Maurice Merleau-Ponty, né le à Rochefort-sur-Mer (Charente-Inférieure) et mort le dans le ., est un philosophe français. Il est le cousin du philosophe des sciences Jacques Merleau-Ponty.

Biographie Famille et jeunesse Jean Jacques Maurice Merleau-Ponty, né à Rochefort le , est le fils de Bernard Jean Merleau-Ponty (1869-1913), capitaine d'artillerie coloniale bordelais. et de Louise Barthé (1876-1953). Durant ses études, il se lie d'amitié avec Simone de Beauvoir et d'amour avec Élisabeth Lacoin, à qui il passe une bague au doigt quelques jours avant sa mort.

Élevé dans le catholicisme romain, il est ami avec l'auteur et philosophe existentialiste chrétien Gabriel Marcel, écrit des articles pour la revue chrétienne de gauche Esprit, mais quitte l'Église catholique en 1937. Au printemps 1939, il est le premier visiteur étranger des Archives Husserl où il rencontre Eugen Fink et Herman Leo Van Breda. À l'été 1939, alors que la France déclare la guerre à l'Allemagne nazie, il sert en première ligne dans l'armée française où il est blessé au combat en .

Sollicité par le résistant Pierre Grappin, un ami de Vladimir Jankélévitch qui le loge gracieusement quai aux Fleurs, sous l'occupation allemande, il décline la proposition. . De retour à Paris à l'automne 1940, il épouse Suzanne Jolibois (1914-2010), psychanalyste lacanienne.

L'enseignant thumb|Tombe de Maurice Merleau-Ponty au cimetière du Père-Lachaise (division 52).

Après des études secondaires terminées au lycée Louis-le-Grand à Paris, Maurice Merleau-Ponty devient élève de l'École normale supérieure de Paris, à la même époque que Jean-Paul Sartre (avec lequel il entretient des relations d'amitié), et est reçu deuxième à l'agrégation de philosophie en 1930.

D’abord professeur à Beauvais (1931-1933), puis au lycée Marceau à Chartres (1934-1935), ensuite répétiteur («caïman») à l’École normale supérieure de Paris (1935-1939) et mobilisé au d'infanterie et à l’état-major de la légère d’infanterie (1939-1940), il enseigne aussi au lycée Carnot (1940-1944) et en première supérieure au lycée Condorcet (1944-1945). Enfin, il obtient un doctorat en lettres en 1945 avec La Structure du comportement (1942) et Phénoménologie de la perception (1945) à la Sorbonne.

Il est ensuite nommé maître de conférences de philosophie à la faculté des lettres de l'université de Lyon (1945), puis professeur titulaire de la chaire de psychologie (). À la rentrée 1949, il est nommé maître de conférences de psychologie pédagogique, à la faculté des lettres de l'université de Paris et obtient le titre de professeur sans chaire, en . Enfin, il devient titulaire à partir de 1952, jusqu'à sa mort en 1961 de la chaire de philosophie du Collège de France qu'avaient illustrée avant lui Henri Bergson, Édouard Le Roy ou Louis Lavelle. Sa conférence inaugurale, le s'intitule « Éloge de la philosophie », et attire un public jeune, qui le connaît comme existentialiste.

