Louis-François de Tollenare, ou Louis-François de Tollenare-Gramez, né le à Nantes où il est mort le , est un industriel et un négociant français, fondateur de l'hôpital Saint-Jacques de Nantes.

Biographie Origines et enfance Louis-François de Tollenare, né le à Nantes, est le petit-fils d'un négociant venu s'établir dans la ville au début du , descendant de la branche cadette d'une famille de Flandre, les Tollenare-Gramez ou Tollenaere-Grammes. Son père, Louis Étienne de Tollenare, négociant lui aussi, voyage pour commercer, à Saint-Domingue notamment, où il meurt en 1795. Sa mère, née Françoise Denoual de La Loyrie, est d'une famille bretonne.

Formation Orphelin à 15 ans, il reste à Chartres après la mort de sa mère. Son éducation est jusqu'alors confiée à un précepteur et à un ecclésiastique.

Pris en charge par son oncle Philippe-Auguste de Tollenare, il revient à Nantes en 1795. Cet oncle est négociant, le siège de son commerce se trouve dans l'immeuble familial de la rue du Puits-d'Argent où son père s'est installé à son arrivée à Nantes, comme en témoigne son enseigne : . Après avoir suivi des études au lycée de Nantes, il travaille dans les bureaux de la marine, puis comme apprenti dans la maison de commerce de M. de la Ville, avant de voyager en Europe. Il séjourne à Hambourg (cinq ans), travaillant pour le compte d'une maison de banque, qui l'envoie quelque temps à Stockholm pour négocier un emprunt sollicité par la cour de Suède.

Industriel Il revient à Nantes en 1801, et crée une filature de coton. Il équipe sa manufacture de métiers à tisser dotés d'une navette volante de l'Anglais Edmond Cartwright. En 1808, il s'associe avec deux ingénieurs anglais pour fonder une usine de fabrication de machines destinées à l'industrie textile. Il est associé à Édouard Goüin, autre industriel du textile, négociant et banquier, vice-président de la Chambre de commerce de Nantes et conseiller municipal de Nantespère de l'ingénieur et industriel Ernest Goüin, pour apporter des fonds et des relations à la maison de commerce Poisson aîné et , fondée en 1809. Il ouvre un autre commerce, associé à deux ingénieurs anglais, les frères Collier, et fonde avec eux la Société James et John Collier, le . Jusqu'en 1814, ils inventent et mettent au point des machines à usage de l'industrie textile. La guerre économique et militaire menée par Napoléon Bonaparte contre l'Angleterre ayant ruiné ses projets, il tente alors d'importer du coton depuis les États-Unis, fait de gros bénéfice, et projette l'installation d'un comptoir en Floride. L'augmentation des taxes sur les importations coloniales imposées par Napoléon provoque sa ruine et il cesse les activités commerciales à son propre compte.

Entre-temps, le 6 fructidor an X (), il épouse Clémence Aimée Clotilde Bourgault du Coudray, fille du négociant nantais Guillaume Bourgault du Coudray, ancien échevin et juge consulaire, et d'Eulalie Clémence Hamon de La Thébaudière. Le couple s'installe avec les autres ménages de la famille Tollenare, au numéro 1 de la rue du Puits-d'Argent. En 1815, la famille Tollenare vend la propriété de la Guidoire à Aigrefeuille-sur-Maine, acquise par le grand-père de Louis-François en 1757, et les Tollenare font l'acquisition de l'immeuble situé au numéro 14 de la rue de la Fosse. Ils établissent trois commerces au rez-de-chaussée.

Négociant au Brésil En 1817, il se rend au Brésil pour les affaires d'un cousin, le comte du FouLa source indique « comte Dufour », sans doute par erreur.. La collaboration ne résiste pas à des divergences, notamment sur la traite des Noirs. Au cours de son séjour au Brésil, en 1818, il est impliqué dans le mouvement de révolte contre la puissance coloniale, le Portugal.

