Le pangermanisme est un mouvement politique irrédentiste du visant l'unité de tous les germanophones d'Europe, ou identifiés comme tels par les penseurs de cette théorie, dont découle la volonté de mettre en place la Grande AllemagneCependant, le nationalisme allemand du se bâtit sur le concept de Kleindeutschland (petite Allemagne) dominée par la Prusse, par opposition à l'idée pangermanique de Grossdeutschland, excluant ainsi volontairement l'Autriche., expression traduite de Großdeutschland en allemand, provenant du latin Magna Germania (ou Germania Magna) qui désigne la Germanie antique.
Les origines du pangermanisme Naissance du nationalisme allemand Les origines du pangermanisme remonteraient au début des années 1800, à la suite des guerres napoléoniennes. Ces guerres déclenchèrent un mouvement social : le nationalisme. Le nationalisme était une menace sérieuse pour les anciens régimes aristocratiques. En effet, la plupart des groupes ethniques de l'Europe centrale étaient divisés par les frontières des empires des vieilles dynasties des Romanov et des Habsbourg. Les Allemands, de leur côté, étaient un peuple sans unité politique depuis la Réforme, lorsque le Saint-Empire romain germanique fut divisé en une série de petits États indépendants. Les nouveaux nationalistes allemands, principalement de jeunes réformistes, désiraient réunir l'ensemble du peuple partageant l'übertragungsfactor et la langue allemande, les Volksdeutschen.
Dans une Europe dominée par Napoléon I se regroupent autour de la Prusse des patriotes allemands dans une guerre patriotique et nationale que l'on appelle très vite guerre de libération (Befreiungskriege). Apparaissent alors toute une série de libelles et de textes réclamant la constitution d'un État allemand groupant tous les peuples parlant la langue allemande, incluant au besoin des peuples en dehors de ce qui était jusqu'en 1806 le Saint-Empire. Ainsi se développe le Volkstum, rassemblement de tous les hommes de même langue, de même culture.
Johann Gottlieb Fichte évoque dans ses Discours à la nation allemande la « puissante nationalité allemande » et le Volkgeist (esprit du peuple) allemand.
Les sources intellectuelles On les trouve dans les discours de quelques penseurs comme : Johann Gottfried von Herder (1744-1803) : Il développe la conception du , comprenant tous les hommes du même sang, quels que soient leur nationalité, leurs opinions ou leur habitat. Le Volk est un être en soi, qu'il cite comme une . Il estime que ces Johann Gottlieb Fichte (1762-1814) : Discours à la nation allemande, 1808. Georg Wilhelm Friedrich Hegel (1770-1831) : ; Leçons sur la philosophie de l'histoire, 1822-1830. Friedrich Wilhelm Joseph von Schelling (1775-1854) :
Prusse, Autriche et la formation d'un État allemand
Dans les années 1860, les deux plus puissants États germanophones étaient la Prusse et l'Autriche, et ces deux puissances tentaient d'étendre leurs territoires et leur influence. La structure multi-ethnique de l'Empire autrichien était toutefois critiquée par des germanophones vivant à l'intérieur comme à l'extérieur des frontières de l'empire, tout comme celui-ci était par ailleurs l'objet du vif ressentiment des peuples slaves (Tchèques, Slaves des Balkans, etc.) qui en constituaient la majorité relative. Ce fut pour céder aux revendications hongroises que l'empire d'Autriche s'est redéfini dans le Compromis de 1867 dans une structure administrative et politique duale : l'Empire austro-hongrois. La Prusse, sous Otto von Bismarck, utilisa de son côté le nationalisme pour réunir l'ensemble du territoire qui forme l'Allemagne moderne. À la suite de la guerre franco-prussienne de 1870, le « Deuxième Reich » fut en effet proclamé en 1871 par Bismarck dans la galerie des Glaces du château de Versailles avec l'élévation de , roi de Prusse, à la dignité d'empereur allemand (1871-1888), désormais à la tête d'une union d'États germanophones, dont l'Autriche-Hongrie se trouvait exclue depuis sa défaite devant la Prusse à Sadowa.
