Antipolis (Antibes) était alimenté à l'époque romaine par deux aqueducs : l'aqueduc de la Bouillide (ou de Clausonnes) et l'aqueduc de Fontvieille.
L’aqueduc de Clausonnes / La Bouillide est inscrit sur la liste des monuments historiques par arrêté du .
Contexte historique
La civitas (cité) d’Antipolis (nom antique d'Antibes) occupait un vaste territoire, bordé à l’est par le fleuve Var, à l’ouest par l’Estérel.
Oppidum ligure puis colonie grecque de Marseille, Antipolis accède au statut de cité de droit latin à la fin du .
Le voit l'apogée d'Antipolis réputé pour sa production de garum, condiment très apprécié. La ville s’agrandit et s’embellit. L’amphithéâtre et le théâtre sont construits. Des thermes sont édifiés afin d’assurer l’hygiène des habitants, sans oublier un forum et un arc de triomphe. Les rues principales sont dallées et dotées d’égouts. Pour acheminer l’eau dont ils font une grande consommation, les Romains construisent des aqueducs.
Les vestiges de l'aqueduc de la Bouillide sont situés sur les communes actuelles d’Antibes, Valbonne, Mougins, Vallauris et Biot, les plus spectaculaires étant sur le territoire de Sophia Antipolis.
Datation Les deux aqueducs d'Antipolis ont des dimensions comparables, mais des différences de construction montrent qu'ils ne datent pas de la même époque. Les comparaisons avec d'autres ouvrages semblent montrer que l'aqueduc de la Bouillide est le plus ancien, et date du dernier tiers du . L'aqueduc de Font Vieille, long de 4,5 km, doit dater du début du ; il a été restaurée au par le duc d'Aiguillon.
Description de l'aqueduc de la Bouillide
L'aqueduc de la Bouillide a une longueur d'environ 16 kilomètres. L'aqueduc comprend deux branches qui se rejoignent près du pont-aqueduc sur la Valmasque, avant les vestiges du pont-aqueduc sur le Goa. La source de la branche de la Bouillide se situe dans la commune de Valbonne. Celle de la branche de la Valmasque se trouvait dans la commune de Mougins.
L'aqueduc devait atteindre Antipolis par le vallon de Laval puis passait sous l'actuelle place De Gaulle. Il débouchait vraisemblablement au castrum, le cœur fortifié de la cité (musée Picasso de nos jours). Un morceau a été trouvé dans une maison de la rue du Haut-CastelletMusée archéologique d'Antibes, Aux origines d'Antibes. Antiquité et Haut Moyen Âge, 76-77, SilvanaEditoriale, Milan, 2013 ; 120. Il devait notamment alimenter la fontaine romaine du jardin du presbytère.
Les travaux récents ont détaillé les principaux ouvrages d'arts encore visibles sur le tracé de l'aqueduc et ont montré des parallèles avec l'aqueduc de FréjusPaul Garczynski et Jean Foucras avec la collaboration de Michel Dubar : L'aqueduc d'Antipolis dit de la Bouillide (Alpes-Maritimes), Gallia, 62, 2005, p. 13-34..
Plusieurs vestiges de l'aqueduc sont encore visibles, parmi lesquels : le pont à deux arches (Valmasque), le pont à cinq arches (Goa), le pont à une arche (Fugueiret), la section de canal taillé dans la roche.
Le pont à deux arches sur la Valmasque
Ce pont qui a conservé ses arches est l'élément le plus spectaculaire de l'aqueduc de la Bouillide.
L’aqueduc de la Bouillide franchit la rivière Valmasque sur un pont à deux arches, en bordure du chemin des Trois Moulins. Le pont de la Valmasque se situe à proximité de la jonction des deux branches de l’aqueduc. La branche de la Valmasque rejoint ici la branche de la Bouillide avant la poursuite du parcours commun.
Ce magnifique ouvrage, intact bien que très dégradé, nécessitait une restauration urgente. Elle a été effectuée en 2025. Le chantier a notamment comporté une dévégétalisation de l’ouvrage, la réfection des joints, le comblement des vides et une restitution partielle des maçonneries disparues. Il a permis de stopper le processus de dégradation, restituer son caractère monumental et de rendre le site plus compréhensible.
Vestiges du pont à cinq arches sur le Goa
L’aqueduc franchissait le vallon du Goa, une rivière assez puissante dans l’Antiquité, sur le pont le plus long de l'aqueduc.
