Le Mouvement contre le racisme et pour l'amitié entre les peuples (MRAP) est une association française non gouvernementale, créée en 1949 par d'anciens résistants et déportés de la Seconde Guerre mondiale, qui se définit comme un moyen de revendication pour « l'égalité des droits entre tous les citoyens ».. Cet objectif était présent dès la fondation de l'association dans ses statuts« [L'objectif de l'association est de] lutter contre le racisme, c'est-à-dire toutes discriminations, exclusions, restrictions ou préférences, injures, diffamations, provocations à la haine ou aux violences, à l'encontre d'une personne ou d'un groupe de personnes en raison de leur appartenance ou de leur non-appartenance, réelle ou supposée, à une prétendue « race », une ethnie, une nation, une culture ou une religion déterminées ». Ses statuts affirment aussi que le MRAP « entend contribuer à prévenir et à réprimer les crimes contre l'humanité, les génocides, leur apologie ou leur contestation (…), [et] entend favoriser l’amitié entre les peuples par la connaissance mutuelle, la compréhension entre les personnes d'origines différentes, afin de contribuer au dialogue des cultures et à la paix mondiale. ». Source : ..

Par un arrêté du ministère de la jeunesse et des sports du , le MRAP est agréé comme « Association nationale d'éducation populaire ». Il est doté du statut consultatif auprès de l'ONU et est membre de la Commission nationale consultative des droits de l'homme (CNCDH)Voir notamment « M. Pierre-Bloch reconduit à la Présidence de la Commission nationale consultative des droits de l'homme », dépêche AFP, Paris, .. Le slogan de l'organisation est « Tous pas pareils, tous égaux ».

Présentation générale Positionnement L'action du MRAP s'exerce notamment en faveur d'immigrés légaux ou illégaux, demandeurs d'asile, de Roms, de gens du voyage, de Juifs, de Français d'origine étrangère, d'homosexuels. Le MRAP soutient les étrangers en situation irrégulière, et milite contre certains éléments de la politique immigratoire de la France et de l'Union européenne.

Il intente des actions contre les discriminations racistes dans le travail, le logement, les loisirsQuelques affaires dans lesquelles le MRAP s'est porté partie civile :

.. Le MRAP se déclare pour une paix juste et durable au Proche-Orient, les démocrates iraniens, les actions contre la peine de mort aux États-Unis et en Chine surtout, le soutien à toutes les victimes innocentes des violences politiques.

Il organise chaque année une « semaine d'éducation contre le racisme » dans des établissements scolaires. Il participe, notamment avec la Ligue des droits de l'homme (LDH), à des campagnes sur la citoyenneté et milite pour le droit de vote des étrangers, et communique à ce sujet ses positionsVoir la campagne Votation citoyenne, organisée par la Ligue des droits et à laquelle le MRAP participe, notamment en mettant des urnes dans ses permanences pour faire voter sur l'octroi ou non de ce droit aux résidents étrangers. Voir notamment : ..

Liens avec d'autres mouvements Ce mouvement a pris part à la création de l'Association pour la taxation des transactions financières et pour l'action citoyenne (ATTAC), et en est membre à ce titre. Il fait partie du Réseau éducation sans frontières (RESF), de Migreurop., de l'European network against racism., et à ce titre participe à une réflexion globale, avec d'autres associations, sur les droits de l'hommePar exemple « Pour son anniversaire, la Déclaration des droits de l'homme mérite bien un lifting », Libération, Paris, 10-...

Mouloud Aounit, président du MRAP, est conseiller régional d'Île-de-France, élu tête de liste Alternative citoyenne sur une liste d'union avec le Parti communiste français dans la Seine-Saint-Denis, et a soutenu la candidate communiste Marie-George Buffet à l'élection présidentielle de 2007, sans pour autant avoir sa carte au Parti communiste.