Cependant, de nombreux germanophones habitaient toujours à l'extérieur du nouvel empire. Ces groupes utilisèrent le sentiment nationaliste germanique pour tenter la réunion de leur territoire au nouvel Empire allemand, ce qui ranima la controverse au sujet de l'intégration de l'Autriche et de la région des Sudètes.
Des Autrichiens, certes très minoritaires, commencèrent à avoir un certain ressentiment envers la diversité ethnique de leur propre empire ; puisque se définissant eux-mêmes comme les descendants des Bavarois, un mythe historique mobilisateur qui flattait leur imaginaire . Prenant en compte l'installation de peuplades bavaroises à cette époque, de nombreux nationalistes appuyèrent la séparation de l'empire des Habsbourg pour être rattachés au nouvel empire allemand.
Débuts du pangermanisme
Le pangermanisme, à proprement parler, prend corps dans les années 1890. L'une des expressions politiques majeures en Allemagne lors de cette phase est l'émergence du parti s'intitulant « Ligue Pangermanique ». Cette ligue qui défend le Volkstum (l'esprit de la race) influence le jeune Adolf Hitler. Cette ligue extrémiste resta toutefois très minoritaire en Allemagne.
Selon certains, il ne faut pas confondre le « sursaut national » de 1814 cité plus haut et même la politique bismarckienne, plus prussienne que germanique, avec le pangermanisme. Ce mouvement prend d'ailleurs corps en réaction à la pensée bismarckienne, centrée avant tout sur la Prusse. Bismarck s'appuyait de plus sur des alliances à l'est qui lui interdisaient toute velléité d'expansion en Europe centrale et orientale.
On ne doit pas non plus associer le pangermanisme à l'expansionnisme colonial allemand, hautement revendiqué par l'empereur Guillaume II (1888-1918) en vue de rivaliser avec les empires britanniques et français. En effet, à l'image de ces deux grandes nations européennes, l'Allemagne, qui connait alors un très fort essor économique, développant un puissant programme d'armement, en particulier de ses forces navales (au grand dam de l'Angleterre), veut se doter d'un empire colonial pour affirmer sa Weltpolitik, d'où les crises marocaines de Tanger (1905) et le coup d'Agadir (1911) avec la France.
En 1905, édite Une Allemagne pangermaniste, ouvrage référentiel de 400 pages. En interprétant l'histoire dans l'intérêt du pangermanisme, il tente de prouver la supériorité de la race allemande par ses apports culturels et historiques au sein des nations voisines, comme la France, la Belgique ou les Pays-Bas. L'étude raciale et ethnographique y tient une grande place. Concernant la France, Reimer, s’inquiétant de sa « dégermanisation » grandissante, approuve la solution d'une colonisation de ce pays, en commençant par le nord et l'est. Cette conquête passant d'ailleurs dans un premier temps par un retour aux frontières médiévales de la Lotharingie.
En 1911, Otto Richard Tannenberg développe les thèses pangermanistes dans un livre capital pour cette doctrine : La Plus Grande Allemagne. Il y expose clairement tous les arguments qui deviendront politique d'État avec Adolf Hitler, tel ce passage : .
Le pangermanisme après la Première Guerre mondiale Après la Première Guerre mondiale, l'influence de l'Allemagne en Europe fut considérablement réduite et ébranla les rêves d'empire colonial pour les pangermanistes. L'Allemagne était humiliée et l'Empire austro-hongrois fut divisé en de nombreux États. La création de la Pologne, de la Tchécoslovaquie, de la Hongrie, ainsi que l'expansion de la Roumanie séparèrent de nouveau le peuple allemand, après avoir été presque entièrement réuni sous les deux empires autrichien et allemand. De nombreux États slaves nouvellement formés étaient préjudiciables aux minorités germanophones, spécialement dans les territoires contrôlés anciennement par l'Empire austro-hongrois. Des actes de racisme et d'oppression furent recensés.
