Le syndrome de l'intestin irritable (appelé également troubles fonctionnels intestinaux, ou colopathie fonctionnelle, ou encore syndrome du côlon irritable) est une maladie chronique à symptomatologie digestive en rapport avec des modifications de la motricité et de la sensibilité de l'intestin.
Le diagnostic nécessite d'éliminer les pathologies à expression similaire les plus communes.
Elle est sans gravité, mais en raison de sa chronicité et des douleurs qui se répètent, elle altère la qualité de vie des personnes qui en souffrent. Le traitement est symptomatique vis-à-vis des troubles digestifs, associé à une prise en charge psychologique.
Le syndrome du côlon irritable touche certains humains mais peut aussi toucher certains singes..
Il est classé dans les troubles gastro-intestinaux fonctionnels.
En France C'est une maladie fréquente qui touche environ 5% de la population française.
Diagnostic Des critères diagnostiques ont été développés et mis à jour en 2016 (critères dits de ROME IV):
douleur abdominale récurrente survenant en moyenne au moins un jour par semaine dans les trois derniers mois avec au moins deux des critères suivants : associée à la défécation, associée à une modification de la fréquence des selles, associée à une modification de la consistance (aspect) des selles ; trois formes de la maladie peuvent être définies à partir de là : Celles où les diarrhées sont prédominantes (SII-D : syndrome de l'intestin irritable de type diarrhéique), Celles où la constipation est prédominante (SII-C : syndrome de l'intestin irritable à constipation prédominante), Celles avec diarrhées et constipation (SII-M : syndrome de l'intestin irritable de type mixte). Habituellement, le rythme des selles est le critère le plus fréquemment utilisé. La grande variabilité de ces paramètres entre les hommes et les femmes et en fonction de l’âge des patients rend très compliquée l’identification de ce syndrome Miwa H. 2008;2:143-7. . C’est la raison pour laquelle la présence de ballonnement et/ou des crampes intestinales fréquentes sont un des critères de plus en plus régulièrement utilisés. En effet, ce symptôme est retrouvé chez près de 90% des personnes souffrant du syndrome de l'intestin irritable Ringel Y. 2009;7(1):68-72. .
De nombreux autres symptômes peuvent accompagner les signes digestifs: maux de tête, fatigue, irritabilité, symptômes urinaires ou règles difficiles, dépression…
L'examen clinique est sensiblement normal mais se doit de rechercher une cause autre aux douleurs décrites.
Il n'existait pas de signe biologique spécifique mais certains marqueurs sont en cours d'étude. Ainsi, une valeur basse de calprotectine dans les selles est un argument en faveur du syndromePavlidis P, Chedgy F, Tibble J, Diagnostic accuracy and clinical application of faecal calprotectin in adult patients presenting with gastrointestinal symptoms in primary care, Scand J Gastroenterol, 2013;48:1048-54.
Aspects historiques vignette|l'appareil digestif C'est une maladie qui pourrait s'être développée avec la sédentarisation et les modes de vie modernes.
Sa prévalence était néanmoins autrefois mal mesurée. Les épidémiologistes cherchent à préciser les contours de ce syndrome afin de mieux le comprendre Drossman DA, Camilleri M, Mayer EA, Whitehead WE (2002) 123:2108–31. , aux États-Unis notamment Saito YA, Schoenfeld P, Locke GR 3rd (2002) 97:1910–15..
Causes Les causes précises du syndrome de l'intestin irritable sont inconnues. Toutefois, il s'agit d'une pathologie de nature organique, bien qu'on ait longtemps cru à une somatisation. Ce n'est que par l'amélioration des technologies modernes que des études significatives ont mis en évidence l'origine organique de la maladie.