Premières publications De retour à Nantes, il délaisse le commerce. Il fonde la Société des jeunes commerçants, où il donne des cours de droit commercial. À partir de 1820, il publie des écrits scientifiques et économiques, notamment Essai sur les entraves que le commerce éprouve en Europe (1820), qui lui vaut une reconnaissance nationale : il reçoit des éloges dans Le Moniteur du et dans Le Journal de Paris du . Auréolé de cette réussite, il entre dans la Société académique de Nantes, et en devient aussitôt secrétaire. Il publie des articles dans Le Lycée armoricain, édité par Camille Mellinet, dont il devient l'ami et un proche collaborateur.

Fondateur de l'hôpital Saint-Jacques de Nantes Il se passionne pour le sort des aliénés, et reprend à son compte l'idée de bâtir un hospice moderne pour adoucir le sort des pensionnaires du Sanitat. Nommé receveur des hôpitaux de la ville en 1823, puis trésorier en 1824, il s'appuie sur les avancées de la psychiatrie pour présenter son projet. Il effectue des voyages en Angleterre et en Belgique pour étudier des hôpitaux modernes et s'en inspirer, tant sur le traitement des aliénés que sur l'architecture. Il rédige les plans d'un projet pour Nantes. Mais il rencontre la réticence des municipalités successives de Louis-Hyacinthe Levesque, Maurice Étiennez et Philippe-René Soubzmain. Après l'accession au pouvoir de Louis-Philippe , le nouveau gouvernement favorise les projets d'ouverture d'ateliers de charité, destinés à occuper les chômeurs. Tollenare est très impliqué dans le suivi de la construction de l'hôpital Saint-Jacques qui commence en 1832, et au cours de laquelle il fait fonction de maître d’œuvre. Lors de son discours prononcé à l'occasion de la pose de la première pierre, le maire, Ferdinand Favre, souligne que les plans de l'hôpital sont l’œuvre de Tollenare.

Une fois l'hôpital achevé, Louis-François de Tollenare est de nouveau confronté à l'opposition du maire, du préfet et les administrateurs des hôpitaux de la ville. Il tente de négocier son départ en échange de la nomination de son fils au même poste. Devant le refus qui lui est opposé, il reste en place jusqu'en 1850.

Propriétaire de Pont-Pierre à Saint-Herblain Le , il achète la terre de Pont-PierreÉgalement orthographiée Pompierre ou Pontpierre.. Sur cette propriété rurale, située à à l'ouest du centre de Nantes, sur la route de Couëron dans la commune de Saint-Herblain, il décide de modifier complètement les de champs et d'habitats rustiques qui la composent. Entre 1835 et 1837, il fait bâtir un manoir de pierre et de brique, résidence d'été, qu'il entoure d'un jardin à l'anglaise. Au sommet d'un coteau, il fait dresser un monument funéraire à la mémoire de son ami Émile Richer : une croix de granit de de haut, sur le socle de laquelle figure une inscription en latin rappelant la date de la mort de Richer, le .

Les 11, 13 et ont lieu des élections municipales à Saint-Herblain. Louis-François de Tollenare se présente, étant propriétaire dans la commune. Il est élu conseiller municipal, fonction qu'il occupe jusqu'en 1851. Lors de son mandat, il œuvre notamment à la remise en état des voies d'accès communales.

Activités intellectuelles Parallèlement à son implication dans l'hôpital, il participe à des questions d'utilité publique. Il est passionné par les progrès de la technique industrielle, et est, à l'instar d'Ange Guépin et de Camille Mellinet, un défenseur du saint-simonisme. Il est trésorier de la Société de bienfaisance. Il rejoint momentanément les idées d’Emanuel Swedenborg, savant suédois devenu mystique. Il se lie d'amitié avec l'écrivain Édouard Richer, qui se fait le relai à Nantes des préceptes de la secte qui s'appuie sur les écrits de Swedenborg, l'« Église de la Nouvelle Jérusalem ». Tollenare met Richer en contact avec un autre de ses amis, Honoré de Balzac, qui à son tour est attiré par la secte. Au fil du temps, Tollenare finit par s'en éloigner.

L'inventaire effectué à l'occasion de la succession de Charles de Tollenare présente le contenu des bibliothèques de Louis-François, constituées de volumes.

