guerre biologique qui utilise les insectes comme arme pour attaquer l'ennemi. Le concept existe depuis des siècles et la recherche et de développement se sont poursuivis dans l'ère moderne. La guerre entomologique a été appliquée au combat par le Japon et plusieurs autres pays ont développé des programmes de guerre entomologique ou ont été accusés de les avoir mis en œuvre.

Description La guerre entomologique est un cas particulier de la guerre biologique (GB) qui se sert des insectes soit pour des attaques directes, soit en tant que vecteurs d'agents biologiques, telles que la peste ou le choléra. Il existe trois types principaux de guerre entomologique. Un premier type implique d'infecter les insectes avec un agent pathogène et de les disperser sur des zones cibles"An Introduction to Biological Weapons, Their Prohibition, and the Relationship to Biosafety", The Sunshine Project, April 2002, accessed December 25, 2008.. Les insectes agissent alors comme vecteur infectant toute personne ou animal qu'ils peuvent piquer. Un second type consiste en une attaque directe des insectes contre les cultures. Les insectes ne sont pas nécessairement infectés par un agent pathogène, mais représentent plutôt une menace pour l'agriculture. Le troisième type consiste à utiliser des insectes infectés, par exemple des abeilles, pour attaquer directement l'ennemi Lockwood, Jeffrey A. Six-legged Soldiers: Using Insects as Weapons of War, Oxford University Press, USA, 2008, , ..

Histoire ancienne La guerre entomologique n'est pas un concept nouveau, les historiens et les écrivains l'ont étudiée et décrite dans le cadre de multiples événements historiques. L'épidémie de peste survenue au en Asie mineure, connue sous le nom de Peste noire, est l'un de ces événements qui ont attiré l'attention des historiens comme étant un des premiers cas possibles de guerre entomologique. Cette peste qui se répandit en Europe peut avoir été le résultat d'une attaque biologique sur la ville de Kaffa en CriméeKirby, Reid. "Using the flea as weapon", (Web version via findarticles.com), Army Chemical Review, July 2005, accessed December 23, 2008..

Selon Jeffrey Lockwood, auteur de Six-Legged Soldiers (ouvrage sur la guerre entomologique), la première forme de guerre entomologique a probablement été l'utilisation de l'abeille par les premiers hommesBaumann, Peter. "Warfare gets the creepy-crawlies", Laramie Boomerang, October 18, 2008, accessed December 23, 2008.. Des abeilles, ou leurs nids, étaient jetés dans des grottes pour forcer l'ennemi à sortir et se mettre à découvert. Lockwood théorise que l'Arche d'alliance peut avoir été mortelle lors de son ouverture parce qu'elle contenait des puces mortelles"UW Professor Examines Biological Setting of Egyptian Plagues", communiqué de presse, université du Wyoming, December 12, 2005, accessed December 23, 2008..

Pendant la guerre civile américaine, la Confédération a accusé l'Union d'avoir introduit intentionnellement la punaise arlequine (Murgantia histrionica) dans le Sud. Ces accusations n'ont jamais été prouvées, et les recherches modernes ont montré qu'il est plus probable que l'insecte soit arrivé par d'autres moyens. Le monde n'a pas connu de cas de guerre entomologique à grande échelle jusqu'à la Seconde Guerre mondiale. Les attaques japonaises contre la Chine sont les seuls cas vérifiés de guerre biologique ou entomologique pendant la guerrePeterson, R.K.D. "The Role of Insects as a Biological Weapon", Department of Entomology, Montana State University, notes based on seminar, 1990, accessed December 25, 2008.. D'autres pays ont lancé leurs propres programmes de guerre entomologique pendant la guerre et après celle-ci.

