D'une façon générale, sous l'Ancien Régime, l'agrégation signifie l'admission d'une personne ou d'une famille dans un corps constitué« Agrégation : Association de quelqu'un à un corps, à une compagnie, pour jouir des mêmes droits et des mêmes honneurs que ceux qui en sont. (Lettres d'agrégation. On s'est opposé à son agrégation.) », Dictionnaire de l'Académie française, V° Agrégation, , 1768. Ce sens du mot agrégé ne s'est conservé que pour les corps de professeurs de l'université, « Agréger : Association dans un corps, dans une compagnie. (La faculté de droit l'a agrégé. La faculté de médecine a voulu l'agréger à son corps) », Dictionnaire de l'Académie française, V° Agréger, , 1768.. L'agrégation à la noblesse consiste, pour une famille, à entrer progressivement dans le corps de la Noblesse d'une province ou d'un État.
Dans les Républiques aristocratiques d'Italie, qui sont des sociétés claniques, on trouve des familles dont la noblesse est dite d'agrégation, par agrégation à une autre famille. Elle consistait pour une famille à se faire adopter par une famille noble, par exemple à Naples à partir de 1300. Nicolas Viton de Saint-Allais, V° "Noblesse d'agrégation", in Dictionnaire encyclopédique de la noblesse de France, Paris, 1816. L'auteur précise que les cités-États d'Italie sont gouvernées par plusieurs grandes familles patriciennes et claniques auxquelles les autres familles doivent s'agréger pour en faire partie. À Mantoue, la famille de Gonzagues a agrégé plusieurs familles qui ont pris son nom et ses armes, selon la coutumes ordinaire du lieu. À Gènes, on a commencé à y agréger des familles en 1528 ; il y avait en 1800 vingt-huit anciennes maisons, et quatre cent trente-deux d'agrégation. À Florence, la Noblesse d'agrégation on a commencé à partir de l'extinction de la République : pour être agrégé, on changeait de nom de famille et on prenait le nom et les armes de celui qui vous adoptait. Le droit positif français de l'Ancien Régime n'ayant jamais admis le principe d'adoption, pourtant courant dans le droit romain, il n'a jamais existé en France ce type de noblesse d'agrégation.
L'expression agrégation à la noblesse, qui est utilisée par des historiens contemporains comme Gustave Chaix d'Est-Ange, Philippe du Puy de Clinchamps, Benoît Defauconpret, Régis Valette, François Bluche, ... vise à décrire pour la France d'Ancien Régime un processus sociologique par lequel certaines familles non nobles s'intègrent progressivement au groupe social nobiliaire sans qu'il y ait eu d'acte d'anoblissement. Alain Texier dans son ouvrage Qu'est-ce que la noblesse ? écrit : « Noblesse d'agrégation. Il s'agit de familles qui par leurs fonctions, leur valeur, leur mode de vie, ont réussi à s'intégrer au Second Ordre sans l'intervention du Souverain (...) »Alain Texier, Qu'est-ce que la noblesse ?, page 533..
Modes d'agrégation à la noblesse Dans le royaume de France, il existait différents moyens de s'agréger à la Noblesse.
L'hommage durant trois générations L'hommage étant l'essence de la condition noble, trois hommages correspondent à trois générations ou à un siècle de possession de l'état noble.
