Victor Schœlcher (Prononciation en français de France standard retranscrite phonémiquement selon la norme API.) est un journaliste et homme politique français, né à Paris le et mort à Houilles le .. Il est connu pour avoir agi en faveur de l'abolition définitive de l'esclavage en France, via le décret d'abolition, signé par le gouvernement provisoire de la Deuxième République. le . Il est également élu député de la Martinique puis de la Guadeloupe.
Biographie Enfance Victor Schœlcher naît le à Paris ( ancien, aujourd'hui ) au 60 rue du Faubourg-Saint-DenisExtrait du registre d'état civil du de Paris (an XII) : L'original de l'acte a disparu lors de la destruction des archives de Paris pendant les incendies de 1871, mais une copie en avait été faite et elle est citée par ., dans une famille catholique bourgeoise. Il passe sa jeunesse dans ce quartier ..
Son père, Marc Schœlcher (1766-1832), est originaire de Fessenheim (Haut-Rhin, Alsace). Sa mère, Victoire Jacob (1767-1839), originaire de Meaux (Seine-et-Marne), est marchande lingère à Paris au moment de son mariage.. Ils sont propriétaires d'une manufacture de porcelaine de luxe. Ses grands-parents paternels sont Jean-Baptiste Schelcher (1736-1822) et Jeanne Hoffmann (1738-1800) ; ses grands-parents maternels, Jean-René Jacob (1730) et Margerite Aublets (1740), son frère est Marc-Antoine Schœlcher (1766-1832).
Victor Schœlcher est baptisé à l'église Saint-Laurent de Paris le Registre des baptêmes de la paroisse Saint-Laurent de Paris, années 1802-1806, cité par Anne Girollet dans Victor Schœlcher, abolitionniste et républicain, Paris, Éditions Karthala, 2000, page 24., mais il s'affirme comme athée sans le dissimuler.
Engagements et franc-maçonnerie
Il fait de courtes études au lycée Condorcet, côtoyant les milieux littéraires et établissant des liens artistiques. Dès cette période, il a un engagement républicain et devient membre de la société secrète La Compagnie franche des Écoles.
En 1822, à seulement dix-huit ans, il rejoint la franc-maçonnerie et est initié à la loge parisienne « Les Amis de la Vérité » , affiliée au Grand Orient de France, laquelle est alors un atelier très fortement politisé voire ouvertement révolutionnaire, contrairement à la plupart des loges sous la Restauration.. Il fréquente également la société secrète Aide-toi, le ciel t’aidera et rejoindra par la suite la Société des Droits de l’homme. Lors des Trois Glorieuses de juillet 1830, Les Amis de la Vérité organisent un grand défilé maçonnique hostile au roi. Le 31 juillet, ils publient une Adresse mettant en garde la Chambre des députés contre l’établissement d’une nouvelle dynastie sans le consentement de la Nation. Si l'implication personnelle de Schoelcher n'est pas attestée, son antimonarchisme est avéré car il refuse d’entrer dans la vie politique en raison de l’obligation de prêter serment au roi, puis il exprime ces convictions dans plusieurs journaux républicains. C'est probablement au sein de cette loge qu'il rencontre Ernest Legouvé, qui sera son plus fidèle ami .
S'il a des relations durables avec plusieurs maçons comme la famille Arago (François, Étienne puis Emmanuel) et Laurent-Antoine Pagnerre, il fréquente aussi d'autres personnalités politiques comme Louis Blanc, Alexandre Ledru-Rollin, Pierre Leroux et Lamennais, ainsi que des musiciens tels Frédéric Chopin, Franz Liszt et Hector Berlioz, et des écrivains comme Eugène Sue, George Sand et Marie d'Agoult..