Historique 1949-1977 : Mouvement contre le racisme, l'antisémitisme et pour la paix

Le , le MRAP a été créé par des membres du Mouvement national contre le racisme (MNCR), de la Ligue internationale contre le racisme et l'antisémitisme (alors LICA mais utilisant le terme « racisme » dans son titre), et du mouvement des Francs-tireurs et partisans - Main-d'œuvre immigrée (FTP-MOI). ainsi que par de diverses personnalités telles qu'Albert Lévy, Marcel Manville, Pierre Roland-Lévy et le peintre Chagall. Il prend le nom de « Mouvement contre le racisme, l'antisémitisme et pour la paix ».

Positions contre le réarmement de l'Allemagne

De 1950 à 1954, . En 1951, il participe à la vaste campagne de pétitions contre l'arme atomique qui prend le nom d'appel de Stockholm, soutenu par le Mouvement de la Paix, lié au PCF. Le , il organise à l'Hôtel Moderne une conférence contre le réarmement allemand et se rend à l'ONU pour y porter une résolution. Le , le MRAP organise, toujours à l'hôtel Moderne, une réunion contre la reconstitution de l'armée allemande ou Wehrmacht. Le , sous l'égide de son Président Maître Léon Lyon-Caen, il tient un meeting contre le réarmement allemand. En , à la veille du vote sur la Communauté européenne de défense, une délégation du MRAP se rend à l'Assemblée nationale pour demander de s'y opposerMRAP, Chronique d'un combat inachevé, Le Temps des cerises, ; informations recoupées par des journaux Droits et libertés d'époque (années 1950).

Actions contre l'antisémitisme Dans les dix années qui suivent la libération de la France, il y a un renouveau des formations à caractère raciste, notamment par le biais de nombreuses publications (L'Époque, Le Nouveau Prométhée, Aspects de la France, Paroles Françaises)Pour le contexte de l'époque voir : .Pour un exemple de publication raciste de l'époque dans laquelle le directeur du journal sera condamné à francs français d'amende : ..

Le MRAP cherche tout d'abord, à utiliser le droit existant pour lutter contre la diffusion des idées racistes mais il complètera son action par du lobbying juridique en vue du renforcement de la législation existante.C'est le cas avec le projet législatif qu'il propose en 1959 aux assemblées.

Coopération contre le racisme Le MRAP cherche aussi à développer une solidarité entre les associations de lutte contre le racisme. Dans la nuit du dimanche 28 au lundi , des attentats sont commis contre les deux fils du Président de la LICRA, Jean Pierre-Bloch. Le MRAP condamnera ces attentatsEncart, Le Monde, Paris, 2 octobre 1975..

Le samedi 18 et le dimanche a eu lieu la conférence annuelle Naïe Presse (« Presse nouvelle » en yiddish). Le MRAP, par l'intermédiaire de son président Pierre Paraf, y participera..

L'utilisation de la loi comme arme contre le racisme Déjà en , dans la revue Droit et Liberté qui deviendra la revue du MRAP trois mois après, Daniel Bess préconise d'engager des poursuites judiciaires contre le Mouvement socialiste d'unité populaire (ou MSUF qui deviendra le Parti républicain d'unité populaire), un groupuscule nazi qu'il suspecte d'être la vitrine légale d'un groupe responsable de plusieurs attentats antisémites dans des magasins à Paris. Mais les limites de la loi sont là, car les textes sont difficiles à appliquer et sont insuffisants, limités jusqu'en aux décrets Marchandeau de 1939. Le MRAP accuse les publications d'extrême-droite de profiter de cette faille juridique.

À la suite de divers procèsCelui de l' association des médecins d'origine étrangère contre L'Époque en mars 1949. Celui intenté par l' Association des anciens internés et déportés juifs et par l' Union des engagés volontaires et anciens combattants juifs contre Aspects de la France qui affirmait, notamment, que les juifs « sont responsables de quelques-unes des pires conséquences de cette guerre de 1939 »., le MRAP entame une campagne pour obtenir l'interdiction de la presse antisémite. En , il diffuse auprès d'un large public une liste de brochures antisémites. Le MRAP accuse en Charles Maurras, leader de l'Action française, de réclamer dans Aspects de la France un statut pour les juifsVoir MRAP, Chronique d'un combat inachevé, Éditions le Temps des cerises, Paris, 1999, .De manière plus générale, Charles Maurras a également eu des propos contestant la lutte contre le nazisme. Voir le discours à l’Assemblée nationale du 11 avril 1952 de Pierre-Henri Teitgen.. Le MRAP demande alors à ses adhérents d'écrire et d'envoyer des pétitions au juge d'instruction du Palais de Justice de Paris pour que Maurras soit le plus rapidement poursuivi devant les tribunaux. Maurras sera effectivement inculpé.

