Le souverainisme au Québec ou l'indépendantisme au Québec est un courant politique qui revendique que le Québec devienne un pays souverain et indépendant, plutôt que de conserver son statut de province au sein de la fédération canadienne. Le Québec est actuellement l'une des dix provinces canadiennes. Selon le souverainisme, la province devrait quitter la fédération et devenir un État souverain entièrement indépendant du Canada.
Le mouvement souverainiste, qui s'oppose au fédéralisme, se fonde sur l'idée que les Québécois forment une nation et ont donc droit à l'autodétermination en dehors du Canada, plutôt qu'au sein du Canada comme actuellement. Cela s'appuie sur un certain nombre de particularités historiques, culturelles et linguistiques de la province par rapport au reste du Canada. Il s'appuie aussi sur une vision de la fédération canadienne selon laquelle : les Québécois forment une « société distincte » du reste du Canada sous plusieurs aspects, notamment sociologiques; les intérêts (économiques et culturels) des Québécois sont souvent incompatibles avec ceux de l'ensemble du Canada; la fédération canadienne a généralement nui au développement des Québécois, soit par malveillance soit par le simple poids démographique des anglophones lui donnant une écrasante majorité au Parlement fédéral.
Le Québec est différent des autres provinces du Canada du fait qu'il est essentiellement francophone, alors que les autres provinces sont essentiellement anglophones. Il en découle plusieurs différences culturelles.
Au Québec, le souverainisme s'oppose : au fédéralisme, dont les tenants souhaitent que le Québec reste au sein du Canada, avec ou sans révision de la répartition des pouvoirs entre le pouvoir fédéral et celui des provinces; à l'autonomisme, dont les tenants souhaitent une décentralisation des pouvoirs, reconnue ou non dans la Constitution, mais sans sécession. À noter que plusieurs Québécois oscillent entre souverainisme et autonomisme.
Vocabulaire vignette|Localisation, en bleu foncé, du Québec au sein de l'Amérique du Nord.
En pratique, les termes « indépendantisme », « souverainisme » et « séparatisme » sont utilisés pour qualifier le mouvement social souverainiste. La différence entre les appellations peut signifier une certaine différence entre les visées politiques. L'utilisation du terme « indépendantisme » est souvent employé pour désigner la volonté d'un pays pleinement indépendant, alors que le « souverainisme » inclut aussi des projets d'indépendance partielle à condition qu'ils viennent avec une indépendance légale, c'est-à-dire un droit de retrait illimité. Toutefois, cette distinction est de moins en moins faite, et n'a jamais été reconnue par le camp des opposants. Le terme « souverainisme » est le terme le plus employé de 1968 à nos jours.
Toutefois, l'utilisation du terme « séparatisme » est parfois perçu comme péjoratif au Québec. De plus, la plupart des discours politiques du premier ministre du Canada utilisent le terme « séparatisme », afin d'accentuer la dimension négative du projet..
Le terme « sécession »/« sécessionniste » est beaucoup plus rare, voire absent, du vocabulaire québécois et canadienVoir cependant le Renvoi relatif à la sécession du Québec, une décision de la Cour suprême du Canada..
Contrairement au vocabulaire en vigueur dans d'autres pays, le terme « autonomie »/« autonomiste » ne désigne presque jamais une forme de souveraineté du Québec, puisqu'il se réfère traditionnellement à des mouvements de réforme de la fédération ou d'affirmation institutionnelle de la province (relations diplomatiques hors-Canada, création du rapport d'impôt québécois et de la Caisse de dépôt, etc). Il est donc associé à l'autonomisme québécois.
Historique (1759-1995)
Origines Les origines du souverainisme québécois remontent au . vignette|Bataille des plaines d'Abraham, bataille montrant le commencement de la présence britannique au Canada.
Conquête britannique (1759-1776)
En effet, depuis la conquête britannique, les Canadiens (colons français de l’ancienne Nouvelle-France) possédaient déjà une certaine crainte quant à l’avenir de leur culture, de leur langue et de leur religion, à la suite de cette conquête. En ajout à ce changement radical, les gouvernements britanniques étaient très connus pour leurs grandes techniques d’assimilation. Toutefois, l’Église catholique se présenta comme "garante" des francophones dans une volonté de médiation. Ce rôle fut très ambivalent, pour les francophones et fut renversé lors de la Révolution Tranquille.
Ainsi, dans cette optique culturelle et politique, l'idée de se libérer de l’Empire britannique débuta rapidement à la suite d'un changement géopolitique d'envergure international qui bouleversa les idées des Canadiens : la révolution américaine. Durant cette révolte, les Canadiens ont vécu, pour la première fois, une séparation d’un point de vue politique. En effet, les Canadiens devaient choisir entre l’allégeance britannique ou devenir rebelles vis-à-vis de l’armée américaine. Même si certains ont rejoint les "Rangers", la majorité des Canadiens décidèrent de maintenir leur allégeance dû à l'acte de Québec et à l'immense propagande venant de l'Église.