La rupture avec Sartre

À l'époque de la guerre de Corée, Sartre s'était permis de publier son article « Les Communistes et la paix » (1952) sans prévenir quiconque à la revue des Temps modernes. Supportant difficilement l'attitude qu'avait prise Sartre, à partir de 1950, dans la direction de cette revue, Merleau-Ponty l'appela après que Sartre eut fait sauter sans l'avertir un texte qu'il avait rédigé pour coiffer un article marxiste (de Sartre), qu'il estimait ne pas être publiable sans ce texte préliminaire, dans le numéro de . La conversation téléphonique, tendue, dura deux heures, puis fut suivie de trois longues lettres où s'expriment bien sûr leurs désaccords politiques ainsi que leurs désaccords sur le rôle de l'intellectuel et des divergences philosophiques, voire personnelles. Ces lettres marqueront la rupture de leur amitié qui datait de leurs années d'études à l'École normale supérieure – rupture qui semble ne jamais avoir été acceptée ni par l'un ni par l'autre, selon François Ewald. L'isolement de l'année 1955 Au printemps 1955"Après les aventures de la dialectique", article de Jean Touchard dans la Revue française de science politique 1956 , nommé depuis peu au Collège de France, il publie Les aventures de la dialectique, un "essai allègre et vigoureux", qui fait la critique du PCF mais réservant quelque intérêt au « marxisme occidental » qu’incarne selon lui Georges LukacsDidier Gauvin. Un intellectuel communiste illégitime : Roger Garaudy. Science politique. Université Grenoble Alpes, 2018. F . Le livre "fait l'objet de très nombreux commentaires", en particulier "la dernière partie" qui est "dirigée contre Sartre et son ultrabolchevisme", ce à quoi répond "un article fort tranchant" de Simone de Beauvoir, intitulé "Merleau-Ponty et le pseudo-sartrisme", estimant que ce n'est pas Sartre qui apparaît dans ce livre mais un "pseudo-Sartre", et en mettant "en face de chaque affirmation de Merleau-Ponty" plusieurs" citations qui contredisent formellement" le livre.

La réaction des intellectuels communistes, elle, est "beaucoup plus ample et vigoureuse qu'on aurait pu le supposer compte tenu du caractère fort abstrait" du livre, avec un numéro spécial de La Nouvelle Critique de juillet-, consacré pour une large part à réfuter les thèses de Merleau-Ponty. Son livre lui vaut aussi du PCF un procès fictif auquel il ne se rend pas, via une conférence à la Mutualité le , devant plusieurs milliers de personnes, dont une grande partie d'étudiants"Le Moment marxiste de la phénoménologie française, Sartre, Merleau-Ponty, Trần Đức Thảo", par Alexandre Feron, chez Springer International Publishing en 2021 , avec en procureurs "une pléiade d’intellectuels maison"Maurice Caveing, Jean-Toussaint Desanti, Jean Kanapa, Victor Leduc, Henri Lefebvre, Roger Garaudy et Georges Cogniot. Roger Garaudy ouvre la conférence par l’intervention principale, présentant Merleau-Ponty comme un idéologue de la bourgeoisieRecherche sur Georges Lukacs ..Les discours prononcés le ont été recueillis en brochure par les Editions Sociale et repris dans le livre de Roger Garaudy"Les mésaventures de l’anti-marxisme ; les malheurs de M. Merleau-Ponty" par Roger Garaudy, en 1956 aux Editions sociales.

Raymond Aron écrit de son côté, peu après, un article qui "marque nettement son désaccord avec les thèses philosophiques soutenues par Merleau-Ponty", et qui sera publié dans le journal Preuves de .

Autres fonctions

Merleau-Ponty fut aussi membre du comité directeur de la revue Les Temps modernes en tant qu'éditorialiste politique, de la fondation de la revue en jusqu'en , soit à l'époque de la rupture de son amitié avec Jean-Paul Sartre (la « rupture » eut lieu en ). .

Merleau-Ponty s'engage aussi politiquement, faisant ainsi partie du bureau national du cartel de l'Union des forces démocratiques (UFD), mis sur pied pour les élections législatives de 1958 et qui rassemblait la gauche non communiste et anti-gaulliste.

Mort

À l'âge de cinquante-trois ans, il meurt d'un arrêt cardiaque le soir du , assis à son bureau, où la Dioptrique de Descartes était encore ouverteE. Alloa, La Résistance du sensible. Merleau-Ponty critique de la transparence, « Philosophies en cours », Kimé, Paris, 2008, 88.. D. Huisman, « De Socrate à Foucault, pages célèbres de la philosophie occidentale », Perrin, Paris 1989.. Il est inhumé au cimetière du Père-Lachaise ().