Seconde Guerre mondiale thumb|Le doryphore de la pomme de terre a été considéré comme une arme de guerre entomologique par les pays des deux camps pendant la Seconde Guerre mondiale

Canada Parmi les puissances alliées, le Canada a été un pionnier dans les efforts sur la guerre par des insectes vecteurs. Après que le Japon se fut lancé dans le développement des puces porteuses de la peste comme arme biologique, le Canada et les États-Unis lui ont emboîté le pas. En coopération étroite avec les États-Unis, le Dr G.B. Reed, directeur du laboratoire de recherches de défense de l'Université Queen's de Kingston, a concentré ses efforts de recherche sur les moustiques vecteurs, les mouches piqueuses, et les puces infectées par la peste pendant la Seconde Guerre mondiale. Beaucoup de ces recherches ont été partagées avec les États-Unis ou menées de concert avec ce pays.

Le programme d'armes biologiques du Canada dans sa totalité était en avance sur ceux des Britanniques et des Américains pendant la guerre. Les Canadiens ont cherché à travailler dans des domaines délaissés par leurs alliés. La guerre entomologique a été l'un de ces domaines. À mesure que les programmes américains et britanniques ont évolué, les Canadiens ont travaillé en collaboration plus étroite avec les deux pays alliés. Les travaux canadiens de guerre biologique se sont poursuivis bien après la guerreWheelis, Mark, et al. Deadly Cultures: Biological Weapons Since 1945, (Google Books), Harvard University Press, 2006, pp. 84-90, ..

France La France est connue pour avoir poursuivi des programmes de guerre entomologique pendant la Seconde Guerre mondiale. Comme l'Allemagne, ce pays a estimé que le doryphore, dirigé contre les ressources alimentaires de l'ennemi, serait un atout pendant la guerreLockwood, Jeffrey A. "Bug Bomb", Boston Globe, October 21, 2007, accessed December 23, 2008.. Dès 1939, des experts français de guerre biologique ont suggéré que le coléoptère soit utilisé contre les cultures allemandes.

Allemagne L'Allemagne est connue pour avoir poursuivi des programmes de guerre entomologique pendant la Seconde Guerre mondiale. Ce pays a poursuivi la production de masse et la dispersion du doryphore de la pomme de terre (Lepinotarsa decemlineata), en direction des sources de nourriture des pays ennemis. Le coléoptère a été découvert en Allemagne en 1914, comme espèce envahissante provenant d'Amérique du Nord. Il n'existe pas de documents prouvant que le coléoptère ait jamais été utilisé comme arme biologique par l'Allemagne, ou par tout autre pays pendant la guerreHeather, Neil W. and Hallman, Guy J. Pest Management and Phytosanitary Trade Barriers ([Google Books]), CABI, 2008, pp. 17–18, .. Néanmoins, les Allemands avaient élaboré des plans pour larguer des coléoptères sur les cultures anglaises.

L'Allemagne a effectué des essais de son programme d'utilisation militaire du doryphore au sud de Francfort, au cours desquels ont été largués 54000 coléoptères. En 1944, une infestation de doryphores a été signalée en Allemagne. La source de l'infestation est inconnue, mais trois hypothèses ont été émises quant à son origine. Une première option est qu'il s'agit de l'action des Alliés, une attaque entomologique, une deuxième est que c'est le résultat des essais allemands, et la troisième explication, la plus probable, est que ce serait simplement un phénomène naturel.

Japon Le Japon a pratiqué la guerre entomologique à grande échelle pendant la Seconde Guerre mondiale en Chine. L'Unité 731, unité japonaise de guerre biologique, a utilisé des puces infectées par la peste et des mouches porteuse du choléra pour infecter la population chinoise. Les militaires japonais ont dispersé des insectes en les pulvérisant par des avions volant à basse altitude et en larguant des bombes remplies d'un mélange d'insectes et de maladie. Il en est résulté des épidémies meurtrières localisées qui ont entraîné la mort de près de Lockwood, Jeffrey A. "Six-legged soldiers", The Scientist, October 24, 2008, accessed December 23, 2008.Novick, Lloyd and Marr, John S. Public Health Issues Disaster Preparedness, (Google Books), Jones & Bartlett Publishers, 2001, p. 87, .. Un « Symposium international » d'historiens a déclaré en 2002 que la guerre entomologique des Japonais en Chine était responsable de la mort de .

