Édouard Marie Heckel est un pharmacien, médecin et botaniste français, né le à Toulon et mort le à Marseille.

Il dédie l'essentiel de sa vie à l'étude des plantes des colonies françaises, mettant l'accent autant sur l'aspect économique que celui médical. Net adhérent aux idées de ce qui a été appelé le parti colonial et partisan de l'idéologie coloniale française de son temps, il est le créateur du jardin botanique du parc Borély (qui porte son nom), du musée colonial de Marseille (premier musée purement colonial français, dont l'exemple est bientôt suivi ailleurs en France et à l'étranger) et de l'institut colonial de Marseille associé au musée. Il est aussi un précurseur de l'enseignement colonial en France avec la création de 11 chaires d'enseignement supérieur spécialisées dans ce domaine et est le principal promoteur de la grande exposition coloniale de Marseille de 1906, point d'orgue de son œuvre qui lui vaut le rang de commandeur de la Légion d'honneur.

Ses très nombreux contacts — un siècle plus tard il est encore question du « réseau Heckel » — lui permettent aussi de faire introduire un grand nombre de plantes utiles hors de leur zone d'origine. On note entre autres à son actif l'introduction du cola aux Antilles via la Martinique et son adoption par la pharmacopée française ; l'adoption de plusieurs matières grasses africaines dans l'industrie française ; le développement de l'huile de karité et l'introduction de cette graine dans la composition des chocolats ; et quantité d'autres produits végétaux originaires des tropiques. D'autres travaux moins connus sont également à son crédit, comme la cure du rouge de la morue pourtant souvent attribuée à Calmette.

Biographie

Enfance Il naît le à Toulon et meurt le à Marseille. Il est d'origine alsacienne : son grand-père paternel est fermier à Riedseltz dans le Bas-Rhin, près de Wissembourg. Son père, Joseph, est capitaine au régiment d'infanterie de marine et médecin. Sa mère est Marguerite Élise Breillot, elle meurt lorsqu'il a un an., alors que son père est en garnison au Sénégal.

Il est placé en nourrice à Carnoules dans le Var. Son intelligence et son assiduité au travail le font remarquer du curé et du pharmacien, qui lui donnent sa première instruction. Il obtient une bourse au lycée de Toulon, où il passe les baccalauréats ès lettres et ès sciences.

Famille

Mariage et enfant Edouard Heckel épouse Marie Rosalie Raboisson en 1871.. Ils ont deux enfants, un fils et une fille.

Leur fils, Francis Marie Heckel (, Nantes (Loire Atlantique) - , Paris 16).), qui obtient son doctorat en médecine en 1897 avec une thèse. reprenant et poursuivant les recherches de son père sur les propriétés antiseptiques du sulfibenzoate de soude (publiées en 1887). Domicilié au 17 rue Racine à Paris (6 arrondissement), Francis Marie épouse Georgette Michel Lévy (° , Boulogne (Seine)) le à la mairie du de Paris. Georgette a pour parents Georges Lévy et Jenny Hélène Brag ; elle est une enfant posthume : son père est décédé le à Paris. Francis et Georgette divorcent le . Francis se remarie le avec Andrée Emma Jullian, à Paris 16 arrondissement. Il a collaboré avec Émile Roux de l'Institut Pasteur.

Études et voyages

Il entre en 1859 (à 16 ans) comme étudiant en pharmacie à l'école de médecine navale de Toulon. Il passe le concours de pharmacien aide-major de classe en 1861, date à partir laquelle il sert dans cette fonction dans la Marine — il n'a que 18 ans mais à l'époque les officiers du Service de Santé sont rares, et il peut ainsi financer de longues années d'études. Affecté aux Antilles sur le navire hôpital Cérès, il fait face à une grosse épidémie de variole à la Martinique. Puis des prisonniers malades venus du Mexique amènent la fièvre jaune ; il est contaminé et est un des rares survivants. Il étudie la flore tropicale du jardin botanique de Saint-Pierre de la Martinique. Puis il est nommé en Nouvelle-Calédonie (à l'est de l'Australie) et en profite pour visiter l'Australie, l'Indochine, l'Indonésie, les îles de la Sonde, Java, Ceylan. Pendant son séjour à Nouméa (Nouvelle-Calédonie), il expérimente entre autres les qualités vulnéraires de la résine de Tamanou ; il note des observations météorologiques qui sont réutilisées plus tard dans le Dictionnaire encyclopédique des sciences médicales.. Lors de ces voyages il est aussi en contact avec des Anglais et apprend leur langue.

