Henri Michel Antoine Chapu est un sculpteur et médailleur français, né le au Mée-sur-Seine et mort le dans le de ParisArchives de Paris , acte de décès , année 1891, ..
Biographie
L'enfance Henri Chapu naît du mariage de Julien Chapu (1811-1869) et de Claire Lecoq (1803-1880), dans la propriété que possède le marquis Armand Pierre de Fraguier (mort en 1841), au Mée-sur-Seine, où ceux-ci sont employés respectivement comme cocher et comme ménagère. Après avoir été placé en nourrice chez des alliés familiaux, successivement à Marcq et à Thoiry, à l'âge de dix ans, il est de retour au Mée-sur-Seine pour aussitôt suivre ses parents à Paris lorsque son père devient concierge du marquis Léonce de Vogüé dans son immeuble aujourd'hui disparu du 92, rue de Lille. Les traits de ses parents nous sont connus : ceux de Julien, doublement, par le portrait au pastel réalisé en 1846 par la jeune Ursule de Vogüé (future comtesse Charles-Marie de Bryas) Les portraits intimes : les parents de Henri Chapu par Ursule de Vogüé et Pierre De Coninck, collections du musées de Melun. avant qu'ils ne soient fixés par le portrait en médaillon que Chapu lui-même exécutera en 1861Petit Palais, Le père de Henri Chapu, médaillon en bronze dans les collections., ceux de Claire par le portrait sur toile que brossera Pierre De Coninck vers 1861.
La formation, le prix de Rome Après qu'il a fréquenté l'école des Frères, c'est dans la perspective d'aboutir au métier de tapissier par l'apprentissage du dessin qu'il entre à la Petite école, rue de l'École-de-Médecine à Paris, où ses aptitudes lui valent une bourse lui offrant de changer de voie.
Devenu l'élève de James Pradier à partir de 1849 puis, au décès de celui-ci en 1852, de Francisque Duret et Léon Cogniet à l'École des beaux-arts de Paris, il remporte, successivement, en 1851 le second grand prix de Rome en gravure de médaille et pierre fine pour Neptune faisant naître un cheval, en 1853, le second grand Prix de Rome de sculpture pour Le Désespoir d'Alexandre après la mort de Clitus et, en 1855, conjointement avec Amédée Doublemard, le premier grand prix de Rome de sculpture pour Cléobis et Biton, à l'unanimité du jury malgré une mutilation de l'œuvre survenue accidentellement pendant son transport.
Il part pour la villa Medicis à Rome en , en même temps que les autres primés qui, outre Doublemart, sont l'architecte Honoré Daumet, le médailleur Alphée Dubois et le compositeur Jean Conte, les haltes lui offrant de visiter Lyon, Avignon, Arles, Nîmes, Marseille, Gênes et Florence. Sur le trajet, il s'initie à la langue italienne et exécute quelques portraits en médaillons de ses camarades. Effectuant deux grands périples, l'un vers le nord (Pise, Sienne, Venise, Padoue, Bologne et à nouveau Florence), l'autre vers le sud (Naples, Baïes, Pouzzoles, le Cap Misène, le lac Lucrin et Pompéi), il se rapproche de Gustave Moreau avec qui il mesure les proportions des sculptures antiques, plus durablement de Léon Bonnat, les Paysages d'Italie qu'il dessine alors et que conservent aujourd'hui le musée Bonnat-Helleu à Bayonne et la bibliothèque de l'Institut national d'histoire de l'art à Paris portant témoignage des promenades qu'affectionnent les deux amis tant dans la ville que dans la campagne et les montagnes environnantesStanislas Lami, Dictionnaire des sculpteurs de l'École française, tome premier, Librairie ancienne Honoré Champion, 1914.. Chapu reviendra ensuite fréquemment dans la campagne romaine afin de s'y délasser, continuant d'en rapporter Dictionnaire Bénézit, vol.3, Gründ, 1999, p. 485.. Après ses deux premiers envois à Paris , qui font l'objet de critiques cinglantes de l'Institut, son troisième envoi, Mercure inventant le caducée en 1861, année où au mois d'août s'achève ce premier séjour à Rome, est enfin favorablement apprécié.