Ce sont les observations archéologiques en 2005 qui ont permis de restituer le plan général du pont et d’établir qu’il comportait cinq arches.
Il s’agissait d’un ouvrage conséquent. La longueur totale est d’environ 39 mètres et les deux arches extrêmes mesuraient approximativement 5,30 mètres d’ouverture.
Le pont présente aussi un détail architectural important : une archivolte plate. Ce détail est utilisé dans l’étude comme élément de comparaison avec d’autres monuments, notamment l’aqueduc de Fréjus et les thermes de Cimiez.
Une expertise patrimoniale dans le cadre du SCOT (Schéma de Cohérence Territoriale de la CASA) en 2013 a dressé un constat très alarmant pour la culée amont, dont la partie en surplomb est très instable, ainsi que pour la culée aval (fissure ouverte sur toute la hauteur). La pile 4 et le piédroit de la culée aval ont été endommagées voici une trentaine d’années par des engins agricoles.
L’expertise recommandait une série d’interventions/consolidations avec purge des éléments instables, dégagement de la végétation, consolidation des moellons, système de tirants scellés dans la maçonnerie après remplissage des fissures.
Vestiges du pont à une arche sur le Fugueiret
Le pont du Fugueiret, bien qu’effondré est très intéressant ; c’est le seul qui présente encore les vestiges en élévation du canal aérien.
Les culées du pont sont encore visibles. Les concrétions calcaires conservées sur certains éléments témoignent de la circulation de l’eau.
Canal de l'aqueduc
Une longue section de l’aqueduc est bien visible dans le parc de la Bouillide. En plusieurs endroits, le canal a été taillé dans la roche.
Le conduit est relativement petit : environ 45 centimètres de largeur pour 1,20 mètre de hauteur sous la voûte.
Le canal est construit dans une tranchée. Le fond est réalisé avec un mortier, puis viennent les deux piédroits, c’est-à-dire les murs latéraux, et enfin la voûte. Lorsque le terrain est rocheux le permet, les Romains taillent directement le conduit dans la roche.
Aqueduc de Fontvieille
Deuxième aqueduc desservant Antipolis, l'aqueduc de Font Vieille, long de 4,5 km, doit dater du début du . La chambre de captage de l'aqueduc de la Font Vieille a été restaurée au par Louis d'Aguillon. Elle est restée en service jusqu'au milieu du .
Notes et références
Voir aussi
Bibliographie Jules Formigé, « La Chèvre d'or à Biot (Alpes-Maritimes) et l'aqueduc de Clausonnes », dans Bulletin de la Société nationale des Antiquaires de France, 194, (lire en ligne) Marcel Prade, Les Ponts monuments historiques, 59, Brissaud, Poitiers, 1986 Jean Foucras, Paul Garczynski, Aqueduc romain d'Antipolis dit de la Bouillide, 43-52, Mémoires de l'Institut de Préhistoire et d'Archéologie des Alpes-Maritimes, Tome XLII, 2000 Jean Foucras, Paul Garczynski, Les sites en zone urbaine de l'aqueduc romain d'Antipolis dit de la Bouillide, 41-50, Mémoires de l'Institut de Préhistoire et d'Archéologie des Alpes-Maritimes, Tome XLV, 2003 Paul Garczynski, Jean Foucras, avec la collaboration de Michel Dubar, L'aqueduc d'Antipolis dit de la Bouillide (Alpes-Maritimes), 13-34, Gallia, année 2005, volume 62 Lire en ligne Plan de l'aqueduc dans la Valmasque J. Marguier, L'aqueduc romain de la Bouillide à Antibes, , dans ''Provence historique, tome 5, fascicule 19, 1955 Lire en ligne
Articles connexes Liste des monuments historiques des Alpes-Maritimes Liste des aqueducs romains Liste des monuments historiques protégés en 1936
Liens externes
Patrimages : Antibes, aqueduc de Clausonnes Patrimages : Antibes, aqueduc Romain d'Antipolis dit de la Bouillide
Clausonnes a Valbonne Catégorie:Aqueduc monument historique en France Catégorie:Monument romain dans les Alpes-Maritimes Catégorie:Monument historique dans les Alpes-Maritimes Catégorie:Monument historique inscrit en 1936 Catégorie:Valbonne Catégorie:Vallauris Catégorie:Transport à Antibes