Royaume-Uni Un scientifique britannique, J.B.S. Haldane, a estimé que la Grande-Bretagne et l'Allemagne étaient tous deux vulnérables à une attaque entomologique par le doryphore de la pomme de terre. En 1942, les États-Unis ont expédié 15000 doryphores en Grande-Bretagne pour étudier leur utilisation comme arme biologique.

Guerre froide Union soviétique

L'Union soviétique a effectué des recherches, développé et testé un programme de guerre entomologique dans le cadre d'un programme de guerre biologique contre les cultures et contre les animaux. Les Soviétiques ont mis au point des techniques pour utiliser les insectes comme vecteurs de transmission d'agents pathogènes des animaux, comme la fièvre aphteuse - pour laquelle ils ont utilisé des tiques comme vecteur. Le pays a également utilisé la tique aviaire pour transmettre Chlamydophila psittaci aux poulets. En outre, l'Union soviétique a affirmé avoir développé une installation automatisée d'élevage en masse d'insectes, capable de produire des millions d'insectes parasites par jourBan, Jonathan. "Agricultural Biological Warfare: An Overview", The Arena, June 2000, Paper # 9, Chemical and Biological Arms Control Institute, via Memorial Institute for the Prevention of Terrorism, accessed December 25, 2008..

États-Unis thumb|Les États-Unis ont largué plus de infectés par la fièvre jaune sur leur propre population.

Les États-Unis ont sérieusement étudié le potentiel de la guerre entomologique pendant la guerre froide. L'armée américaine a élaboré des plans pour une installation de guerre entomologique, conçue pour produire mensuellement 100 millions de moustiques infectés par la fièvre jaune. Un rapport de l'armée américaine, intitulé « Entomological Warfare Target Analysis » (analyse des cibles de guerre entomologique) a listé les sites classés vulnérables en Union soviétique que les États-Unis pourraient attaquer en utilisant des vecteurs entomologiques. L'armée a également testé la capacité de piqûre des moustiques en larguant des moustiques non-infectés sur les plus grandes villes américaines.

Des responsables nord-coréens et chinois ont accusé les États-Unis d'avoir engagé des actions de guerre biologique, y compris de guerre entomologique, en Corée du Nord pendant la guerre de Corée. Ces accusations datent de l'époque de la guerre, et ont été complètement rejetée par les États-UnisEd Regis. "Wartime Lies?", The New York Times, June 27, 1999, accessed December 24, 2008.. En 1998, Stephen Endicott et Edward Hagermann ont affirmé, dans leur livre, The United States and Biological Warfare: Secrets from the Early Cold War and Korea, que les accusations étaient vraiesEndicott, Stephen, and Hagermann, Edward. The United States and Biological Warfare: Secrets from the Early Cold War and Korea, (Google Books, relevant excerpt), Indiana University Press, 1998, , , links accessed December 24, 2008.. Le livre a reçu des critiques mitigées, certains l'ont qualifié de « mauvaise histoire » et d'« épouvantable », tandis que d'autres ont fait l'éloge des cas présentés par les auteurs"Reviews of The United States and Biological Warfare: secrets of the Early Cold War and Korea", York University, compiled book review excerpts, accessed December 24, 2008.. D'autres historiens ont relancé ces accusations dans les dernières décennies. L'année même de la publication du livre d'Endicotts, Kathryn Weathersby et Milton Leitenberg, du Cold War International History Project du Woodrow Wilson Center à Washington, ont publié des documents secrets soviétiques et chinois qui ont révélé que les accusations nord-coréennes étaient une campagne de désinformationAuster, Bruce B. "Unmasking an Old Lie", U.S. News & World Report, November 16, 1998, accessed December 24, 2008..