Probable parrainé par Pagnerre, il est affilié à la loge La Clémente Amitié avec le grade de Maître le . La loge entre en opposition avec le Grand Orient au sujet d'un projet de révision des statuts généraux de l'obédience, ce qui entraîne en novembre la radiation de dix-sept membres, dont Schoelcher, qui avaient soutenu le vénérable Bègue-Clavel, et la suspension temporaire de ses activités.
Vers l'engagement abolitionniste vignette|Portrait de Victor Schœlcher par Henri de Caisne.
Associé à la manufacture de son père, Victor Schoelcher découvre horreurs de l’esclavage à l'occasion d'une tournée de prospection commerciale organisée en 1828 et 1829 Mexique, les États-Unis et surtout Cuba
Revenu en France, il devient journaliste et critique artistique, publie des articles et des ouvrages et multiplie ses déplacements d'information. Il revend rapidement la manufacture dont il hérite de son père en 1832 pour se consacrer à son métier de journaliste et ses activités philanthropiques.
L'action abolitionniste Le discours abolitionniste de Schœlcher évolue au cours de sa vie. En 1830, dans un article de la Revue de Paris, « Des Noirs »., après avoir fait une description terrible de la situation des esclaves, et montré comment l'esclavage transforme ces hommes en brutes, il se prononce contre l'abolition immédiate, car pour lui, ..
En 1833, il publie un premier ouvrage : De l'esclavage des Noirs et de la législation coloniale.. Ce livre est un réquisitoire contre l'esclavage et pour son abolition, mais il renvoie celle-ci à un « futur incident révolutionnaire que j'appelle du reste de mes vœux », car, écrit-il « Les révolutions se font pour rétablir dans l'ordre social l'équilibre que les envahissements de la richesse tendent toujours à détruire ». Il estime, dans la préface de l'ouvrage, que la Révolution de 1830 a ouvert une période longue dans laquelle les libertés ouvrières sont confisquées, bien que les ouvriers en aient été le moteur. Toutefois, tous les éléments de son combat sont en place, et ses idées sont claires, car il considère que « l'homme noir n'est pas moins digne de la liberté que l'homme blanc » (Chapitre X) ; « l'esclavage des nègres est une injure à la dignité humaine, parce que l'intelligence de l'homme noir est parfaitement égale à celle de l'homme blanc » (Chapitre XI). Mais il ne propose en conclusion de son ouvrage qu'un texte de loi visant à humaniser autant que faire se peut l'esclavage, et non à l'abolir immédiatement, car à cette époque il pense que dans le cadre du régime issu de la révolution de 1830, il ne sera pas possible d'aller plus loin. Cette loi encadrerait l'esclavage dans des limites, donnerait des droits aux esclaves, limiterait donc les droits des maîtres, mais tolérerait malgré tout le maintien de la peine du fouet, « toute révoltante qu'elle soit », sans laquelle « les maîtres ne pourraient plus faire travailler dans les plantations ». Il est complètement lucide sur la portée de sa proposition, et surtout sur ses limites, car il confesse : « dès que vous acceptez un mode d'existence contraire à toutes les lois de la nature, il faut vous résigner à sortir des bornes de l'humanité » ; or, pour lui, l'esclavage sort des bornes de l'humanité.
vignette|Ouvrage Des colonies françaises : abolition immédiate de l'esclavage, 1 vol., 1842 (Cliquer pour feuilleter)
De à , il retourne aux Antilles. et visite plusieurs habitations, parmi lesquelles celle de Trou-Vaillant (Saint-James), dont le domaine et les esclaves appartiennent à l’État. Cette situation le révolte, comme on peut le lire dans Des colonies françaises. Abolition immédiate de l'esclavage, ouvrage qu'il publie en 1842 :
Après ce séjour aux Antilles, il se prononce pour une abolition immédiate et complète, et se consacre désormais entièrement à cette cause.