La recherche scientifique s'oriente actuellement vers un déséquilibre du microbiote intestinal ou dysbioseQuigley EM, Bacterial flora in irritable bowel syndrome: role in pathophysiology, implications for management, J Dig Dis, 2007;8:2-7, responsable d'une perturbation de la symbiose entre les cellules épithéliales de l'intestin et son microbiote commensal. En , une étude de l'INRA Crouzet L, Gaultier E, Del’homme C, Cartier C, Delmas E, Dapoigny M, Fioramonti J, Bernalier-Donadille A The hypersensitivity to colonic distension of IBS patients can be transferred to rats through their fecal microbiota, Neurogastroenterology & Motility, 2013;25:272-282 conclut sur le rôle de premier ordre joué par le microbiote intestinal dans la pathogénie du syndrome de l'intestin irritable. En particulier, une meta-analyse a montré que le syndrome est associé à une concentration plus faible des bactéries Lactobacillus, Bifidobacterium et Faecalibacterium prausnitzii"2018: Gut Microbiota-Based Therapies for Irritable Bowel Syndrome""2018:A Review of Microbiota and Irritable Bowel Syndrome: Future in Therapies". La teneur dans le microbiote de cette dernière bactérie est par ailleurs influencée par de nombreux facteurs, dont en particulier l'alimentation..
L'association entre carence en vitamine D et incidence du syndrome de l'intestin irritable a été observée par Williams CE et al. Claire E. Williams, Elizabeth A. Williams & Bernard M. Corfe, Vitamin D status in irritable bowel syndrome and the impact of supplementation on symptoms: what do we know and what do we need to know?, European Journal of Clinical Nutrition (2018) doi:10.1038/s41430-017-0064-z, avec une amélioration notable chez les patients qui reçoivent une supplémentation pour ramener leur taux sanguin dans une fourchette acceptable.
Les perturbateurs endocriniens (dont le bisphénol AViorica Braniste Le 13 janvier 2011 Titre : La barrière intestinale, une nouvelle cible des œstrogènes et des xénoestrogènes : le cas du Bisphénol A ) et les nanoparticulesBrun E, Barreau F, Veronesi G, Fayard B, Sorieul S, Chaneac C, Carapito C, Rabilloud T, Mabondzo A, Herlin-Boime N, Carriere M*. (2014). Titanium dioxide nanoparticle impact and translocation through ex vivo, in vivo and in vitro gut epithelia. Part. Fibre Toxicol., 11 :13 présents dans l'alimentation constituent aussi une des pistes d'investigation.
Le stress, en particulier dans l'enfance, pourrait jouer un rôleLarry Tremblay, Autotraitement du mal de ventre ou Trucs pour ne plus se tordre de douleur, Victoria, C.-B. : Trafford éditeur, 2007, . . D'autres pistes mettent en avant l'hypothèse selon laquelle l'accumulation de traumatismes psychologiques et émotionnels pourrait s'avérer susceptible de jouer un rôle déclencheur dans la genèse de l'affection .
Une participation génétique est suspectéeWaehrens R, Ohlsson H, Sundquist J Risk of irritable bowel syndrome in first-degree, second-degree and third degree relatives of affected individuals: a nationwide family study in Sweden, Gut, 2015;64:215-21 et certaines mutations sont retrouvées plus fréquemment, comme sur le SCN5ABeyder A, Mazzone A, Strege P et al. Loss-of-function of the voltage-gated sodium channel NaV1.5 (channelopathies) in patients with irritable bowel syndrome, Gastroenterology, 2014;146:1659-68.
