Thoutmôsis , ou Djehoutymès , est le sixième pharaon de la égyptienne. Manéthon l’appelle Misphragmuthosis.

Devenu le seul pharaon après la mort de et d'Hatchepsout, ce roi guerrier constitue le plus vaste empire que l'Égypte ait jamais connu. Pas moins de dix-sept campagnes lui permettent de conquérir des terres s'étendant de la Syrie à la Haute-Nubie.

Thoutmôsis ne règne seul qu'à partir de la mort d'Hatchepsout, en 1458 / 1457 av. J.-C. Il meurt en 1425 av. J.-C., après cinquante-trois ans de règne. Les avis sont partagés sur les dates de son règne-1479/-1478 à -1425 selon J. von Beckerath, J. Málek, N. Grimal, Murnane, D. Arnold, I. Shaw, K. A. Kitchen, E. Krauss, C. AldredAutres avis de spécialistes : -1504 à -1452 (D. B. Redford), -1504 à -1450 (E. F. Wente, van Siclen), -1490 à -1436 (E. Hornung, R. A. Parker, A. Gardiner), -1479 à -1424 (A. D. Dodson), -1467 à -1413 (H. W. Helck)..

Généalogie

Ascendance

Djehoutymès, dont est la forme hellénisée, est le fils de et d'Iset (ou Aset), une concubine de son père (Iset n'a en effet jamais porté le titre d'« épouse du roi »). À son avènement, il est encore un jeune enfant. La régence est exercée par sa tante et belle-mère Hatchepsout, « l’épouse du dieu », qui adopte la titulature et les attributs royaux vers l'an 7 de son règne. Pendant une vingtaine d'années, Thoutmôsis est tenu à l'écart des affaires. Après la disparition d'Hatchepsout, en l'an 21 ou 22 du règne, et dans des circonstances inconnues, il obtient enfin la pleine souveraineté et dirige l'Égypte jusqu’à sa mort.

Épouses

Sa première grande épouse royale se nomme Satiâh (ou Sitiâh), fille de la nourrice du roi Ipou, mais elle meurt à un moment donné du règne, laissant la place à l'autre grande épouse royale du règne, la reine Mérytrê-Hatchepsout, fille d'une certaine Houy, dot les titres sacerdotaux la classe parmi l'élite des dames de son tempsLe nom n’implique pas nécessairement qu’elle soit la fille d’Hatchepsout.. Satiâh est attestée pour la première fois dans l'Akhmenou du temple d'Amon-Rê à Karnak, érigée à la fin de l'an 23 ; mais le roi est déjà père d'un fils nommé Amenemhat, qui semble déjà avoir passé le stade de tout jeune enfant car il porte le titre honorifique de « surveillant des troupeaux de vaches laitières », il est ainsi probable que Satiâh était déjà son épouse depuis un certain temps lors de l'érection de Akhmenou. Quant à Mérytrê-Hatchepsout, elle entre en scène vers l'an 30, et occupe l'ensemble de la fin du règne du roi.

D'autres épouses du roi sont connues : Nebtou, mentionnée dans la tombe de son intendant Nebamon (TT24) et surtout représentée dans la tombe du roi KV34 avec les reines Satiâh et Mérytrê-Hatchepsout et la princesse Néfertari ; cette représentation dans la tombe du roi montre que ce dernier devait tenir à elle, Nebsémi, connue seulement par une statue de la reine découverte dans le temple de à Cheikh Abd el-Gournah, Manheta, Manouai et Marouti, trois épouses syriennes dont la seule attestation est leur tombe commune dans l'un des Ouadis occidentaux ; elles proviennent peut-être des femmes capturées parmi les élites cananéennes lors des nombreuses campagnes du roi au Proche-Orient.

Sa demi-sœur Néférourê, fille de son père et de sa tante et belle-mère Hatchepsout, a longtemps été présentée comme son épouse. Cependant, nulle part la princesse n'apparaît comme une épouse du roi. Certes, la tradition dynastique aurait voulu que le jeune roi épouse sa sœur, mais le très jeune âge de et Néférourê, et la mort précoce de cette dernière entre l'an 11 et l'an 16 du règne, a peut-être fait avorter le mariage.