Les loyalistes et la rébellion des patriotes (1783-1840) vignette|Le Haut-Canada et le Bas-Canada, après l'acte constitutionnel Après la révolution, un nouveau défi commença pour les Canadiens français de la colonie britannique. Pour être précis, nombreux colons des treize colonies trouvèrent refuge dans la province of Quebec. La majorité d’entre eux s'installa dans la région du lac Ontario pour créer ce qui allait devenir l’actuelle province d'Ontario (dans la culture folklorique du Québec, l'Ontario a toujours été une province rivale). Ces loyalistes demandaient la création d’une chambre d’assemblée dans la colonie. Toutefois, les nouveaux habitants de la colonie avaient plusieurs demandes ralentissant le progrès politique et culturel des francophones de la province of Quebec, dont celle d'avoir l’anglais et la religion anglicane comme langue et religion officielles. Cette tension entre Canadiens et loyalistes devint une épreuve difficile pour le maintien de la paix dans cette colonie. Pour régler cette situation, la couronne créa deux colonies distinctes : le Haut-Canada (Britanniques et loyalistes) et le Bas-Canada (Canadiens) par l’Acte constitutionnel. Même si le nom peut paraître péjoratif, les noms des colonies correspondent aux noms géographiques des régions des basses terres et hautes terres du fleuve St-Laurent. vignette|Organisation politique du Bas-Canada Avec la création de ces deux colonies et de ces deux assemblées, Canadiens et loyalistes ne se préoccupèrent plus les uns des autres. Cependant, ce qui était une revendication des nouvelles chambres d'assemblée, la couronne ne permet pas encore aux chambres d’avoir des gouvernements responsables. De plus, le gouverneur général (qui est choisi par le parlement britannique) possède encore le droit de veto. Ainsi, plusieurs lois favorisant les Canadiens seront rejetées par celui-ci. Le gouverneur sera donc publiquement en accord avec les lois et projets améliorant les situations des anglophones de la colonie (les anglophones possèdent la quasi-totalité des entreprises et des commerces du Bas-Canada). Dans cette situation, la tension entre Canadiens et Britanniques du Bas-Canada sera amplifiée. Plusieurs partis politiques, clubs et journaux seront créés pour afficher leur colère face à l’injustice politique dans la colonie. Cette situation mènera le parti patriote au pouvoir. Par peur d'une insurrection politique dans la colonie, le gouverneur sanctionna la chambre d’assemblée et le parti patriote, interdit les rassemblements politiques et augmenta les patrouilles dans les grandes villes du Bas-Canada (Montréal et Québec). Le choc est extrêmement puissant pour la communauté politique progressiste de la colonie. À cet instant, plusieurs réunions et conseils envisagèrent de prendre les armes contre le joug de la couronne. C’est durant cette période que le mouvement souverainiste des Canadiens français, et plus tard des Québécois, naîtra. La rébellion des patriotes sera un épisode sanglant dans l’histoire du Canada et une terrible défaite pour les peuples français et irlandais. Celle-ci aura de terribles conséquences pour la population catholique. En effet, durant cette rébellion, l’armée britannique ne sera pas seulement composée de soldats, mais aussi de Britanniques souhaitant joindre l’armée et infliger de dures pertes aux Canadiens français considérés comme concurrents économiquement. De plus, la pensée de l’assimilation et de la supériorité des Britanniques face à la race « inférieure » fera surface dans les idées de contrôle de la population francophone de la colonie britannique. vignette|Bataille de St-Eustache durant la rébellion des patriotes Après cette terrible défaite, les Canadiens français s'éloignèrent de l’idée d’indépendance. Cela amènera un énorme ralentissement au mouvement progressiste des francophones ajouté à un dur combat politique de résistance pour le peuple francophone de l’Amérique septentrional face à plusieurs tentatives d’assimilation et d'idées politiques « anti-français ». Cette période de l'histoire des Canadiens français posera un énorme défi pour ceux-ci. Toutefois, l’Église catholique et la fierté culturelle de ce peuple maintinrent une identité linguistique et culturelle unique dans le monde. Ainsi, c'est après plusieurs années de jonglages politiques et de persévérance qu'ils obtinrent certains privilèges telles qu'un gouvernement responsable ou la protection de la langue française dans ce territoire majoritairement anglophone.
Les débuts du retour (1939-1960)
Il faudra attendre la Révolution tranquille pour que l’idée d’indépendance revienne en force, faisant en sorte qu’elle soit encore aujourd’hui au centre d'un énorme débat au Québec. Avec l’arrivée du Parti libéral du Québec et de l’Union nationale qui prônait l’autonomie du Québec dans le Canada, l’idée de l’autonomie pour certains ne suffisait pas.
Essor (années 1960) Avant cette époque, ni les nationalistes traditionnels de l'Union nationale ni ceux du Parti libéral du Québec ne furent partisans de l'indépendance. Malgré des slogans électoraux tels Maîtres chez nous chez les libéraux, et Égalité ou indépendance chez les unionistes, aucun des deux principaux partis n'articule de politique qui va au-delà de simples demandes de réformes constitutionnelles. Toutefois, pour certains, même si ces partis proposèrent des idées autonomistes pour le Québec, celui-ci devait, en fait, devenir un état afin que son identité et son projet collectif soient accomplis. C’est dans cette optique que le Parti québécois est créé avec comme raison d'être la souveraineté du Québec.
Transformation post-référendaire (1980) vignette|Logo du NON, lors du référendum du Québec, en 1980