Dernières années À partir de 1844, sa santé se détériore. Son épouse morte dans la propriété de Pont-Pierre le , emportée en quelques heures par le choléra, elle est enterrée dans le cimetière de Saint-Herblain, où il fait construire sa propre tombe de son vivant. Mis à la retraite de son poste de receveur des hospices en 1850, il meurt le dans son appartement, au numéro 14 de la rue de la Fosse à Nantes. Il est enterré à Saint-Herblain, où sa sépulture porte l'épitaphe qu'il a lui-même composée :

Publications Essai sur les entraves que le commerce éprouve en Europe, Paris, Janet et Cotelle, 1820. De l'Éclairage, impr. de Mellinet-Malassis. Emprunt en , impr. de Mellinet-Malassis. Statistique bretonne, impr. de Mellinet-Malassis. Philosophie religieuse, impr. de Mellinet-Malassis. Sur l'amour du gain... Sur les caisses d'amortissement, . Sur la mort du roi., Impr. de Mellinet-Malassis, 1824. Société pour l'extinction de la mendicité dans la ville de Nantes, sous les auspices de S.A.R. Madame, duchesse de Berry., impr. de Mellinet-Malassis, 1829. Sur la treizième et dernière leçon de 1828, du cours de philosophie de M. Victor Cousin, impr. de Mellinet-Malassis. Discours sur les écrits de M. J.-B. Say, lu à la séance publique de la Société royale académique de Nantes du , impr. de Mellinet, 1833. Analyse de la nouvelle « Histoire de Bretagne », publiée par M. P. Daru..., impr. de Mellinet-Malassis, 1827 Compte-rendu sur Du Commerce et de l'administration, ou Coup-d'œil sur le nouveau système commercial de l'Angleterre ; quels sont les intérêts de la France ? Par M. Armand Duchatellier... Exposition des produits de l'industrie du département de la Loire-Inférieure, à Nantes. [Distribution des médailles. Rapport du jury], impr. de Mellinet-Malassis, 1825 Lecture faite à la Société académique de Nantes, par Mr L.-F. de Tollenare, dans la séance du , à l'occasion de l'établissement des bons livres, impr. de Mellinet-Malassis Compte rendu sur Méthode Jacotot. Langue allemande. « Premier livre de Télémaque en allemand, avec la version française littérale et interlinéaire, ou Epitome pour apprendre... la langue allemande... », par M. P.-A. Guilbaud..., , impr. de Mellinet-Malassis De l'Influence de certaines machines sur le sort des ouvriers. Mélanges de littérature et d'économie politique, impr. de Forest, 1828 Soirées littéraires de M. Charles Durand. Seconde séance du cours : Philosophie ancienne, impr. de Mellinet-Malassis Sur le macadamisage des routes. Lu à la Société académique [du département de la Loire-Inférieure], dans sa séance du ., impr. de Mellinet-Malassis Sur les nouvelles routes de M. Mac-Adam. Lu à la Société académique [du département de la Loire-Inférieure], le . Notes dominicales prises pendant un voyage en Portugal et au Brésil en 1816, 1817 et 1818 (1000 pages)

Famille

La maison de Tollenaere est originaire de Flandre. Ferdinand de Tollenaere est anobli en 1667. La branche aînée des Tollenare-Gramez s'éteint en 1812, à la mort du comte de Tollenare-Gramez, ancien colonel des Gardes wallonnes en Espagne, sans postérité. C'est la branche cadette, dont est issue Louis-François, qui reprend ses titres.

L'arrière-grand-père de Louis-François, Charles de Tollenare, avocat originaire de Gand, épouse Marie Deshols. Ils ont deux fils.

François-Joseph de Tollenare, grand-oncle de Louis-François François-Joseph de Tollenare, né à Gand vers 1696 et mort à Nantes le . Le site donnant la généalogie des Tollenare et le texte de Jean-Pierre Sauvage de 1995 font une erreur sur la date de naissance supposée, corrigée ici à partir de l'âge estimé sur le registre de décès., est . Il épouse en 1723 Françoise de Vische (?-avant 1785), fille du négociant Guillaume de Vische (?-avant 1742) et de sa femme Élisabeth Fressen (1663-1742). François-Joseph et Françoise ont cinq enfants, deux garçons et trois filles.

Maurice-Charles de Tollenare, grand-père de Louis-François Maurice-Charles de Tollenare est né à Gand le et mort à Lorient en 1760. , il épouse Françoise-Thérèse Descamps (?-1794).