Le Désir de peindre est un poème en prose de Charles Baudelaire, le trente-sixième du recueil Le Spleen de Paris (1869).
Texte
Analyse Avant d'être repris dans Le Spleen de Paris, le poème en prose Le Désir de peindre est publié une première fois dans l'hebdomadaire culturel Le Boulevard du .. Dans le recueil Le Spleen de Paris, Le Désir de peindre est le premier d'une série de quatre textes consacrés à des femmes.. Il est suivi par Bienfaits de la Lune, les deux poèmes formant en quelque sorte un ensemble lié à la lune.
Baudelaire consacre ce poème à une femme disparue qu'il regrette.. La mélancolie de ce texte est donc causée par une perte.. Ce poème est lié à une expérience onirique..
Le début et la fin du poème construisent le cadre d'un univers poétique dans lequel figurent deux personnages, l'artiste et la femme qu'il dépeint. Le lecteur a l'impression que le poète se prépare à écrire le texte qu'il va lire. Le cadre ainsi délimité n'est pas uniquement syntaxique et sémantique, avec la répétition des mots et au début et à la fin ; le texte est également organisé avec une répétition des terminaisons en « ir » et des mots commençant par « d ». Ces répétitions sont assimilables à des éclats de couleur qui donnent de l'intensité au texte.
Le désir de peindre Le thème du désir de peindre fait écho à une phrase que Baudelaire a déjà utilisée dans sa traduction d'un conte d'Edgar Allan Poe, intitulé Le Portrait ovale et publié dans le recueil des Nouvelles histoires extraordinaires : ..
Ce désir de peindre est une déchirure : . En effet, pour Baudelaire, l'art n'apporte pas de paix à l'artiste.. La poésie semble persécuter le poète. Ce motif du déchirement se retrouve chez les artistes romantiques, en particulier Heinrich Heine.
La femme entrevue La figure de la femme entrevue se rapproche de celle de la passante, qui symbolise la beauté, comme dans le poème des Fleurs du mal intitulé À une Passante.... Toutefois, Baudelaire n'insiste pas tant sur sa beauté que sur la surprise qu'elle provoque. Il la dépeint en évoquant les traits de son visage, mais sans les rendre reconnaissables. En effet, malgré l'évocation de certaines parties du visage (regard, front, bouche), le texte ne propose pas une description formelle mais une série de comparaisons.
L'évocation du est une image inédite, qui, par son impossibilité, oppose l'univers poétique et le monde réel. Ce miracle peut se référer au projet de Baudelaire, exposé dans la lettre à Arsène Houssaye qui constitue la préface du recueil Le Spleen de Paris, dans lequel est publié Le Désir de peindre, de réussir .
La femme décrite dans Le Désir de peindre éclate d'un rire jovial, ce qui est rare dans l'œuvre de Baudelaire.. Il ne décrit pas d'événement comique qui expliquerait ce rire, qui apparaît donc comme exprimant l'essence de cette femme.
La conclusion de ce poème en prose relève à la fois de l'hyperbate et de la syllepse de genre.. Elle décrit les fantasmes de l'auteur. Le vocabulaire utilisé tient pour partie du registre de la lutte et de la conquête du corps féminin : , qu'on retrouve dans d'autres textes de Baudelaire.. Cette femme inspirante apparaît comme une image, impérieuse, d'un désir de maîtrise.. ainsi que comme une prédatrice.. Elle peut être comprise comme une allégorie de la poésie.
Et, finalement, le poète voulant peindre semble dépassé par son sujet, qu'il échoue à retenir et du désir de peindre on passe à un désir de mort. Cette conclusion peut être rapprochée de l'image de , qui dans le poème Hymne à la beauté, publié dans Les Fleurs du mal, succombe d'aimer..
La lumière et la nuit On retrouve dans ce poème un des thèmes liés à la nuit qui traversent l'œuvre de Baudelaire, celui de la clarté au milieu de la nuit, de la lumière noire...
Le Désir de peindre évoque le contre-jour, qui sépare deux espaces, la lumière entourant l'obscurité, dans la comparaison avec un . Ce est une évocation de la mélancolie. Cette image du se trouve auparavant dans un poème de Théophile Gautier de 1834, intitulé Melancholia : . On lui attribue habituellement l'invention de cette expression. On la retrouve dans un texte de Gérard de Nerval, publié pour la première fois dans la Revue des Deux Mondes en 1846, qui évoque le , dans la traduction par Gérard de Nerval d'un poème de Heinrich Heine, Un Naufragé (Der Schiffbrüchige) : , et dans un vers de Victor Hugo : (Ce que dit la bouche d’ombre, 1854, publié dans Les Contemplations)..
Le Désir de peindre décrit ainsi un oxymore, qui peut correspondre à la maîtresse de couleur de Baudelaire, Jeanne Duval... Cet oxymore de l'ombre qui rayonne est prolongé par l'association de l'obscurité au mystère. Ce thème de l’ se retrouve également dans un vers du poème À une Passante : . Selon Antoine Compagnon, .. Baudelaire utilise assez fréquemment le mot « explosion », comme dans Un plaisant ou Une Mort héroïque..
Ce poème en prose tient aussi du contre-nuit, c'est-à-dire la lumière surgissant dans l'obscurité, décrivant les yeux et la ..
D'autre part, la possibilité du est niée dès son évocation, au profit d'une comparaison lunaire. La se réfère à un épisode raconté par le poète romain Lucain dans Pharsale. et qui est une métaphore d'une éclipse lunaire. Dans ce poème, le noir n'est pas une couleur figée, mais plutôt une teinte dynamique, celle de la nuit.
Importance Selon Peter Fröhlicher, . Comme le poème ne décrit pas vraiment son objet en images picturales, il montre surtout la différence entre les deux arts, mettant ..
Le poète et écrivain Luc Decaunes, éditeur de Baudelaire, qualifie Le Désir de peindre de ..
Références
Voir aussi
Bibliographie . Articles connexes Charles Baudelaire Le Spleen de Paris
Liens externes
enregistrement et vidéo de Le Désir de Peindre : Le Désir de peindre dit par Michel Piccoli :
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