Dès le haut Moyen Âge, des familles riches achètent un ou plusieurs fiefs nobles. En principe, seul un noble peut assurer le service noble, en particulier pour la guerre et le plaids, et rendre hommage pour une terre ; de ce fait, l'achat par un roturier d'un domaine noble ne porte que sur le domaine utile, le domaine éminent se trouvant automatiquement repris par le seigneur suzerain, avec paiement d'un droit de franc-fief compensant le service noble qui n'est plus rendu. Toutefois quand un roturier devenait possesseur d'une terre noble il devait payer une taxe (droit de franc-fief) et servir le roi dans l'arrière-ban (ou payer une autre taxe en cas de défaut)Roland Mousnier, Les institutions de la France sous la monarchie absolue. 1598-1789, page 375, Quadrige manuels, PUF, 2005.. L'hommage est alors remplacé par une simple reconnaissance. Il était toutefois possible au suzerain de considérer le nouvel acquéreur comme noble, d'en faire son homme, et de recevoir l'hommage, ce qui revient à anoblir. Ce mode d’acquisition de la noblesse est réputé avoir pris fin lorsque les comtes et les ducs cessèrent de pouvoir armer chevalier et anoblir. C'est ainsi que, en 1579, l'Ordonnance de Blois précise que « les roturiers et non nobles, achetant fiefs nobles, ne seront pour ce anoblis, ni mis au rang et degrés des nobles, de quelque revenu et valeur que soient les fiefs par eux acquis ». Alain Texier remarque, dans un ouvrage publié en 1988 chez Tallandier, « après cette date, et dans certaines hypothèses limitatives, l'acquisition d'un fief par un roturier pouvait quand même l'anoblir »Alain Texier, Qu’est-ce que la noblesse ?, 1988, .
De son côté, Charles Loyseau est formel, il écrit en 1610 dans son Traité des ordres et simples dignitez : « Mais tant s’en faut que l’investiture de telles seigneuries données par autre que le roi à un roturier, le mette au rang de la haute noblesse, que même elle ne l’ennoblit pas, pour ce que c’est une règle infaillible qu’autre que le roi ne peut conférer la noblesse, voire quand un roturier aurait été investi d’une grande ou médiocre seigneurie relevant du roi par ses officiers des lieux ou même par la chambre des comptes, il n’est pourtant ennobli, pour ce que l’ennoblissement est un droit royal et un cas de souveraineté qui est inséparable de la personne du roi »Charles Loyseau, Traité des ordres et simples dignitez, 1610, article 62.… « Mêmement on doute fort comment il se peut faire qu’une terre & seigneurie puisse ennoblir un homme, vu que ce serait plutôt l’homme qui devrait ennoblir la terre appartenant à l’homme »Charles Loyseau, Traité des ordres et simples dignitez, 1610, article 63.… « Mais en France nous aurons toujours gardé que le roi seul ennoblit par trois façon : savoir est ou par lettres expresses d’ennoblissement ou par la collatin’est pas le fief de Dignité qui ennoblit mais le roi par sa souveraine puissance qu’il exerce en baillant les lettres de noblesse ou la provision de l’office ou l’investiture du fief »Charles Loyseau, Traité des ordres et simples dignitez, 1610, article 65… « Ce donc qu’en France certains fiefs sont appelés nobles…c’est-à-dire que ce n’est pas pour qu’ils ayent pouvoir d’ennoblir leur possesseur, mais plutôt qu’à cause de leur propre dignités ils sont affectés aux personnes déjà nobles et ne peuvent être tenus par gens roturiers Comme à la vérité ce serait chose répugnante qu’un roturier fut seigneur d’un fief de Dignité qui importe chevalerie et haute noblesse. De sorte qu’un roturier ayant été investi par autre que le roi-même peut être poursuivi soit par le procureur du roi ou par sons seigneur de fief. »Charles Loyseau, Traité des ordres et simples dignitez, 1610, article 66.… « Toutefois en conséquence de cette répugnance, que le possesseur d’un fief de Dignité soit roturier, il y a quelque apparence de tenir que ceux qui possèdent ces fiefs (de Dignité) sont présumés nobles & qu’à ce regard ils sont en possession de la haute noblesse. Et partant que si le père et l’aïeul les ont possédez consécutivement, la noblesse désormais est comme prescrite pour leurs descendants, en conséquence du règlement des tailles de l’an 1600 »Charles Loyseau, Traité des ordres et simples dignitez, 1610, article 67..
