thumb
Gabriele D'Annunzio ou d'Annunzio« d'Annunzio », comme il avait l'habitude de signer lui-même. Les deux graphies sont avérées. Cf. Guglielmo Gatti, Vita di Gabriele d’Annunzio, Florence, 1956, . , prince de Montenevoso, est un écrivain italien, né à Pescara le et mort à Gardone Riviera le .
Héros de la Première Guerre mondiale et fervent nationaliste, il soutient le fascisme à ses débuts et s'en éloigne par la suite. Principal représentant du décadentisme italien, il est notoire pour deux de ses sept romans, L'Enfant de volupté (1889) et Les Vierges aux rochers (1895).
Son art fut si déterminant pour la culture de masse qu'il influença les us et coutumes en Italie – et pas seulement – de son époque : une période qui sera plus tard définie, précisément, comme le D'Annunzioisme.
Biographie vignette|gauche|Portrait de D'Annunzio par Mario Nunes Vais.
Son père, Francesco Paolo Rapagnetta, est un riche propriétaire terrien, un temps maire de Pescara ; il fait ajouter « D'Annunzio » à son nom en 1851 à la suite de son adoption par sa tante (sœur de sa mère), qui en deuxièmes noces se marie avec Antonio D'Annunzio. À la naissance de son fils Gabriele, celui-ci est inscrit sur le registre de l'état civil sous le seul nom de « D'Annunzio ».
Un écrivain reconnu très jeune thumb|upright|Caricature de Sem.
Gabriele est élève au lycée Cicognini, à Prato, en Toscane. À l'âge de seize ans, il publie son premier recueil poétique, intitulé Primo Vere (1879) ; il est influencé par les Odi barbare de Giosuè Carducci, mais aussi par le poète Lorenzo Stecchetti, alors à la mode pour son ouvrage Postuma.
En 1881, il entre à l'université de Rome « La Sapienza », où il fréquente différents cercles littéraires, dont celui de la revue Cronaca Bizantina, et écrit des articles de critique littéraire pour la presse locale.
Il publie Canto Nuovo (1882), Terra Vergine (1882), L'Intermezzo di Rime (1883), Il Libro delle Vergini (1884) et la plupart des nouvelles, ensuite recueillies sous le titre San Pantaleone (1886). La critique littéraire voit très vite en lui un enfant prodige.
Son premier roman, Il piacere (Le Plaisir traduit en français sous le titre de L'Enfant de volupté), paru en 1889, est suivi en 1891 par L'innocente (traduit en français par Georges HérelleGeorges Hérelle fut le premier traducteur français de D'annunzio. Entre 1891 et 1913, les deux hommes entretinrent une riche correspondance. Les lettres de D'Annunzio nous renseignent à la fois sur l'homme et sur l'écrivain. Voir Gabriele D'Annunzio à Georges Hérelle. Correspondance, accompagnée de douze Sonnets cisalpins, Introduction, traduction et notes de Guy Tosi, Paris, Denoël, 1946. sous le titre L'Intrus, puis L'Innocent), suivi par Triomphe de la mort en 1894. Ces trois romans font partie d'une trilogie et entrainent une forte impression sur le public. L'innocente est encensé par les critiques littéraires étrangers.
En 1882, il publie un recueil de poèmes intitulé qui est une réponse aux Élégies romaines de Goethe, une œuvre qui raconte le voyage de l'auteur allemand en Italie (1786 - 1788). Elles sont traduites en latin par le médiéviste Annibale Tenneroni, son ami de quarante ans que d’Annunzio appelait son « frère candide »Al "candido fratello"...carteggio Gabriele D'Annunzio-Annibale Tenneroni (1895-1928) 1 vol. (639 p.).Édition : Lanciano : R. Carabba , impr. 2007. Éditeur scientifique : Mirko Menna.
Il épouse en 1883 Maria Hardouin di Gallese (1864-1954) qui lui donne trois fils. Antonio de La Gandara fit d'elle un portrait remarquable, image fidèle de la beauté du modèle. D'Annunzio et Maria Hardouin divorcent en 1891. D'Annunzio commence trois ans plus tard une liaison tumultueuse avec l'actrice Eleonora Duse, qu'il fait jouer dans ses pièces, notamment La Città morta (La Ville morte, 1898) et Francesca da Rimini (1901) ; ils rompent en 1910. En 1897, D'Annunzio est élu à la Chambre des députés pour un mandat de trois ans. Il y siège parmi les indépendants.
