vignette|redresse=1.5|La Floride française en 1562, par Jacques-Nicolas Bellin vignette|redresse=1.5|Carte des établissements de la Nouvelle-France floridienne vignette|redresse=1.5|Espace caraïbe
La Floride française est un territoire colonial éphémère créé par des Huguenots français au . Après trois expéditions en 1562, 1564 et 1565Pierre Duval, La Floride Françoise dressée sur la relation des voiages que Ribaut, Laudonier, et Gourgues y ont faits en 1562, 1564 et 1567, carte de 1677 , les Français renoncent à coloniser la Floride, après s'y être établis, notamment à l'embouchure de la « rivière de May », avec la construction du bastion de Fort Caroline.
Si les Français sont relativement absents de la péninsule pendant trois siècles, la présence de colons, de touristes, de snowbirds (migrants d'hiver, hivernants) et d'immigrants, issus de France, du Canada français et de la Nouvelle-Angleterre francophone, devient significative à partir de la fin du .
Au , la Floride francophone comprend des gens d'expression française venus du Canada, d'Europe et des Antilles.
Au , ce sont les locuteurs du créole haïtien qui sont les plus nombreux dans la mosaïque francophone, concentrée principalement dans le Sud-Est de la Floride.
Contexte politique d'une colonisation française de la Floride Préconisant un rapport individualisé avec le Créateur par l’étude de la Bible dans sa langue vernaculaire, le protestantisme rejette plusieurs coutumes de l’Église romaine, dont les indulgences, plusieurs sacrements et la hiérarchie ecclésiastique. La conversion de l’empereur de Prusse, du roi d’Angleterre et de nombreux anciens fidèles inquiète le Vatican, qui veut endiguer et faire reculer le protestantisme en Europe. Suivant le concile de Trente (1542-1563), la France et l'Église condamnent le protestantisme et appellent à la reconquête idéologique et militaire des âmes « perdues ». Par les guerres de religion (1560-1598), l’Église se met à contraindre « les huguenots » à renoncer à leur fidélité à Jean Calvin, un influent penseur du protestantisme.
Pour fuir l'intolérance religieuse dont sont victimes les protestants, Gaspard II de Coligny projette de créer en Amérique une colonie française pouvant accueillir des Huguenots. Cette colonie sera désignée également sous le nom de « Nouvelle-France floridienne ».
Une première tentative d'implantation avait été effectuée au Brésil avec la France antarctique, ce fut l'éphémère colonie française qui occupa la baie de Rio de Janeiro, de 1555 à 1560. Malgré ses espoirs d’y faire coexister huguenots et catholiques, l’aventure n'est pas une réussite. Coligny pense qu’une colonie huguenote aurait plus de chances de réussir en Floride, péninsule espagnole depuis 1513, mais qui demeure relativement inhabitée.
Première tentative vignette|gauche|René de Laudonnière. vignette|La Floride française, par Pierre du Val.|redresse=1.5 vignette|Jean Ribault prenant possession de la Floride française au nom du Roi de France en présence des Amérindiens Saturiwas.|redresse=1.5 vignette|Exploration des côtes de la Floride française par l'expédition de Ribault et Laudonniere (illustration de Jacques Le Moyne de Morgues).|redresse=1.5 vignette|Les Espagnols attaquent le Fort Caroline (1565).|redresse=1.5 vignette|Charles Fort.|redresse=1.5
En 1562, Gaspard de Coligny relance le projet de colonisation vers l'Amérique du Nord. Partis du Havre le , Jean Ribault, secondé par René de Goulaine de Laudonnière et accompagné du cartographe Jacques Le Moyne de Morgues atteignent le nouveau continent à bord de deux navires, avec 150 hommes, aux confins de la Floride et de la Géorgie actuelles, après deux mois de navigation, à l'embouchure de la "rivière de May" le .