Ses voyages en Grèce, en Égypte et au Sénégal le confortèrent dans cette conviction. En 1845, à l'occasion du débat parlementaire sur des lois d’humanisation de l’esclavage, il publie des articles nombreux dans des journaux et revues comme Le Courrier Français, le Siècle, Le Journal des Économistes, L’Atelier, L'Abolitioniste français, La Revue Indépendante et surtout la Réforme.
En 1847, il regroupe ces articles dans un ouvrage intitulé Histoire de l’esclavage pendant ces deux dernières années.. Après avoir écrit que « tout le monde est d’accord sur la sainteté du principe de l'abolition », et « que le sort des esclaves n'a pas cessé d'être horrible, atroce, dégradant, infâme, malgré les lois, les ordonnances, les règlements faits pour l'alléger », il conclut le préambule de son ouvrage par : « Le seul, l'unique remède aux maux incalculables de la servitude c'est la liberté. Il est impossible d'introduire l'humanité dans l'esclavage. Il n'existe qu'un moyen d'améliorer réellement le sort des nègres, c'est de prononcer l'émancipation complète et immédiate ».
En 1848, Victor Schœlcher est nommé sous-secrétaire d'État à la Marine et aux colonies dans le gouvernement provisoire de 1848 par le ministre François Arago. Nommé également président de la commission d'abolition de l'esclavage, il est l'initiateur du décret du 27 avril 1848, signé à l'Hôtel de la Marine, qui abolit définitivement l'esclavage en France. L'esclavage avait déjà été aboli en France, pendant la Révolution française le 16 pluviôse an II, puis rétabli par Napoléon par la loi du 20 mai 1802.
Après l'abolition vignette|Victor Schœlcher, député de la Martinique. Lithographie de Marin-Lavigne de la série Galerie des représentants du peuple (1848). Sa notoriété le conduit à être élu député, à la fois par la Martinique (le , et dernier par sur ) et par la Guadeloupe (le , sur 3, par sur votants). Il opte pour la Martinique.
En Martinique en 1849, une alliance est conclue entre Cyrille Bissette et le béké François Pécoul en vue des élections législatives de juin. Les résultats consacrent l'écrasante victoire du tandem Bissette-Pécoul qui obtiennent respectivement et . Victor Schœlcher est battu et ne recueille que . Il fut élu en , comme représentant de la Guadeloupe à l'Assemblée législative.
D' à , il siège à gauche, en tant que vice-président du groupe de la Montagne. Il intervient en faveur des noirs, demande l'élection des officiers de l'armée jusqu'au grade de capitaine, dépose un amendement demandant que les compagnies de chemins de fer équipent les de wagons fermés, réclame l'abolition de la peine de mort.. Il vote pour le droit au travail, pour l'ensemble de la Constitution, contre l'expédition de Rome, etc.
Lors du coup d'État du 2 décembre 1851, il est un des députés présents aux côtés d'Alphonse Baudin sur la barricade où celui-ci sera tué. Républicain, il est proscrit durant le Second Empire par le coup d'État de Louis Napoléon Bonaparte. Il s'exile en Angleterre et y devient un spécialiste de l'œuvre du compositeur de musique sacrée Georg Friedrich Haendel, rassemble une collection très importante de ses manuscrits et partitionsCollection conservée au département Musique de la Bibliothèque nationale de France. et rédige une de ses premières biographies, mais celle-ci n'est éditée que dans sa traduction anglaise. En 1870, il revient en France à la suite de la défaite de Sedan. Il est alors nommé colonel d'état-major de la garde nationale et obtient le commandement de la légion d'artillerieNotice Victor Schœlcher sur le site cosmovisions.com..
Après l'abdication de Napoléon III, il est réélu député de la Martinique à l'Assemblée nationale de à . En , en pleine crise communaliste, il publie un appel pour que l'assemblée de Versailles choisisse la conciliation plutôt que l'affrontement avec la Commune : vignette|Victor Schœlcher caricaturé par André Gill, 1879
Le , il est élu sénateur inamovible par l'Assemblée nationale.