Saint RemiL'usage à Reims veut que l'on prononce Remi (voire R'mi ; Remi s'écrit en effet sans accent). (vers 437 - ), né dans ce qui n'était pas encore le diocèse de Laon, est le évêque de Reims où il siégea pendant soixante-quatorze ans, si l'on croit l'inscription que fit porter sur son tombeau l'archevêque Hincmar de Reims en 852. Celui qui sera honoré du titre d'apôtre des Francs par ce même HincmarJean Devisse (professeur émérite d'histoire du Moyen Âge à l'université Paris-I), Hincmar, archevêque de Reims (845-882), tome 2, 1006., baptisa le roi Clovis I, le d'une année comprise entre 496 et 506, avec guerriers francs de son entourageLaurent Theis, Clovis : de l'histoire au mythe, Complexe, 1996, .. Il a sans doute contribué à organiser sa province ecclésiastique, sans pouvoir affirmer qu'il soit le fondateur des sièges épiscopaux de Thérouanne, d'Arras, encore moins de Laon.

Saint Remi est l'un des patrons de l'archidiocèse de Reims.. Il est célébré le en France, et le au Martyrologe romain. Dans le diocèse de Reims, il est fêté le conformément à une tradition locale remontant à la fin du Voir saint Remi de Reims sur Nominis. Saint Remigius sur View of Saints..

Biographie

Famille

Remi porte un nom de baptême d'origine latine : il signe tantôt Remigius (rameur), tantôt Remedius (remède). L'orthographe Remi (sans accent et avec un « i ») est attestée en 1794 par Hourelle, Povillon, Bertin (curé de Saint-Remi)Prosper Tarbé, Trésors des églises de Reims, Assy imp., Reims, 1843, pp. 313-314..

Il est né, selon la tradition, à Cerny-en-Laonnois, près de Laon, dans la bonne société gallo-romaineComme l'attestent ses biens répertoriés dans son testament.. Il est dit fils du "comte" de Laon, Emilius, et de sainte Céline.

D'après la Vita Remigii rédigée par Hincmar avant 882, sa naissance avait été annoncée à sa mère par saint Montan (Montanus), qui donna son nom au village de Saint-Montan en Vivarais où il se retira. Cet ermite aveugle revint peu après la naissance de Remi et recouvra la vue grâce au lait maternel de Céline.

vignette|180px|Saint Remi et Clovis I, Jacques de Voragine, Légende dorée, .

Début de carrière ecclésiastique

Remi fit sans doute des études, selon l'usage de son milieu social, à Reims, puis fut élu évêque de Reims à seulement vingt-deux ans, sans être encore entré dans les ordres. Le frère de Remi, saint Principe (Principius), était déjà évêque de Soissons. Il correspondit, comme Remi, avec saint Sidoine Apollinaire (livre IX, 8), dont les lettres donnent une idée du style littéraire gallo-romain, élégant et très cultivé que les trois hommes avaient en commun.

Baptême de Clovis vignette|En 2009, une dalle est installée au niveau de la cinquième travée de la nef de la cathédrale Notre-Dame de Reims (Marne, France), rappelant qu'une « installation baptismale » (appelée dans les médias « baptistère de Clovis »)L'inscription sur la dalle (« Ici, Saint-Remi, baptisa Clovis, roi des Francs ») installée non loin de la chaire, incite à ce raccourci., datée grâce à des tessons de la première moitié du , a été mise au jour lors de fouilles archéologiques en 1995Ces fouilles ont exhumé la piscine baptismale à quatre mètres de profondeur, au milieu du système de chauffage de l'édifice. Cf. Sylvie Balcon, Walter Berry, Robert Neiss, « Fouilles de la cathédrale », ville de Reims, 1995, 18 p... L'histoire du vase de Soissons, sans doute l'un des vases sacrés de l'Église de Reims qui avaient été volés puis rendus à Remi, témoigne des relations respectueuses qui existaient entre Remi et Clovis I, roi des Francs.

Remi prit acte de la conversion de ce dernier au catholicisme et, avec l'aide de Vaast d'ArrasCité dans la Légende de saint Vaast, ce dernier n'est pas cité par Grégoire de Tours. et sous l'influence de la seconde épouse du roi, la princesse burgonde Clotilde, fille du roi Burgonde Chilpéric II, il lui conféra le baptême à Noël d'une date comprise entre 496 et 506.