Au tournant du siècle, il publie des poèmes dont l'importance sera déterminante pour la nouvelle poésie italienne du (en particulier : Alcyone, dont J.-Ch. Vegliante a procuré quelques traductions en français).
Le , il inaugure avec Ettore Ferrari, grand maître de la franc-maçonnerie italienne du Grand Orient d'Italie, l'Université populaire de Milan, où il donnera par la suite plusieurs conférences culturelles. L'amitié avec Ferrari l'a rapproché de la franc-maçonnerie, où il a atteint le du Rite écossais ancien et accepté. À partir de 1920 D'Annunzio figure comme membre de la loge Italia- ottobre, de la Grande Loge d'Italie, appelée de qui, en 1908, avait fait scission du Grand Orient d'Italie Gran Loggia d'Italia..
En , lors d'un voyage en Italie, Victor Goloubew et sa femme Natalia Cross sont présentés à Gabriele D'Annunzio. Le , cette dernière s'offre à D'Annunzio, qui accepte, mais n'apprécie pas son don pathétique ainsi qu'il le conte dans son journal intime qui deviendra « Solus ad Solam ». Elle quittera pourtant son mari fin 1908, à la demande du poète, finalement conquis, pour une liaison qui durera jusqu’en 1916.
D'Annunzio, dans la nuit du au , achève les cinq actes de sa Fedra (Phèdre), composée pour Natalia. Elle en commence immédiatement la traduction.
En , il fuit en France, à ArcachonDepuis 1968, cette ville française est d'ailleurs jumelée — en souvenir de ce séjour — avec deux villes d'Italie, Pescara et Gardone Riviera, lieux de naissance et de décès de D'Annunzio., pour échapper à ses créanciers. Il y collabore avec Claude Debussy et Léon Bakst pour Le Martyre de saint Sébastien (1911), écrit pour Ida Rubinstein et chorégraphié par Michel FokineVoir Carlo Santoli, Le Théâtre français de Gabriele D'Annunzio et l'art décoratif de Léon Bakst, Paris, PUPS, 2009.. L'œuvre s'attire les foudres de l'archevêque de Paris, Léon Adolphe Amette, qui menaça d'excommunication tout catholique qui assisterait au spectacle.
Nonobstant l'ire de l'archevêque, en reconnaissance de sa francophilie, le gouvernement français honore les dettes de D’Annunzio.
D'Annunzio écrit en le roman Leda senza Cigno, dont l’héroïne est à nouveau inspirée de Natalia Cross.
Le , il est à Chantilly, grisé par un goût de sang et de mort à l'idée de la campagne prochaine. Il ne songe pas une minute à quitter la France menacée mais, en nationaliste exalté, rêve surtout à la gloire de sa patrie.
D'Annunzio publie quatre sonnets d'amour pour la France dans Le Figaro en 1915, reprenant dans l'un d'eux un vers de Victor Hugo : « France, France, sans toi le monde serait seul ». Il rejoint l'Italie début et arrache par ses éclatants discours historiques l’entrée en guerre de son pays.
D'Annunzio entretient des relations nombreuses avec le monde intellectuel et mondain français. Il est ainsi l'ami de la comtesse Martine de Béhague qui le reçoit dans son palais de la rue Saint-Dominique et sa propriété La Polynésie à Hyères.
Un engagement politique vignette|Portrait de D'Annunzio. Peu après le déclenchement de la Première Guerre mondiale, il retourne en Italie, et fait de nombreux discours publics en faveur de l'entrée en guerre de l'Italie dans le camp allié. D'Annunzio s'engage volontairement dans l'aviation, et perd l'usage d'un œil dans un accident de vol.
En , il prend part à un raid sur le port austro-hongrois de Bakar (aujourd'hui en Croatie) pour rehausser le moral des Italiens, au plus bas après le désastre de Caporetto.