Il revient en France en 1867 et passe le concours de pharmacien aide-major de classe. Il est nommé chef de service en Nouvelle-Calédonie, où il prépare aussi un doctorat en médecine. Dans le même temps, Il prépare une licence puis un doctorat en sciences naturelles. Pendant cette période il visite encore l'Australie, l'île de Timor., l'Indonésie, l'Égypte et d'autres pays, collectant toutes sortes de produits et matériaux — avec un accent sur leur utilité ; quelque 25 ans plus tard, ces matériaux formeront le premier fonds du musée colonial de Marseille.

Il obtient son doctorat en médecine à Montpellier (où il a Jules Émile Planchon comme professeur) en 1870, avec une thèse sur une plante médicinale nouvelle. A peine de retour à Marseille, la guerre de 1870 éclate ; il y prend part comme médecin. Après la guerre, il demande un « congé de 3 ans pour entreprendre une carrière civile ». En fait c'est aussi un congé médical ; il a des problèmes de santé communs à beaucoup de physiciens de la Marine : périodes d'anémie, fièvres intermittentes, bronchite chronique et sciatique. Il se marie en 1871 et démissionne de la Marine en 1874.

Il passe son agrégation en pharmacie en 1973 (un an avant son doctorat en sciences naturelles) à Montpellier.

Il obtient son doctorat en sciences naturelles à Montpellier en 1874, avec deux thèses.

Enseignement Avant de commencer sa carrière d'enseignement, il est pharmacien en chef des hôpitaux à Montpellier de au (hôpital Saint-Éloi en 1875.). Il est président de la Société des pharmaciens de l'Hérault au plus tard en 1874..

Nancy et Grenoble

La date de son arrivée à Nancy n'est pas claire. Deux arrêtés, tous deux datés , le nomment, 1) pour l'un, « provisoirement et jusqu'à la fin de la présente année scolaire des fonctions d'agrégé à l'École supérieure de pharmacie de Nancy (emploi vacant) » (sans citer la discipline concernée, mais c'est vraisemblablement soit celle des sciences naturelles soit la botanique et probablement pas celle de pharmacie qui est attribuée à Charles Ernest Schmitt) ; et 2) pour l'autre, agrégé provisoire à l'École de Montpellier..

La situation de la faculté de pharmacie de Nancy est extrêmement confuse, essentiellement à cause du transfert de l'école de pharmacie de Strasbourg à Nancy en 1872. Les détails des événements ne sont pas encore totalement éclaircis à ce jour (2023), mais les différents indices donnent à penser que Heckel n'est pas venu à Nancy avant fin 1875 : un autre arrêté ministériel, du , le nomme chargé de cours d'histoire naturelle à l'École supérieure de pharmacie de Nancy. Prévenu trop tard, il ne commence à exercer qu'en . Il est nommé professeur de ce cours le ., mais n'exerce que jusqu'au . : il quitte alors Nancy pour rejoindre la Faculté des sciences de Grenoble où il est le premier professeur à occuper la chaire de botanique créée en 1875..

Son court passage à Nancy (-) est cependant marqué par la publication de 12 mémoires, sous son nom seul ou en collaboration principalement avec Frédéric Charles Schlagdenhauffen (voir plus bas la section « #Longue collaboration avec Schlagdenhauffen ») mais aussi avec Albin Haller (pour une publication sur la Potalia amara).