Étonnés par le « spectacle » d'une « infinité de beaux arbres élevés », ainsi qu'un climat « bon, salubre, tempéré et fort plaisant », ils baptisent le pays Caroline en l’honneur de Charles IX de France, établissent un contact pacifique avec les indigènes du « pays de Chicora » (les tribus Potanos, Saturiwas et Tacatacuru, de la nation Mocama).
Laudonnière explore l'intérieur des terres et découvre, au centre de la péninsule, un vaste lac, le lac Okeechobee, qu'il nomma Surruque du nom d'un peuple de la Nation Mayacas.
De la rivière de May, Ribault remonte 40 lieues marines (220km) plus au nord sur la côte, pour fonder, le , la colonie de Charlesfort (sur l'île actuelle de Parris Island au sud de Port Royal, en Caroline du Sud).. Ribault y installe 30 hommes, non pas des agriculteurs ou des diplomates, mais des guerriers, qui peineront à établir des rapports avec les autochtones Saturiwas et Tacatacurus. On leur offre des pièces d’or et d’argent en échange de denrées alimentaires et de fourrures. Ils prêtent main-forte aux Européens à la construction des premières habitations,
Le , Ribault et Laudonnière s'en retournent en France chercher des renforts, des biens et du matériel. Toutefois, à leur arrivée à Dieppe le , ils trouvent la ville plongée dans la première guerre de religion. Ribault choisit l'exil vers l'Angleterre, alors en bons termes avec les Huguenots. Refusant de mener une nouvelle expédition au nom de la reine d'Angleterre, Ribault est emprisonné comme espion. Ses plans sont donc contrariés et il ne peut retourner immédiatement en Floride française. Ils rédigera un récit de voyage en prison.
A l'hiver 1562, la garnison de 28 hommes ne voit pas revenir son chef. S’attendant à être réapprovisionnée par l’Europe, elle n'a fait aucun effort pour vivre de la terre. Malgré les relations amicales avec les tribus Mocamas, celles-ci souffrent des pathogènes transmis par les Européens (en deux ans seulement, le contingent indigène sera réduit de 50 000 à quelques centaines de personnes) et la famine s'installe dans le fort. De plus, le capitaine, Albert de la Pierra exerçant une autorité cruelle, une mutinerie éclate, Pierra est tué et des bâtiments enfermant des vivres sont incendiés.
Finalement, tous les colons, sauf un, quittent la Floride française à bord d’une embarcation de fortune. Ils seront réduits à manger un de leurs compagnons, Lachère, désigné par le sort. Les survivants seront recueillis dans les eaux anglaises.
Un jeune colon n'a pas voulu partir, Guillaume Rouffi, il survivra seul plus d'une année, grâce aux autochtones. Une mission militaire espagnole venue pour traquer la présence française, le capture et s'en sert de guide. Elle rase le fort et l'emporte captif à La Havane.
Seconde tentative La paix d'Amboise permet à Coligny de relancer ses projets de colonisation. Trois vaisseaux partent du Havre le confiés à René de Goulaine de Laudonnière qui fonde le un nouveau bastion en Floride française, le fort Caroline. Le fort doit défendre la petite colonie française des menaces espagnoles qui n'acceptent pas l'arrivée des Français au nord de leur territoire colonial. Rapidement, la politique hasardeuse d’alliances menée par Laudonnière avec les Indiens, l’interdiction faite à ses hommes de trafiquer pour leur profit et le manque de vivres plongèrent la petite colonie dans la famine, les guerres indiennes et les mutineries. Le siècle suivant, l’explorateur Samuel de Champlain retiendra comme leçon la nécessité des alliances avec les peuples indigènes, dont les secours s’avéreront incontournables à la sécurité des colons.
Certains des compagnons de Laudonnière se rebellent. Il devra leur concéder un de ses deux vaisseaux avec lequel les mutins sillonnent les Caraïbes pour attaquer des ports espagnols. Ils seront défaits et tués ou emprisonnés par les Espagnols et révélèrent ainsi la nouvelle présence française en Floride.
