thumb|300px|Le coquelicot est une plante hémérochore, classée parmi les archéophytes. Sa splendeur écarlate remplace ici l'or des fleurs du champ de colza qui sont fanées.
Par hémérochorieHémérochorie : du gr. héméros (cultivé) et choris (à part), on entend – surtout en Europe – la diffusion des plantes par la culture. On utilise souvent le synonyme anthropochorie, en assimilant la culture à l’action de l'humain. Néanmoins, dans l'idée de ceux qui ont forgé le concept d'hémérochorie, les deux concepts doivent être distingués : la diffusion par les animaux domestiques ressortit à l'hémérochorie, mais pas à l'anthropochorie, puisque les agents du transport ne sont pas des êtres humains, bien qu'ils appartiennent à leur sphère culturelle.
Les plantes hémérochores ou leurs semences peuvent avoir été transportées volontairement (introduction) ou involontairement (entraînement) par l'homme dans un territoire qu'elles n'auraient pas pu coloniser par leurs propres mécanismes naturels de dissémination, ou tout au moins beaucoup plus lentement. Ce peut aussi être en raison de la culture, qui a provoqué des changements d'environnement, et qui leur a permis de coloniser un territoire auquel elles n'auraient pas eu accès par leurs propres moyens. Et elles sont capables de se maintenir dans ce nouvel espace vital sans une aide volontaire de l’homme.
Les plantes hémérochores peuvent aussi bien augmenter la biodiversité d'un territoire que la restreindre.
Classement des plantes hémérochores
Beaucoup de plantes de culture et d'ornement d'Europe centrale sont hémérochores – dans la mesure où elles se sont ensauvagées, et subsistent indépendamment de la culture.
Un premier classement des plantes hémérochores tient à la manière dont elles ont été introduites, par exemple : éthélochorieéthélochorie : du gr. éthélo (vouloir) : introduction volontaire par des semences ou des plants ; speirochoriespeirochorie : du gr. speiro (disséminer) : introduction involontaire par des semences impures ; agochorieagochorie : du gr. ago (entraîner) : introduction par transport involontaire.
Du point de vue chronologique, on divise les plantes hémérochores en : archéophytesarchéophyte : du gr. arché (commencement) et phuton (plante) : plantes qui ont été introduites avant la survenue du trafic mondial vers 1500 – pour les statistiques botaniques, on prend en général l’année 1492 (découverte de l’Amérique). néophytesnéophyte : du gr. néos (nouveau) : plantes introduites après la survenue du trafic mondial. Ce moment peut être considéré du point de la bio-géographie mondiale comme le plus important depuis la fin du Permien, à la fin du Paléozoïque, période à laquelle le continent unique (Pangée) commença à se fragmenter, créant ainsi des barrières insurmontables pour la diffusion de la plupart des espèces, qui commencent ainsi à évoluer de façon indépendante dans chaque partie. La survenue du trafic mondial, du point de vue de l'histoire de la Terre, brise ces barrières de façon instantanée (Charles Elton), et ceci pour toutes les espèces, puisqu'en principe aucune espèce n'est affranchie d'un transport délibéré.
Conformément à la définition courante de SchroederSchroeder, F.G.: Zur Klassifizierung der Anthropochoren. Vegetation 16 (1969): 225-238 http://www.springerlink.com/content/u9n13052l63475q8/fulltext.pdf, les archéophytes et les néophytes comprennent aussi les espèces qui ont atteint un territoire donné par leurs propres moyens après que l’homme leur a préparé un cadre adapté en modifiant le paysage. Schroeder nomme ces espèces « envahisseuses » (ou acolutophytesacolutophyte : du gr. acolouthos (accompagnateur)).
Le concept de plante adventice est souvent utilisé comme synonyme d'hémérochore, mais souvent restreint aux espèces éthélochores ensauvagées, y compris celles qui ne se sont pas (encore) installées durablement dans leur nouvel espace vital. Il y a encore d'autres usages.
Le concept d'hémérochore doit être distingué de celui de « suiveur de la culture », ou « apophyte ». Ceux-ci peuvent également être des espèces indigènes, qui étaient a priori adaptées, ou qui se sont adaptées a posteriori aux paysages créés par l'activité humaine : leur territoire s'est par là souvent étendu, mais pas toujours.
Voies de la dissémination
La dissémination par l'activité de l'homme a dû commencer vraisemblablement dès l'âge de la pierre, mais au plus tard dans l'Antiquité, comme on peut le démontrer, et ceci le long des routes commerciales. Des fruits comme les pommes ou les poires sont progressivement arrivés en Grèce le long de la route de la soie en provenance de l’Altaï, et de là aux jardins des Romains, qui ont à leur tour transporté ces plantes en Europe Centrale, et beaucoup de ces plantes ont pu se perpétuer en dehors du contexte de l'agriculture. Beaucoup de plantes utiles, comme la tomate, la pomme de terre, les citrouilles, le haricot d'Espagne n'arrivent qu'au en Europe centrale, après la découverte de l’Amérique, et sont cultivées depuis dans le monde entier. Comme il s'agit largement d'espèces qui ne survivent pas durablement hors de la culture, elles ne sont pas des hémérochores au sens de la définition ci-dessus.
Dans les quatre et cinq derniers siècles, la dissémination s'est étendue, par le commerce et les campagnes militaires, par les expéditions scientifiques et les missionnaires. Ces derniers ont tourné leur intérêt aussi vers d'innombrables plantes exotiques et les ont rapportées, pour les ajouter aux collections botaniques des cours princières, mais aussi pour des buts purement scientifiques. Dans le cadre des études de botanique, un intérêt spécial était porté aux propriétés pharmaceutiques éventuelles de ces plantes, mais aussi à l'élargissement des connaissances purement botaniques, ainsi qu'à la passion des collectionneurs (herbariums).