Il n'a pas plus envie de rester à Grenoble qu'à Nancy : il veut revenir à Marseille et se contenterait de la place vacante à l'école de médecine, à défaut de pouvoir rejoindre la faculté des sciences. Entre le et le , il écrit pas moins de six lettres dans ce sens à Oscar de Watteville du Grabe, ancien directeur des Sciences et lettres au ministère de l'Instruction publique. On lit par exemple dans celle datée du : « j'accepterai volontiers la chaire de l'École de Médecine. S'il vous plait d'en dire un mot à Monsieur Du Mesnil, vous m'auriez profondément obligé. ». Armand du Mesnil est alors directeur de l'enseignement supérieur au ministère de l'instruction publique. Et comme le baron de Watteville est grand collectionneur de pipes, Heckel lui fait sa cour en l'approvisionnant du mieux qu'il peut avec des pipes originales voire remarquables : des pipes maures (calumets) en os de mouton venant de l'intérieur du Sénégal que lui envoie un médecin de la marine, la pipe du roi du Dahomey (sur les bords de l'Ougué, Gabon) confisquée à ce dernier lorsqu'il est fait prisonnier par les français.… Ce qui ne tarde pas à produire l'effet voulu.

Marseille

Il quitte Grenoble en 1877 pour s'établir définitivement à Marseille : le il est nommé pour remplacer Alphonse Derbès, qui part en retraite., à la chaire de botanique générale de la Faculté des sciences de Marseille. En 1880 il prend également le poste de professeur de matière médicale, puis d'histoire naturelle, à l'École de plein exercice de médecine et de pharmacie., jusqu'à sa retraite en . Il en garde le titre de professeur honoraire.

Noter que Heckel est déjà président de la Société des pharmaciens de l'Hérault au plus tard en 1874, et qu'il représente l'Hérault au Congrès pharmaceutique de Clermont-Ferrand du 17 au , ce bien qu'il soit cité dans le même article comme étant professeur à Nancy.. Il est vrai qu'en août il n'y a pas de cours ; mais ceci démontre bien que l'éloignement ne l'empêche pas de garder des attaches solides dans l'Hérault et surtout qu'il a déjà l'intention de s'y fixer.

Activités à Marseille Il est élu le comme membre de l'académie des sciences, lettres et arts de Marseille, au fauteuil où il prend la succession de Pierre Bertrand Marie Reynès..

Alors qu'il est directeur du musée d'histoire naturelle de Marseille, Heckel demande dès 1878 la création d'une publication régulière aux frais de la ville : les Annales du Musée d'histoire naturelle de Marseille. Il démissionne de ce poste en 1879 ou 1880 et Antoine-Fortuné Marion, qui l'y remplace en 1880, obtient la fondation de ce périodique..

Heckel (de même que Schlagdenhauffen) fait partie du comité de rédaction de la revue Les Nouveaux remèdes, créée en 1885..

En 1885, à la suite du décès de Joseph Duval-Jouve l'Académie des sciences élit un correspondant pour sa section de botanique. Sur 45 voix, Grand'Eury en obtint 42 et Heckel 3 seulement.. Il a cependant deux belles consolations cette même année avec d'une part le prix Barbier de la même académie, décerné à une série de mémoires (mémoire co-écrit avec Schlaffenhausen sur le doundaké.,…) et d'autre part une médaille d'argent à l'Exposition d'Anvers (voir la section « Distinctions »).

Il est conseiller municipal à Marseille de 1884 à 1886, membre du Conseil d'Hygiène et un administrateur des hospices de Marseille.

Les colonies : musée, exposition et institut

À l'époque, la France possède un grand empire colonial qui contribue pour une large part aux activités portuaires de la ville. En parallèle à ce développement économique, Heckel veut faire de Marseille une grande ville universitaire associée au développement colonial et ajouter ainsi une dimension à l'appellation de « métropole des colonies françaises ». Il a des idées bien arrêtées sur les directions à donner l'agriculture et l'industrie des colonies et affirme lui-même être de ces « coloniaux convaincus et militants, aux propagateurs de l'idée et de l'enseignement colonial (en France) ».