Descendance

De ses différentes épouses, le roi a plusieurs enfants ; ceux dont la trace nous est parvenue sont les suivants : Amenemhat, fils aîné du roi et probablement fils de la première grande épouse royale, Satiâh, les enfants de la seconde grande épouse royale, Mérytrê-Hatchepsout : le futur roi , le prince Menkhéperrê, attesté par des vases canopes censés provenir de la vallée des Reines et par la statue de sa grand-mère Houy ; il a été nommé ainsi d'après le nom de Nesout-bity de , la princesse et épouse du dieu Mérytamon, attestée par plusieurs documents, dont la décoration du temple de son père à Deir el-Bahari et la statue de sa grand-mère Houy, une autre Mérytamon, attestée uniquement sur la statue de sa grand-mère Houy, la princesse Iset, attestée uniquement sur la statue de sa grand-mère Houy ; elle a été nommée ainsi d'après son autre grand-mère, Iset, la princesse Nebetiounet, attestée uniquement sur la statue de sa grand-mère Houy, des princes et princesses dont le nom de la mère n'est pas connu : le prince Siamon, attesté sur la statue cube de son précepteur Sennéferi, enterré dans la tombe TT99, fonctionnaire du règne connu par ailleurs, la princesse Baketamon, attestées par quatre objets, dont l'un (unfragment d'objet en faïence) permet d'en faire la fille de , la princesse Néfertari, attestée uniquement dans la tombe de son père, sur un pilier où elle est représentée avec les reines Satiâh, Mérytrê-Hatchepsout et Nebtou.

Règne Le roi guerrier

Thoutmôsis , qui fut appelé « le Napoléon de l'Égypte antique » par l'égyptologue américain James Henry Breasted, reprend la politique de conquêtes de son père et porte le Nouvel Empire à son apogée. Il mène des campagnes en Nubie, où il dépasse la , et en Syro-Palestine, où la bataille et le siège de Megiddo sont les épisodes le plus connus. Au cours de ses seize (ou dix-huit) expéditions militaires en Asie, il aurait pris , soumettant la plupart des territoires à l'ouest de l'Euphrate, qu'il franchit au cours d'une campagne contre le royaume de Mittani. L'événement est commémoré par une stèle-frontière que le roi fit ériger sur la rive occidentale du fleuve, à côté de celle de son grand-père .

Le récit de ces campagnes constitue les « annales de Thoutmôsis », inscrites sur les murs de la chambre abritant le « saint des saints » du grand temple d'Amon à Karnak.

La première campagne qu’il mène en Asie, à la tête de dix mille soldats, se situe en l'an 22/23 de son règne (, de la saison Peret, an 22). Elle est entreprise pour écarter la menace d'une coalition de princes formée autour du roi de Qadesh, vassal du roi de Mittani. Thoutmôsis l’emporte à la bataille de Megiddo. Bien qu'en très net avantage, les Égyptiens ne prennent pas la ville du fait de leur manque d'expérience dans les assauts de cités fortement murées. Thoutmôsis y met le siège et fait entourer la cité par des fossés. La dernière récolte ayant été prise par les Égyptiens, la ville finit par se rendre après sept mois de siège. Sa reddition livre la Palestine à Thoutmôsis .

Le roi poursuit alors vers le nord et assujettit le pays (Naharin) jusqu’au Litani. La Syrie est conquise au cours de la , avec la prise de Qadesh. Les ports phéniciens se soumettent un an plus tard, au cours de la .

En l'an 33 de son règne, les guerres d'Asie débouchent sur une confrontation directe avec le Mittani. L'armée transporte des bateaux construits à Byblos à travers le désert afin de franchir l'Euphrate. Elle atteint le pays de Qatna, près de la ville moderne de Homs, ravage la région de Karkemish, puis traverse le « grand fleuve de Naharina », tandis que l’ennemi mittanien fuit « comme les troupeaux de chèvres de la montagne ».

Les campagnes suivantes servent à stabiliser les frontières de l’Égypte sur l’Euphrate, arrêtant par là l’expansion du Mittani. Les cités syro-palestiniennes sont désormais gouvernées par des princes dont les enfants sont emmenés en otage. Elles conservent une certaine autonomie, mais sont soumises au tribut par une administration égyptienne renforcée par des troupes stationnées aux endroits stratégiquesContrairement à l'un de ses successeurs, Ramsès II, qui exagéra ses exploits militaires, Thoutmôsis III avait mérité les triomphes détaillés sur les nombreux monuments qu'il fit construire..

