L'abbaye Notre-Dame du Tronchet est un monastère de moines bénédictins sur la commune du Tronchet, en Ille-et-Vilaine en Bretagne, qui dépendait du diocèse de Dol. Il était dépendant de la paroisse de Plerguer, avant que Le Tronchet ne soit érigé en paroisse et en commune.
Historique Des origines au Dès la fin du , un lieu de prière existait dans la forêt, habité par Gaultier, miraculeusement guéri de la lèpre par Barthélémy, abbé de Marmoutiers, à qui MainMain, fils de Théoginète, possédait l'église de Cuguen et eut trois fils, Haimon, un des barons de Gedouin, duc de Dol, qui épousa Basilia, Guillaume mentionné ici et Gautier qui devint semble-t-il recteur de Cuguen, dans le premier quart du . Enquête de Torbe, Allenou et Duine, , n.121. . avait demandé de venir guérir ses fils. Une pieuse communauté se forma alors en cet endroit, attiré par les vertus de l'anachorèteDom Germain, Histoire, ms, bibliothèque municipale de Truncheto. Bibliothèque nationale, Blancs-Manteaux.. L'église fut fondée en 1140 par Alain, fils de Jordan ou Jourdain, sénéchal de Dol et un couvent vers 1150, à l'emplacement de l'actuelle hôtellerie abbatiale. Cette communauté fut donnée par Alain, revenu de croisade, à Hugues, archevêque de Dol de 1156 à 1162 avec l'assentiment de l'abbé et des moines : .
Cette maison fut érigée en abbaye en 1170 par des moines de la Congrégation de Saint-Benoît, dont elle suivit la règle, avec quelques usages particuliers pratiqués à Tiron. Raoul fut le premier abbé, avec l'assentiment du pape qui confirma la dépendance du Tronchet et de ses dépendances à l'abbaye de Tiron par une bulle de la même année à Bénévent comme l'avait placée l'archevêque de Dol, Hugues. Elle apparaît alors pour la première fois sous le vocable de Notre-Dame du Tronchet (Beata Mariæ de Troncheto), avec quatre religieux de l'abbaye de la Sainte-Trinité de Tiron du diocèse de ChartresMss de Marmoutiers, communiqué le 27 septembre 1647 par Mathieu Gohier, religieux de Marmoutiers à Dom Constantin de Navarre, prieur du Tronchet.. Elle dépendit dès lors jusqu'aux commendes de l'abbaye de Tiron.
Vers 1150, , roi d'Angleterre, duc de Normandie et d'Aquitaine, comte d'Angers, concède une foire de trois jours pour l'Assomption et en informe les ministres de Bretagne, évêques, les comtes et les juges, dont RathelCet acte est connu par un vidimus de 1279. . Enquête par Tourbe, Allenou et Duine, , n 2. cité ..
Les religieux restèrent fidèles à l'abbaye de Tiron et ne s'en délivrèrent que lorsque l'abbaye sera mise en commende, au . Jusqu'à cette époque, ils durent recevoir la visite plus ou moins régulière de l'abbé de Tiron, accepter ses remontrances et lui obéir. L'abbé du Tronchet devait en outre se rendre chaque année au Chapitre général de l'abbaye de Tiron, où il avait sa stalle en dessous de celle de l'abbé du lieu.
En 1221, les moines achètent le manoir épiscopal de Dinan et le cèdent aux Jacobins de Dinan, pour être agréables à Olivier de Dinan, qui en remerciement leur cède et lègue la totalité des dîmes de Saint-Pierre-de-Plesguen. En 1234, Gervaise de Dinan, fait des donations à l'abbaye et l'exempte de tout droit coutumier, en spécifiant par précaution, que chaque maison donnée n'aura qu'un seul locataire. En 1246, Agnès de Coëtquen vend des biens à l'abbaye :
En 1258, l'archidiacre de Dol obtient une bulle pontificale supprimant la dépendance du Tronchet à l'abbaye de Tiron. L'abbé Nicolas, prudent, ignora cette décision.
La première union de prières sera contractée en 1259, avec l'abbaye Saint-Melaine de Rennes sous l'abbatiat de dom de Launay et celui de dom Martin au Tronchet, elle sera renouvelée ultérieurement. La seconde société de prières que fonda l'abbé Pierre Mahé en 1274 avec Simon, abbé de l'abbaye de Saint-Jacut stipulait : .