Mécanismes Le syndrome de l'intestin irritable comporte deux composantes de nature nerveuse. L'une est motrice et concerne des troubles du péristaltisme. La seconde implique une hypersensibilité du système nerveux entérique. Le rôle et l'influence de la flore intestinale restent à préciser. La présence anormale de trypsine-3, une protéase destinée à la digestion, a été mise en évidence dans les côlons atteints par le SII. Cette activité est d'autant plus suspecte que le côlon n'est normalement pas le siège de la digestion, achevée en amont dans l'intestin grêle. Cette enzyme produite par les cellules de la muqueuse intestinale augmente sa perméabilité et joue le rôle de neurotransmetteur. Ce qui expliquerait l'hypersensibilité ressentie dans cette pathologie. La cause primitive de ce dérèglement reste inconnueC. Rolland-Foucarde et coll. Epithelial expression and function of trypsin-3 in irritable bowel syndrome, Gut 2017;0:1–12. doi:10.1136/gutjnl-2016-312094. Troubles de la motricité digestive: on retrouve deux profils à ces troubles, l'un constipateur et l'autre diarrhéique. Les anomalies diarrhéiques sont les mieux identifiées; à savoir qu'elles concernent les phases interdigestives, grêliques et postprandiales. On note une hyperactivité grélique et des phases interdigestives qui sont plus nombreuses et plus expansives, allant deux fois plus souvent jusqu'à l'iléonThèse page 92 : Le rôle de l’intestin dans l’équilibre de notre santé ; Auteur : CASSILDE Cyril ; Soutenue le : 07/01/16 Faculté de pharmacie Université de BOrdeaux 2 . Hyposensibilité des voies nerveuses: de façon contre-intuitive, une étude Ostertag Daniela, Buhner Sabine, Michel Klaus, Pehl Christian, Kurjak Manfred, Götzberger Manuela, Schulte-Frohlinde Ewert, Frieling Thomas, Enck Paul, Phillip Josef, Schemann Michael « tryptase (IBS-cocktail) » Front. Neurosci. 2015 rapporte une désensibilisation des nerfs de la paroi intestinale. , ces neurones réagissent très peu au contact d'un cocktail de substances inflammatoires (histamine, sérotonine, peptidase et TNF-alpha) ou à l'électrostimulation. Il s'agirait d'un mécanisme de compensation à la suite d'une exposition continue à l'irritation de la muqueuse intestinale.
Rôle du microbiote: la composition bactérienne intestinale des personnes atteintes du syndrome de l'intestin irritable est différente de celle des sujets sains avec un écart quantitatif et qualitatif qui se manifeste par une pullulation bactérienne excessive se répandant au-delà du côlon (dans l’iléon, voire le jéjunum), et par une rupture de l'équilibre bactérien. La prolifération qui engendre des phénomènes de putréfaction et de fermentation serait responsable d'inflammations et de troubles moteurs gréliques. L'excès de Bacillota (Faecalibacterium, Acetititomaculum…) est le plus souvent rapporté. Dans le syndrome à constipation, l'augmentation du rapport Bacillota/Bacteroidota domine, en association avec un état dépressif. Pour les syndromes diarrhéiques, ce sont les Bacteroides et les Clostridia qui sont en excès, en plus d'une réduction des Bifidobacterium. Une étude montre la prévalence d'une Archaea : Methanosphaera stadtmaniae.
Épidémiologie Cette maladie concerne près de 10 % de la population mondiale Drossman DA, Camilleri M, Mayer EA, Whitehead WE, « AGA technical review on irritable bowel syndrome » Gastroenterology 2002;123:2108-31., le plus souvent des femmes entre 20 et 40 ans (deux fois plus atteintes que les hommes Whitehead WE, Palsson O, Jones KR. « Systemic review of the comorbidity of irritable bowel syndrome with other disorders: what are the causes and implications? » Gastroenterology 2002;122:1140-56.), se répartissant de manière à peu près égale entre les formes à constipation prédominante et celle à diarrhée prédominante (le passage entre ces formes est fréquent).
Les symptômes peuvent apparaître dès l'enfance.
Dans 10 % des cas, le syndrome apparaît à la suite d'une gastro-entérite Spiller R, Campbell E. « Post-infectious irritable bowel syndrome » Curr Opin Gastroenterol. 2006;22:13-7..
En France, le syndrome de l'intestin irritable touche environ 5% de la population.
Elle a un coût économique important Leong SA, Barghout V, Birnbaum HG « The economic consequences of irritable bowel syndrome: a US employer perspective » Arch Intern Med. 2003;163:929–35., à cause des multiples consultations nécessaires et, parfois, à cause des erreurs de diagnostic conduisant à un traitement inapproprié. Le coût annuel moyen est estimé proche de par malade en FranceCanavan C, West J, Card T, Review article: the economic impact of the irritable bowel syndrome, Aliment Pharmacol Ther, 2014;40:1023-34.
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