Chœurs est un album musical de Bertrand Cantat, Pascal Humbert, Bernard Falaise et Alexander MacSween publié sur les plates-formes de téléchargement le et sur support physique le aux éditions Actes SudChœurs sur le site des éditions Actes Sud.« Bertrand Cantat : un album pour la Trilogie de Wajdi Mouawad », Première, 7 décembre 2011.. Les dix-sept chansons composées par le quatuor musical sur les textes du tragique grec Sophocle, traduits par Robert Davreu, constituent les chœurs antiques de la trilogie théâtrale « Des femmes » du metteur en scène libano-québécois Wajdi Mouawad créée en .
Si certains aspects théâtraux du cycle et quelques choix scénographiques suscitèrent diverses critiques, les créations musicales du spectacle et la présence du chanteur sur scène furent presque unanimement saluées comme une très grande réussite artistique, ainsi que la publication de l'album à la fin de l'année 2011. Chœurs est le premier album de Bertrand Cantat depuis l'enregistrement de Nous n'avons fait que fuir en 2002 (publié en 2004) et la fin officielle du groupe Noir Désir annoncée en . C'est également le premier album de l'artiste publié en son nom propre, indépendamment de celui d'un groupe.
Écriture et réalisation du projet Après une première collaboration avec le metteur en scène libano-québécois Wajdi Mouawad pour le spectacle Ciels dans lequel Bertrand Cantat prêtait en 2009 sa voix pour la bande musicale agrémentant ponctuellement la pièceNoir Désir – À l'envers, à l'endroit, Marc Besse, éditions Ring, 2012, , et ., les deux artistes décident de composer ensemble les chœurs de l'adaptation des tragédies antiques, Les Trachiniennes, Antigone, et Électre, écrites au par Sophocle dans leurs nouvelles traductions réalisées pour cette occasion par Robert Davreu.. Ce regroupement subjectif des pièces, non plus selon les thèmes mythologiques mais autour de la thématique de trois destins féminins, constitue le cycle théâtral intitulé « Des femmes » mis en scène par Wajdi Mouawad et créé dans le cadre du Festival d'Avignon 2011.« Bertrand Cantat, du Noir au tragique », Libération, 6 avril 2011.. Wajdi Mouawad a contacté Bertrand Cantat lorsque celui-ci était encore en prison. Il justifie son choix par la volonté de créer « un chœur de style rock » pour transposer de manière contemporaine l'antique chœur grec qu'il ne considère pas comme la voix de la cité ou celle de la morale, comme cela est classiquement admis, mais comme le « lieu de la déraison et de la transe ».Entretien avec Jean-Marie Wynants, « Wajdi Mouawad voulait tutoyer Sophocle », Le Soir, 11 janvier 2012.. De surcroît, il déclare « aimer la voix de Cantat. » depuis longtemps. puisqu'il a déjà incorporé des chansons de Noir Désir à ses précédentes créations (dans Temps en 2010) ou demandé à Bertrand Cantat d'enregistrer des textes (pour Ciels en 2009). À ces considérations artistiques, Wajdi Mouawad ajoute que, pour lui, il existe une « adéquation entre l'histoire personnelle de Bertrand Cantat et celle des personnages des pièces de Sophocle. » ne pouvant qu'entrer en écho sur scène avec le texte, apporter une « théâtralité d'une force incroyable » et donc une dimension supplémentaire au spectateur.