Le , Aspects de la France, hebdomadaire de l'Action française de tendance royaliste est condamné en première instance à francs français de l'époque pour la diffusion d'articles antisémites. L'amende sera portée à francs en appel.

Le , Aspects de la France est à nouveau condamné pour avoir attaqué Pierre Mendès France sur sa judéité ; la du tribunal correctionnel de la Seine condamnera Pierre Boutang, alors gérant du journal, à francs français d'amende. L'amende sera portée à francs en appel le , notamment pour « la persistance des prévenus dans leur diffamation »Jacqueline Costa-Lascoux, Andrée Francisci, Manfred Imerglik, Albert Lévy, Martine Mehl, George Pau-Langevin, Francis Pudlowski, Bruno Ryterband, pour le MRAP, Chronique du flagrant racisme, Éditions la découverte, 1984, ..

Combats contre l'apologie du racisme dans la France d'après-guerre thumb|Carte postale créée lors de la campagne de lutte contre les discriminations du MRAP en 2001. Dessin de Charb, dessinateur à Charlie Hebdo et L'Humanité.

Fraternité Française, en , a publié un article de Pierre Poujade attaquant un candidat du de Paris. Le MRAP jugea l'article antisémite et saisit le Procureur de la République qui intentera un procès. En paraît un second article dans Fraternité Française intitulé « Le régime et les juifs. Pierre Poujade inculpé d'antisémitisme. Un comble ! », dans lequel Pierre Poujade accuse le MRAP d'exciter la haine raciale et attaque l'association pour diffamation. Le procès est jugé à Limoges en , où Pierre Poujade et Fraternité Française sont alors condamnés chacun à nouveaux francs. Pierre Poujade et le directeur de Fraternité Française font appel, et en , la Cour d'appel annule le jugement de première instance et se range aux arguments de l'avocat de Pierre Poujade selon lequel l'article incriminé ne s'attaquait pas à tous les juifs, mais à une personne en particulier (le candidat aux élections dans le de Paris).

En , Marc Augier, un ancien collaborateur sous l'occupation de la France par les Allemands, publie sous le pseudonyme de Saint-Loup une apologie de la Luftwaffe. Le MRAP et des associations de résistants et de déportés demandent en vain l'intervention du ministère de l'Intérieur, invoquant l'interdiction d'apologie de crimes de guerre. Mais le Parquet ne s'estimera pas compétent.

En , la revue du MRAP Droit et Liberté détaille l'argumentaire raciste d'un journaliste de Minute, Pierre Desmaret. Ce dernier poursuivra le MRAP pour diffamation, mais sera débouté.

L'action du MRAP pour le vote d'une loi interdisant l'apologie du racisme Dès sa création, le MRAP a exprimé la nécessité selon lui d'une loi pour réprimer le racisme et pour permettre aux associations de se constituer partie civile.

En 1959, le magistrat Léon Lyon-Caen, alors Président du MRAP, rédige un projet de loi qui est envoyé à tous les députés et les sénateurs, mais il restera longtemps sans suite. thumb|L'affiche reproduisant le texte de la loi de 1972, réalisée par Jean-Yves Treiber (créateur du premier logo du MRAP), a connu plusieurs éditions. Elle a été apposée dans des lieux publics, sur l'intervention des comités locaux du MRAP : mairies, écoles, commissariats. La loi a été aussi éditée en un petit dépliant, avec des conseils en plusieurs langues pour son utilisation.