Le baptême de Clovis est l'un des événements-clefs de l'histoire du christianisme en Gaule puis en France et à partir d'Henri I en 1027, tous les rois de France sont sacrés à Reims sauf Louis VI le Gros à Orléans, Henri IV à Chartres et Louis XVIII qui n'a pas été sacré. Saint Grégoire de Tours, au , dans son Histoire des Francs relate ainsi l'événement :

vignette|200px|left|Saint Remi baptise Clovis le jour de Noël, vitrail de l'église Saint-Bonaventure, à Lyon. Après son baptême, Clovis cède sa place à ses sœurs Alboflède, dite la païenne et à Lantechilde, adepte de l'arianisme, puis c'est le tour des fidèles soldats.

Selon les Dix livres d'histoire de l'évêque Grégoire de Tours, furent baptisés avec lui ainsi que ses deux sœurs, Alboflède et Lantechilde (Livre II, ch. 31).

Le chroniqueur italien du , Jacques de Voragine, raconte que, selon Hincmar, archevêque de Reims (vers 802-882), comme il n'y avait pas de saint chrême pour oindre le front de Clovis, le Saint-Esprit lui-même, sous la forme d'une colombe, en aurait apporté dans une fiole : la Sainte Ampoule. Elle sert par la suite à l'onction des rois de France durant leurs sacres.

Clovis I accorda à Remi des terres, où ce dernier fit bâtir et consacra un grand nombre d'églises.

Prestige

Remi n'a assisté à aucun des conciles ecclésiastiques gaulois, se faisant à peine représenter peut-être à celui d'Orléans (511). Hincmar comble cette lacune en inventant un synode que Remi aurait organisé à Reims : l'évêque y aurait réduit au silence un évêque qui penchait pour l'arianisme. La réalité semble bien différente : Remi ne jouissait pas de son prestige certain auprès de tous ses confrères.

L'une de ses lettresSeules quatre lettres et des inscriptions métriques de Remi de Reims subsistent., à propos d'un certain Claudius, un prêtre qu'il avait consacré, lui valut les réprimandes de ses confrères évêques, qui jugeaient que Claudius ayant fait des dettes méritait d'être dégradé. La réponse de Remi plaide en faveur de la miséricorde et exprime sa vive admiration pour l'œuvre de restauration chrétienne accomplie par ClovisWladimir Guettée, Histoire de l'Église de France, tome 2, Jules Renouard, 1856, pp. 88, 89, 90..

Postérité vignette|175px|Tombeau de saint Remi dans le chœur de la basilique Saint-Remi de Reims.

Tombeau Remi a été inhumé dans la petite église Saint-Christophe, devenue la basilique Saint-Remi. En 852, Hincmar procéda à l'élévation des reliques, dont une partie minime fut déplacée à Sainte-Marie de Reims ; cette cérémonie correspondait à sa canonisation. La châsse fut mise à l'abri des invasions normandes en 882 à Épernay, puis dans l'église de l'abbaye Saint-Pierre d'Orbais, puis solennellement rapportée en à Sainte-Marie. En 900, l'archevêque Hervé replace les reliques à Saint-Remi où elles ont été vénérées jusqu'à la Révolution française. Le corps de saint Remi était conservé intact.

Culte et dévotion thumb|Procession des reliques de Remi hors les murs de la ville. L'archidiocèse de Reims compte plus de 90 paroisses dédiées à saint Remi. De nombreux villages français portent également son nom.

Chaque année, l'allumage du lustre monumental, dont les 96 lampes rappellent ses années de vie sur terre, attire de nombreux pèlerins et touristes en l'abbaye Saint-Remi de Reims. vignette|La couronne de lumière en la basilique. Un chapitre collégial et l'ordre de Saint-Remi sont respectivement fondés en 2016 et 2017 sous son patronage afin d'œuvrer « à la fidélité de la France aux promesses de son Baptême », par l'organisation de pèlerinages, par des conférences et surtout par la célébration solennelle du culte divin, comme lors d'une messe de pèlerinage devant sa châsse, le .