La décision étant prise de collaborer pour la trilogie, Bertrand Cantat à son tour demande à son ami de longue date le bassiste Pascal HumbertPascal Humbert était dans les années 1980 l'un des éléments centraux du groupe franco-américain Passion Fodder de Theo Hakola. C'est ce dernier qui lança la carrière de Noir Désir en remarquant les maquettes du groupe bordelais en 1986 et en produisant leur premier album Où veux-tu qu'je r'garde ? en 1987. Le lien entre Bertrand Cantat et Pascal Humbert date au moins de ce moment-là., alors actif au sein du groupe Wovenhand, de le rejoindre sur la création des musiques des spectaclesXavier Frère et Thierry Boillot, « Je ne veux choquer personne », L'Est républicain, 17 juin 2012.. Par ailleurs, Wajdi Mouawad propose à deux musiciens québécois Bernard Falaise (guitariste) et Alexander MacSween (batteur) de compléter l'ensemble musical rock. L'écriture des musiques par le quatuor et l'adaptation des textes se font durant l'hiver 2010-2011 et le printemps suivant, notamment après que l'annonce de la séparation du groupe Noir Désir eut été officialisée le « Noir Désir s'autodissout », Libération Next du 30 novembre 2010..
Les enregistrements des chansons sont réalisés en 2011 au Studio Davout à Paris sous la houlette de Jean-Loup Morette ainsi qu'au Studio Anywave de Bordeaux sous celle de Nicolas Perego ; le mixage des titres est fait par Jean-Loup Morette à Paris et le mastering assuré par Bruno Green à Lennoxville au QuébecLivret de l'album Chœurs, Actes Sud, 2011, .. La sortie de l'album est effective sur les plates-formes de téléchargement le , puis sous la forme physique d'un livre-disque publié par les éditions Actes SudLe choix de cet éditeur, principalement littéraire, pour un disque est lié à la publication par Robert Davreu chez Actes Sud de ses traductions de l'ensemble des œuvres de Sophocle entreprises en 2011. le au moment des représentations au théâtre Nanterre-Amandiers en région parisienneStéphane Jonathan, « Cantat, un nouveau CD », Sud Ouest, 14 décembre 2011.. Ce disque est le premier de Bertrand Cantat depuis Nous n'avons fait que fuir, concert expérimental de Noir Désir donné pour Radio France en 2002 à Montpellier et publié en 2004, et représente également après trente ans de carrière le premier album du chanteur réalisé sous son seul nom.
Pour des raisons variées., Bertrand Cantat ne put participer à la création des spectacles au Festival d'Avignon lors des représentations données dans la Carrière BoulbonPauline Turuban, « Cantat renonce à se produire au Festival d’Avignon », Les Inrocks, 7 avril 2011.Jacques Corot, « Sophocle, noirs désirs », La Provence du 22 juillet 2011. ou lors de certaines dates des tournées qui suivirent« Chœurs, le nouvel album de Bertrand Cantat », Culturebox, France Télévision, 12 décembre 2011. (notamment lors du « Festival grec » de Barcelone), sa personne et sa voix étant remplacées par une bande sonore jusqu'en . La musique était toutefois interprétée en direct par les trois autres musiciens. Pour de très nombreux critiques, le projet théâtral perd dès lors de son sens.Émission Le Masque et la Plume sur France Inter, 4 décembre 2011..René Solis, « Sophocle en Cantat triste », Libération, 30 juin 2011.René Solis, « Des femmes, 7 heures de réflexion », Libération, 22 juillet 2011... tant la musique et le chœur rock « constituent le véritable ciment de l’entreprise ».. Il monte sur scène pour tenir son rôle en direct pour la première fois le lors des représentations au Rocher de Palmer à Cenon dans la région bordelaise. puis à Bourges, Reims, Brest, Lyon, Genève et Athènes et à partir du Le premier soir, Bertrand Cantat était présent mais, souffrant d'une extinction de voix, il dut utiliser une bande sonore selon le critique. Les autres représentations furent entièrement chantées en direct, notamment lors de l'intégrale de la trilogie des 17 et 18 décembre 2011. lors des dernières représentations au théâtre Nanterre-Amandiers.. Ce travail constitue dès lors pour Bertrand Cantat son véritable retour à la scène, bien que durant l'année 2010 il fit une apparition unique en tant qu'invité à un concert du groupe Eiffel. En revanche, devant l'hostilité de longue haleine des milieux féministes et des autorités gouvernementales canadiennes., il ne tient pas son rôle au sein du chœur antique lors des représentations au Théâtre du Nouveau Monde à Montréal en . remplacé par Igor Quezada..
