Jeanne d'Angleterre (née en à Saint-Jean-d'Acre et morte le à Clare, dans le Suffolk), aussi appelée Jeanne d'Acre, est une princesse anglaise. Fille du roi et d'Éléonore de Castille, elle voit le jour pendant la Neuvième croisade, puis est élevée par sa grand-mère maternelle Jeanne de Dammartin dans le comté de Ponthieu pendant son enfance. Rappelée à la cour de son père pour être mariée à l'un des fils de , les fiançailles de Jeanne n'ont finalement pas lieu en raison de la mort prématurée de son prétendant. recherche alors d'autres partis intéressants pour sa fille et la marie en 1290 avec le magnat Gilbert de Clare, comte de Gloucester et comte de Hertford. Ayant mis au monde plusieurs enfants, Jeanne devient veuve en 1295, après seulement cinq ans de mariage.
Jeanne se retrouve à la mort de son époux à la tête d'une immense fortune, qui rend sa main fort attractive. Tombée amoureuse de l'écuyer Raoul de Monthermer, elle l'épouse secrètement et sans l'accord de son père en 1297. S'ensuivent plusieurs mois de brouille avec , qui est pourtant contraint de reconnaître le remariage de sa fille. Jeanne et son époux Raoul regagnent graduellement les faveurs royales pendant les années suivantes. Jeanne meurt en 1307, quelques mois avant son père. L'Histoire garde d'elle l'image d'une femme souvent en dispute avec son père, négligente envers ses enfants et guidée par ses propres sentiments, mais ce portrait reste exagéré par la fiction. S'ajoute à ces légendes entourant le destin de Jeanne la réputation de sa sainteté, créée quelques décennies après sa mort.
Biographie Naissance et enfance Jeanne est la sixième fille d' et de sa première épouse Éléonore de Castille, et la deuxième à survivre à la petite enfance après sa sœur aînée Aliénor. Elle voit le jour en à Saint-Jean-d'Acre, pendant la Neuvième croisade dirigée par son père. À ce moment-là, son grand-père règne encore en Angleterre et son père Édouard n'est que l'héritier du trône. Peu après sa naissance, ses parents quittent Acre et retournent en Angleterre en marquant plusieurs étapes en Sicile et en Castille. Édouard et Éléonore laissent en chemin Jeanne à la garde de sa grand-mère maternelle Jeanne de Dammartin. La petite princesse passe ainsi les premières années de sa vie dans le Ponthieu, où elle est élevée en « étant complètement gâtée par une grand-mère indulgente ». Elle est, selon un chroniqueur, libre de jouer dans « les collines couvertes de vignes et les vallons ensoleillés » entourant le palais de sa grand-mère, bien qu'elle requiert tout de même « une surveillance judicieuse ». Ayant passé quatre ans loin de sa famille, Jeanne « ne craignait pas ses parents » lorsqu'elle fait son retour en Angleterre en 1278 et entretiendra plus tard avec eux une relation assez distanciée.
Pendant que Jeanne grandit dans le Ponthieu auprès de sa grand-mère, son père Édouard fait son retour en Angleterre et est couronné à l'abbaye de Westminster le , à la suite du décès d' le . Aussitôt monté sur le trône, s'empresse de nouer plusieurs alliances diplomatiques et utilise la main de ses filles à cet effet. Selon l'historienne Mary Anne Everett Green, le nouveau roi espère accroître son influence politique et sa puissance avec le mariage de sa fille Jeanne. Sur les conseils de sa tante Marguerite de Provence et du pape , il arrête en 1277 son choix sur Hartmann de Habsbourg, un des fils du roi des Romains . C'est à la suite de cette décision qu'Édouard rappelle sa fille du Ponthieu l'année suivante. Malheureusement, les espoirs du roi d'Angleterre sont réduits à néant lorsque le prétendant de Jeanne meurt le avant qu'il ne puisse l'épouser, ni même la rencontrer. Selon une lettre adressée à , Hartman se serait noyé après que le bateau sur lequel il se trouvait pour rendre visite à son père ait heurté un rocher à la suite d'une violente tempête, tandis que certaines chroniques affirment qu'il serait tombé dans une nappe de glace.