Son nom se retrouve dans plusieurs communes, dont celui de la commune valdôtaine de Saint-Rhémy-en-Bosses.

Tentures de la vie de saint Remi Les tentures de la vie de saint Remi sont constituées par un ensemble de dix grandes tapisseries qui retracent les épisodes de la vie et les miracles de saint Remi, saint Apôtre des Gaules.

Elles ont été réalisées entre 1523 et 1531 et furent offertes à l'abbaye par l'archevêque de Reims, Robert de Lenoncourt. Elles avaient pour vocation d’orner la basilique et de servir d’isolant.

Représentation iconographique La plus ancienne représentation figurée du baptême de Clovis et du miracle de la sainte ampoule est sculptée sur une plaque d'ivoire qui ornait la reliure d'un manuscrit du , représentant les Miracles de saint Remi ; elle est conservée au musée de Picardie, à Amiens.

Écrits vignette|Plaque d'ivoire sculpté qui ornait la reliure d'un manuscrit du , représentant les Miracles de saint Remi (musée de Picardie, Amiens). Il nous reste peu d'écrits authentiques de Remi : Ses déclamations ont été admirées de façon savante par saint Sidoine Apollinaire dans une lettre à Remi élégamment écrite (livre IX, 7) mais elles sont perdues. Quatre lettres subsistent : une contenant sa défense au sujet de Claudius, deux écrites à Clovis I et une quatrième à l'évêque de Tongres. Le Grand testament de saint Remi. est connu par différentes versions dont certaines (les plus longues) sont probablement apocryphes car anachroniques, mais l'une a été prouvée comme étant indiscutablement authentique par l'abbé Dessailly de l'Académie de Reims. Le Petit testament, contenu dans certains manuscrits de la Vita Remigii, est authentique. Une biographie courte, la Vita brevis, antérieure à Hincmar, a été autrefois attribuée à Venance Fortunat (Venantius Fortunatus). Une lettre félicitant le pape Hormisdas de son élection en 523 est apocryphe. La lettre dans laquelle le pape Hormisdas paraît l'avoir nommé vicaire du royaume de Clovis I a été dénoncée comme un faux. On présume qu'il s'agit d'un essai de l'évêque Hincmar de Reims de fonder ses prétentions à l'élévation de Reims à la primauté.

Un commentaire des Épîtres de Paul édité par Villalpandus en 1699 n'est pas de lui, mais d'un autre Remi, évêque d'Auxerre (Encyclopædia Britannica 1911).

Notes et références Notes

Références

Voir aussi Bibliographie Alban Butler, Vie des saints, édition française originale de 1784 en 12 vol. extraits 1956, 1985, 1991. Patrick Demouy, Petite Vie de saint Remi, Paris, Desclée de Brouwer, 1997. . Jean Feray, Le tombeau de Saint-Remi et ses problèmes, Les monuments historiques de la France, 1959, .

.

Jacques de Voragine, La Légende dorée, Bibliothèque de la Pléiade, Gallimard, 2004, publication sous la direction d'Alain Boureau. Les plus grands saints. Leur vie et leur portrait. France Loisirs. Paris, 1994 (ouvrage paru sous le titre original One Hundred Saints, Little Brown and Company (Inc.), Boston, 1993). Documents sur le règne de Clovis, traduction de Nathalie Desgrugilliers, éditions Paleo, coll. encyclopédie médiévale. Contient les lettres de saint Remi, les diplômes de Clovis, les actes de conciles… . , Souvenir du centenaire du Baptême de Clovis. Vie de Saint Remi, Archevêque de Reims, Apôtre de la France…, imprimerie de l’archevêché, Reims, 1896.

Articles connexes Hagiographie La Légende dorée Baptême de Clovis Liste des saints de la Légende dorée Thierry du Mont d'Or : ce saint a vécu dans la région de Reims et a été formé par saint Remi. Tentures de la vie de saint Remi Concile de Mayence (813)

Liens externes

La Légende dorée de Jacques de Voragine : vies de grands saints racontées par Jacques de Voragine , accès direct au site de l'abbaye de Saint-Benoît de Port-Valais (numérisation en 2004). Cerny-en-Laonnois, lieu de naissance présumé de saint Remi. Saint Remi - L'Eglise Catholique à Reims et dans les Ardennes

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