Claude Lefort est l'exécuteur testamentaire de son œuvreAlain Caillé, sociologue et économiste, ancien assistant de Claude Lefort à l'Université de Caen : interview vidéo.

Philosophie

L'Avant-Propos de Phénoménologie de la perception

Dans l'avant-propos de Phénoménologie de la perception, Merleau-Ponty tente de répondre à la question : « Qu’est-ce qu’est la phénoménologie ? ». Il observe initialement que même un demi-siècle après les premiers écrits de Husserl, une définition univoque est loin de faire l’unanimité. De plus, beaucoup des propositions centrales semblent aller dans des directions différentes.

Une première proposition soutient que la phénoménologie est caractérisée par un essentialisme, donc qu'elle ne s’intéresse pas à une interprétation empiriste des phénomènes, mais qu'elle veut éclairer les déterminations de la perception, de la conscience et de la corporéité. Elle est donc aussi une philosophie de la facticité.

Une seconde proposition est que la phénoménologie se veut transcendantale, donc tente de réfléchir sur les conditions de possibilités de l’expérience et de la cognition en suspendant nos présupposés métaphysiques mondains, pour les évaluer de manière critique.

Une troisième proposition explique que la phénoménologie se veut strictement scientifique, mais tente aussi de parler de l’expérience préscientifique du monde, du temps et de l’espace.

Une quatrième proposition établit que souvent appréhendée comme une discipline purement descriptive, la phénoménologie vise à décrire l’expérience telle que donnée, elle ne s’intéresse pas à l’origine biologique ou neurobiologique, même si Husserl vers la fin de sa vie traite de l’importance du développement d’une phénoménologie génétique.

Ensuite, Merleau-Ponty explique qu’il semblerait tentant de simplement caser les travaux de Husserl et sa philosophie transcendantale comme étant une philosophie complètement à part de celle de Heidegger, qui lui traite plutôt de phénoménologie de l’existence et herméneutique. Cela est cependant trop simpliste pour Merleau-Ponty, ces points de vue ne s’opposent pas nécessairement, avec une analyse minutieuse ils peuvent s’incorporer.. C’est pourquoi dans la préface, Merleau-Ponty tente d’établir les points communs de la phénoménologie tel un tout et non spécifiquement la doctrine propre à chaque philosophe qui se dit de la tradition phénoménologique.

Voici quelques concepts, notés par Merleau-Ponty, qui sont propres à la méthode phénoménologique. D’abord, l'invitation de Husserl : « il faut retourner aux choses mêmes » serait interprétée comme une critique du scientisme qui vise un retour au monde perçu tel qu’il est expérimenté avant toute théorisation scientifique. Il est important de ne jamais oublier que ce savoir scientifique est ancré dans une perspective à la première personne. Ensuite, l’idéalisme et le réalisme ne sont que le revers d’une médaille et tous deux s’avèrent erronés. À l’aide d’une analyse phénoménologique précise, il est possible de s’apercevoir que le sujet n’existe pas uniquement pour lui-même, autrui est aussi présent et le savoir passe parfois par les autres, tout n’est pas accessible par son propre entendement. Aussi, la subjectivité est nécessairement implantée dans un contexte social, historique et naturel.. Le concept de l’intentionnalité est une des grandes réalisations de la phénoménologie. L’analyse de l’intentionnalité révèle que la conscience est toujours à propos de quelque chose. Peu importe si ce qui est évoqué est la perception, un jugement, une pensée, un doute, une fantaisie ou un souvenir, toutes ces formes de conscience sont caractérisées par un objet intentionnel et celui-ci ne peut pas être adéquatement compris sans une analyse de son corrélat objectif, soit ce qui est perçu, douté, rappelé.

Le primat de la perception