Premier mariage Malgré cette infortune, s'empresse rapidement de rechercher d'autres partis intéressants pour sa fille. Son choix s'arrête finalement sur Gilbert de Clare, comte de Gloucester et comte de Hertford. Au moment où les fiançailles sont célébrées en , Gilbert de Clare est presque âgé de 40 ans, alors que Jeanne n'en a qu'onze. De plus, il est encore marié, bien que séparé depuis 1271, avec Alice de Lusignan et a deux filles qui sont plus âgées que Jeanne. Après avoir obtenu la dissolution de son premier mariage en , Gilbert demande une dispense papale, qui est finalement accordée en 1289. Il semble que le comte soit tombé profondément amoureux de Jeanne et qu'il ait entamé une cour pressante auprès d'elle, lui achetant présents et habits. On ignore en revanche quels étaient les sentiments de Jeanne envers son futur époux. Selon le contrat de mariage fixé par le roi Édouard, Gilbert de Clare doit renoncer à ses biens et ses titres, qui lui seront restitués conjointement à lui-même et sa nouvelle épouse après la cérémonie. De plus, dans le cas où le mariage ne produirait aucune descendance, les terres de Gilbert seraient dévolues aux enfants potentiels d'un second mariage de Jeanne. Enfin, le douaire de Jeanne est fixé à la somme de 2 000 marcs.
Le mariage est célébré le en l'abbaye de Westminster, quelques jours après que Jeanne ait atteint ses 18 ans. Au cours de la cérémonie, elle porte une ceinture et une coiffe en or, décorées de rubis et d'émeraudes achetées pour elle à Paris au prix de 50 livres. Malgré la présence de gaines et de coiffures très élaborées, les noces de Jeanne ne réunissent que la famille royale et se déroulent dans une relative discrétion, contrairement au mariage de sa sœur cadette Marguerite quelques semaines plus tardOn peut supposer que le faste accompagnant le mariage de Marguerite résulte du fait qu'elle épouse alors Jean, le fils et héritier du puissant duc , dont a besoin du soutien diplomatique et militaire. Par contraste, Gilbert de Clare, bien que demeuré globalement loyal sous le règne d', lui avait été hostile lors de la seconde guerre des Barons en 1264 et avait contribué à sa capture, ainsi qu'à celle de son père , au cours de la bataille de Lewes. De même, le mariage du comte de Gloucester et de Hertford avec la deuxième fille du roi ne le protège pas de la méfiance royale. Ainsi, en 1291, Gilbert de Clare entre en conflit avec Humphrey de Bohun, comte de Hereford, à propos d'un fief, ce qui déclenche une faide. Traditionnellement, ce type de conflit est arbitré par des pairs, mais dans ce cas précis, y fait exception, convoquant lui-même les deux comtes devant l'assemblée de leurs pairs. Toutefois, constatant que les plaignants se défient de cette atteinte à une prérogative ancestrale, il les cite finalement à comparaître devant le lit de justice royal. À l'issue du procès, les deux féodaux sont incarcérés et condamnés à la confiscation à vie de leurs terres ; en outre, le comte de Gloucester et de Hertford, en tant qu'agresseur, est condamné à verser à la couronne 10 000 marcs d'or, tandis que le comte de Hereford doit verser une amende de 1 000 marcs. Tous deux sont toutefois libérés presque immédiatement, et recouvrent leurs terres : il a suffi au roi de discréditer deux puissants magnats, dont son propre gendre, afin d'affirmer ainsi son autorité.. Jeanne et son nouvel époux Gilbert quittent la cour peu après leur mariage pour se rendre dans leurs possessions. Le couple marque sa première étape dans le village de Tonbridge, situé dans le Kent. Le mariage se révèle très rapidement fructueux, puisqu'un an après sa célébration, la comtesse de Gloucester et de Hertford met au monde aux alentours du un premier fils, prénommé Gilbert. Trois filles suivront entre 1292 et 1295. Le , l'époux de Jeanne meurt à l'âge de 52 ans. En vertu de son contrat de mariage, Jeanne devient automatiquement comtesse de Gloucester et de Hertford de plein droit. Un mois plus tard, le , elle prête hommage auprès de son père pour ses titres et possessions.