En Nubie, le roi va au-delà de la . Il fait graver sur le Gebel Barkal une autre stèle-frontière, à côté de celle de son illustre aïeul .

On connaît au moins un de ses généraux, le général Djéhouty, à la fois par une coupe en or conservée au musée du Louvre, un bracelet en or au musée de Leyde, et par un conte dont le texte nous est parvenu (La Prise de Joppé)Coupe de Djéhouty, Louvre..

Le roi bâtisseur vignette|Statue en granit du pharaon Thoutmôsis . Ce roi guerrier est aussi un grand bâtisseur, à l'instar de ses prédécesseurs. À Karnak, il poursuit les travaux de transformation du temple d'Amon-Rê, qui est richement doté. Il y fait notamment construire l'Akhmenou ou « salle des fêtes ».

« Les taxes perçues comme tributs annuels », avait décidé le roi, « seront destinées aux offrandes divines de mon père Amon. Ma Majesté lui offre de même toutes sortes de richesses en or, argent, lapis-lazuli, turquoise, du cuivre noir, du bronze, du cuivre, de l'étain et des couleurs en très grandes quantités ».

Il remplace les sanctuaires de briques du Moyen Empire par des temples en pierre, « le matériau d'éternité ». Son œuvre architecturale est immense : le roi construit en Nubie jusqu'au Gebel Barkal et à Kôm Ombo, à Erment, à Deir el-Bahari (Djéser-akhet), à Cheikh Abd el-Gournah (Henket-ânkh) et à Médinet Habou à l'ouest de Thèbes, à Esna et à Dendérah. Il fait aussi aménager au sud de l'île de Pharos un port maritime que achèvera.

Thoutmôsis tente de surélever certains temples pour les préserver des crues du Nil. Durant la de son règne, il fait construire un bâtiment plus important, une réplique du temple de , l'Akhmenou ou « édifice brillant ». Il reproduit les styles et proportions des temples du Moyen Empire..

La chapelle des Ancêtres du roi Thoutmosis

Économie Les conséquences des conquêtes de Thoutmôsis sont un énorme afflux de richesses vers l'Égypte, sous forme de butin de guerre ou de livraisons annuelles. La Palestine et la Syrie envoient du vin, de l'huile, des bovins, des ovins, des chevaux, de l'argent, du cuivre, des pierres précieuses, des armes, des chars, des serviteurs et des princesses pour le harem royal. La Phénicie livre du blé, du cuivre et de l'étain ; elle prête aussi sa flotte pour des opérations militaires. D'Afrique arrive de l'or, de l'ivoire et de l'ébène.

L'Assyrie fournit du lapis-lazuli à titre de « tribut d'hommage » (C. Lalouette), et le Hatti des pierres précieuses. Le pays de Pount envoie de l'encens et de la myrrhe.

Thoutmôsis fait de l'Égypte le centre d'un vaste empire qui englobe le pays de Koush et le couloir syro-palestinien. Les tributs des territoires conquis permettent un vaste programme de constructions à la gloire d'Amon et de son royal protégé.

À l'époque de Thoutmôsis , le prix d'un bœuf est d'environ deux onces d'or. Il est toujours aujourd'hui (au cours moyen de l'or) du même ordre de grandeurAlain Maître L’or est-il la monnaie universelle qui nous manque actuellement (R. Mundell) ou n’est-il qu’une relique barbare (Keynes) ? : La démonétisation de l’or au marque une rupture considérable si l’on songe que depuis les grandes civilisations de l’Antiquité le commerce était réglé en or. C’est l’Égypte, riche en métal jaune qui a le moyen d’en faire un étalon monétaire à partir du Moyen-Empire. Sous Thoutmôsis , il faut d’or pour acheter un bœuf. Au , l’or est estampillé en Cappadoce, en Assyrie, en Chine et c’est dans le monde hellénisé qu’au la révolution monétaire est acquise...

Fin de règne À la fin de sa vie, il partage vraisemblablement le pouvoir, de son plein gré cette fois, avec le futur , fils de la grande épouse royale Mérytrê-Hatchepsout.

Scarabées de vignette|centre|Bague-scarabée de .

Sépulture vignette|Décoration de la Tombe KV 34.