Certaines plantes d'ornement ont aussi été introduites en Europe, en espérant en tirer un bénéfice substantiel. Ceci est le cas par exemple pour les camélias, dont une espèce était cultivée au Japon et en Chine pour les infusions. Alors que cette espèce se révéla non cultivable en Europe, on découvrit rapidement le charme esthétique des autres espèces ornementales. Pour l’acclimatation de ces plantes originaires d'environnements très lointains, les jardins botaniques ont joué un grand rôle. Les plus importants de tous ont été les jardins botaniques royaux de Kew.
Archéophytes, néophytes et plantes adventices
Rappelons que les plantes hémérochores introduites, dans la mesure où elles sont capables de se reproduire et de se développer de façon naturelle dans leur nouvel habitat sont classées selon l'époque de leur immigration en archéophytes et en néophytes.
Archéophytes
thumb|200px|Le bleuet est une archéophyte speirochore
On appelle archéophytes les plantes introduites ou entraînées dans un environnement nouveau pour elles avant la survenue du commerce mondial en 1492 (s'opposant aux plantes néophytes »). Cf ., ou encore qui ont conquis par leurs propres moyens avant cette date un nouvel environnement rendu propice par l’intervention de l'homme (agriculture et élevage depuis le Néolithique). On compte parmi les archéophytes beaucoup de plantes répandues, comme le coquelicot, le bleuet, la camomille sauvage, et la nielle des blés. Les archéophytes d'Europe centrale proviennent pour la plupart du monde méditerranéen et des territoires adjacents de l'Europe du Sud-ouest et du Moyen-Orient. On les considère souvent comme des parties de l'écosystème naturel, aussi parce que la plupart des plantes indigènes d'Europe centrale y sont arrivées sans l’aide de l’homme en venant de ces territoires après les glaciations.
Néophytes On appelle néophytes les espèces végétales qui ont été introduites ou entraînées après le début du commerce mondial en 1500, et qui se sont acclimatées à long terme sans intervention de l'homme. Beaucoup de botanistes considèrent que des plantes sont établies dans leur nouveau territoire après avoir subsisté par leurs propres moyens pendant au moins deux ou trois générations sur une durée de 25 ans. Les néophytes proviennent surtout d'Extrême-Orient et d'Amérique du Nord. Le nombre de néophytes en provenance du bassin méditerranéen et d'Asie centrale est substantiellement plus petit. En outre, certaines néophytes proviennent d'autres régions, comme l’Afrique du Sud (le séneçon de Mazamet) ou l’Australie (Chenopodium pumilio). Parmi celles-ci figure en particulier le géranium des Pyrénées, une des espèces du genre important des géraniums. Il a été apporté comme plante d'ornement des montagnes du sud de l'Europe vers l’Europe centrale, et y a été pendant un certain temps cultivé comme plante ornementale de jardin, pour y être supplanté ensuite par des espèces de géranium à plus grandes fleurs. Maintenant, le géranium des Pyrénées pousse moins dans des jardins que sur les friches et les prairies où il a trouvé une niche parmi les plantes indigènes, c'est-à-dire les espèces qui sont là dès leur origine.
Néophytes avec et sans problèmes
thumb|200px|Balsamine de l'Himalaya (Impatiens glandulifera)
Les protecteurs de la nature appellent « problématiques » les néophytes dont la présence « dénature » la flore indigène, mais souvent uniquement quand ils endommagent, ou même chassent, les espèces indigènes, le plus souvent par leur concurrence. Les néophytes (et en particulier les hémérochores) peuvent aussi être problématiques du point de vue économique ou sanitaire.
La balsamine de l'Himalaya est comptée parmi les néophytes problématiques d'Europe centrale par la protection de la nature à cause de son caractère envahissant, pouvant remplacer les espèces indigènes. Par contre, le géranium des Pyrénées ou le perce-neige paraissent plutôt sans problèmes. Ils n'influent que peu sur la végétation indigène, et l'on y voit plutôt un enrichissement de la biodiversité de l’espace d'Europe centrale. D'autres plantes hémérochores d'Europe centrale ont, par comparaison, supplanté d'autres plantes en plus grand nombre. La composition des espèces peut se modifier tant qu'il faut préserver bien des biotopes de ces immigrants, si l'on veut garder la biocénose dans son état. L'élimination d'espèces indigènes par des néophytes, comme elle a été très souvent observée dans le règne animal par des immigrés sur des îles océaniques, n'a pas lieu en Europe centrale.
Parmi les néophytes que l'on appelle « envahissantes », c'est-à-dire celles qui s'étendent dans leur nouveau territoire, on peut compter en Europe centrale la gerbe-d'or, la Balsamine de l'Himalaya, le Robinier faux-acacia, la berce du Caucase, nommée selon son origine, la Renouée du Japon, qui ont toutes été introduites comme plantes d'ornement et utilitaires (nourriture des abeilles par exemple), ou insérées dans une végétation naturelle, et qui maintenant dans beaucoup de types de paysages dominent la végétation. Par exemple, la gerbe d'or est souvent la plante dominante dans les surfaces en friche, la balsamine de l'Himalaya repousse dans plusieurs paysages humides et ombreux la végétation indigène. La berce du Caucase est phototoxique pour l'homme comme de nombreuses Apiacées. Miscanthus sinensis qui est cultivé comme source d'énergie verte est en voie de devenir une plante envahissante.