Au Moyen Âge, l'inféodation été l'origine de la plupart des lignages nobles, elle consistait pour un prince à donner à un homme un emploi et un revenu noble, elle était anoblissante. Par la suite, posséder noblement un fief noble, c'est-à-dire en rendre hommage dans les formes, soit pendant un siècle, soit trois générations de suite (la tierce-foi) était une preuve suffisante pour établir la noblesse d'un lignage, mais pas le fait de posséder un fief et d'en faire une simple reconnaissance ou dénombrement.
Pendant le Moyen Âge, les titulaires des grands fiefs directs, tels que les duchés de Bourgogne, de Normandie ou le comté de Provence, renouvelaient et complétaient leur noblesse en lui agrégeant des roturiers, soit en les armant chevaliers, soit en leur inféodant des terres contre hommage et service noble.
La possession d'état centenaire Ceux qui, à défaut de titre, prouvaient d'une possession centenaire publique, paisible, sans contestation ni procès de l'état noble, pouvaient obtenir une confirmation légale de noblesse et étaient alors réputés être nobles d'extraction, c'est-à-dire l'avoir toujours été. Cet état noble consistait dans l'hommage, le partage noble des successions, la garde noble, l'exonération de tailles, la mention de la qualité de noble dans les actes d'état civil, les charges et emplois nobles (justices, pages…), l'absence de profession dérogeante (arts mécaniques, commerce, négoce, agriculture au-delà de la réserve…). L’arrêt d’ pourrait mettre fin à ce mode de preuve pour les commencements de noblesse postérieurs à 1715. L’arrêt de 1773, à ce sujet, rappelle en effet que les anoblis d’après 1715 « ne puissent à l’avenir être admis à faire aucune preuve de noblesse pour être reçus dans aucun ordre, corps, chapitres ou charges pour lesquels la noblesse est requise, qu’en justifiant la quittance du droit de confirmation… et ce nonobstant toutes qualifications de nobles ou d’écuyers, ou autres qualifications de noblesse qui pourraient avoir été prises par leurs auteurs, à moins qu’ils ne justifient un titre confirmatif de noblesse antérieur au ».
La commensalité La commensalité est l'acte de partager la table de quelqu'un, en l'occurrence ici du roi. Par extension, à l'époque moderne, on appelle aussi commensaux les titulaires des offices de la maison civile du roi, bien qu'ils ne soient pas réputés anoblissants. François Bluche signale qu'il pouvait également permettre une acquisition de la noblesse dans certains cas : « Il est sûr, en effet, que, par le biais de la commensalité, un certain nombre de familles ont cherché et parfois réussi à se glisser dans les rangs de la noblesse héréditaire »François Bluche et Pierre Durye, L'anoblissement par charges avant 1789, .. « On voit assez que ces officiers [de la Maison civile du roi], pourvus du titre d'écuyer et de l'exemption du droit de francs-fiefs, ont pu se glisser parfois, et sans difficultés insurmontables, dans le corps de la noblesse. »
Le roi se réserve le droit d'anoblir par acte souverain
Les voies d'agrégation à la noblesse sont successivement proscrites par l'Édit de Blois (art. 256) (1579), qui supprime la noblesse acquise par les fiefs, et par l'Édit de Fleury (1600), qui supprime celle acquise par les armesPierre Biston, De la fausse noblesse en France, éd. A. Aubry, 1861, , le roi se réservant le droit exclusif d'anoblir par des lettres patentes, et de confirmer noble par des lettres de relief ou de confirmation.
La recherche des usurpateurs du titre de noblesse aux Le roi Louis XIV lance les grandes enquêtes sur la noblesse afin de contraindre chaque personne faisant porter des qualifications nobiliaires sur des actes officiels (typiquement notariés) ou portant des signes de noblesse, à faire les preuves du principe de sa noblesse typiquement au moyen d'actes de filiation authentiques.