Second mariage Malgré le projet qu'a son père de la remarier au comte le , Jeanne tombe sous le charme de Raoul de Monthermer, un de ses écuyers, l'épouse secrètement en janvier et devient rapidement enceinte. Par précaution, elle choisit de plaider sa cause auprès de son père en amenant avec elle à la cour les quatre jeunes enfants qu'elle a eus avec Gilbert de Clare, espérant que la présence de ses petits-enfants adoucirait le roi. est promptement informé des inclinations de sa fille pour Raoul de Monthermer, mais ignore alors qu'elle est déjà remariée et fait saisir ses possessions. Constatant que son père poursuit les négociations avec le comte de Savoie et, d'après les mots de Mary Anne Everett Green, « consciente qu'elle se trouvait dans une situation qui rendrait la divulgation de son mariage inévitable », Jeanne révèle au roi ses noces secrètes avec Raoul de Monthermer. Furieux, le roi fait immédiatement appréhender et emprisonner Raoul dans la forteresse de Bristol. L'annonce du remariage de la fille du roi d'Angleterre sème la consternation dans le royaume et les cours de la chrétienté. Il est fort possible que les seigneurs qui se sont dits les plus choqués par cette mésalliance aient été ceux qui convoitaient la main de Jeanne.
En , Jeanne plaide avec passion son remariage avec Raoul de Monthermer et, selon le chroniqueur Thomas Walsingham, déclare à son père : aurait apparemment apprécié cette répartie mais il est possible que l'avancée de la grossesse de sa fille l'ait contraint à reconnaître le mariage. À la suite de l'intervention d'Antony Bek, évêque de Durham, il fait libérer Raoul, qui lui rend hommage le à Eltham pour les possessions que détient Jeanne. À la mi-septembre, le roi ordonne au connétable du château de Windsor de remettre « les maisons de la cour extérieure » au couple, « comme le roi leur a prêté ces maisons pour leur demeure et celle de leurs suites ». Le mariage de Jeanne et Raoul produit quatre enfants. Monthermer se distingue militairement auprès de son beau-père et, en récompense, le roi restitue au couple l'honneur de Tonbridge et l'île de Portland en . Le , Raoul obtient même l'insigne honneur de recevoir le prestigieux titre de comte d'Atholl, qui relève de la pairie d'Écosse et vient d'être confisqué à John Strathbogie.
Relations avec sa famille Jeanne entretient au cours de son existence des relations tendues avec ses parents. Ayant grandi auprès de sa grand-mère pendant quatre années, elle est ensuite remise à des gardiens loyaux à la couronne et n'a guère l'occasion de voir sa famille, même si on ignore si Jeanne a été élevée avec ses sœurs Aliénor, Marguerite, Marie et Élisabeth. À cela s'ajoute le fait qu' et Éléonore de Castille quittent en , lorsque Jeanne a quatorze ans, le royaume d'Angleterre pour le duché d'Aquitaine, où ils demeurent pendant trois ans, jusqu'au printemps 1289. Pendant cette période, on sait que Jeanne a une dispute avec un commis royal à la garde-robe et refuse d'accepter de l'argent pour payer ses dépenses. Malgré cela, paie à son retour d'Aquitaine les dettes de sa fille. Les historiens qui se sont intéressés aux relations d'Édouard avec sa progéniture concluent que le roi n'entretenait pas de relations étroites avec la plupart de ses enfants pendant leur enfance et adolescence, mais « il [] semblait plus attaché à ses filles qu'à ses fils ». En ce qui concerne Jeanne, elle a donc véritablement côtoyé ses parents pendant seulement quelques mois, entre leur retour d'Aquitaine au printemps 1289 et son mariage avec Gilbert de Clare en .