L'idée pangermanique n'en a pas pour autant disparu et des penseurs et écrivains s'efforcent de la définir et de l'expliquer. En 1915, Friedrich Naumann publie le fameux Mittel Europa. En 1916, André Chéradame, dans l'ouvrage intitulé Le Plan pangermaniste démasqué, décrit avec précision une autre vision du pangermanisme. En effet, d'après cet auteur, le pangermanisme n'a pas pour but de réunir des populations qui ont une langue germanique mais il vise, en dehors de toute question de langue ou de race, à absorber les diverses régions dont la possession est considérée comme utile à la puissance des Hohenzollern. De 1915 à 1917, Charles Andler, fondateur de la germanistique dans l'université française, futur professeur au Collège de France, écrit trois ouvrages de référence, quoique connotés par la Grande guerre, sur le pangermanisme et ses origines. En 1926, Hans Grimm vulgarise l'expression d'« espace vital » (Lebensraum). Adolf Hitler est en phase avec cette idéologie comme le montre confusément Mein Kampf (Mon Combat, 1925). En 1927, il a d'ailleurs révisé lui-même le programme originel anticapitaliste dit des vingt-cinq points (rédigé en 1920, par Gottfried Feder, économiste du NSDAP) en donnant à celui-ci une orientation ultra-nationaliste. Dès les premiers mots, le programme des nazis revendiquait violemment l'union de toutes les populations d'origine allemande, afin de former un Grand Reich, soi-disant sur le fondement du droit des peuples à disposer d'eux-mêmes, en réalité dans le but de détruire par ces revendications des États historiques dans lesquels vivaient depuis des siècles des populations germanophones bien intégrées (comme dans les Sudètes depuis le Moyen Âge) et de transformer radicalement la carte de l'Europe sur des bases pseudo-biologiques et racistes.
Adolf Hitler, après avoir pris le pouvoir en 1933, entama une politique ouvertement déstabilisatrice pour les États d'Europe centrale, instrumentalisant le pangermanisme aux fins de faire main basse sur tous les territoires décrétés par les nazis comme soi-disant « germaniques » et dont ils revendiquèrent sans vergogne l'annexion au mépris de la souveraineté des États et de la volonté des peuples.
Les Sudètes, une région de l'actuelle République tchèque, étaient au centre de la controverse. En effet, majoritairement germanophone depuis le Moyen Âge à la suite d'une massive immigration de mineurs venus à l'appel des rois de Bohême exploiter l'Erzgebirge métallifère de sa bordure montagneuse, ce territoire des Sudètes avait été rattaché à la Tchécoslovaquie lors de sa création en 1918 et était considérée comme une zone tampon afin de prévenir toute tentative d'agression allemande. Hitler suscita la violente agitation de nazis locaux dont le chef était Konrad Henlein, ceux-ci utilisant dans leur propagande le thème de pour justifier une invasion et une annexion au Reich nazi. À la fin de 1938, le sort des Sudètes fut débattu lors de la conférence de Munich. La région, où vivaient environ 3 millions de personnes d'origine allemande, fut finalement cédée au Troisième Reich. Le véritable but inavoué de cette annexion, masquée par la propagande nationaliste, fut pour l'Allemagne nazie de faire main basse sur les mines de lignite de Bohême, et de permettre au complexe militaro-industriel nazi d'y créer des usines, notamment de production d'essence synthétique (IG FARBEN), répondant ainsi au cruel besoin de carburant de l'armement mobile de la Wehrmacht. De nombreux Allemands des Sudètes, sociaux-démocrates, communistes, juifs, ou simplement antinazis seront déportés dans les camps de concentration nazis après l'annexion des Sudètes par le Troisième Reich.