Le , alors que Laudonnière était prêt à repartir après avoir brûlé le fort, une escadre de renfort composée de 7 navires et , commandée par Ribault retrouve le fort Caroline. Elle aperçoit, le , l'escadre de Pedro Menéndez de Avilés qui arrive d'Espagne muni de l'ordre de son roi de chasser tout intrus de Floride. L'escadre est composée de 10 navires et . Menéndez de Avilés aperçoit les navires français et les engage, mais les navires français sont plus rapides et les Espagnols s'installent plus au sud, où ils établissent un camp qui deviendra Saint Augustine. Ribault décide, contre l'avis de Laudonnière d'attaquer les Espagnols avec quelques-uns de ses navires et la plupart de ses troupes, mais ils sont surpris en mer par une violente tempête qui dure plusieurs jours et fait sombrer les bateaux. Pendant ce temps, Avilés a choisi d'attaquer le fort Caroline par voie terrestre. Il a conduit ses troupes et attaqué le fort le qui n'est plus défendu que par 200 à 250 colons. Les seuls survivants sont 50 femmes et enfants qui sont faits prisonniers, tous les non catholiques sont exécutés. Quelques survivants, dont Laudonnière et Le Moyne de Morgues, ont pu s'échapper à travers la forêt et trouver un vaisseau qui les ramènera en France. De leur côté, les Français survivants du naufrage atteindront l'îlot de Matanzas (massacres) sur lequel les Espagnols viendront les surprendre et les achever jusqu'aux derniers, y compris Jean Ribault.
La nouvelle des massacres soulève immédiatement en France une vague de colère, habilement entretenue par les rescapés de Fort Caroline. Le Discours de l’histoire de la Floride du charpentier Le Challeux, accompagné d’une Requeste en forme de complainte des veuves et orphelins, publié en , est un véritable succès d’édition.
Peyrot de Monluc, fils du Maréchal de Monluc, initialement parti pour l’Afrique, devant lui apporter gloire et fortune, se détourne vers Madère et met du sac et pille Funchal, le , où le jeune homme périt. En 1567, Dominique de Gourgues s'embarque dans une expédition punitive pour venger les Français massacrés par les Espagnols deux ans plus tôt. Arrivées en avril 1568 vers les côtes de Floride, les troupes françaises, avec l'aide des Amérindiens Saturiwas, Potanos et Mayacas, massacrent la garnison espagnole du fort San Mateo qui a succédé au fort Caroline. Fort de ce succès, Dominique de Gourgues détruit deux autres forts espagnols.
L’aventure coloniale française sera suspendue en Floride pendant plus de deux siècles; elle se concentrera dès lors vers Saint-Domingue, la Louisiane et la Nouvelle-France. « Le souvenir de [cette] boucherie », d'après l'historienne Suzanne Lussagnet, sera plus tard commémoré par le toponyme anglo-espagnol Mantanzas Inlet, « l’anse au massacre ». Quelques villages, dont Ribaut River, ainsi qu’une vingtaine de rivières et de détroits porteront des noms français ou latins, dont Charleston et Port Royal Sound (Caroline du Sud), mais aussi French Cape (Floride), et rappelleront la mémoire.
Troisième et dernière tentative de colonisation française vignette|285x285px|Fort San Carlos de Austria, 1699 La longévité du règne espagnol en Floride (1565-1763, 1781-1819) contraste avec l'aventure coloniale française. N’offrant aucune richesse naturelle, la Floride ne comporte pas d’importance économique, mais son emplacement est stratégique à titre de tampon entre les colonies espagnoles des Antilles et les colonnies britanniques au nord. La Floride dépend économiquement de subventions de l’Espagne pour fonctionner et politiquement d’un gouverneur répondant au sylvain royal de Mexico et au gouverneur général de Cuba.