À bord d'une MAS (acronyme de Motoscafo Armato Silurante, vedette lance-torpilles ultra rapide produite par le chantier vénitien de la Società Veneziana Automobili Navali — la SVAN), commandée par Costanzo Ciano, il pénètre, de nuit, dans le port militaire austro-hongrois de Bakar (Buccari en italien). Les torpilles, mal réglées, explosent dans le quai sans causer de dégâts militairement significatifs, mais le génie propagandiste de D'Annunzio sait exploiter médiatiquement cette incursion audacieuse, qu'il baptise La beffa di Buccari (Le camouflet de Bakar). thumb|250 px|Gabriele d'Annunzio, L'armata d'Italia, Carabba, 1916, frontispice et page de titre. D'Annunzio conserve la MAS 96 qui servit au raid et l'utilise comme yacht personnel (avec tout l'équipement militaire resté à bord, torpilles comprises) sur le lac de Garde ; elle est exposée dans sa maison-musée du Vittoriale degli italiani.
vignette|Gabriele D'Annunzio sur le siège avant d'un Ansaldo SVA-9 avant le vol.
Le , à la tête de la de chasse, il effectue un vol de plus de mille kilomètres avec son compagnon de vol Aldo Finzi pour larguer au-dessus de Vienne des tracts bilingues rédigés par l'écrivain Ugo Ojetti incitant les Autrichiens à demander l'armistice. :
, l'état-major italien avait approuvé et planifié le vol, mais rejeté le texte du tract écrit par D'Annunzio, un long poème jugé trop complexe et intraduisible en allemand ; finalement, seul l'avion de D'Annunzio emporta et largua quelques milliers d'exemplaires de ce texte.
L'Entreprise de Fiume (1919-1921)
La Première Guerre mondiale renforce les idées nationalistes et irrédentistes de Gabriele D'Annunzio, et il fait ouvertement campagne pour que l'Italie devienne une puissance européenne de premier plan. Aventurier, il s'empare notamment de la ville de Rijeka (Fiume en italien) qu'il offre à l'État italien.
Il occupe la ville à partir du . Vexé du refus de Rome, il y fonde la Régence italienne du Carnaro en 1920 avec son camarade syndicaliste révolutionnaire Alceste De Ambris. Enzo et Laurent Berrafato, Jean-Pierre Verney, L'Italie en guerre, 1915-1918, éd. Soteca 14-18, 2006, ..
Il y fonde la Ligue de Fiume qui se voulait l'avant-garde d'une « croisade de tous les hommes pauvres et libres contre les nations usurpatrices et accumulatrices de toutes les richesses ». Dans le même temps, il tient un discours avec des accents antioccidentaux (au sens géopolitique, D'Annunzio était opposé aux anglo-saxons qui étaient les "leaders" au sein des démocraties occidentales) appelant à , condamnant durement l'Occident avec les mots suivants :
Aux neuf corporations originelles, il en ajouta une dixième, constituée par les « uomini novissimi ». Les articles 503 et 504 décrivent la figure d'un « Commandeur » (D'Annunzio lui-même), élu au suffrage universel, sorte de dictateur romain , actif en temps de guerre, qui détient « le pouvoir suprême sans appel » et « se compose de tous les pouvoirs politiques et militaires, législatifs et exécutifs. Les participants au pouvoir exécutif assument les fonctions de secrétaires et de commissaires sous son autorité. »
À partir de 1919, il soutint Benito Mussolini. Il mena une expédition nationaliste qui s'empara de la ville portuaire croate de Rijeka le . Les Italiens, comme les Hongrois, baptisèrent ce port Fiume. S'étant donné le titre de « commandante » (qui renvoie à la position de « commandant » des commandos partisans boers ), Gabriele d'Annunzio devint le dictateur de facto de la République de Fiume (jusqu'en ). L'objectif du commandant d'Annunzio était de transformer la multinationale Rijeka en « Terra orientale già Italiana » (« Les terres orientales sont déjà italiennes »). Pendant l'occupation de Rijeka, de nombreux éléments du style politique qui seront plus tard adopté par l'Italie fasciste furent mis à l'épreuve : défilés de masse en chemises noires, chants de guerre, salut romain antique de la main levée et dialogues émotionnels de la foule avec le chef.