Les années difficiles De retour à Paris en , Henri Chapu trouve un situé rue de l'Abbaye, dans le , acceptant les travaux qui dans l'art industriel (ornements divers) et l'architecture (cariatides et mascarons) lui fournissent tant bien que mal une maigre subsistance alimentaire. Son œuvre de 1862-1863 intitulée Beauvais, sur la façade de la gare du Nord à Paris, sera suivie entre autres d'un cartouche cantonné de deux enfants et du médaillon Napoléon Ier ornant la façade de la Cour de cassation.
La société des Caldarrosti, qui s'est formée à la villa Medicis vers 1860, continue de grouper fraternellement un groupe d'artistes se rassemblant au cours d'un dîner mensuel qui l'été se déroule à la campagne et où Henri Chapu retrouve des peintres, sculpteurs, architectes ou compositeurs, tous anciens de Rome comme Léon Bonnat, Jean-Baptiste Carpeaux, Jules Chaplain, Pierre De Coninck, Honoré Daumet, Théodore Dubois, Alexandre Falguière, Jean-Paul Laurens, Jules Lefebvre, Charles Lenepveu, Louis Hector Leroux, Constant Moyaux ou Tony Robert-Fleury : de plusieurs d'entre eux il réalise alors des portraits en médaillons. Chapu s'associera également au groupe des Florentins avec Ernest Christophe, Paul Dubois, Alexandre Falguière, Laurent Marqueste, Antonin Mercié et Hippolyte Moulin.
Henri Chapu expose chaque année au Salon à partir de 1863 où la médaille de troisième classe qu'il reçoit pour son Mercure inventant le caducée ouvre la série des récompenses officielles. Il est nommé chevalier de la Légion d'honneur en . Après les bustes de Léon Bonnat et Paul Sédille, celui du comte Tanneguy Duchâtel (1803-1867), qui est une commande de sa veuve née Rosalie Paulée et qu'il expose au Salon de 1869, énonce le début de sa célébrité en ce qu'il l'introduit . Frédéric Le Play, dont il réalise le buste en marbre que conserve aujourd'hui le musée Henri-Chapu au Mée-sur-Seine, lui commande deux cariatides monumentales pour l'Exposition universelle de 1867.
La célébrité En 1869, Henri Chapu reconstitue dans la cour de Marbre du château de Versailles, datant de 1679Versailles, décors sculptés extérieurs, catalogues des collections, Hercule et Mars au repos, allégorie de Louis XIV victorieux., les statues Mars au repos de Gaspard Marsy et Hercule au repos de François Girardon formant, en allégorie de Louis XIV victorieux, l'ensemble décoratif encadrant l'horloge du pavillon centralWikiphidias, encyclopédie des sculpteurs français, Henri Chapu..
Chapu s'engage dans la Garde nationale en 1870, avant que le mandat d'arrêt dont il fait l'objet, à la suite de ses protestations contre le vandalisme subi par les monuments de Paris, ne le contraigne à demeurer caché dans une chambre de l'hôtel de Vogüé jusqu'à l'entrée des troupes versaillaises dans Paris.
Sa production, qui devient alors très abondante, est souvent inspirée de l'antique. Il reçoit de nombreux honneurs et distinctions, et devient l'un des sculpteurs les plus sollicités de la Troisième République. Le marbre de sa Jeanne d'Arc écoutant ses voixGuillaume Peigné, Dictionnaire des sculpteurs néo-baroques français (1870-1914), Paris, Éditions du C.T.H.S., 2012, ., exposé au Salon de 1872, le révèle au grand public. Cette œuvre dévoile en effet son talent pour rendre des expressions et des sentiments subtils et justes dans une enveloppe idéale. Il est promu officier de la Légion d'honneur le . Le marbre de La Jeunesse, qui témoigne de l'influence de la Renaissance qui vient s'ajouter à l'idéal des années romainesFrançoise Cachin (dir.), L'art au . Seconde moitié : 1850-1905, Citadelles, 1990, ., sculpté pour le Monument à Henri Regnault et aux élèves morts pour la patrie érigé dans la cour du Mûrier à l'École des beaux-arts de Paris, lui vaut l'obtention de la médaille d'honneur au Salon de 1875Catherinne Chevillot et Laure de Margerie (dir.), La sculpture au . Mélanges pour Anne Pingeot, Paris, Éditions Nicolas Chaudun, 2008, .. Cette œuvre, que Chapu réutilisera maintes fois pour des monuments aux morts« La Jeunesse », notice sur musee-orsay.fr., connut un grand succès d'édition en bronze par la Maison Barbedienne. Il fait encore mémoire du récent conflit en co-réalisant avec Charles-Arthur Bourgeois le sphinx pour le Mémorial aux soldats français tombés durant la guerre franco-prussien de 1870-1871 du cimetière de Bruxelles.