Titres de l'album vignette|alt=Buste en bronze de Sophocle|Buste de Sophocle, musée d'archéologie de Florence. Toutes les musiques sont composées par le quatuor sur des textes de Sophocle traduits pour l'occasion par Robert Davreu et adaptés pour le chant par Bertrand Cantat et Wajdi Mouawad à l'exception des chansons Dithyrambe au soleil écrite par le duo Cantat - Mouawad et Bury Me Now par Cantat seul. Les titres suivent la présentation de la trilogie constituée des Trachiniennes (1-7), Antigone (8-13), et Électre (14-17).
Dithyrambe au soleil (bruitages de Michel Maurer) – 3:15 Déjanire (avec la voix de Marie-Ève Perron) – 4:05 Le Chœur joie – 3:17 La Puissance de Cypris – 2:05 Les Mouillages – 2:59 Révélation de l'oracle – 3:38 Puisse un vent violent se lever – 4:11 La Victoire de Thèbes (avec la voix de Raoul Fernandez) – 5:26 Rien n'est plus redoutable que l'homme – 4:52 Heureux sont ceux qui du malheur – 3:45 Éros – 2:38 Bury Me Now – 1:53 Dionysos – 3:00 Elle viendra l'Érinys – 4:13 Courir sous la pluie – 1:43 Le Chœur des oiseaux (avec la voix de Sara Llorca) – 3:23 Les Serviteurs d'Arès – 2:20
Il est à noter que lors des représentations de la trilogie, la chanson Les VergersComposée par Areski Belkacem sur des paroles de Brigitte Fontaine, livret de l'album L'un n'empêche pas l'autre 2011., interprétée en duo par Bertrand Cantat et Brigitte Fontaine et tirée de l'album L'un n'empêche pas l'autre (2011) de cette dernière, est également chantée sur scène dans le volet Antigone.
Réception critique Lors des représentations théâtrales en France et en Belgique, la prestation de Cantat « d'une intensité à faire dresser les cheveux sur la tête » fut particulièrement remarquéeGuy Duplat, Bertrand Cantat incarne ces tragédies, La Libre Belgique, 13 janvier 2012., tout comme la diversité des styles et influences allant du rock aux chants andalous dans « des vocalises à couper le souffle », soulignant que « le chant de Cantat, profondément tragique, s'impose tout du long au premier plan. Son interprétation des textes de Sophocle est pour le moins impliquée. Qu'il déclame, chante, parle, hurle, hulule ou murmure, sa présence affole le compteur ». Le critique de Libération, rejoignant l'intention artistique initiale du metteur en scène, juge que « la langue de Sophocle dans la voix du chanteur résonne et trouble à chaque syllabe […] Cantat port[ant] très haut le besoin de dire » et celui du Point estime également que dans les compositions et le chant de Cantat « les paroles de Sophocle prennent ici une urgence nouvelle […] dans une intelligence profonde du texte original ». Toujours dans Libération, le critique René Solis, s'il trouve comme d'autres d'importantes limites à la mise en scène de Mouawad, souligne que « la musique parvient à déteindre sur l’ensemble et à offrir au spectacle ce qu’il a de plus réussi : son rythme ». Ces sentiments généraux sont partagés également par Armelle Héliot, critique dramatique au Figaro et au Masque et la Plume, qui juge que Bertrand Cantat est présent, même en son absence physique, remplacé par l'enregistrement, « dans toute sa puissance indéniable et apporte le lyrisme, la démesure, la blessure des hommes ». Le titre Bury Me NowEn français : « Maintenant, enterrez-moi »., le seul composé intégralement par Cantat et illustrant le sort d'Antigone condamnée par Créon à être enterrée vivante pour avoir outrepassé son ordre, fut notamment remarqué pour sa force « proche d'une catharsis ».
vignette|alt=Vue extérieur du théâtre du Nouveau Monde à Montréal|Le théâtre du Nouveau Monde en mai 2012, lors des représentations de la pièce à Montréal.