En , Alain d'Avaugour avec le consentement de l'abbé du Tronchet transfère les droits que l'abbaye avait sur la moitié du manoir et du jardin de Gourmil à Dinan aux religieux du couvent des Cordeliers de Dinan et en retour donne à l'abbaye le manoir de Jeanne Reine, fille de Gauthier Tréboul, situé entre les immeubles de Geoffroy de Lamballe et Rivallon Porrel sur la place du Marchix de Dinan à la rue de la Boulangerie. Les deux immeubles sont cédés avec droit de bouteillage, de ventes, d'amendes et de place. Les donateurs gardant le droit de haute justice.
Le seigneur abbé avait le droit de haute justice et les fourches patibulaires s'élevaient dans le village du Tronchet qui s'était constitué autour de l'abbaye. Nous en avons quelques précisions :
Tout cela relevait du roi. Les terres, rentes et juridictions, relevaient de l'évêque de Dol. Le contenu de la totalité des biens reste inconnu, mais d'autres sont connus.
Les abbés de Tiron feront leurs visites canoniques en 1282 et 1294, puis en 1301. En 1302, l'abbé du Tronchet trouva une excuse pour ne pas participer au chapitre général de Tiron et ses successeurs feront de même en 1334, 1343 et 1353.
En 1379, sous l'abbatiat de dom Robert Pépin, fut fondé par Bonabe la Bégasse le prieuré dit de Saint-Lunaire sur la paroisse de Pleudihen, qui deviendra un important prieuré sous le nom de Saint-Nicolas de l'HôstellerieHameau à un kilomètre du manoir de Saint-Meleuc, cité par .. En fut conclu un acte de fraternité avec l'abbaye de Saint-Gildas-des-Bois près de Nantes.
Avec l'élection d'Alain Costard en 1422, les contestations de l'abbé de Tiron vont reprendre. Gilles Raguenel, élu en 1436, également prieur du prieuré Saint-Melaine de Rieux et qui eut plusieurs difficultés avec Raoul et Jean de Coëtquen, conféra le à Olivier d'Irodouer, prêtre du Tronchet le titre de prieur du prieuré de Saint-Pétreuc de Plerguer, près de l'étang de Beaufort, en Plerguer. En 1462, Gilles Raguenel occupe aux assises du Parlement général de Vannes une place d'honneur derrière l'abbé de Saint-Gildas de Rhuys et avant ceux de Landévennec, Saint-Mahé, Blanche-Couronne, Lantenac et de la Chaume.
En 1478, François de Beauchêne, abbé du Tronchet, reçut ses bulles et fut mis en possession au nom du duc de Bretagne par le sire de Coëtquen, grand-maître d'hôtel de Bretagne, Jean, cardinal d'Angers, légat du Saint-Siège en France qui lui confère le suivant le droit de porter l'anneau, la mitre et autres ornements pontificaux.
La commende, À partir de la mise en commende, l'abbaye périclita, pour la raison que les abbés dans les ordres ou pas étaient nommés par le pouvoir civil, ne résidaient pas, touchaient de gros revenus (les deux tiers de la totalité) et ne dépensaient que peu pour l'entretien des bâtiments. Le concordat de Bologne en 1516, accordait au roi le pouvoir de choisir les titulaires des grands bénéfices ecclésiastiques, les titulaires n'étant pas obligés de prononcer des vœux de moines réguliers, ni même de résider sur place.
Tristan de Vendel, qui devint abbé en 1508, donna asile en 1509 aux religieux de l'abbaye Saint-Melaine de Rennes, obligés de fuir leur couvent devant l'épidémie de la pesteDom Lobineau, livre XXII, .. Par reconnaissance l'évêque de Vannes, le cardinal Robert Guibé fit confirmer par son vicaire général l'ancienne union de prières avec Saint-Melaine dont il était l'abbé commendataire. Les témoins de cet acte furent Gilles de Châteaubriand, fils aîné de noble et puissant Guillaume, seigneur de Beaufort en Plerguer et du Plessix-Bertrand, en Saint-Coulomb, avec Jacques de Vendel, sire de Vauluisant et Théobald du Cleuz, seigneur de Martigné. Noël du Margat, originaire de la paroisse de Caunes, à 3 lieues de Dinan, religieux du Tronchet, prieur de Combourg, devint en 1516 abbé commendataire de Saint-Melaine de Rennes et renouvela la confraternité.