Henri Chapu réalise en 1875, en association avec le médailleur Alphée Dubois, la Médaille du vœu nationalLe dessin du projet est conservé au musée d’art et d’histoire de Melun., frappée en l'honneur de la pose de la première pierre de la basilique du Sacré-Cœur de MontmartreJacques Benoist, « Henri Chapu et la médaille de vœu national (1875) », Le Sacré-Cœur de Montmartre de 1870 à nos jours, Les Éditions ouvrières, 1992, .. Il épouse Marie Cozette de Rubempré (née en 1847) le , dont il avait réalisé le portrait en médaillon en 1861Musée d'Orsay, Portrait en médaillon de Marie Cozette de Rubempré.. Il est élu membre de l'Académie des beaux-arts en 1880 au fauteuil de la deuxième section, et deviendra le président de cette institution en 1889.
Après son séjour à Munich en 1883 dans le cadre de l'Exposition internationale des beaux-arts qui s'y tient, Chapu séjourne plusieurs semaines durant en 1885 à Copenhague sur l'invitation du collectionneur et mécène Carl Jacobsen qui, à Munich, s'est porté acquéreur d'un exemplaire en plâtre de La JeunesseArchives Jacobsen, Lettre de Henri Chapu à Carl Jacobsen, 28 octobre 1883. et qui l'y charge d'exécuter en marbre le buste d'Alexandra, princesse de GallesNy Carlsberg Glyptotek (cf. Ny Carlsberg Glyptotek, buste d'Alexandra de Danemark, princesse de Galles, par Henri Chapu)., en même temps que Jean Gautherin est appelé à y réaliser celui de sa sœur Dagmar, future tsarine Maria FeodorovnaOctave Fidière, Chapu, sa vie, son œuvre, E. Plon, Nourrit et Cie, 1894..
Les œuvres de Chapu ornent de nombreux bâtiments parisiens, notamment l'hôtel de ville, l'Opéra Garnier, le Palais de justice, la gare du Nord, le palais Galliera ou le grand magasin Printemps Haussmann. Quelques statues funéraires lui valent également un grand succès : le Tombeau de Dupanloup (1886) dans la cathédrale d'Orléans, celui en marbre de Augustin David dans la cathédrale Saint-Étienne de Saint-Brieuc, et surtout la statue funéraire de la duchesse d'Orléans, sculptée pour la chapelle royale de Dreux ; la jeune femme y est représentée sur son lit de mort, le bras droit pendant.
Une partie de sa production, et en particulier sa Jeanne d'Arc à Domrémy, ainsi que le Buste de Jean-Félix Bapterosses, ont été édités en bronze par la fonderie Barbedienne.
Projets inachevés
La Société des gens de lettres lui avait initialement commandé une statue d'Honoré de Balzac. Mais Henri Chapu meurt avant d'avoir pu exécuter son œuvre et n'a laissé que des esquisses et des ébauches de son monument. En outre, il ne réalisera jamais la statue de La Grèce à Byron, qui sera reprise et sculptée par Alexandre Falguière., ni même le chemin de croix de l'église Notre-Dame-de-Benoite-Vaux, à Rambluzin-et-Benoite-Vaux, dont il a entamé les dessins en 1889, n'ayant le temps que de dessiner treize des quatorze stations et d'entreprendre une seule maquetteLe sculpteur Désiré Fosse (1862-1913) achèvera en 1895 l'œuvre constituée de quatorze grands monolithes alignés tels des mégalithes bretons.Église Notre-Dame-de-Benoite-Vaux, Histoire du chemin de croix.. L'artiste est emporté en trois jours par une congestion pulmonaire au cours de la grande épidémie de grippe de 1891 et il meurt dans son domicile parisien du 14, cité Vaneau le Généa 77, Les célébrités : Henri Chapu.. Il est inhumé au cimetière du Mée-sur-Seine.