Jean Le Prévost (1603-1608) fit appeler les moines de la Société de Bretagne pour rétablir la discipline monacale et relever le monastère à moitié ruiné. Dom Isaac Jaunay, de cette congrégation, se rendit au Tronchet et ne trouva qu'un religieux : Dom Gilles Le Bret dans le monastère qui célébrait la messe, devant quelques religieux séculiers et peu ou pas de fidèles. Il faut dire que parmi les moines de l'abbaye deux se trouvaient en ce temps dans les prisons de Dol pour des malversations. Les bâtiments conventuels étaient en ruines et le cloître dans un état des plus déplorables, l'église sans ornements et sans vitresArchives départementales d'Ille-et-Vilaine, 3H, 34..
Dom Noël Mars, prieur claustral et réformateur de l'abbaye Saint-Magloire de Léhon de 1604 à 1608 accompagné de six autres religieux pour redresser la communauté. Ce Saint homme fit une exhortation pathétique qui tira les larmes des participantsDom Lobineau, Vie des Saints de Bretagne. Il plaça à la tête comme prieur Dom Pierre Méheust, homme de piété et d'esprit le . La nouvelle règle imposée était comme à Saint-Magloire de Léhon : lever à minuit, les matines duraient trois heures les jours ordinaires et quatre les jours de fête, après suivait une demi-heure d'oraison mentale, et autant après complies. Tous les jours office de la Sainte-Vierge avec l'office canonique. Chanter tous les jours deux grand'messes. Les intervalles entre les deux grand'messes, le dîner et les vêpres étaient employés à des lectures de piété et au travail manuel. Ils devaient garder une abstinence rigoureuse et observer les jeûnes prescrits par la règle. Isaïe Jaunay, qui visite l'abbaye en 1607, la trouve dans un état déplorable :
Les anciens moines furent récalcitrants et Antoine de Révol, évêque de Dol dut intervenir pour y faire régner la discipline. Jean Le Prévost fit restaurer les lieux et s'engagea à fournir aux moines tous les ans une somme de 900 livres, un millier de fagots et du gros bois, autant qu'il serait nécessaire pour chauffer le four, les chambres et les cuisines. Il leur abandonne certaines dîmes de Saint-Pierre en Plesguen, Plerguer, St Hélen, Pleudihen, et les autorise à pêcher dans les étangs de l'abbaye pour leur usage, de profiter des jardins et vergers. Cette union des deux monastères donnera naissance à la Société de Bretagne qui reçut des lettres patentes de , la déclarant indépendante, lui donnant pour protecteur le cardinal de RichelieuAN, VS 1230. Trévinal, II, .. Tous les ans ils s'assemblaient pour élire leurs supérieurs. En 1608, la réunion fut faite au Tronchet et le R.P. Mars fut reconduit prieur de Léhon, Méheust, prieur du Tronchet et ce dernier fut délégué en 1609 pour défendre les intérêts de la réforme devant le chapitre général se tenant à Vendôme. Un troisième monastère rejoignit la Société de Bretagne, l'abbaye Notre-Dame de Lanthénac. Dom Stample en 1612 est élu nommé abbé du Tronchet et le confesseur de Noël Mars devient Supérieur Général de la Société de Bretagne et en 1622 elle tint son chapitre général en ses murs.
Lorsque la Société de Bretagne fut dissoute, le pape lui demanda de rejoindre avec ses six monastères la Congrégation de Saint-Maur, ce qui fut réalisé et confirmé le . L'abbé du Tronchet fit alors appel à la congrégation de Saint-Maur qui reprit le flambeauDom P. Anger, Les bénédictins réformés de Bretagne, cité par .. Dom Thomas Baudry nouveau visiteur de la province de Bretagne, après s'être rendu à Léhon, installe dom Maurice Foncignon comme prieur à l'abbaye du Tronchet. Cette abbaye est désignée alors, avec Lanthénac et la Chaume pour accueillir les religieux n'ayant pas rejoint la Congrégation de Saint-MaurGrégoire Ollivier, Trévinal, Plerguer, II, .. La vie religieuse retrouva sa plénitude.
L'abbaye ayant été construite près des étangs dans un lieu marécageux, les bénédictins de la congrégation de Saint-Maur décident en 1642, la construction d'une nouvelle abbaye sur la colline voisine, le chantier durera de 1642 à 1679. La première pierre des bâtiments conventuels fut bénite le par le prieur claustral dom Navarin, sous l'abbatiat de Charles de Rosmadec. Mais celle de l'église ne fut posée qu'en 1659 et l'édifice achevé 20 ans plus tardDom Germain, Histoire, Mss mon., bibliothèque municipale de Troncheto..